livres sterling
Elles s’élevèrent immédiatement après le traité à
1.300.000 livres sterling. Différence 925,000 livres sterling.
L’importation du Portugal s’accrut donc plus que son exportation ; Ja différence s’élève à près de
900.000 liv. sterl. La copséquence de. ce fait, y’ est que les fabriques portugaises disparurent, l’argent du Portugal s’en alla ep Angleterre, et bientôt Je Portugal perdit ses richesses , sa marine , son Indépendance réelle.
Quant à nous-mêmes, nous avons fait aussi des expériences , et les résultats que nous avons obtenus devraient nous ôter l’envie de les recommencer. Jamais les traités de commerce que nous avons signés dans l’espoir de fournir des débouchés à quelques-uns de nos produits privilégiés ne nous ont été avantageux.
A l’époque du traité d’Utrecht, l’Angleterre voulut négocier un traité de commerce avec la France; elle n’y parvint pas. Mais en 1786 , elle fit ce qu’elle n’avait pu faire en 1713 : la France admit les produits manufacturés de l’Angleterre, dans l’espoir de lui vendre des vins. Voici les résultats du traité :
La France, depuis 1781 jusqu’en 1785 ipclusive-
ment , avait expédié pour l’Angleterre chaque année, en moyenne, 396 tonneaux de vins (1).
Pendant les six années de paix , de 1786 à 1792 , la moyenne de chaque année fut de 1,423 tonneaux (2).
Les exportations de l’Angleterre pour la France depuis 1783 jusques et y compris 1786, année où la paix fut signée ( le traité de commerce ayant été signé au mois de septembre), furent, en moyenne, de 406,250 livres sterling (3).
Dans les trois années qui suivirent la moyenne fut de 1,185,666 livres sterling (4).
D’après ces chiffres la France a importé en Angleterre 1027 tonneaux de vin de plus par an. Us représentent, si nous adoptons les évaluations précédentes , une somme de 18,450 livres sterling ; tandis que par l’effet du traité , l’importation de l’Angleterre en France s’est accrue pour chaque année d’une somme de 779,416 livres sterling. Et, chose curieuse , l’importation des vins de Portugal, qui, depuis 1703 jusqu’en 1785, avait été -en moyenne de 11,407 tonneaux, devint, en moyenne, de 19,592 tonneaux depuis 1786 jusqu’en 1792. 11 est vrai que les droits sur les vins de Portugal avaient été diminués ; au dire du commentateur du
(1) En 1781. . .
376 tonneaux.
(3) Eu 1783.
. . 101,0001. St.
(2) En 1787. . .
(4) En 1787.
traité de 1786, on y avait introduit habilement cette stipulation : «Les vins français ne payeront que les droits présentement payés par les vins de Portugal. » On put donc réduire le tarif en ce qui concernait les vins de ce pays; mais les nôtres restèrent soumis à celui qui était en vigueur au moment de la signature du traité. Nous fûmes donc, en 1786, victimes de la même duperie dont nous devions souffrir en 1842 , par suite du traité signé avec la Belgique. Nous fixâmes pour les toiles et les fils de ce pays un droit qui serait toujours moitié du droit qui pèserait sur les toiles et les fils des autres provenances, en nous ôtant même la faculté de l’élever au-dessus du chiffre alors établi. La Belgique nous accorda une simple réduction sur nos vins et nos soieries, et le lendemain de la signature du traité, elle accorda la même réduction à l’Allemagne. C’était la répétition de ce qui nous était arrivé dans le dernier siècle !
Mais, pour en revenir au traité de 1786, en supposant qu’ alors une faveur n’eût pas été faite par l’Angleterre au Portugal , en supposant que tout l’accroissement de vente obtenu par le Portugal eût pu être acquis à la France , ce qui n’est pas probable, puisque cet accroissement était dû, en partie, à une diminution de prix causée par un plus grand abaissement de tarif, la compensation obtenue par la France n’aurait pas été suffisante; car son exportation aurait été de neuf mille tonneaux au lieu de mille, c’est-à-dire que l’augmentation aurait été de 166,000 livres sterling au lieu de 18,450 livres sterling; or, l’augmentation de notre importation avait été de 779,000 livres sterling.
Ces faits prouvent, d’une manière générale, que, lors-
que pour obtenir la facilité d’importer des marchandises de luxe dans un pays , on lui abandonne la faculté d’importer chez soi des marchandises d’un usage universel , on ne fait jamais un marché avantageux ; ils démontrent, d’une manière spéciale, que lorsque l’Angleterre, dans le but d’agrandir l’exportation des produits de ses manufactures , consent à diminuer les énormes droits qu’elle fait peser sur nos vins, ce n’est pas nous qui en profitons, mais d’autres pays qu’elle favorise davantage ou qui lui fournissent des vins plus propres à la satisfaction de ses goûts , et que lors même que nous serions en position de profiter des facilités accordées aux étrangers, il ne serait pas possible que nous obtinssions des compensations suffisantes.
Ce ne sont pas seulement les traités anciens qui qui mettent ces vérités en lumières ; nous avons vu que les traités signés en 1822 avec les États-Unis , en 1826 avec l’Angleterre, n’ont eu aucune influence sensible sur l’exportation des produits de nos vignobles. Quand nous avons conclu des arrangements commerciaux avec la Belgique et avec la Hollande , nous n’avons pas obtenu de meilleurs résultats. Si on diminuait les droits de douanes, nous rencontrions les droits d’accises, les droits d’octroi, les droits de consommation de toutes sortes et de tous noms, dont les taux étaient excessifs. Si on les modérait, les usages des peuples, la concurrence étrangère faisaient obstacle au débit de nos vins.
C’est donc avec une pleine assurance que nous disons que les produits exportables de nos vignobles ne peuvent s’accroître dans une large mesure ; que s’ils
pouvaient prendre parmi les éléments de notre richesse nationale la place immense qu’ils devraient conquérir pour tenir lieu des industries nombreuses que la liberté commerciale aurait exilées du sol de la France, ils ne trouveraient pas de débouchés suffisants; ils ne seraient point vendus; la France éprouverait des pertes presque sans compensation.
Voyons maintenant ce qu’on peut penser des soieries et des articles de mode. Certes les soieries proviennent d’une belle et vigoureuse industrie ; celles qui sont richement façonnées, celles d’un haut prix, dans la fabrication desquelles a pu se développer le goût brillant , exquis , inimitable de notre nation , celles-là peuvent se présenter sur tous les marchés de la terre, elles n’y trouveront pas leurs égales ; elles l’emporteront sur ce que le monde entier peut produire de plus parfait. Mais les soieries communes, la Suisse et la Prusse les fournissent à plus bas prix que nous ; nous acceptons nous-mêmes les foulards des Indes, les crêpes de Chine, etc. C’est donc dans une limite étroite que l’industrie, dite Lyonnaise, peut s’exercer : elle ne peut fournir des masses de produits au commerce extérieur. Maintenant elle forme notre plus bel article d’exportation, il s’élève à 140,000,000 francs (de tissus de soie et fleuret) ; mais nous importons pour 45,000,000 de soie et 5,000,000 de tissus. Ainsi ce brillant article , cette magnifique création à laquelle la France imprime son cachet de parfaite élégance , ne donne en définitive qu’un chiffre médiocre. C’est donc bien à tort que nous nous sommes habitués à considérer notre pays comme ayant , pour ainsi dire , le
monopole de la fabrication des étoffes de soie : pour beaucoup d’articles, la Chine et l’Inde nous dépassent, la Prusse et la Suisse nous égalent ; l’Angleterre fabrique plus que nous. En 1847, elle a importé 2,823,000 kil. de soie, quand nous n’en importions que 1 ,365, 000 kil. Il est vrai que nous en produisons nous-même : les quantités produites, en 1835, sont données par les statistiques industrielles comme valant 25,000,000 fr. ; mais les statistiques agricoles les évaluent à 42,000,000 fr. Si on adopte ce dernier chiffre , et si on suppose que le kilogramme vaut 40 fr. , on trouve que notre production intérieure ne s’élève pas à un million de kilogrammes; le dictionnaire de commerce établit, en effet, que la soie en cocons, produite par la France , en 1835 , est de 5,229,896 kil. , représentant en soie grège 876,016 kil. Notre production, conséquemment, ne compense donc pas l’excès d’importation de l’Angleterre. Notre importation et notre production réunies donnent à nos fabriques 2,241,016 kil. de soie, quand l’Angleterre en emploie 2,823,000 kil. C’est donc en vain qu’on fonderait de larges espérances sur l’extension possible de la fabrication des tissus de soie.
Après la production qui forme le plus beau fleuron de la couronne industrielle de la France, viennent les objets de mode , ceux qui tiennent , pour ainsi dire , autant aux beaux-arts qu’aux arts industriels, toutes ces élégantes superfluités que crée sans cesse le goût parisien; avec eux viennent encore les étoffes qui, bien que moins précieuses que les soieries, acquièrent un grand prix par l’inimitable attrait de leurs dessins et de leurs
nuances. La création de tous ces objets ne peut être atteinte par la suppression des douanes; au-dessus de toute rivalité , ils n’ont pas besoin de protection.
Mais les étoffes riches et distinguées , les articles de mode et de goût, pourraient- ils prendre tout à coup l’essor qu’on rêve pour eux ? pourraient-ils remplacer tant de travaux divers qui ont été supprimés? Isolés, ils rencontreraient probablement des circonstances qui les feraient déchoir. Nous l’avons dit, tout se tient dans l’industrie, tous les travaux de l’homme s’ entr’ aident, et sont respectivement nécessaires. Les progrès de ceux-ci assurent les progrès de ceux-là; le concours des uns est une condition d’existence pour les autres. Les industries perfectionnées surtout demandent la réunion des connaissances , de l’habileté , qu’on n’ acquiert que par l’étude assidue de toutes les sciences, la pratique constante de tous les travaux; les inspirations inattendues des artistes n’arrivent que lorsqu’ils sont excités par le commerce habituel des esprits différents , élevés, animés par des pensées nouvelles et distinctes; réduits à l’isolement, ils languissent, se rabaissent, s’éteignent.
La fabrication de tous les objets qu’on regarde à bon droit comme des chefs-d’œuvre de goût , ne peut prospérer qu’en empruntant les secours des sciences chimiques , stimulées d’ailleurs par les demandes variées d’une foule d’industries diverses ; elle doit réclamer les procédés de la mécanique, dont les progrès ne sont amenés que par les nécessités multiples de travaux d’un caractère différent ; elle doit demander ses innovations les plus heureuses aux arts.
qui ne peuvent naître, grandir, s’illustrer qu’au milieu d’un monde où les idées jaillissent sous mille formes, se croisent, se heurtent, s’allument et s’illuminent les unes les autres ; elle n’existera pas au milieu d’une association monotone qui n’a qu’une idée à poursuivre et qu’une œuvre h accomplir. Les industries de luxe se superposent aux sociétés complètes, dont la civilisation est extrême sous toutes ses formes; elles ne peuvent fleurir , elles ne peuvent se montrer avec leur splendeur et leur richesse, que dans ces foyers d’activité intellectuelle où le génie étincelle, parce qu’il reçoit le choc du génie; elles ne se développent que par la comparaison de toutes les merveilles de l’art, par des rapports nombreux, par l’émulation que produit le contact des rivaux. La fabrication manuelle ne peut s’effectuer que si la conception est partie d’une grande ville , d’une capitale en position de faire accepter les décrets de la mode. Comment voulez-vous donc qu’une telle industrie aille remplacer les simples et routiniers travaux qui se créent dans les campagnes lointaines et ignorées? C’est demander l’impossible : jamais on n’a vu une industrie perfectionnée, artistique, qui demande l’élan de la pensée et les efforts de l’imagination , prospérer dans l’obscurité, et s’accroître dans l’isolement. Jamais une industrie unique n’a pu satisfaire aux besoins d’un grand peuple; surtout quand elle demande le concours de l’imagination , de l’esprit , du goût , des caprices enivrants des populations surexcitées.
Mais en supposant que ces industries exceptionnellement supérieures trouvassent en elles les conditions
qui les rendraient susceptibles de prendre tout l’essor qui leur est évidemment interdit , les moyens accessoires d’exécution manqueraient infailliblement. Lors même qu’on pourrait créer dans tous les cantons leâ splendides étoffes qui sont le produit des arts les plus éminents, qui ne peuvent se perfectionner que dans les lieux où s’assemble une population d’élite, et où tous les émules s’excitent les uns les autres, le capital manquerait. Notre capital national a maintenant une forme spéciale, il est consacré à une production déterminée, il ne peut se transformer, il ne peut subir les métamorphoses complètes qu’il faudrait voir opérer pour qu’il fût susceptible d’être approprié à un travail nouveau ; machines, bâtiments, outils, approvisionnements de toute nature , devraient être détruits , et de leurs débris devraient naître tout un autre système d’industrie. C’est là un rêve , c’est là une abstraction , c’est la plus téméraire des utopies.
Dira-t-on qu’on échangera tout cet appareil de production avec ceux qui doivent désormais s’emparer des industries par nous abandonnées? Mais peut-on prendre nos machines et tout le mobilier de nos manufactures? C’est parce que tout cela est imparfait que nous restons inférieurs; et d’ailleurs ne sait-on pas que la plupart de nos richesses ne sont pas susceptibles de déplacement , c’est le sol , c’est le cours des fleuves , c’est une mine , c’est une usine bâtie , ce sont toutes choses qui font immuablement partie de la France elle-même , ce sont toutes choses qui peuvent être mal placées au gré de nos rivaux , car souvent la position est la cause la plus irrémédiable d’infériorité.
Ce n’est pas tout : vous voulez subitement changer l’œuvre des populations, et les envoyer à de nouveaux travaux, mais il leur faut un apprentissage, vous n’avez pas le capital nécessaire pour le leur donner : tous les hommes dans les fabriques n’ont pas les aptitudes qu’exigent un nouveau métier; il faut donc les détruire d’abord, comme les usines et les machines, et attendre ensuite que de cette destruction universelle il sorte , si les circonstances le permettent , de nouveaux éléments de production , et de nouveaux hommes dont les bras s’habitueront à des travaux jusque-là ignorés. Voilà bien des impossibilités dans ce système , et cependant il en est d’autres encore !
Admettons que les marchandises que la France produit avec perfection puissent se créer en quantités indéfinies ; que la confection n’en soit pas limitée par l’état du pays , les dispositions et le caractère des ouvriers , l’impossibilité de réunir sur tous les points des conditions de production que des circonstances rares et indépendantes de toutes volontés peuvent seules rassembler ; admettons qu’il n’y ait point une insurmontable difficulté à métamorphoser capital , instruments , machines et travailleurs ; admettons que par cela même que les produits obtenus en échange sont à plus bas prix , on pourra fabriquer à meilleur marché les marchandises dont on se réserve la fabrication. On peut produire ; mais la moitié de la tâche est seulement accomplie : il ne suffit pas de produire, il faut faire accepter ses produits; il faut les faire recevoir en échange des objets utiles qu’on va chercher sur les marchés étrangers; il faut que les autres peuples consentent
à les prendre. Il faut vendre; vous ne le pourrez pas!
Les objets qu’on a la prétention d’appeler à solder la masse énorme de marchandises prises à l’étranger, on en est convenu , sont : les soieries , les modes et mille objets artistiques ou futilités élégantes qui ont pris le nom d’articles de Paris. Tous ces produits sont, à bon droit, considérés comme des marchandises de luxe , consommées seulement par les hommes qui dans chaque nation ont une grande aisance ; ce sont véritablement des superfluités que la vanité s’accorde ; on les consomme, moins à cause du bien-être réel qu’elles procurent, qu’à cause du lustre qu’on en retire. On les veut parce qu’elles sont rares ; on les répudie , si elles sont communes. La perfection et l’élégance n’y feront rien , et ne disposeront pas à les accepter en grandes quantités : chacun sait fort bien qu’un objet d’un goût équivoque ou même tout à fait mauvais , pourvu qu’il vienne de la Chine ou du Japon et qu’il soit cher, sera préféré aux produits que le sentiment de l’art le plus parfait a créé dans les manufactures européennes. Si demain , le diamant , que les chimistes ont prouvé n’être que du charbon pur, pouvait être formé avec aussi peu de frais que le verre, il serait dédaigné aussitôt par ceux qui s’enorgueillissent de le porter. La mécanique a façonné des tulles imitant la dentelle , à un prix cent fois , mille fois moindre : aussitôt la mode a rejeté les tulles. Il en est ainsi de toutes les choses qui ont une valeur de convention, et les produits qu’on réserve à la France ont ce caractère.
Indépendamment de cette disposition de la société
à n’accepter les superfluités que si elles sont peu communes , et par conséquent à n’en admettre qu’une quantité restreinte dans sa consommation, ses facultés mêmes ne lui permettraient pas d’en acheter en abondance; il y a toujours fort peu de person-r nés qui peuvent se donner beaucoup des choses dont à la rigueur on peut se passer , qui en un mot constituent le luxe. Le plus grand nombre en prend peu ; pour que la quantité acquise soit forte, il faut que la masse de consommateurs devienne prodigieuse, §t comme vos produits de luxe ne peuvent entrer dans la consommation de chacun que pour 1/100 , peut être, il faut non-seulement créer la masse de produits que réclame j’échange , mais tous les autres produits nécessaires à ceux qui prendront vos marcliandises de choix ; les nécessités de la production des nations étrangères qui doivent les accepter, viennent former un obstacle infranchissable à de vastes débouchés, En effet, il ne suffit pas, comme on le dit ordinaire^ ment, que les producteurs étrangers, qui fabriquaient les objets que nous allons leur fournir, abandonnent leur production et se consacrent à la fabrication de ce que nous demandons; dans ce cas, approvisionnés déjà des objets nécessaires , ils n’auraient qu’à fabriT quer ceux que nous devons acheter; ce serait déjà beaucoup, mais ce n’est pas assez. Si la France rea* treint sa production aux articles de luxe, pour que son travail ne soit pas amoindri , il faut qu’elle centuple ce qu’elle en fabrique et qu’elle en offre la presque totalité à l’Europe, au monde. Or, cette quantité dér passerait ce qu’on en fabrique dans toutes }ps contrées,
car nous n’offrons que des objets éminemment parfaits, qui sont comme une exception même parmi les objets de luxe, et ils doivent suffire à payer tout ce qui doit entretenir la vie d’une nation de 35 millions d’individus. Pour les accepter et les payer, il faut donc que le nombre des producteurs croisse et qu’ils fournissent non-seulement la masse énorme des denrées que la France ne fabrique plus , mais tous les objets nécessaires à la population chargée de créer les produits exportables; il faut, conséquemment, que la production des choses indispensables à la vie s’accroisse dans une proportion immense. Ce qui n’est réellement pas possible; si ce l’était, l’accroissement eût eu lieu, indépendamment de la plus ou moins grande facilité qu’on avait à se procurer des objets dont on n’avait pas un besoin réel. On notera d’ailleurs que si les nations étrangères avaient pu satisfaire aux conséquences de notre demande, leur travail se serait accru d’une manière démesurée, tandis que le nôtre serait resté stationnaire, de sorte que la relation de puissance, de nous à eux, serait totalement changée à notre préjudice.
Il nous paraît donc certain qu’on ne fondera pas la prospérité de la France sur les seuls articles dont la production est réputée lui appartenir en propre.
Il n’est personne qui soutiendra que les soieries richement façonnées , que les vins de première tête , comme l’on dit, ou ceux de la Gironde, les seuls exportables, que les bronzes artistiques, les parures et les fleurs artificielles admises par ce qu’on nomme la mode , que tous ces objets d’une consommation
385 ÉCONOMIE PRATIQUE DE tA FRANCE.
traits, l’expérience journalière, les faits historiques se réunissent pour démontrer que leur production isolée et exclusive ne suffirait pas à remplacer ces vastes ateliers qui couvrent le sol. Elles ne peuvent prendre l’extension nécessaire; le pourraient-elles, l’immensité de leurs produits uniformes ne trouverait pas de débouchés.
Il nous paraît donc bien certain, d’une part, que la libre concurrence frapperait de mort le plus grand nombre de nos industries , d’autre part que celles qui survivraient seraient loin de pouvoir réparer les pertes que nous aurions faites ; on pourrait donc conclure que le libre-échange ne saurait être admis par nos lois. Mais nous avons vu que les antiprotectionistes soutiennent que si la liberté commerciale pouvait suspendre les travaux d’une bonne partie de notre population, cette suspension ne serait que momentanée. Ils affirment que , par l’effet même des modifications que l’échange ferait subir à notre capital , nous serions conduits à reprendre bientôt la fabrication des objets dont nous avons abandonné la production. Nous allons voir si la France peut compter sur l’accomplissement de cette promesse.
réoè?ï£MîiON du travail en France. 383