‹ Economie pratique des nationsChapitre 77 sur 90 · PERFECTION. ET BXTBNS. DU TRAV. EN FRANCE. Ù · texte numérisé non relu

PERFECTION. ET BXTBNS. DU TRAV. EN FRANCE. Ù

gueillir ; si Colbert n’avait protégé les manufactures et le commerce du beau royaume de Louis XIV, on est bien en droit de croire qu’ils n’auraient pu soutenir la guerre de concurrence que leur faisaient les industrieuses cités de la Flandre et de l’Italie, qui dans le moyen âge s’étaient élevées à un si haut degré de splendeur par la restauration ou l’invention des arts. Ainsi la France acquit l’art de fabriquer les draps fins ; ainsi, dans ces derniers temps, elle naturalisa chez elle une espèce de troupeaux qui n’avait appartenu qu’aux contrées méridionales, et s’éleva audessus de toutes ses rivales dans les fabrications des tissus légers qu’on nomma mérinos , à cause du genre de laine qu’on emploie dans leur confection ; ainsi , dans une des branches de l’industrie cotonnière, qui semblait plus spécialement réservée à l’Angleterre, elle laissa loin d’elle l’Europe entière, qui ne peut atteindre à l’élégante magnificence des tissus de Mulhouse. Nous ne pouvons nous empêcher de citer encore une fois un exemple étonnant des effets de la protection, qu’il était réservé à notre siècle de montrer : la fabrication du sucre de betterave ne donnait que des pertes lorsque les produits tropicaux se vendaient 5 fr. la livre sur les marchés de l’empire ; elle languit longtemps sous la restauration , quand elle était exempte des droits élevés qui pesaient sur les sucres coloniaux , et qu’elle pouvait profiter des primes énormes données aux sucres exportés après raffinage. A force d’étude , d’efforts opiniâtres et courageux , elle en est venue à lutter à armes égales avec le sucre de nos Antilles, et à dépasser le sucre de Bourbon, C’est par ces moyens

que des industries nouvelles sont nées sur le sol de la France ; que des citoyens plus nombreux ont pris un rang utile dans la famille française, et se sont inscrits parmi les défenseurs immédiats de notre nationalité. Peut-on dire que les choses utiles qu’ils nous ont données eussent pu être achetées par nos produits si peu nombreux et si peu faciles à vendre , en grandes quantités? Peut-on dire que si nous les avions payées avec des produits français , nous aurions créé ces produits en quantités suffisantes pour compenser et le travail des nouveaux producteurs et le travail des populations occupées à façonner les objets qu’ils doivent recevoir en échange et consommer? N’aurions-nous pas plutôt versé simplement sur les marchés étrangers les marchandises qui servent à payer les producteurs qui ont été amenés à la vie par la protection , par conséquent n’aurions- nous pas absolument perdu ces derniers? L’étude que nous avons faite de la situation de la production française ne peut laisser aucun doute à cet égard.

Il est donc parfaitement évident que le système qu’a suivi notre pays a été Bignalé par des progrès qui eussent été impossibles sans lui. 11 est évident que la protection a favorisé l’extension du travail national et son perfectionnement , et qu’on doit en attendre des perfectionnements plus considérables encore.

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