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PERFECTION. ET EXTENS. DD TRÀV. EN FRANCE

qu’un peuple arrive au degré de puissance qui lui est réservé , en s’initiant à toutes les merveilles qu’enfante l’esprit d’invention ; il doit désirer acquérir tout ce qu’il peut avoir de force et d’influence : d’ailleurs, en ces temps de ferveur industrielle, quand tout grandit et progresse dans le monde , les nations doivent marcher sous peine d’être promptement devancées, et de devenir, sans avoir rien perdu, relativement inférieures. Il faut donc , par une protection bien entendue , faire développer les germes de travaux inconnus, ou accroître les anciens travaux qui se rajeunissent et prennent essor par d’ingénieuses transformations : on peut par ce moyen accroître son travail aussi bien qu’en s’adonnant à des créations toutes nouvelles. Ainsi , quand on protégea les filatures diverses , non-seulement on s’opposait à la disparition d’un genre de produits, mais il était de la nature des produits modifiés de prendre une extension immense ; on préparait conséquemment de l’ouvrage pour une énorme quantité de bras.

Nous pensons donc que les nations soigneuses de leur grandeur doivent songer à s’approprier la création des objets qu’elles peuvent confectionner avec quelque avantage, dussent-elles accorder une protection aux industries naissantes. Quand il s’agit de fabriquer des produits qu’elles achetaient avec leur capital, elles obtiennent deux travaux nouveaux, elles conquièrent deux bénéfices, celui fait par les nouveaux travailleurs, celui fait par les ouvriers chargés de les approvisionner de toutes choses. Quand il s’agit de produits qu’elles achetaient avec leurs produits , il y a en-

core avantage possible , on peut encore conquérir un travail , celui des producteurs de récente création , lesquels exigent d’ailleurs, pour leur approvisionnement, les objets qu’on aurait exportés. Enfin , outre le travail direct obtenu par la protection, on gagne tous les travaux qui ne pouvaient naître que secondairement , ceux dont les premiers étaient les précurseurs nécessaires , car il en est des œuvres des mains comme des pensées, les unes enfantent les autres : ainsi on n’aurait jamais produit de fines mousselines, si l’on n’avait protégé les calicots ; on n’aurait point construit des métiers perfectionnés ou de puissantes machines, si l’on n’avait d’abord construit de vulgaires outils ou les simples éléments de la mécanique ; on ne peut arriver à fabriquer les choses parfaites sans s’exercer à la confection des produits grossiers qui les préparent.

L’expérience de toutes les nations nous apprend que cette voie est celle de la prospérité; nous en voyons qui sont en décadence par l’effet de la liberté du commerce , nous n’en voyons pas qui soient tombées par la protection.

Ce qui a été fait parmi nous dans le passé , doit nous servir d’exemple dans l’avenir : les succès obtenus sont une garantie de ceux qui sont promis à notre persévérance.

Les plus belles industries ont été acquises par ces procédés : si Henri IV, à l’exemple de ses prédécesseurs, et malgré Sully, n’avait accordé des encouragements à la -plantation des mûriers, peut-être la France ne posséderait-elle pas l’art de fabriquer les magnifiques soieries dont elle a droit de s’enor-

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