EFFBTS DU LIBRE-ÉCHANGE SUR LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL DE LA FRANCE
Nous arrivons à la plus grave raison , selon nous , qui devrait faire accepter avec réserve les conseils des libre-échangistes , quand même leur doctrine conserverait l’activité du plus grand nombre de nos industries. Il nous disent : Faites ce que vous savez faire économiquement, et demandez au commerce ce que d’autres font plus économiquement que vous; en d’autres termes, achetez et vendez beaucoup au dehors ; livrez aux éventualités extérieures la plus grande masse des richesses de la France; confiez à l’étranger, et vos produits les plus précieux , et vos approvisionnements les plus nécessaires ; travaillez en concurrence , sous la loi normale des affaires commerciales , sous le régime de la liberté. Suivre de tels préceptes serait pour la France, dans la situation des États du monde, une très-grave imprudence.
Notre pays ne pourrait , sans se préparer des dés-
astres inouïs, confier à l’exportation maritime une notable partie de sa fortune : une nation , ennemie souvent, ennemie toujours, pourrait-on dire , règne presque sans partage sur l’Océan 5 à chaque instant nous pouvons avoir à soutenir le choc de cette puissance formidable. Si l’heure du combat vient à sonner, nous n’hésiterons pas à nous présenter comme défenseurs de l’indépendance des peuples et de la liberté des mers; mais la lutte serait nécessairement horrible, ruineuse, mortelle, si, comme on le voudrait, toutes nos ressources y étaient engagées. Il suffit, pour comprendre les terribles chances que nous aurions à courir, de comparer la puissance navale de l’Angleterre à celle de la France, d’énumérer leurs vaisseaux de guerre et leurs vaisseaux marchands, leurs bâtiments à voiles et leurs bâtiments â vapeur: de faire connaître le nombre de leurs matelots, de donner le chiffre du budget de la marine des deux États, de fournir la liste de leurs colonies, de leurs postes militaires; de rechercher ce que l’Angleterre peut consacrer à ses établissements maritimes , ce que la France doit réserver pour d’autres nécessités, On voit apparaître alors une inégalité saisissante , et l’on comprend que, si l’on expose â la convoitise d’une nation peu respectueuse du droit des gens tant de richesses qu’on devra exporter de France et y importer, si on lui offre la tentation de détruire en un seul coup les ressources d’une rivale détestée, le risque que nous courons est immense ; les conséquences de notre imprudence seront presque immédiatement funestes.
En commençant l’exposé succinct des éléments de puissance navale que possèdent la France et l’Angleterre , on peut de suite déclarer , pour exprimer par un mot la relation de l’établissement naval des deux plus grands États du monde, que celui de la France a décliné, et que celui de l’Angleterre s’est immensément accru. Sous Louis XIV , après la mémorable et malheureuse bataille de la Hogue, la marine française comptait encore 135 vaisseaux à flot; en 1756, après la guerre de sept ans, le faible gouvernement de Louis XV avait 63 vaisseaux; celui de Louis XVI, en 1779, durant la guerre d’Amérique , tenait en mer 78 vaisseaux et 69 frégates; la république, en 1795, après que Toulon eut été livré aux Anglais, possédait 78 vaisseaux et 101 frégates; l’empire, malgré les immenses dépenses de ses grandes guerres continentales, en 1813, entretenait 71 vaisseaux à flot, et en avait 4 2 sur le chantier.
La restauration , par une décision du 10 mars 1824 (Budget séparé de la marine, rapport au roi , et rapport de M. Gaultier de la Gironde, pag. 68 et suiv.) , indique pour but des travaux de la marine d’avoir :
40 vaisseaux, 1 prêts à entrer en armement en 50 frégates, ) très-peu de temps.
Le but indiqué était près d’être atteint en 1829. La France avait à flot : En construction :
36 vaisseaux.
35 frégates.
80 corvettes, bricks, etc.
57 d’un rang inférieur,
47 bâtiments de charge.
20 vaisseaux , présentant — d’avancement.
20 frégates, présentant d'avancement.
6 paisseaux j devaient être mis en chantier en 1829.
8 frégates )
Mais 3 vaisseaux devaient être condamnés.
27 vaisseaux et 34 frégates seulement auraient été en état de faire campagne , sans un grand radoub.
Le nombre des vaisseaux et frégates à flot devait être des deux tiers de la flotte fixée à 40 vaisseaux et 50 frégates , soit précisément le nombre indiqué de 27 vaisseaux et 34 frégates.
Le reste devait être poussé aux — d’avancement sur cale.
Les vaisseauxdurant 12 ans, à flot, j 2 vaisseaux, il faudrait condamner tous les ans : | 3 frégates.
A la marine à voile s’ajoutaient :
5 bâtiments à vapeur, à flot.
1 près d’être terminé.
3 en construction.
3 à mettre en chantier en 1829.
Si la flotte présentait, en 4829, un effectif déjà respectable , l’état des armements était extrêmement réduit ; le budget de cette année ne permet d’entretenir à la mer que
1 vaisseau.
14 frégates.
6 corvettes.
18 bricks de 20 à 16 canons.
13 goélettes-bricks de 16 canons.
1 petit brick.
1 canonnier-brick.
A reporter. . 54
Report. ... 54
29 goélettes.
9 cutters.
1 bâtiment de flottille.
4 bâtiments à vapeur.
7 corvettes de charge.
18 gabares, dont 9 armées commercialement. 1 transport, idem.
Total. . . . 123.
Arrivons maintenant à notre situation actuelle. L’état annexé au budget de 1848 établit que nous avions, au 1" janvier 1847, 21 vaisseaux et 32 frégates (1) à flot, savoir :
4 vaisseaux de 1er rang portant 120 canons.
Total. 21.
v 9 frégates de
1er rang portant
60 canons.
2e — (5 portant
— 1 8 portant
Total. 32.
1 7 sont armés.
16 — en commission de rade.
Parmi les vaiseaux , <2 — en commission de port. lô — désarmés.
• fl — en refonte.
(1) Deux vaisseaux portés sur l’état aunexé au budget de 1847, et une frégate | ortée sur l’état annexé au budget de 1846, ont été rayés de la liste.
Parmi les frégates.
Nous aurons en construction
Parmi les vaisseaux.
ÉCONOMIE l’RATIQUB DE LA FRANCE.
16 sont armées.
2 en commission de rade.
5 — en commision de port.
9 — désarmées.
13delerraug.
1 1 de 2e.
11 de 3e.
111 de 1er rang,
13 de 2e.
6 de 3B.
2 seront mis à l’eau en 1847.
3 seront mis à l’eau en 1848.
18 présenteront ensemble d’avancement, c’est-à-dire qu ils seront en moyenne à un peu plus des | de leur construction.
2 vaisseaux seront mis en chantier en 1848.
8 seront mises à l’eau en 1847.
2 seront mises à l’eau en 1848.
8 présenteront ensemble ^ d’avancement, c’est-à-dire qu’elles seront en moyenne à plus de moitié de leur construction.
[ 10 ne seront commencées qu’en 1 847 .
2 no seront mises en chantier qu’en
126 vaisseaux à flot.
2 — mis en chantier.
42 frégates à flot.
8 — à moitié de leur construct.
12 — mises en chantier.
Parmi les frégates.
— aux | de leur construction .
(1) Ce nombre doit être réduit à 28, parce que 2 frégates mises à l'eau en 1846 sont inscrites dans cet état de construction.
SÉCURITÉ DU TRAVAIL BN FRANCE. l\ 35
. | 37 corveltes , de 14 à 30 can. à flot. 6 en eonstr.
.. ® 42 bricks do 8 à 20 can. — 3 —
-1 50 bâtiments légers. — 2 —
ajou r. transports. — 2 —
Pour la manœuvre de ces vaisseaux, la France a 29,330 marins à la mer. Voilà notre marine à voile !
Il faut maintenant lui comparer la marine militaire de la Grande-Bretagne. Elle porte dans ses états 118 vaisseaux et 22 en construction, mais il faut défalquer de ce nombre ceux hors de service , qui lui procureraient cependant quelques avantages. Cette défalcation en ferait mettre 40 hors de compte. On trouve donc que l’Angleterre, en 1846, avait :
78 vaisseaux à flot, dont 22 à 3 ponts.
22 vaisseaux en construction, dont 7 à 3 ponts.
54 frégates.,
95 corvettes et bricks.
15 sont armés, dont 4 à 3 ponts.
28, dont 8 à 3 ponts, ont un arme- Parmi les vaisseaux , ment prêt, étiqueté, placé en 8 jours (1).
35 sont en réserve.
(15 sont armées.
6 ont un armement placé en 8 jours.
48 sont en réserve.
(1) Advance ihipi.
Sur cette flotte , l’Angleterre embarque 34,000 marins. Ainsi , en 1848,
Avec 26 vaisseaux à flot et 42 frégates , nous devons soutenir l’effort de 78 vaisseaux et 54 frégates;
Avec 7 vaisseaux et 16 frégates armés , combattre immédiatement 15 vaisseaux et 15 frégates ;
Avec 6 vaisseaux et 2 frégates en commission de rade, combattre 28 vaisseaux et 6 frégates prêts en 8 jours ;
Avec une réserve de 13 vaisseaux et 25 frégates, continuer la lutte contre une réserve de 35 vaisseaux et 48 frégates.
Et il faut noter que les vaisseaux ennemis seraient d’un plus fort échantillon , et porteraient plus de canons. On peut dire que les forces de la France et de l’Angleterre seraient dans le rapport du simple au double.
11 est vrai que nous aurons 20 vaisseaux en construction et que les Anglais n’en ont que 22, non compris les frégates. 11 semble qu’il y ait là à peu près égalité; mais nous avons donné la situation de la France en 1848 et celle de l’Angleterre en 1846. On peut être certain que cette puissance ne restera pas en arrière (1) : déjà à la vue des travaux de nos ports et de l’allocation de 93,000,000 qui a été faite par les chambres et qui doit être dépensé en constructions et approvisionnements, elle s’est émue. Dans la séance du 26 février 1847, M. Ward, en présentant le budget de la marine , exagère à dessein les efforts et la puissance navale de la France, et demande pour le budget de la marine de l’Angleterre une augmentation de 62,284 1. st. (1,557,100 fr.); il re-
(1) En 1847 , l’Angleterre avait augmenté ses armements : 18 vaisseaux et 18 frégates étaient armés.
garde ce chiffre comme à peine suffisant actuellement. « L’augmentation, dit-il , n’est qu’en juste proportion avec l’accroissement qui a lieu dans les marines des autres pays. Loin de penser que mon chiffre soit exagéré , c’est tout au plus , à mon avis , s’il atteint le point où il pourra s’arrêter sûrement, dans l’intérêt du maintien permanent de l’intégrité et de l’honneur de l’Angleterre. » M. Ward annonce ensuite que l’Angleterre aura d’énormes dépenses à faire pour mettre en état respectable ses côtes et les établissements militaires qu’elle a dans toutes les mers, et qu’il est nécessaire qu’elle se presse.
Si la marine à voiles de l’Angleterre est supérieure à la nôtre, sa marine à vapeur ne l’est pas moins.
En 1841, ses bâtiments à vapeur avaient
une force de
1847 elle aura
Les bâtiments français avaient :
En 1846, une force en vapeur de 16,380 chevaux.
En 1847, elle y ajoutera 6,230
Total. . . 22,610
Ainsi la marine de la France est encore à celle de l’Angleterre dans le rapport du simple au double.
Lesbâtiments àvapeurquo l’Angleterre entretiendra à
la mer en 1848 seront au nombre de 80
Ceux de la France au nombre de 58
Non-seulement la flotte anglaise est plus forte que
12,791 chevaux.
celle de la France, mais les ressources que la Grande- Bretagne peut consacrer au budget de la marine sont plus considérables; l’Angleterre est dispensée, par sa position insulaire, d'entretenir une armée semblable à la nôtre. Notre budget de la guerre s’élève à la somme de 331,510,506 francs, notre effectif comprend 336,535 hommes; l’armée anglaise n’a que le tiers de ce chiffre. Pour l’année 1848, elle comptera 108,398 hommes ; la compagnie des Indes entretient en outre 30, 000 hommes ; le total du budgetdelaguerre de la Grande Bretagne s’élève à 160,000,000 fr. Il est donc bien facile à l’Angleterre de doter plus largement sa marine , et elle n’y manque pas quand les circonstances l’exigent. Dans les grandes guerres, ses efforts sont gigantesques : en 1813 , elle dépensait pour sa marine 502,000,000 fr. ; en 1814, elle dépensait 482,000,000 fr.
Dans le document que nous avons cité plus haut , M. Ward tend à faire croire au parlement anglais que le budget de la marine des trois royaumes n’excède celui de la France que d’une somme insignifiante :
11 porte celui do l’Angleterre à la somme de 5,996,000 liv. sterl., soit 150,000,000 fr.
Celui de la France s’élève à 140,000,000
Différenco 10,000,000 fr. ; mais à cette somme il ajoute le 1/7 de 93,000,000 fr. alloués pour approvisionnements et constructions extraordinaires, soit 13,666,000
Il trouve ainsi unesomme supérieure à celle du budget de l’Angleterre et s’élevant à 153,666,000 La vérité est que le budget du la marine
anglaise s’élève à. . . 188,000,000
Mais dans ce budget sont compris les objets suivants, qui ne sont pas placés dans le budget de la France, savoir :
Pensions 17,500,000 fr.
Services des postes. . 14,000,000 Transports de troupes. 6,000,000
37,500,000 ci 37,500,000
Il reste donc
Le budget de la marine de France s’élève à Mais , de cette somme , il faut déduire les sommes suivantes , qui ne sont pas comprises dans le budget de l’Angleterre, savoir s
Dépenses des colonies.
23,000,000 fr.
Travaux hydrauliques.
Artillerie
Transport des troupes
dans les colonies et
en Algérie