‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 22 sur 78 · COMPOSITION DES PRINCIPES ÉLABORÉS PAR LES PLANTES · texte numérisé non relu

COMPOSITION DES PRINCIPES ÉLABORÉS PAR LES PLANTES

Dès la première période de la vie végétale, pendant la germination , les principes immédiats . qui constituent la graine, sont détruits ou modifiés. En développant ses organes, la jeune plante crée de nouvelles matières qui s'ajoutent aux tissus déjà existants pour les compléter ou les étendre. Afin de se rendre compte des productions ou des transformations qui s'opèrent dans Torganisme, il convient d.etudier d'abord la nature intime et les caractères généraux des matériaux qui en font partie. Malheureusement, dans Tétat actuel de la science, cette étude est encore peu avancée ; et malgré les efforts de la physiologie chimique, tentés dans ces derniers temps, il reste encore de nombreuses et importantes questions à ré soudre.

Le carbone, l'hydrc^ène, Tasote, réunis dans quelques cas à de faibles quantités de soufre ou de pho»-* phore, sont les seuls éléments dont la nature dispose pour créer cette variété presque infinie de substances végétales, si différentes par leurs propriétés, par leurs

usages. Dans Faliment qui entretient la vie des animaux, comme dans le poison actif qui la détruit, on retrouve toujours ces mêmes corps élémentaires, associés dans les proportions les plus diverses.

On peut diviser les principes immédiats du règne végéta), en trois groupes, si on a égard au nombre des éléments qui les constituent en corps :

V Les corps quaternaires y contenant : carbone, hydrogène, oxygène, azote ;

2** Ternaires , contenant : carbone , hydrogène , oxygène ;

3"" Binaires j contenant : carbone et hydrogène, ou carbone et oxygène, ou carbone et azote.

C'est par l'examen des principes immédiats des graines, qu'il convient d'aborder l'étude de la composition des végétaux ; d'autant plus, que nous retrouverons ces mêmes principes répandus dans les organes des plantes. Dès lors, une fois que nous aurons bien établi leurs propriétés et leur composition élémentaire, il suffira de les signaler là où ils peuvent se rencontrer dans l'organisme.

§ i. — Principe* amotés quateriialres des fêgéirnuK.

On savait depuis fort longtemps que plusieurs semences contenaient de l'azote, par la raison qu'on pouvait en extraire des matières azotées à peu près semblables à celles qu'on retire des tissus des animaux. M, Gay-Lussac énonça ce fait de Iji manière la

plus générale, en établissant que toute semence renferme un principe abondant en azote (I).

Les matières animales azotées donnent , quand on les chauffe en yase clos, un produit ammoniacal. Or pour se convaincre de la généralité du principe posé par M. Gay-Lu8sac, il suffit de soumettre à la même opération une semence quelconque.

À la vérité, on n'obtient pas toujours immédiatement une liqueur ammoniacale ; le riz, par exemple, quand il est chauffé dans une cornue, donne un produit à réaction acide ; mais il est facile d'y démontrer laprésencede l'ammoniaque par l'addition de la chaux qui met à l'instant même l'alcali volatil en liberté. Les pois, les haricots, en un mot toutesles légumineuses jusqu'ici essayées, produisent directement une liqueur à réaction très-alcaline. Ces différences dans les produits de la distillation sèche des graines s'expliquent très-naturellement. Âbstractiqn faite de l'enveloppe , on peut considérer une graine comme formée de deux parties ; l'une non azotée , ayant une composition ternaire, et fournissant par l'action de la chaleur un liquide à réaction acide ; l'autre, de composition quaternaire, azotée par conséquent et donnant une liqueur ammoniacale, en sorte que la réaction acide ou alcaline du produit dépend réellement de la prédominance de Tune de ces deux parties sur l'autre.

La substance animalisée s'extrait assez facilement

{!) Gay-Lussac, .annales de CMmie et de Physique^ L LUI, p. i!0, 2* série.

de certaines semences, aussi la connait-on depuis fort longtemps. Dans le froment cette substance s'y trouve sous des états sensiblement différents.

Sij après avoir formé une pâte avec delà farine de blé, on la soumet à l'action d'un mince filet d'eau ^ en ayant soin de la malaxer continuellement, l'amidon est entraîné par le lavage ; et il reste dans les mains de l'opérateur une matière gris&tre, très-élastique, d'une odeur fade toute particulière : c'est le gluten- des chimistes. Par cette simple manipulation, on fait une analyse imparfaite sans doute, mais qui suffit dans beaucoup de cas, pour apprécier la qualité de la farine sous le rapport de sa richesse en gluten, substance que l'on considère avec raison comme la partie essentielle des éléments nutritifs qui entrent dans la ferine des céréales.

L'eau de lavage, après avoir passé sur le gluten, ne tarde pas à s'éclaircir, en laissant déposer la fécule accompagnée de quelques lambeaux de la matière animalisée. Si, après avoir décanté cette liqueur éclaircie, on la fait bouillir, on voit apparaître desécumes blanches coagulées comme du blanc d'oeuf cuit, et, offrant d'ailleurs les caractères de l'albumine animale. L'eau dans laquelle l'albumine s'est solidifiée, contient nécessairement toutes les substances solubles de laiarine. En l'évaporant, elle laisse des matières analogues à la gomme, et quelques traces de sels.

A l'exception de l'amidon, qui renferme très-peu de matières étrangères, les diverses substances obtenues par le lavage, sont loin d'être à l'état de pureté.

J'ai dit que les graines contiennent toujours des corps gras ; or, dans Topération que je viens de décrire, aucune matière huileuse n'a été mise en évidence. Comme une semblable matière ne saurait se rencontrer en quantité notable dans l'amidon, ni dans les substances solubles dans l'eau , il faut qu'elle reste avec le gluten ; c'est ce qui a lieu , et il est facile de l'enlever, au moyen de l'éther.

Voici, d'après MM. Dumas et Cahours, la composition des principes azotés du froment , desséchés à 140*centig. (1).

Carbone. Hydrogène. Azote. Oiygène, soufre

f t phosphore.

Albumioe 53,2 ' 7,i 16,4 23,d

GlulLnc 53,3 7,2 15,9 23,6

Le soufre et le phosphore ne comptent que pour une très-faible quantité dans le chiffre qui exprime l'oxygène.

Légumine. — On rencontre dans les végétaux, une substance azotée différente des précédentes , que M. Braconnot a signalée le premier dans les graines de la famille des légumineuses. La légumine joue un rôle important dans l'alimentation des animaux. On l'obtient de la manière suivante :

Les semences, préalablement concassées, sont mises à digérer dans l'eau tiède pendant deux ou trois heures. On les écrase ensuite dans un mortier ; sur la pulpe, on verse environ son poids d'eau froide ; après

(I) Damas et Cahours, Annaksde Chimie et de Physique, p. 390, a* série.

une heure de macération, on exprime à travers une toile. Par le repos, le liquide exprimé dépose de la fécule. On passe pour avoir la liqueur entièrement édaircie, et Ton y ajoute peu à peu de l'acide acétique étendu de huit à dix fois son poids d'eau. Par l'addition de l'acide, il se forme un précipité trèsblanc, floconneux, de légumine, qu'on recueille sur un filtre ; on lave avec de l'eau. Après le lavage, la légumine est traitée par l'alcool ; ensuiteon lafaitsécher ; on la pulvérise pour la mettre en digestion dans l'éther, afin delà débarrasser de toute la matière grasse. La précipitation par l'acide acétique doit être faite avec précaution, car un des caractères de la légumine est de se dissoudre dans l'acide acétique d'une certaine force.

La légumine précipitée d'une dissolution concentrée, par l'acide acétique faible, a un aspect nacré , chatoyant. Les moyens que l'on met en usage pour la priver de matière grasseindiquentsuffisammentqu'elle est insoluble dans l'alcool et dans l'éther . L'eau froide dissout, au contraire, la légumine.

Tarleau.

Alabohés vak les plaotes.

Composition de la légumine provenant de diverses

semences (i).

as

S ss

Carbone . .

Hydrogène.

Azote . . • .

Oxygène . .

Sd,8

Ce sont très-probablement ces mêmes composés azotés, ou tout au moins des substances qui en diffè* rent peu^ que Ton trouve réparties dans l'ensemble d'un végétal. Ainsi , selon M. Payen y les liquides nourriciers, en s'élevant depuis les extrémités radicellaires jusqu'aux dernières limites des feuilles , charrient un principe azoté , l'accumulent dans tous les organes naissants , en même temps qu'ils le déposent sur toute l'étendue des conduits qu'ils parcourent. On pouvait alors supposer que dans cette dernière situation, la substance azotée s'associait à d'autres matières à constitution ternaire pour former des membranes et des tissus. Or , dans les organes des nombreusesespèces étudiées sous ce rapport, M. Payen

(I) Dumas et Cahours, Annales de Chimie et de Physique^ t. Vl, p. 423, 3« série.

est parvenu à dissoudre par les alcalis, et à éliminer totalement la substance animalisée, sans produire sur ces organes, la moindre déchirure perceptible au microscope ; d'où il faut bien conclure que si cette substance accompagne partout et toujours les jeunes tissus des plantes, elle n'en fait cependant point partie intégrante (1). Ainsi, la matière animalisée sem* ble garder une sorte d'indépendance vis-à-vis des op^ ganesqui la sécrètent, qui la contiennent ou qui la conduisent ; en un mot, elle parait conserver une sorte de mobilité qui permet son déplacement. Il faut bien qu'il en soit ainsi ; car vers l'époque de la maturité, on voit la substance azotée se porter plus par*ticulièrement vers les organes de la génération, et se condenser pour ainsi dire dans les semences. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'assurer que le trèile, la betterave, le navet, contiennent bien moins d'azote après avoir rendu leurs graines ; et tous les cultivateurs savent que, dans cette condition, les plantes fourragères sont de fort mauvais aliments pour le bétail.

Le cambiurriy celte matière globulo-cellulaire qu'on retrouve constamment là où le végétal tend à former du ligneux, renferme, suivant MM. deMirbeletPayen, le même principe azoté de nature animale, mélangé avec des substances ternaires, dont la composition, comme nous le verrons bientôt, se représente, àtrès-

(1) M. Payea, Mémoire sur les développements des végétaux, p. 42.

peu près, par du carbone et de l'eau (i). A mesure que le tissu cellulaire se développe aux dépens du cambium, les matières animalisées tendent à s'éloigner de l'organe consolidé. Le départ de ces matières lors de l'accroissement des cellules explique trèsbien comment le bois de cœur, dans les vieux arbres, contient à peine quelques millièmes d'azote, quand tous les organes récemment développés en renferment une proportion s'élevant quelquefois à plusieurs centièmes. Â l'aide de l'analyse chimique, il est possible de suivre l'apparition ou Téloignement de la matière azotée: ainsi, dans l'aubier et le bois, on la voi tdiminuer de la périphérie au centre ; on constate encore cette diminution dans les branches, en allant de leur extrémité jusqu'à leur point de jonction avec le tronc.

§ s. — Principes laimédifito à composition temnite.

DB L'AMIDOIC.

L'amidon est renfermé dans les cavités des cellules végétales, sous la forme de petits grains blancs, qui n'offrent aucune structure cristalline.

Dès l'année 1716, Leuwenhœck reconnut que ces grains se présentent sous la forme de globules plus ou moins réguliers. Il crut apercevoir pour chaque globule une enveloppe, une espèce de sac différant par sa nature de la matière qui s'y trouvait con-

(1) De Mirbel et Payen, C(m'pU rendu de V Académie des ScienceSf t. XVI, p. 98.

140 COMPOSITION DES PHINCIPES

tenue. M. Raspail confirma par ses recherches les observations de Leuwenh(Bck ; de plus il chercha à apprécier le diamètre des globules, et arriva à cette conclusion que leur enveloppe est insoluble, et que la partie interne peut seule se dissoudre dans l'eau (i). Depuis, MM. Payen et Persoz ont établi que si réellement les globules d'amidon sont entourés d'un tégument, ce tégument n'existe qu'en quantité à peine appréciable, ne dépassant pas an du poids de ia matière amylacée. Ces premiers travaux furent continués par M. Payen avec un zèle» et une persévérance qui doivent lui assurer la reconnaissance des chimistes et des physiologistes. Il a soumis à l'examen microscopique un très-grand nombre de fécules ; les grains les plus gros qu'il ait observés, sont ceux d'une variété de pomme de terre, du menisperrmim palmatum et de la canna gigantea.

Les globules d'amidon ont souvent une forme d'apparence polyédrique, résultant de la pression qu'ils exercent réciproquement les uns sur les autres, dans les cellules des végétaux. Malgré une grande analogie de forme, les grains d'amidon d'espèces végétales diverses portent cependant une physionomie particulière; mais un caractère commun au plus grand nombre des fécules, c'est de présenter des contours arrondis, lorsque leurs grains se baignent librement

(1) En 1812, Villars, dans un mémoire sur la structure de la pomme de terre, avait déjà évalué le volume des globules de différentes fécules.

ÉLABORÉS PAR LÉS PLAfO'ES. 141

dans un suc aqueux, lorsqu'ils ne sont pas accumulés, comprimés dans plusieurs cellules contiguës.

On a déduit de recherches microscopiques et chimiques, que l'amidon est homogène dans ses propriétés, comme dans sa composition ; que ses globules sont formés de couches concentriques, la couche externe offrant exactement les mêmes caractères que les couches internes (1). Â l'état normal, l'amidon est insoluble dans l'eau, comme dans l'alcool ; il est très-extensibJe, et présente sous l'influence de certains agents une contractilité des plus remarquables.

Les fécules amylacées retiennent l'eau avec beaucoup de force ; la quantité d'eau retenue varie d'ailleurs avec la température à laquelle a été effectuée la dessiccation. Ainsi, la fécule de pomme de terre, humide, poreuse, fortement comprimée, conserve encore 45 pour 0/0 d'eau : c'est la fécule verte des £sUbricants. L'amidon sec est très-hygrométrique : lorsque après une dessiccation préalable on le laisse séjourner dans une atmosphère saturée à i(y centigrades, il contient alors près de 36 p. 0/0 d'eau, et son volume apparent s'accroît dans le rapport de 1 à 1 1/2 : sous cet état Tamidon est d'une blancheur éclatante, et ses grains ont une telle adhérence, qu'ils offrent par leur réunion une masse assez plastique pour recevoir l'empreinte d'un cachet; cependant cet amidon, comprimé sur du papier, ne lui cède pas une trace d'eau visible ; il est trop adhérent pour

(1) Fritzsche, Annales de Poggendorf, t. XXXH, p. 129.

142 COMPOSITION DES PEINaPES

être tamisé ; et quand on le jette sur une plaque chauffée à 1 25"", ses particules se réunissent aussitôt. La fécule du commerce contient 18 p. 0/0 d'eau ; elle est pulvérulente, bien qu'en lacomprimantlégèrement dans la main, il soit possible de la réunir en pelote» Après une dessiccation opérée à la température ordinaire, dans le vide sec, Tamidon ne retient plus que 10 p. 0/0 d'humidité, et il ne faut pas moins qu'une chaleur de HO"" pour le dessécher complètement; l'eau qu'il conserve à cette température appartient à sa constitution, et on ne peut la lui enlever qu'en le combinant avec les bases (1).

MM. CoUin et Gaultier de Glaubry ont découvert un caractère important de l'amidon, celui de donner une. bellô couleur bleue ou violette, par son union avec l'iode (2). Selon M. Payen, la cpuleur est d'autant plus intense, plus rapprochée du bleu pur, plus stable, que l'amidon est mieux agrégé ; l'effet de la désagrégation est de lui communiquer par l'action de l'iode, des nuances violettes virant <le plus en plus au rouge < On voit la même fécule, au premier degré de son agrégation dans les plantes, prendre en présence de l'iode des nuances rougeàtres d'abord, violettes ensuite, et enfin d'un bleu bien déterminé (3). , ,

M. Lassaigne a reconnu une propriété fort cu-

(1) Pi^en, Mémoire cité, p. 88.

^2} CoUin et GauUier de Claubry, Annales de Chimie^ tome XC, p. 92.

(3) Payeo, Mémoire cité, p. 105.

rieuse à la combinaison d'iode et d'amidon ; c'est' que si après avoir déterminé la couleur bleue dans une liqueur amylacée^ on vient à la chauffer è la température de 89^ à 90% la solution se décolore complètement pour reprendre sa teinte primitive par l'effet du refroidissement (1).

Cette propriété que possède l'amidon de bleuir au contact de l'iode, fait que l'un de ces deux corps devient un excellent réactif pour déceler la présence de lanire. Toutefois, comme pour réagir dans cette circonstance l'iode doit se trouver à l'état libre, il est convenable, lorsque la couleur bleue ne se mani-* feste pas dans une solution oii l'on soupçonne de l'iode, et dans laquelle on a introduit de l'amidon, d'ajouter quelques gouttes d'acide sulfurique pour décomposer l'acide hydriodique dans le cas où il pourrait exister.

On sait que si l'on délaye de l'amidon dans de l'eau bouillante, il en résulte de l'empois. Suivant M. Payen, ce changement dans l'état de la fécule est dû à un gonflement, une rupture, une désagrégation de ses grains. En diauffant, par exemple, 1 gramme d'amidon délayé dans 15 grammes d'eau, on reconnaît, i l'aide du microscope, que vers 6(y* cent, les grains les plus jeunes, ceux qui sont doués d'une moindre cohésion, ont absorbé beaucoup d*eau, et que l'expansion des parties internes a produit le déchirement d'un certain nombre de globules; cepen-

^(1) Lassaigne, Journal de Chimie médicak, t. IX, p. 510.

dant^ à ce degré de température, on aperçoit encore des grain.^ de fécule qui n'ont point atteint leur maximum de gonflement, et dont pour ce motif la substance n'est pas encore disséminée dans le liquide ; ce n'est qu'entre 12^* et 100"* cent, que le maximum d'expansion devient général, et c'est alors que l'empois acquiert de la consistance (1).

J'ai exposé précédemment comment on peut extraire l'amidon et le gluten de la farine de froment. La méthode du lavage est passée depuis quelques années dans Tindustrie. Aujourd'hui, en malaxant de la pâte dans de Teau lentement renouvelée, on prépare à la fois, l'amidon dont il se fait une si grande consommation dans les arts, et le gluten qui est maintenant recherché comme un aliment précieux.

Quand on ne se propose pas d'extraire le gluten, on moud grossièrement le grain, que l'on délaye ensuite, dans de grandes cuves ; on a soin d'ajouter une certaine quantité d'eau sûre provenant des opérations précédentes. La matière ainsi délayée éprouve bientôt la fermentation putride, le gluten de froment est détruit^ la liqueur devient acide, et l'amidon se dépose. Au bout d'une quinzaine de jours, on décante le liquide acide, que Ton remplace par de Teau fraîche, et l'on ^ite. Dès que la fécule s'est déposée, on décante de nouveau. On passe alors Tamidon à travers un tamis de crin.

(1) Payeo, Mémoire cité, p. 96

qui retient le son le plus grossier. Après que le nouveau dépôt est opéré, on enlève Teau qui le recouvre ; le son fin que le tamis a laissé passer se trouve à la surface de la couche d'amidon ; il est facile de l'enlever. On délaye encore la matière, et on la jette sur un tamis de soie qui relient les parties les plus ténues du son. On moule en pains l'amidon ainsi purifié, on le fait sécher àJ'air ; et quand il a acquis une consistance convenable, on le concasse en petits fragments pour faciliter sa complète dessiccation.

Fécule de pommes de terre. — On râpe les tubercules, après les avoir nettoyés par des lavages, afin de les débarrasser de la terre adhérente. On jette la pulpe sur un tamis, dans lequel arrive un courant d'eau ; on remue continuellement jusqu'à ce que le liquide devienne limpide. La fécule entraînée se dépose dans des cuves placées au-dessous du tamis. On enlève Teau, et l'on effectue encore deux ou trois lavages par décantation. L'amidon est soumis ensuite à la dessiccation. On pose d'abord les pains de fécule humide sur une aire absorbante , ordinairement formée avec du plâtre. Dans les grandes fabriques, la dessiccation se termine à Tétuve. Les eaux de lavages se putréfient promptement à cause de la matière azotée qu'elles renferment. Ce liquide fétide présentait jusqu'à ces derniers temps un grave inconvénient ; on ne savait comment s'en débarrasser dans les féculeries, lorsque M. Dailly, un de nos praticiens les plus éclairés, eut l'heureuse idée de l'utiliser comme engrais.

Amidon du manihot. — Le manihot donne des racines très-voiumineuseset très-riches en amidon. On les sort de terre peu de temps après que la plante a fleuri ; j^us tard la fécule est moins abondante. Pour en extraire. L'amidon^' on suit exactement le procédé appliqué à la pomme de terre ; mais dans certains cas, il est prudent de multiplier les lavages, car il y a des racints de jatropha dont le suc est des plus Yéné-* neux. Dans l'Amérique méridionale, on distingue le manioc en yuca dvlce (douce) et yuca brava (méchante) ; cette dernière épithète s appliquant au jatropha à suoirénéiieux. Les détin yuca ne sont ccpen^ dant qu'une i seâle etmémé^ espèce; du moins un habile botaniste, M. Goudot, qui a résidé pendant de longues années en Amérique, n'a pu reconnaître auciine dîstinotien spécifique entreces deux variétés. Le pmicipe nuisible de la yuca brava doit être trèsvolatil , ou fecilement destructible par la chaleur, car tm peut manger Impunément la racine après qu'elle a été rôtie ; mais les animaux qui la consomment quand elle est crue, ne tardent pas à éprouver les plus graves accidents.

On prépare rarement de l'amidon avec le jatropha, bien que , dans les régions chaudes, cette racine soit fréquemment employée comme nourriture. C'est de la yuca brava que les Indiens retirent la ccofovey qui remplace le pain dans leur alimentation. Dans lesmis sionsdeBio Meta, un des principaux affluents de l'Orénoque, j'ai vu préparer la cassave de la manière suivante : des femmes déchiraient les racines de manioc.

ÉLABOBtiS PAR LES FUIKIUS. |47

SUT une râpe formée aVec des fragiïients de silex^ enchâssés à la surfaee d'un tronc d'arbre ; la pulpe était mise ensuite à égoutter dans une longue passoire, en forme de boyau, et faite avec Técorce entière provenant du dépouillement d'une espèce de ficus ; le suc égoutté, on ajoutait un peu d'eau pour achever le lavage ; le liquide sortait à peu près clair, sans entraîner une quantité notable d'amidon. Pour cuire la pulpe lavée, et en former des galettes de cassave, on l'élendait sur un plat de terre placé sur le feu ; l'opération était terminée, lorsque la cassave était sèche, et légèrement rôtie à l'extérieur. Le pain de cassave est peu agréable, mais il jouit de la propriété de se conserver pendant longtemps malgré la chaleur et l'humiditë ; aussi, quand on navigue sur les grands fleuves, cet aliment est une provision indispensable.

Amidon de palmiers. — AuxMoluques, aux Philippines, dans les plaines de l'Apure, la moelle de certains palmiers donne une sorte de fécule ; elle est desséchée, et tamisée en forme de grains : c'est le sagou du commerce.

La fécule amylacée, obtenue par les procédés que je viens d'indiquer, n'est pas d'une pureté absolue ; en supposant même que de fréquents lavages l'aient débarrassée de toutes les substances solubles qui peuvent s'y trouver, elle doit encore retenir des matières grasses, des principes azotés, des substances colorantes. On purifie l'amidon en faisant suivre les lava* gesà l'eau, par l'action de l'alcool, de l'acide acétique et de l'ammoniaque. L'amidon, à son plus grand

état de pureté^ et desséché à 100* cent., contient, d'après les analyses de M. Jacquelain :

Carbone 44,9

Hydrogène 6,3

Oxygène 48,8

Par une légère torréfaction , la fécule amylacée subit une notable modification ; elle devient soluble dans l'eau et présente alors les propriétés de la gomme (2). Ainsi torréfiée elle la remplace même dans plusieurs applications ; cependant on ne saurait la confondre avec la gomme, sous le rapport chimique. Les acides agissent avec plus ou moins d'énergie sur l'amidon, en donnant naissance à divers produits ; l'acide nitrique, quand il est affaibli par l'eau, se borne à le dissoudre ; mais à un certain état de concentration, il exerce une action destructive. Dans cette réaction il se forme plusieurs acides, au nombre desquels se rencontre F acide oxalique. En employant de l'acide sulfurique trèsdilué, Kirchhoff est parvenu à changer Tamidon en une matière sucrée analogue à celle qui fait partie du moût de raisin (3). L'opération peut s'exécuter dans une bassine de plomb, d'argent, ou ce qui est préférable, dans des vases de bois, dans lesquels la masse

(1) Jacquelain, Annales de cfûrme et de physique, t. LXXIU, p. tSi, 2* série.

(2) Vaoquelin et Bouillon Lagrange, Bulletin de Pharmacie , l. ni, p. 54.

(3) Kirchhoff, Journal de Physique, t. LXIV, p. 226.

ÉLABOBÉS ?AK LES PLAlfTES. 149

liquide est chauffée par la vapeur. On délaye la fécule dans l'eau aiguisée par de Tacide suifurique. Pour un kilog. d'amidon, on prend 4^kilog. d'eau, contenant 20 grammes d'acide du commerce. On fait bouillir pendant 36 heures, en ayant soin de remplacer l'eau à mesure qu'elle s'évapore ; on agite continuellement avec une spatule, de manière à favoriser la dissolution ; cette précaution est surtout nécessaire au commencement de l'opération. Lorsque l'ébullition est terminée, on sature l'acide par une addition de craie en poudre; on filtre la liqueur à travers une chausse de laine ; on concentre jusqu'à consistance de sirop clair, et on laisse refroidir. Parle refroidissement, il se dépose du sulfate de chaux ; on l'enlève, et Von continue la cuite du sirop jusqu'à ce qu'il ait acquis une consistance convenable.' En augmentant la dose d'acide suifurique, on accélère la transformation de la fécule ; sept à huit heures suffisent quand l'eau contient 1/10 d'acide.

On n'a pas encore donné une explication satisfaisante de la transformation de l'amidon en matière sucrée. L'acide employé ne parait subir aucune modification, on le retrouve tout entier après l'opération. De Saussure croit que la réaction a pour résultat la fixation de l'eau; ainsi, 100 parties de fécule lui ont donné 110,40 parties de sucre (1).

Le gluten exerce sur l'amidon une réaction analogae à celle produite par les acides. Kirchhoff a

(1) Saussure, Bibliothèque Mtamiiqiie, t. LVI, p. 333.

150 COMPOSITION. DES PftUfCmSi

décfmwi.que. sous Tinfluenca des inmtièi^eB azotées qui se Mqicofiiiamit daes la faripe, laféculersé convertit ea «ucre.(^).. On délaya 3 parties df amidon dans 4 parties d'eau froide i^ en ajoutant ensnite 20 parties d'e^u bouillante, il en résukemû empoiB épais, dans lequel on^ introduit nnè partie de ^utcii' séc et en poudre;;oti maintient 1^ médaiige à la température de 60^ centigrades : rempoîs devient 'de plus en {ilus liquide; oi^ peut filtrer au bout deux à>huit heures. En couoentrant^iOn iobtient un sirop au milieu duquel on , aperçoit du < sucre en petits cristaux.- On^t que pendant l'apte dQ4& germination, il se produit de la matière sucrée femènteseible. Rirchhoff a conclu de ses expépences, que cette production de suore est due à la réaction, du. > gluten) sor i'amidon. Une gcaiae germée, le malt d'orge, pac exemple, continue à réagir sur la fécule avec laquelle on le met en présence. C'est un fait bien connu des cultivateurs qui se livrent à la fabrication de Teau-de-vie de pommes de terre.

Avant de soumettre les pommes de terre à la fermentation, on les fait cuire à la vapeur, on les écrase, et 01^ y ajoute 3 p. 0/0 de leur poids d'orge' germéeféduiteen farine. On délaye aveede l'eau diaude, de manière à communiquer à toute la masse une température d'environ 60rà 70? centigrades ; on laisse rqieser pendant deux heures, ensuite on éleiMl d'eau. La maase délayée, si on agit sur 100 kilc^. de pom-

(1) Kirchhoffy Journal de Pharmacie, 1 11, 250.

ÉLABORÉS PAR US rLAM». 151

mes de terrè^ dmt ooatper'ua Moluinf 4'çilvirbii â hectolitres, et conserver une tempérsture de 29 à SS"" centigrades. On ajoute de la levâre de^bièm^ la fermentation dure à peu près trois jours; Par la distillation de 100 kil. de tubercules^ on obtiiant en moyenne 16 litres d'eau de tie à 50f de l'alooo*» grade centésimal (19* de Cartier); Pour la fevmrata^ tion des grains, on emploie un dixième de malt d'orge: LfO mélange de grains crus' et de malt est concassé au moulin ; on forme une pâfte liquide avec dé Teaù chaude , on laisse également reposer pendant deux heures; on étend avec de l'eau, on ajoute de la levure} en un mot , on suit la marche indiquée pour les pommes de terre. AussitAt après la maok*ation du» grain, ou des pommes de terre, on s'aperçoit de la transformation de la fécule ; elle est devenue soluble et posr* sède une saveur sucrée, et cette conversion se continue pendant la fermentation déterminée par la le* vûre de bière.

Ces faits, on le voit, ne sauraient être expliqués par l'expérience de Kirchhoff. Dans la fermentation de la pomme de terre, la masse de fééule à saccharifier est trop considérable, relativement à la quantité de gluten qui peut exister dans l'orge convertie en malt. Déplus, le gluten, dans les grains non germes^ exerce une action à peine appréciable. Le principe qui, dans les opérations précédentes, transforme IV midon en sucre, doit donc se développer durant la germination. Ce point si important de Tart du distillateur a été discuté avec une rare sagacité par M. Du«

brunfaut (1), qui a parfaitement constaté l'action de Forge germée sur la fécule.

Dans un empois assez épais, préparé avec 500 .grammes d'amidon et 4 kilogrammes d'eau à la température de 69'' centigrades, on mit 1 25 grammes d'orge germée et concassée ; après avoir agité le mélange, on le plaça dans une cuve chauffée à SO"" centigrades ; un quart d'heure après, la masse se trouvait entièrement liquéfiée ; déjà elle possédait une saveur douce, qui devint très-sucrée au bout de deux heures. En agissant sur un empois plus fluide que le précédent, M. Dubrunfaut put obtenir par cette même méthode un sirop d'un jaune ambré, qui, laissé dans une étuve, se prit en une masse concrète analogue au sucre d'amidon. En faisant usage d'avoine, de seigle, de froment germes, la liquéfaction de l'empois s'opéra encore, mais moins complètement qu'avec le malt. L'orge crue donna des résultats incomparativement moins satisfaisants que les grains germes : l'empois se liquéfia beaucoup plus lentement, et la saccharification mit aussi plus de temps à se développer. Toutes les expériences tentées par M. Dubrunfaut ont d'ailleurs justifié la pratique, de la préférence qu'elle accorde à l'orge germée, pour disposer les grains ou la fécule à subir la fermentation alcoolique.

Par l'action de l'orge germée, l'amidon en se liquéfiant ne se transforme pas entièrement en sucre ;

(1) Dubrunfaul, Mémoires de la Société royale d'Agriculture, aonée 1823, p. 146.

ÉtABORtiS PAR LES PLANTES. 153

il 7 a des produits distincts à considérer dans cette transformation. Le sirop sucré obtenu en concentrant l'empois liquéfié, renferme du sucre susceptible d'éprouver la fermentation alcoolique et une matière gommeuse, la dextrine. On peut séparer ces deux substances par l'alcool à 84'' centésimaux , qui dissout le sucre et laisse la gomme intacte ; on peut encore faire celte séparation par l'addition de l'alcool dans la dissolution qui renferme les deux matières : la dextrine se rassemble au fond du vase, et le principe sucré reste seul dissous. Les quantités respectives de dextrine et de sucre produites, sont variables, et dépendent à la fois de la température à laquelle on opère, et de la durée de la réaction. Dans la première phase de l'opération, la dextrine domine ; aussi, quand on a en vue la préparation de cette substance, il est avantageux de faire cesser la réaction aussitôt après la liquéfaction de l'empois, après s'être convaincu à l'aide de l'iode , qu'il n'existe plus d'amidon en nature dans la dissolution. On peut donc obtenir à volonté, selon les usages auxquels on le destine, du sirop de fécule plus ou moins riche en principe sucré. Dans tous les cas, on fait usage d'orge germée, séchée à une basse température, moulue, et dans l'état oii les brasseurs l'emploient ; il en faut de 5 à 10 parties pour réagir sur 100 parties de fécule. On met dans une chaudière 400 kilo g. d'eau, en supposant que l'on opère sur 100 kilo g. d'amidon : quand la température est portée à environ 27* centigrades , on délaye la farine

ïSI COMPOSITION DBS PRINCIPES

d'ôf^e fermée ; on chauffe jusqu'à 40^ centigrades; on introduit alors la fécule, en agitant continuellement la masse avec un râfcje de bois. On ^'applique à maintenir la température entre OB'" et 90^ centigrades ; il ne faut pas dépasser l^^'é Au bout d'une dem^ heure, le liquide s'éclaircitJldeYient liquide comme de l'eau. Alors on élève rapidement la température à 90"* ou lOO"" ; on laisse reposer; on filtre et on éva* pore rapidement, en ayant soin de retirer les écu-* mes. La liqueur est suffisamment concentrée quand elle s'échappe de l'écumoire en une lai^ nap* pet On verse le sirop dans des récipients où, par le refroidissement, il se prend en une gelée opaque. Pour préparer la dextrine sèche, on étend le sirop en couches minces à l'air, dans un séchoir. Quand on se propose d'obtenir un sirop de dextrine plus riche en principe sucré, tel que celui qui sert à la fabrication des liqueurs alcooliques, au sucrage des vins de qua** lités très-inférieures, on opère comme il a été dit, jusqu'au moment oti la fécule est devenue soluble : à cette époque, on entretient la température dé la masse entre 65" et 70*, pendant trois ou quatre heu. res, et c*est alors seulement qu'on porte la chaleur à 99* ou 100% On achève d'ailleurs l'opération exactement de la même manière (1).

M. Dubrunfaut a observé que le sirop de dextrine contient d'autant plus de sucre, que l'amidon se

(1) Payen et Persoz, Annales de Chimie et de Physique, l. LUI, p. 73, 2* série.

ÉLABORÉS PAK- LES l»LAN8ES. 1 55^

Umhrefdélayé^aBé iine plus grande quaMité d'éau; tontei^ ks antres drcoQsta&ees restant d'ailleurs les mêmes. En employant 45 parties d'eau et 25 d*orge germée pour une paortie de fSécule, cet habile maiiu^ fiGK^turier est parvenu à tranirfbnner en stacre les^flO de l'amidon (1). '

Dextrinepure. — Le moyen employé pour débarrasser la dextrine du sucre qui l'accompagne ordinairement, consBta à précipiter le sirop de fëcule préalablement dissous dans l'alcool faible, par de l'alcool' très-peu aqueux : la dextrine se sépare ; en réitérant huit ou dix fois de suite la dissolution et la précipitation, on parvient à l'obtenir entièrement pure. Amenée à cet état, elle se dessèche facilement quand on retend en couches de peu d'épaisseur, et elle n'adhère aucunement à la surface de la porcelaine ou du T^re, ce qui n'arrive pas quand elle retient du principe sucré (2). La dextrine fortement desséchée et réduite en poudre, pèse spécifiquement 1 ,51. La densité de l'amidon pur est 1,51, celle du sucre de fécule 1,61 (3).

La dexttine séchée à 1 OO*" centigrades contient :

Carbone 44,3

Hydrogène 6,0

Oxygène 49,7 î

(1) Guérin. Annales de Chimie, t. LX, p. 42, 2* série.

(2) Payen, Mémoire cilé, p. 15i.

(3) Idem, p. 169.

(4) Idem, p. 157.

composition identique avec celle de l'amidon.

Nous avons vu que l'eau aiguisée d'acide sulfurique transforme l'amidon en matière sucrée, et que sous ce rapport l'acide se comporte comme le fait l'oi^e germée. Gomme l'orge germée, l'acide fait d'abord passer la fécule à l'état de dextrine ; et en arrêtant à temps la réaction, il est possible d'obtenir cette substance, ainsi que l'ont démontré MM. Biot et Persoz (1). Qu'on triture, par exemple, de l'amidon avec de l'acide sulfurique concentré : si on délaye ensuite le magma avec la moitié de son volume d'eau, et qu^on le laisse en repos pendant une heure, on peut, au moyen de l'alcool, précipiter la presque totalité de l'amidon employé, à l'état de dextrine.

M. Payen a fait la remarque que l'amidon ne se rencontre jamais dans les tissus végétaux qui sont à l'état rudimentaire; les radicelles, les bourgeons foliacés, l'intérieur des ovules, en sont dépourvus. L'amidon ne se trouve pas davantage dans l'épiderme, dans les premières cellules des tissus sous-adjacents. Ce principe immédiat semble exclu des parties du végétal qui sont le plus directement exposées aux agents atmosphériques : on ne le rencontre qu'à une certaine profondeur, et les globules qui constituent l'amidon, augmentent en nombre et en volume dans les cellules les plus éloignées de la superficie. Les organes souterrains des plantes , certaines bulbes, la

(1) Biol et Persoz, Annales de Chimie et de Physique, t. LU, p. 73, 2* série.

ÉLABORÉS PAR LES PLAl^K. 157

plupart des tubercules, sout ordinairement riches en fécule amylacée. On dirait que la lumière modifie à l'instant même cette substance, lorsqu'elle est soumise à l'influence vitale, et qu'elle ne se conserve que dans l'obscurité.

Sur les globules de certaines fécules, on aperçoit un point ou hile qui, selon quelques observateurs, servirait à fixer chaque globule aux parois des cellules qui renferment l'amidon. U arrive souvent que le hile ne peul être distingué, même à l'aide des microscopes les plus puissants ; et, pour le mettre en évidence, il faut avoir recours à la dessiccation qui , en faisant éprouver un retrait à la masse globuleuse, laisse en saillie la partie qui porte le hile, à cause de sa plus forte cohésion. M. Payen ne pense pas que le hile soit un point d'attache permanent , qui lie le grain de fécule aux parois intérieures de la cellule. II le considère comme étant l'orifice du conduit par lequel l'accroissement s'est effectué par intussusception. Pour appuyer cette opinion, M. Payen fait observer que dans un grand nombre de cellules végétales, particulièrement dans celles des pommes de terre, des rhizomes, les globules d'amidon se développent en quantité telle, qu'il est vraiment impossible que chacun d'eux soit uni directement à la paroi interne delà cellule (1).

(I) Payen, Mémoire cité, p. 1S3.

J58 GOMPOsrrîoif ws vkbscwb^

L'inuline, découverte par Rose dans Vinula hde^ nium, présente certaines analogies avec l'amidon. Cette, espèce de fécule constitue la plus ^nde partie de la matière solide des tubercules du topinambour et du/dahlia. L'inuline se dissout dans Téau bouillante* pairik refroidissement elle se 4épô6é en globule^; (^, vus ;au microscope, paraispenft diaphanes, adhéoents, et réunis en chapêlete. Quand on soumet dé riftuline sèche, enfermée dans> un tube, à la t«ktapé^ rature^ die 168", elle fond complètement; par cette fiiçion> i^lle acquia-t de nourelles propriétés, die est 9locS)Soluble dans l'eau froide et dans l'acobl.

Lf'inuliQe est transformée en dextrine et en sucre p*r les acides minéraux; rafais elle possède certaines propriétés qui permettent de la distinguer de la fé-* Cule.amylacée.D'aboréi'iode ne la Colore pas; ensuite^ i'acide acétique qui: n'exerce aticune réaction sur l'amidon, se comporte aveé l'itouliné exactement comme le font les acides sulftkriqtfe, phosphorique, et hydrochlorique ; en«n l'ol^ge gertfiée, dont la réaction sur la fécule est si prompte et Si énergique, ne lui fait subir aucune modification ; il est donc facile de séparer cesi deux substances lorsqu'elles soiil mélangées (1). t . . f -

M. Payen a analysé l'inuline séchée à 105* cent., et après avoir été fondue à ^QS\ Sous ces deux états, elle présente la même con^)osition :

W Payen, Mémoire cilé, p. 175.

ÉLABORAS PAE USS PLANTES. 159

Innlioe à TéUt normaU loolioe fondae.

Carbone 44,ê 44,6

Hydrogène 6,1 6,2

Oxygène 49,3 49,2

iOO,0 100,0

On voit que c'est exactement la composition de l'amidon et de la dextrine.

On peut extraire Tinuline de l'année ; il suffit de faire bouillir la racine de cette plante dans trois ou quatre fois son poids d'eau ; par le refroidissement de la liqueur, rinuHnese précipité. Àihsi obtenue, elle est blanche, pulvérulente, et ressemble à l'amidon.

Du UGlfBirX IT Dl L^ CBLLOLOSB.

La partie la plus solide des plantes, celle qui en forme en quelque sorte le squelette, est le bois] dans les arbres, et la fibre ligneuse dans les plantes her« bacées. On a cru pendant longtemps que Fou pouvait obtenir le ligneux chimiquement pur, en traitant les bois réduits en poudre fine, par divers agents ayant la faculté de dissoudre les matières gommeuses, résineuses et salines, qui s'y trouvent le plus communément associées. Mais dans ces derniers temps, on a fait voir que le ligneux ainsi préparé est formé réellement de deux substances ayant chacune une composition et des propriétés différentes. L'une, la ceU^thse, constitue le tissu des bois et de tous les organes des plantes ; l'autre, le ligneux proprement dit, remplit, consolide en quelque façon les cellules. Cette dîstinc-

tion entre ces deux éléments essentiels à la constitution des bois fut d'abord établie d'une manière trèsprécise par M. Mohl ; mais c'est M. Payen qui a fixé l'opinion des chimistes et des physiologistes sur la véritable nature de ces principes (1).

En traitant par différents dissolvants le tissu végétal naissant, encore à l'état gélatineux, comme les ovulesnon fécondés des amandes, des abricotiers, etc. , les poils du coton, la matière membraneuse du cambium , des concombres, les radicelles^ les feuilles, les bois, etc. , M. Payen s^est procuré la cellulose à l'état de pureté, et présentant une composition élémentaire presque identique, comme on peut le voir dans les analyses suivantes :

Composition de la cellalose desséchée à 160o,

Carbon.

BjdrfgèML

Oij^tee.

Des ovules de l'amandier

Des ovules du poirier et du pommier. De l'helianlhus aunnus

Moelle de sureau

Colon épuré deux fois

Cellulose des feuilles de chicorée endive Des Irachces du bananier

Du tissu intérieur de feu il les de l'agave.

Colon du peuplier de Virginie

Membranes purifiées du cœur de chêne.

Cellulose extraite du bois de sapin. . . Périsperme du phylelephas

Cellulose des champignons de couches.

Ainsi le tissu primitif, le squelette du bois, est en-

(0 Dumas, ComfOes rendus de V Académie des Sciences, l. VUf. p. 53.

core isomère avec l'amidon ; de là part des acides minéraux, la cellulose éprouve d'ailleurs une modification qui la rapproche encore de la fécule amylacée, car en la traitant par l'acide sulfurique on la transforme en dextrine et en sucre. . , La composition de la cellulose diffère donc considérablement du ligneux obtenu du bois à l'aide des disâolvants; en effet, le ligneux considéré comme pur contient :

Ligneux pzirail : do bois de chêne du boU de bâlre.

du buifl

du saule

du cbône

to«

AVALYSTES.

Gay-Lu8sac elThénard.

Gay-Lussac el Th^'uard.

Prout.

Prou t.

Payen.

Le bois à l'état normal renferme donc plus de carbone que le ligneux obtenu par voie de purification, et cette dernière substance est aussi pluô riche en carbone que la cellulose qui en fait nécessairement partie. Dans le ligneux purifié, la cellulose est évidemment associée à un principe qui remplit ses cellules, qui Yincruste^ et c'est à cette matière que M . Payen a donné le nom de matière incrustante ; c'est le ligneux proprement dit, c'est le corps qui communique au bois sa duretjé, sa ténacité. Il domine dans les bois durs, dans les noyaux ; il répond au duramen des physiologistes. La matière incrustante constitue

presque en totalité les concrétions qu'on observe dans les poires pierreuses, dans le liège, et qui sont assez dures pour émousser les instruments tranchants. Comme cette matière incrustante est fragile, elle peut être broyée et il devient possible de la séparer du tissu qui l'environne, parce que ce dernier se déchire en fibres sous le pilon ; par le tamis, on peut obtenir la matière incrustante à peu près à l'état de pureté : il suffit de la traiter par l'alcool, par l'éther, pour lui enlever les substances grasses ou résineuses. D'après l'analyse de M. Payen, le ligneux exempt de cellulose contient :

Carbone 53,8

Hydrogène. 6,0

Oxygène 40,2

iOO.O (i)

Abstraction faite des matières résineuses, des sub* stances solubles dans l'eau, les tissus végétaux doivent nécessairement présenter une composition élémentaire comprise entre celle de la cellulose et celle du ligneux : ce sont là les limites extrêmes; et la composition de ces tissus sera d'autant plus riche en carbone, qu'ils contiendront moins de cellulose. La matière incrustante étant soluble dans les lessives alcalines, c'est en traitant les tissus ligneux par la soude ou la potasse qu'on parvient à se procurer la cellulose, beaucoup moins attaquable par ces agents.

Ces faits relatifs à la constitution chimique dos bois

(1) Paycn. Comptes rmius d^ VAcadrmie des Sciences, l. VIII. p. i60

corroborent les obsenrations antérieures recueillies par les physiologistes. C'est ainsi que l'on comprend mieux maintenant les changements que subissent les cellules végétales à mesure qu'elles s'accroissent et vieillissent : c'est par l'apparition de la matière ligneuse incrustante que leurs parois, d'abord minces, trans* parentes, incolores, s'épaississent, deviennent opaques et acquièrent de la consistance. En opérant des dissections, à l'aide de moyens purement chimiques, H. Payen s'est assuré que les tissus de tous les végétaux phanérogames ou cryptogames peuvent être ramenés à une substance unique, la cellulose, ayant une composition invariable et formant les utricules du tissu cellulaire. Cette matière se trouve à peu près à l'état isolé, dans les parois épaissies des cellules de plusieurs périspermes, tels que ceux du dattier, du dracaena. Il résulte des recherches microscopiques entreprises par MM. Payen et Adolphe Brongniart, que les matières ajoutées aux jeunes cellules ne se déposent pas sur la face interne de leurs parois, mais qu'elles pénètrent et s'insinuent dans leur tissu. Le rapport de la cellulose au ligneux, dans le développement des parois des cellules, varie nécessairement dans des limites fort étendues, puisque certains périspermes ne renferment que de la cellulose pure, tandis que les concrétions pierreuses de la poire et du liège sont composées presque en totalité de ligneux incrustant (1).

(4) Adolphe Brongniarl, Comptes rendus de V Académie drs Sciences, l X, p. 9ii.

164 COMPOSITION DES PBINCIPES

Le bois, dans l'acception la plus ordinaire de ce mot, est la partie solide du (ronc et des branches ; ses propriétés, ses usages, varient avec les espèces végélides qui le produisent. Le bois est plus dense que Teau ; et s'il est vrai qu'il flotte, quand il est en morceaux, cela provient de l'air qui en remplit les pores. La sciure de bois, la râpure de liège, descendent au fond de l'eau dès qu'elles sont sufiisamment imbibées, quand l'air a été expulsé. La pesanteur ^cifiquedes bois blancs réduits en poudre, comme ceux de l'éra- Ueetdu sapin, est de 1,46; les essences les plus loui^ des, comme le chêne et le hêtre, pèsent 1,53 (I). Par la raison ci-^dessus indiquée, un volume de bois pris en niasse pèse quelquefois moins qu'un égal volume d'eau.

B«béII(« de dlir^renl* boi*) détormlnéca par Brliton.

iraluer le poids des blocs dont on connaît le volume ; mais quand on cube des bûches superposées, la densité réelle n'est plus d'aucune utilité dans la pratique. En moyenne, on établit que le stère de : Chêne, hêtre, bouleau en grosses

bûches, pèse ; . 450 kïl.

Sapin en grosses bûches. . . . . . 325

Chêne ou tremble de charbonnage. . 225 Toutefois on ne doit pas perdre de vue que Tàge, le climat, la nature du sol ont de l'influence sur la pesanteur spécifique d'une même espèce de bois (f ). Le bois, suivant les usages auxquels on le destine, se distingue en bois de chauffage, de construction, de teinture.

Immédiatement après leur abattage , les bois renferment encore une proportion d'eau considérable. D'après les expériences de Marcus^BuU, sur 100 parties de bois vert soumises à la dessiccation à 100"*,^

Le noyer perd 37,5 parties.

Le chêne blanc 41

Lerable 48

En moyenne, on estime à 40 pour 100 l'eau contenue dans les bois verts. Par une exposition à l'air durant 8 à 10 mois, ils perdent, en séchant, 25 pour 100 de leur poids initial :. c'est généralement dans cette condition que l'on emploie les bois comme combustibles. L'on voit qu'ils retiennent encore environ un quart de leur poids en eau, non-seulement ne

(1) Dumas, Traité de Chimie , l. I, p. 549.

166 COMPOSITION DBS PRINCIPES

concourant pas à produire de la chaleur, mais en dépensant au contraire une grande quantité pour passer à l'état de vapeur. Il y a donc un intérêt réel à n'em» ployer pour le chauffage que des bois suffisamment secs ; l'avantage en est tellement évident, que dans certaines usines on fait sécher dans des étuves le bois destiné à produire une chaleur intense (1),

De nombreuses analyses publiées par M. Chevandier dans un important travail d'économie forestière, font connaître la composition des divers bois. Chacun des échantillons était scié transversalement, de ma* nièreà ce que la sciureprésentàtdesquantités d'écorce, d'aubier, etc., proportionnelles à celles contenues dans l'arbre. Les sciures analysées ont été desséchées dans le vide, à la température de 140*.

ComposItloM mo7eMiie des bols 9 eeMdres dédaltes.

DÉSIGNATION

DBS BOIS.

Hèlre

Chêne

Bouleau

Tremble

Saule

Fagots de hèlre..

Fagolsde chêne..

Fagots de bouleau.

Fagots de tremble.

Fagots de saule. . .

CarktM.

Ij4rt|èie.

Oijgtif.

iittt.

(MmcMlmcfl

dans 4M4«Wt

Les bois contenant du carbone, d^Thydrc^ène et

(1) Péclet, Traité de la Chaleur, 1. 1, p. 459. !■* édition.

de Toxygène, dans de telles proportions que les produits définitifs de sa combustion peuvent être représentés par de l'acide carbonique et de l'eau, la chaleur dégagée pendant cette combustion dérive nécessairement de l'union des éléments combustibles du bois avec l'oxygène dé l'atmosphère. Or , dans le cas particulier, l'hydrogène se trouvant déjà en présence avec la proportion d'oxygène exigée pour sa combustion, on peut le considérer comme brûlé , vu l'état de condensation où se trouve l'oxygène. La chaleur produite par le bois dépend donc , à très-peu près, de la quantité de carbone qu'il contient.

Les physiciens sont convenus d'appeler unité de chaleur, la quantité de chaleur nécessaire pour élever d'un degré du thermomètre centigrade , un kilogramme d'eau. Cette unité est désignée par le nom de calorie (1). Ceci posé, on comprendra facilement la table suivante dans laquelle sont consignés les résultats des expériences entreprises par Rumford, pour évaluer le pouvoir calorifique de diverses espèces de bois ; ainsi, puisque 1 kilog. de tilleul a développé 3460 unités de chaleur, il s'ensuit que cette quantité de combustible serait capable d'élever de 1* centigrade , de porter, par exemple, de 10* à 11* centigrades, 3460 kilog. d'eau.

(I) Péclet, Traité de la Chaleur, 1. 1, p. 156.

168 COHPOSmON DES PRINCIPES

Chalaar défaite p>r la coubasUaa d'an kll«cn de bola (1).

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