CHAPITRE VIL
EFFETS DU LIBRE-ÉCHANGE SUR LE PERFECTIONNEMENT ET L’EXTENSION DU TRAVAIL EN FRANCE.
Nous venons de voir qu’il est véritablement impossible de conserver le travail actuel de la France sans maintenir le système protecteur : le plus grand nombre de nos industries ne pourraient soutenir la lutte avec les étrangers, et celles dont la supériorité est réelle ne pourraient ni produire assez , ni vendre en quantité suffisante, pour suppléer à la perte des autres. Ces nombreuses industries , dont l’activité serait immédiatement suspendue, seraient condamnées à une ruine définitive ; la cause qui aurait agi sur elles conserverait une intensité d’ action toujours nouvelle ; elles ne pourraient se réorganiser et renaître : cela a été démontré.
Mais en supposant que l’abandon du système protecteur n’amenât pas de tels désastres, nous avons vu qu’on pourrait avoir encore des raisons de ne pas renoncer à la protection : elle peut servir, par exemple, à perfectionner le travail national et à l’étendre.
Si par des tarifs protecteurs on peut faire arriver nos industries au degré de perfection qu’on remarque chez nos rivaux , si l’on peut donner à nos ouvriers le temps d’acquérir l’habileté qu’on n’obtient que par une longue pratique , il est évident qu’il faut les conserver. On éviterait ainsi ces immenses perturbations qui accompagnent les modifications profondes dans la législation des douanes ; ces pertes de capitaux , ces frais de transformation industrielle, ces malheurs individuels qui sont causés par le changement de profession. On arriverait, sans secousses et sans souffrances, à faire disparaître même les sacrifices qu’on s’imposait en établissant les droits, puisqu’on parviendrait à produire avec perfection et à rendre les droits inutiles. En même temps on aurait mis l’industrie française dans une plus grande indépendance de la volonté et des chances commerciales des autres pays; on aurait donné plus de variété à ses travaux , et par suite on aurait rendu leurs perfectionnements futurs plus faciles; car c’est par un concours universel , un appui mutuel, des exemples donnés et reçus, une émulation constante, que les industries arrivent à l’apogée de leur force productive. Il est donc bon de favoriser par une protection bien calculée l’amélioration du travail : on obtient ainsi des avantages certains.
Mais c’est surtout pour donner de l’extension au travail national , pour conquérir de nouveaux moyens d’occupation pour les populations exubérantes, qu’on a bien souvent eu recours aux tarifs protecteurs ; quand les productions existantes ne peuvent prendre un accroissement suffisant , ou surtout quand elles ne peu-