‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 24 sur 78 · DIAMÈTRE · texte numérisé non relu

DIAMÈTRE

ordinaire.

ceotimctret.

(I) Gourlier, Dictionnaire de l'industrie manufacturière^ l. H, p. 400.

Ce sont là les renseignemenls que Ton possède sur les arbres européens parvenus au point de développement convenable pour être abattus. Les circonstances de sol étant égales, ces dimensions dépendent particulièrement de l'âge ; mais les mêmes espèces acquièrent quelquefois un accroissement extraordinaire, et je crois devoir réunir dans ce chapitre, les principaux faits recueillis sur la longévité et les dimensions auxquelles certains arbres peuvent parvenir.

Tout le monde a pu se convaincre de la rapidité avec laquelle croissent les arbres .pendant leur jeunesse; mais cette croissance a-t elle une limite bien déterminée ? et ea approchant de cette limite , l'accroissement diminue-t-il comme cela arrive chez les animaux? Nous avons reconnu que, dans les climats où la végétation reste suspendue pendant une partie de Tannée, l'augmentation du diamètre des arbres se fait périodiquement, par l'addition d'une couche concentrique de ligneux; de sorte qu'il est possible de juger de l'âge d'un arbre dicotylédone, par le nombre de ces couches concentriques , comptées à partir de l'axe du tronc.

Pour constater la valeur de l'accroissement des couches ligneuses aux époques diverses de la vie végétale, de Gandolle a mesuré leur épaisseur; et il a vu que si l'augmentation annuelle du ligneux offre une certaine régularité, cette régularité est cependant loin d'être absolue, même pour une espèce unique. Le chêne présente surtout des anomalies frappantes : ainsi un tronc dont la croissance en diamètre avait eu

lieu avec lenteur, a crû plus rapidement en vieillis* sant. Ce savant botaniste a observé de jeunes arbres de la même espèce, dont la croissance, d'abord trèslente , s'est ensuite accélérée pour se ralentir durant une troisième . période de leur existence. De l'ensemble de ces observations, de Candqlle conclut : que les ai'bres les plus communs en Europe croissent avec une certaine rapidité jusqu'à l'âge de cinquante à soixante-dix ans; et qu'à partir de cette époque, leur accroissement en devenant moins prorapt , reste régulier jusqu'à l'extrême vieillesse. Suivant cet observateur, les inégalités de développement qu'on remarque dans les couches ligneuses seraient dues à ce que la moyenne des racines de l'arbre aurait pénétré dans des zones de bons ou de mauvais terrains ; ou bien encore à cette autre circonstance, que l'individu sur lequel on porte les mesures, aurait été débarrassé du voisinage d'arbres qui avaient crû dans le même sol. Quant à la diminution constante dans l'accroissement des couches ligneuses que les arbres éprouvent toujours lorsqu'ils sont arrivés à un âge déterminé, de CandoUe en verrait la cause, et dans la plus grande profondeur à laquelle seraient parvenues les racines, qui, plus éloignées de l'air, prospéreraient moins ; et à l'obstacle matériel que l'écorce, à la fois plus vieille, plus sèche et plus résistante , opposerait au développement du tronc. M. Knight assure , par exemple , que de vieux poiriers , après qu'ils eurent été débarrassés de la partie extérieure de leur écorce, formèrent plus de bois dans l'espace de Beux étés ,

174 coMPOsmoM des principes

qu'ils n'en avaient créé durant les vingt ans qui précédèrent cette opération (1).

Dans les climats équinoxiaux, les forêts produisent une multitude d'arbres gigantesques, et dont un trèsgrand nombre pourraient être utilisés ; malheureusement, les renseignements positifs que nous possédons sur les bois de ces régions sont fort incomplets. La consommation du bois de charpente est nécessairement restreinte, dans des pays où une population peu considérable est répandue sur la surface immense ' d'un territoire dont les voies de communication sont difficiles ; aussi, dans le plus grand nombre de localités, on emploie les essences que Ton a sous la main ; cependant dans les villes , où déjà il faut aller chercher des matériaux à une certaine distance, l'expérience a indiqué ceux dont les qualités offrent une compensation aux dépenses occasionnées par leurs transports. Dans la Nueva Granada on fait souvent usage dans les constructions et pour la confection des meubles, du dioma^e (yastronium graveolens?), connu dans le commerce sous le nom de bois de Sainte- Marthe. On le recherche pour sa dureté; en beauté il surpasse l'acajou; sa couleur est plus foncée. Comme dans tous les bois très-durs, l'aubier du diomate présente une teinte très-différente de celle du cœur, qui est rouge et nuancée de veines fortement colorées, surtout dans la proximité des nœuds. M . Goudot a mesuré un tronc de cet arbre, qui avait 1",6 de

(i) De Cairtolle, Physiologie végétale, p. 975.

diamètre, l'aubier compris, et 32 centimètres en bois de cceur. On Yoit des clochers d'alises formés ayec des poutres de diomate^ qui résistent aux intempéries depuis plus d'un siècle. Cet arbre croit dans les terrains arides des régions les plus chaudes. U est rare de l'observer à une élévation de 450 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le cèdron {cedrela odorata), sans doute à cause de son odeur aromatique, n'est jamais attaqué par les insectes ; cette précieuse propriété fait qu'il est trèsestimé comme charpente, ou comme bois de menuiserie ; la plupart des canots avec lesquels on navigue sur les grands fleuves, sont taillés dans des blocs de cet arbre ; on en fait aussi des ustensiles de ménage^ des plats {paieas) pour les laveurs d'or et de platine. Le cèdron prend un développement considérable ; M. Goudot en a mesuré un dans la forêt du Quindiu^ qui avait 46 mètres de ha,uteur, et i'^yO de diamètre. Dans les montagnes, cet arbre occupe une zone beaucoup plus large que le diomate ; on le trouve entre 1,000 et 2,000 mètres d'élévation absolue*: circonstance qui , d'après mes observations, donnerait comme limites extrêmes de la température des lieux qu'il habile, 19* à 24"* centigrades.

Lenogal (juglans...?) produit un bois très-apprécié dans l'ébénisterie. Il .croit dans les Cordillières, à des hauteurs comprises entre 2,000 et 3,000 mètres. (Temp. 20* à 14" centigrades.) Le bois dunogal est d'un brun assez foncé rappelant la couleur du noyer d'Europe

Vescobo est fort abondant dans les régions tempérées des montagnes ; il appartient à la famille des laurinées; on en fait des planches et des poutres ; son bois se détériore assez promptement. Le pino {tcutus montana de Wildenow) est un des grands arbres qui se rencontrent sur les sommets des Andes^ à 3,000 et 3,500 mètres de hauteur; il donne des charpentes de bonne qualité.

Varayan, le gnayacan {myrthicœ)^ fournissent des bois très-utiles, très-durs, susceptibles de prendre un poli parfait. Ils conviennent particulièrement pour faire les cylindres des moulins à sucre. Le caracoli {anacardium caracoli) y les figuiers {iguerones), sont des arbres qui atteignent une hauteur et une grosseur extraordinaires; leur bois est blanc, léger, de peu de durée; on en fait de canots, des grands réservoirs pour entreposer le jus de la canne à sucre. Divers arbres qui appartiennent aux ardisiacoBj rutaceœ^ saxi^ fragŒj salicarœ, etc., fournissent aussi des bois de construction, plus ou moins estimés.

Sous les tropiques, les arbres offrent souvent un luxe de végétation qui frappe d'étonnement les voyageurs européens. Dans la vallée de la Magdalena, à San-Luis, près Ibagué, M.Goudot a vu un ceiba [bombox penlandrum)^ âgé d'environ soixante ans, dont le tronc a 8 mètres de circonférence, le feuillage couvre une surface circulaire de 39 mètres de diamètre : c'est àFombre de ce ceiba que se tient le marché du village.

Les belles vallées d'Aragua, dans Venezuela, pos-

sèdent un arbre d'une grande célébrité : c'est le fameux zamang del guayre, qu'on aperçoit à plus d'une lieue de distance, et à l'ombre duquel je me suis reposé; le 24 janvier 1823, en allant de Turmero àMaracay. Selon M. deHumboldt, le zamang est une belle espèce de mimosa; ses branches forment une cime hémisphérique de 1 87 mètres de circonférence ; elles s'étendent comme un vaste parasol, et inclinent vers la terre dont leurs extrémités restent éloignées de 3 à 5 mètres; le tronc de cet arbre extraordinaire a lO'^^S de hauteur, et 2",9 de diamètre. Le zamang, par les souvenirs qui s'y rattachent, est un objet de vénération pour les Indiens ; depuis qu'on l'observe avec attention, cet arbre ne parait pas avoir changé d'aspect ; les premiers conquérants de Venezuela semblent l'avoir trouvé dans le même état où il est aujourd'hui (1). A l'époque où M. de Humboldt mesurait le zamang de Turmero, un c^té de son branchage était entièrement dépouillé de feuiUes ; vingt ans plus tard, je l'ai trouvé complètement vert, mais les feuilles des branches exposées au sud étaient moins abondantes, moins vigoureuses que les autres.

Au Mexique, dans la ville de Toluca, Varboldemanit(xs {cheiro$temon)j révéré par les indigènes à cauFCî de son antiquité, serait, d'après la tradition, antérieur à la conquête (2) .

(1) Humboldt, Voyage aux régions équinoxialeSj t. V, p. 140.

(2) De Caadolle, Physiologie, p. 986.

178 COMPOSITION DBS PaiNCIPES

Le dragonnier d'Orotaya est aujourd'hui l'un des plus anciens monuments du monde. M. de Humboldt lui donne 5",2 de diamètre. Sa hauteur^ dérte* minée par M. Ledru, est de 20 mètres. Lors de la découverte de l'île de Ténériffe, en 1402, le dragonnier avait les dimensions qu'il possède actuellement (1).

Le mahogmij ou bois d'acajou [cedrelœ mahoganij est un arbre d'une très-longue durée.  la Jamaïque, il atteint environ deux mètres de diamètre ; M. Hooker affirme qu'il faut qu'un mahogoni soit âgé de deux siècles pour donner une quantité suffisante de bois de cœur. Le courbaril {hymenœa courharil)^ un des plus grands arbres des Antilles, produit comme l'acajou un bois très-dur, et tout aussi recherché pour l'ébénisterie; il atteint souvent 6 mètres de diamètre (2).

Le baobab {adansonia digitata) parvient à la vieillesse la plos extrême. Adanson en a observé un aux Iles du cap Vert, dans le tronc duquel on a retrouvé une inscription écrite par deux voyageurs anglais, trois siècles auparavant. Cette inscription était recouverte par 300 couches ligneuses. D'après les observations recueillies par ce voyageur sur la croissance de divers baobabs, on a essayé de former une table qui indique les prc^rès de la végétation et l'âge probable de cet arbre.

(1) Humboldt, Études de la nature, t II, p. 31.

(2) De CandoUe, Physiolofiie, p. 1002.

Age do UoiMb.

Diamètre du trooc.

Haatear.

4 an,

^ aiis

iOOO

De CandoUe a fait remarquer que cette durée des baobabs est d*autant plus surprenante, que le bois de cet arbre est tendre, et souvent carié. D'un autre côté, il faut convenir que Ténormité de la base relativement à la hauteur, donne au baobab une stabilité que l'on ne trouve dans aucun arbre, et qui lui permet de résister aux ouragans les plus violents (1).

On peut douter, je crois, de la réalité des âges assignés aux baobabs d'après les observations d'Âdanson. Il est facile de s'égarer dans des évaluations de cette nature; les irrégularités que présente souvent la croissance des arbres plantés dans le même sol, n'inspirent pas une grande confiance dans les déductions tirées de la grosseur du tronc , quand on ne peut pas compter les couches concentriques. Comme preuve de ce que j'avance, je puis présenter des observations recueillies par M. le gouverneur de la Guyane française, sur la croissance de deux baobabs plantés en 1821 dans le jardin botanique de Cayenne. En 1842, on a trouvé (2) :

(t) De CandoUe, Physiologie, p. 400.

(2) BuUetin des séances de la Société royale d'agriculture^ l. lil, p. 5.

mètres. mètres.

K» 1. Longueur de la tige , du sol | Diamètre à la base 1 .6ri

aui premières branches. .. . 2,55) Id. à la naissance des branches. . . l.tJ

«o • iM.« %\ù* Diamètre à la base 0.91

^ *• "«™ ^'^ j Id. à la naissance des branches. . 0,46

Sur l'arbre n' 2 les branches étaient peu développées et nullement en rapport avec la grosseur du tronc.

Le cyprès chauve {taxodium distichum) est trèsabondant au Mexique, et dans la partie méridionale des États-Unis ; à Chapultepec, il existe un de ces arbres, appelé el cyprès de Montezuma, parce qu'il passe pour avoir végété sous le règne de ce prince. En 1831, il était encore en pleine vigueur; son tronc avait alors une circonférence de 12",5. Un autre cyprès, qui se trouve aujourd'hui à Santa-Maria de Tesla, près Oaxaca , à l'ombre duquel, selon une tradition, se serait abrité Fernand Corlez, a 12 mètres de tour, et 32 mètres de hauteur. Michaux a mesuré dans les Florides,.des taxodium dont les dimensions se rapprochent assez des précédentes (I).

Nous n'avons que des données incertaines sur l'âge que peuvent atteindre les palmiers; leurs dimensions sont cependant assez bien connues. En Egypte, au rapport de M. Delillc, les dattiers ont ordinairement une hauteur de 20 mètres. Dans les Andes du Quindiù, on a mesuré des ceroxtjlon andkola, dont le tronc avait 60 à 70 mètres. M. Martius assigne aux plus grands palmiers du Brésil les dimensions que voici (2) :

(1) De Candolle, Physiologie, p. 100.

(2) Martius, Voyage au Brésil.

Haatenr totale. Diamètre.

CEnocarpus batana 26 mètres. 0,32

Euterpe deracea 39 0,23

Euierpe tdviis 32 0,18

IriarUa eocorMza 29 0,32

Guilielma spedosa 28 0,19

Cocos oleracea 2^3 0,32

Cocos nucifera 23 0,22

Parmi plusieurs palmiers {arica aleacera) plantés en 1821 dans le jardin botanique de Gayenne, le plus élevé avait, vingt ans après, 14", 70 de hauteur, comptés du sol à Ja naissance de la couronne; 0",92 de diamètre à la base ; le diamètre, mesuré à 2 mètres au-dessus du terrain, n'était plus que de 0",64. Au reste, M. le gouverneur de la Guyane a donné dès ordres pour assurer la conservation de ces palmiers et des baobabs, de sorte qu'on pourra suivre avec une grande exactitude Faccroissement de ces arbres, dont on connaît avec certitude l'époque de la naissance (1).

Les arbres particuliers à l'Europe présentent aussi des individus très-remarquables, sous le double rapport de la longévité et des dimensions. On cite un ormeau qui se trouvait sur la promenade de Morges, et dont l'âge, déduit du nombre des couches ligneuses, devait approcher de 335 ans; son tronc avait près de 3", 5 de diamètre. Le tilleul, dans les régions tempérées, est susceptible d'acquérir un développement considérable. Gelui qui fut planté à Fribourg, pour célébrer le gain de la bataille de Morat, en 1476, avait en 1831 une circonférence de 4",46. On con-

(1) Bulletin de la Société royale d'agriculture, t. lU, p. 5.

182 COMPOSITION DES PEINCIPBS

natt près de la même localité, & Villars-en-Moing, un autre tilleul plus ancien que le précédent, puisqu'il était déjà célèbre par sa grosseur en 1746; en 1831, cet arbre présentait une circonférence de 11",7; sa hauteur était de 22",7.

Le tilleul de Neustadt n'est pas moins curieux par sa grandeur, l'extension de ses branches, et les dates historiques qui s'y rattachent. Si on s'en rapporte à d'anciens documents, cet arbre devait déjà être trèsfort en 1229. Il est dit dans un poème écrit en 1408, que ce tilleul est soutenu par 67 colonnes; en 1664, il fallait 82 piliers en pierre, pour en supporter les branches, et en 1831, le nombre de ces soutiens s'élevait à 106. La circonférence du tronc, à environ deux mètres au-dessus du sol, a été trouvée par M. Trembley, de 11", 87. Une ancienne mesure, prise 150 ans auparavant, avait donné à très-peu près le même nombre, résultat qui indique que dans un siècle et demi, le tronc du tilleul de Neustadt n'a point éprouvé d'accroissement perceptible ; on lui donne l'âge de 7 à 800 ans. Les vieux tilleuls sont au reste assez communs dans toute l'Europe. Je citerai encore celui du château de Chaillé, près de Melles; en 1804, il avait 15 mètres de circonférence.

Le hêtre {fagtis sylvatica) croit rapidement dans sa jeunesse ; mais dans un âge plus avancé cette croissance devient extrêmement lente . Deluc a vu en 1 8 1 8 , près de Genève, plusieurs de ces arbres, dont le tronc avait de 4",4 à 5 mètres de circonférence. De CandoUe a mesuré un mélèze {laryx europœa) âgé de 255 ans,

dont le tronc offrait un diamètre de 1",78. Un mélèze de 64 ans avait un diamètre de 1",02, selon Poederié (i).

Le châtaignier du mont Etna aurait, selon les voyageurs, 58",5 de tour. Cet arbre serait alors le plus gros de tous ceux décrits jusqu'à ce jour ; mais Ton soupçonne que ce fameux châtaignier est formé par la réunion de plusieurs troncs soudés ensemble , émanant d'une souche commune. On cite encore comme remarquables par leur grosseur, les châtaigniers :

De Sainte-Agalbe, ayant 22»,7 de circonférence (2).

Della Nave 20",8 id.

De Glocester 16",2 id.

De Sancerre 9™,7 id.

Le platane est un des plus gros arbres des climats tempérés. Un voyageur qui a visité la vallée de Bujukderé, près de Coostantinople, en a rencontré un de 29 mètres de hauteur , et dont le tronc, creusé intérieurement jusqu'au niveau du sol, présentait une circonférence de 48",2. Un platane venu dans le Norfolk, et âgé de 31 ans, avait, selon Hunter, 2"»37 de circonférence. Les cyprès parviennent à une trèsrgrande vieillesse. Il en existe dans le jardin du palais de Grenade, qui ont plus de trois siècles. A la Somma, près de Milan, on montre un cyprès qui avait en 1794, 5",2 de circonférence (3).

Une tradition étabUt qu*un oranger du couvent de

(1) De Candolle, Physiologie, p. 988.

(2) Jdem^ p. 992.

(3) idem^ p. 994.

184 COMPOSITION DES PÈINCIPES '

Sainte-Sabine, à Rome, a été planté par saint Dominique, en 1200; cet arbre existe encore. L'oranger de Versailles, connu sous le nom de François premier^ a un peu plus de trois cents ans. En 1804, on montrait dans Torangerie de Bonn, des arbres âgés de trois siècles, et dont les troncs avaient 78 centimètres de circonférence (1). J'ai eu l'occasion d'observer en Amérique des citronniers très-vieux, d'un développement considérable ; j ^estime que le tronc de plusieurs de ces arbres avait près de 7 décimètres de diamètre.

Un érable {acer pseudo-platanus) j du village de Trons, dans les Grisons, âgé aujourd'hui de plus de 500 ans, a 2", 7 de diamètre.

On connaît plusieurs chênes qui ont de 800 à 1000 ans. Hunteren a observé un, encore Irès-vigoureux, de 3",5 de diamètre. Evelyn, dans l'énumération qu'il a faite des plus gros chênes connus de son lemps, en Angleterre, en cite un à Welbecklane, qui devait avoir 860 ans; le diamètre de sa base était de 3°*,9.

Un olivier de Pescio, décrit par Picconi, a 7'",7 de circonférence, et doit être âgé d'environ sept siècles.

Le cèdre du Liban se plait dans les terrains suffisamment perméables. Selon M. Paul de Vibray, la croissance de cet arbre est plus rapide que celle de la plupart des autres conifères. On donne aux cèdres venus sur le Liban, mesurés en 1574 par Nauwolf, et plus tard par Labillardière, en 1787, près de 1000 ans d'existence. De CandoUe pense que

(i) De CandoUe, Physiologie, p. 999.

cet âge est exagéré, et en contradiction avec des observations faites sur des arbres dont Tépoque de la naissance est connue avec certitude. Voici des mesures prises par divers observateurs :

Age. Circonférence.

Cèdre de Chelsea 83 ans. 3",66

de Paris 40 2", 14 selon Thouin.

le même 83 2™,87 Loiseleur*

des environs de Londres. 200 4" ,88 Hunter.

idem U3 4«,27 Hunier.

du Liban 600? i 1",12 MaundreL

de la Sologne ,.. 30 i™,62 deVibray.

L'if {taxus baccata) produit un bois dur et peu altérable. On possède sur l'âge et les dimensions de l'if, des données assez certaines :

Localités. Age probable. Circonférence. Obserratears.

If du comté de Yorck 1220 ans. 8«',61 Pennanl.

Même localilé 1 220 4™,22 Id.

du comié de Surrey. . . . 1287 9™,18 Evelyn.

de Fortheriijgal (Ecosse) 2580 19™,00 Pennanl.

du com lé de Kent 2800 19",08 Evelyn.

Selon Dubamel, il est fort difficile d'adopter une règle qui indique l'âge auqueHl convient d'abattre un arbre, pour en retirer le plus grand profit comme bois de construction. Lorsque le bois est trop jeune, il n'a point encore acquis toute sa perfection; quand il est trop vieux, ses pores sont obstrués, il commence à se détériorer précisément par les parties les plus anciennement formées, et il n'est pas rare alors de trouver au centre du tronc, du bois réellement plus léger qu'à la circonférence. Dans les

186 COMPOSITION DBS PRINCIPES

arbres déjà parvenus à un certain degré de caducité, c'est le bois du centre pris à leurs pieds, qui est décidément le plus mauvais; et l'on reconnaît sur toute la longueur du tronc, que le bois du centre est inférieur en qualité à celui qui a été formé plus récemment. Ces bois une fois mis en œuvre, dépérissent toujours par les fibres qui ont appartenu aux couches internes de l'arbre. C'est d*aprës Duhamel une faute grave, que de laisser sur pied un arbre qui a déjà donné des signes de dépérissement, puisque la partie la plus précieuse est exposée à tomber en pure perte. L'âge, les dimensions, sont des indices qui ne suffisent pas toujours pour décider s'il est opportun d'abattre les arbres, parce que l'exposition, la situation, le sol, ont une trop grande influence sur leurvigueur, leur développement et leurs qualités. On doit les couper quand ils sont sur le retour. Le moment le plus propre est celui qui précède immédiatement l'altération du cœur ; et bien que les effets destructifs de la vieillesse se fassent principalement sentir dans l'intérieur, cette dégradation intestine se manifeste cependant au dehors; toute l'habitude de l'arbre en souffre (t).

Duhamel a donné les caractères suivants, comme marque du retour, et d'un manque de vigueur (2) :

l"" Un arbre dont les branches supérieures forment une cime arrondie, a peu de force. Quand, au contraire, un arbre est vigoureux, on aperçoit tou-

(1) Duhamel, de l'Exploitation des bois, l. I, p. 126.

(2) /(tem, l. I, p. 133.

ÉLABORAS PAR LES PLAICTBS. 187

Jours certaines branches qui s'élèvent beaucoup audessus des autres.

2* Quand les arbres se garnissent de bonne heure au printemps ; quand surtout les feuUles jaunissent en automne, et tombent prématurément, c'est encore un signe certain d'affaiblissement.

3* Un arbre doit être réputé peu vigoureux, quand il se amronnef c'est-à-dire lorsque plusieurs branches meurent vers le haut ; car ce caractère indique avec certitude, que le bois du centre commence à s'altérer.

4* Quand l'écorce se détache du tronc, ou qu'elle se sépare de distance en distance, par l'apparition de gerçures, on doit être convaincu que l'arbre est dans un état de dégradation très-avancé.

S'^Les mousses, le lichen, l'agaric, fixés sur l'écorce ; les taches rousses ou noires dont elle est recouverte, font toujours soupçonner une altération du bois.

6^ L'écoulement de la sève, par des gerçures qui existent dans l'écorce, indique la mort prochaine des arbres.

En France, les taillis de bois feuillus sont généralement coupés à l'âge de 20 ou 30 ans. Dans les futaies, l'abattage porte communément sur des arbres de 100 à 130 ans, en laissant quelquefois, selon les exigences, des aménagements, des réserves, destinés à atteindre l'âge de 200, et 250 ans.

L'opinion des forestiers est que pour effectuer les coupes, il faut choisir l'époque de l'année où la sève est dans le plus grand état de repos, ou celui oii

elle se trouve en moindre quantité dans les arbres. Pour le climat de la France, le temps fixé par l'ordonnance de 1669, portant règlement sur les bois et forêts, est depuis le mois d'octobre jusqu'à la fin de mars. Les expériences faites par Duhamel tendent à établir que cette époque n'est pas celle où les arbres renferment le moins de liquide séveux ; des coupes faites en d'autres saisons que celles indiquées par l'ordonnance, ont donné des résultats trèssatisfaisants. Tout bien considéré, dit cet illustre agronome, il faut s'en tenir aux lumières qu'on peut tirer des observations. Ainsi Duhamel a conclu de nombreuses recherches, qu'il y a autant de sève en hiver qu'en été ; et que c'est dans le printemps et dans la saison chaude, que les arbres se dessèchent le plus promptement. Des arbres abattus en été se sont mieux conservés que ceux qui l'avaient été pendant rhiver. Les bois provenant des coupes faites dans ces deux saisons opposées, ont offert la même résistance ; et il a été constaté que l'époque de l'abattage n'a aucune influence sur leur durée , et leur conservation (1). Ce qui décide surtout, en Europe, à faire les coupes pendant l'hiver, c'est qu'alors les attelages nécessaires aux transports sont moins occupés dans les fermes ; les plus mauvaises routes deviennent d'ailleurs praticables, parce qu'elles sont endurcies par la gelée, et en outre il est plus facile de réunir des travailleurs.

(1) Duhamel, de l'Exploitation des bois, 1. 1, p. 400.

Ce fut pour encourager les tanneries, qu'en Angleterre, en 1603, on défendit d'exécuter les coupes durant la morte saison , sous peine de confiscation des arbres abattus, ou d*une amende double de leur valeur ; on crut toutefois devoir établir une exception en faveur des bois destinés à certains services publics. L'écorce monta depuis à un prix tellement élevé, que le plus grand nombre des coupes eut lieu au printemps ; cet usage devint bientôt si général , que l'amirauté se vit dans la nécessité d'offrir une forte prime, pour engager les exploitants à abattre en hiver le chêne propre à Tarchitecture navale. Dès le dixseptième siècle , les habitants du comté de Staffbrd cherchèrent à réunir les bénéfices du commerce des ècorces, au profit de la prime offerte par l'administration, en écorçant sur pied les chênes, durant le printemps, pour les abattre l'hiver suivant.

Buflbn et Duhamel prouvèrent qu'en dépouillant les arbres de leur écorce , deux ou trois ans avant de les couper, on rend l'aubier presque aussi dur que le bois de cœur. La recommandation de ces illustres académiciens n'a pas été suivie en France; mais depuis 1770, les Hollandais ont pratiqué cette méthode, qui a été adoptée dans les forêts royales de r Angleterre (1).

C'est un fait incontestable, que la nature du sol influe considérablement sur la rapidité de la croissance, et sur la qualité du bois. Un chêne, un orme,

(1) Dupin, Annales de Chimie et de Physique^ l. XVIU, p. 276, 2* série.

190 COMPOSITION DBS PRINCIPES

dont raccroissement aura eu lieu dans une terre humide, seront moins durs, moins denses que les mêmes essences venues dans un terrain sec. Duhamel a reconnu que^ bien que les arbres originaires d'un fond marécageux soient fort imprégnés d'humidité , ils sont cependant plus légers que ceux de même nature venus dans un terrain moins humide. Leur au* hier est très-épais comparativement au bois fait ; et commeilssonttrès-cassantSyilsseprètent difficilement aux contours qu'on est obligé de leur faire prendre, soit dans les constructions navales , soit dans la confection des futailles ; leurs pores étant d'ailleurs larges, ouverts, et dépourvus de cette espèce de vernis qui revêt ceux des bons bois, ils sont perméables et peu convenables pour la fabrication des douves. Ces bois tendres et poreux, que les ouvriers nomment creux et gras, ne conviennent nullement pour les ouvrages exposés aux intempéries ; mais on en fait de belle menuiserie, et ils présentent même pour cette destination certains avantages. D'abord ils sont d'un travail facile, ensuite ils ne se tourmentent point comme les bois plus compactes, et ils se gercent peu. C'était certainement dans le but de mettre les arbres à l'abri de cet excès d'humidité si nuisible à la qualité des bois de construction, que les Romains, au rapport de Vitruve, les entouraient d'une tranchée, six mois avant de les abattre (1).

Les arbres qui ont crû dans de bonnes terres suf-

(I) Duhamel, Exploitation des bois, 1. 1, p. 46.

fisamment égouttées, ont une écorce fine, et Tauhier peu abondant. A la vérité les couches ligneuses sont moins épaisses 'que celles qui se forment en présence d'une humidité surabondante, mais elles sont beaucoup plus denses et plus adhérentes entre elles ; leur structure est aussi plus uniforme. Le bois de cette origine a un grain fin, serré ; ses pores sont petits et bien remplis de manière incrustante. Cette compacité dans leur structure les rend très-pesants , alors même qu'ils sont secs ; et avec le temps ils acquièrent une grande dureté, ce qui contribue à les préserver de l'attaque des insectes. Duhamel estime, diaprés ses propres expériences, que la différence de densité des bois venus dans un terrain marécageux ou dans un sol convenable et un peu sec, est, dans quelques circonstances, comme 5 est à 7. Ces bois denses supportent un poids considérable ; mais quand ils sont desséchés, ils sont très-peu flexibles sous la charge , et par la surcharge ils se rompent en grands éclats, ce qui n'a pas lieu avec les bois creux et graSj qui cassent net. Malgré l'inconvénient que présentent les bois doués d'une certaine compacité, d'être trèssujets à se fendre et à se tourmenter en se desséchant, ce sont cependant ceux que l'on doit préférer pour les pièces qui doivent résister à des frottements, parla raison qu'ils ne se dépècent pas comme les bois dont les couches ligneuses n'adhèrent point fortement entre elles.

Si les terrains humides sont défavorables à la production des bonnes essences recherchées dans les

constructions , cela doit s'entendre uniquement des ar))res qui peuvent se développer dans les sols les plus variés. Les terres marécageuses sont, au contraire, très-propices aux arbres qui, par leur nature, se plaisent dans le voisinage de Feau ; ce ^nt des essences qu'on estime généralement plus par la hauteur qu'ils atteignent, que par leur solidité et leur durée.

Les terres arides et trop sèches ont aussi leurs in* convénients pour la culture forestière. Il est rare que dans cette situation, les arbres puissent acquérir une taille qui permette de les utiliser dans les travaux de quelque importance (1). Au reste, l'homogénéité absolue ne se rencontre presque jamais dans une pièce de bois. Les couches ligneuses d'un même arbre, selon qu'elles ont été formées dans une année sèche ou pluvieuse, chaude ou tempérée, se ressentent de ces influences météorologiques. Leur épaisseur, leur densité, sont des plus variables ; et en les examinant isolément avec une attention particulière, on trouve de ces couches ligneuses semblables à celles qui constituent les bois qui ont crû dans les terrains les plus opposés par leur constitution (2).

On doit à M. E. Chevandier des faits très-intéressants sur la production forestière dans les montagnes des Vosges. Les observations ont été recueillies sur deux futaies : Tune située dans le canton desFesches, comprenant une surface de 40 hectares 29 centiares;

(0 Duhamel, Exploitation des bois, 1. 1, p. 69. (2) Idem, 1. 1, p. o7.

l'autre dans le canton de Sandwaech a une contenance de 16 hectares. Dans une période de 69 ans et en tenant un compte exact de la réserve au moment de la dernière coupe, les fesches ont produit :

STÈRES

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1 Quartiers de hêtre. . .

1 Rondioa^ de hêtre. . .

H Quartiers de chêne. . . .

Roodinage de chêne. .

Bois blancs • .

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Petits faffots

Le SandwîBch^ dans une période de cinquantehuit anS; a fourni :

STÈRES

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Quartiers de chêne. . .

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(1) L'unité est ici, le cent de fagots ; le cent de fagots équiraut à peu près à un s'ère.

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