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I. IS

104 COMPOSITION DBS PRINCII^ES

Afin lie pouvoir apprécier la quantité réelle de bois produit par la forêt, M.' Chevaudier, par des expériences iniiltipliéés, a déterminé lé poids du stère des différentes essences mentionnées dans les tableaux .préeédeatB^ %b supposaat une> dessiccation complète .du bois. ,, .

Poids da tlèrt d« bois sec.

Quartiers de hêtre 3T4 kiLogr.

Roodinage de hêtre 304

Quartiers de chêne 366

Roodinage de chêne 270

Quartiers et rondins, hois blancs 294

Rondinage, brins de bouleau, saule. . 3il

Le cent de fagots 300

A Taide de ces données on trouve que sur un bectarie de forêt, il se développe annuellement, d'après les résultats des fescbes, 357 quintaux de bois sec ; d'après les résultats du Sandwsech, 4IT2 quintaux ; c'est, en bois parfaitement sec^ le produit annuel^ le produit exportable d'un hectare de forêt dans les montagnes des Vosges. Il est à remarquer que ce produit annuel en matière végétale, par un hectare du sol forestier, est inférieur à la quantité d'herbe supposée sèche, qu'on retire annuellement d'un hectare de certaines prairies.

La dessiccation des bois et leur conservation sont de& points de la plus haute importance. Les arbres sur pied contiennent une grande quantité d'eau. Immédiatement après leur abattage, cette humidité se dissipe, rapidement d'abord, et beaucoup plus lentement ensuite. Cette dessiccation graduelle est nécessairement favori*

iUMOntS PAR LES PLANTES. J95

sée par la chaleur et l'état de sécheresse de Fatmosphèîre; elle est^.aU contraire/ ralentie, eotraVée par te froid etl'hiimîditë. Il arrive un moment où le: bois ne varié phisseiisihlement par une exposition prolongée à l'air ; ou du iiH)in8 cette tariation, qui se fait tantôt dans un «ens et tantôt dans un autre/ est tout à &it subordoBiiée aux vicissitudes hygrométriques de Tatmôsphère. Le bois ja perdu dès lors toute Teau qu'il peut abaii4(mner par ce moyen de dessiccation, on le couadère comme. propre aux constructions; il est Mntonfté, pour employer Texpression technique.

Cette ^leniecation du bois vert est souvent préparée paiTdeéîmiqenioiisdans l'eau. C'est, en effet, un usage fort'réjpandu que celui de tenir le bois plongé dans Teau dotooe, pendant un temps plus ou moins considérabie^ On ia: prétendu que l'immersion fevorise le desséchentienti des arbres, en dissolvant les sels déinpiesceiils ou solubles de la sève. Quoi qu'il en soit de celle opinion, il est incontestable que dans les pays chauds ^ il est avantageux de mettre les bois sous l'eau ^ pour les empêcher de se fendre par suite d'une dessiccation trop rapide. Les Vénitiens plongeaient dans la mer ie bois de chêne destiné à la constmcfion de leurs vaisseaux. On assure que Forme et le hêtre s'améliorent beaucoup par leur séjour dans l'éau, particulièrement dans l'eau salée, et que par une' immersion préalable on leur assure une dessiccation parfaite par l'action de l'air (1).

(1) Knowles, Annales mariUmes et coloniahs^ aonée 1825.

196 COMPOSITION DBS PRINCIPES

M. John Knowles, qui a étudié les moyens les plus universellement employés pour le saisonnage^ rapporte des expériences entreprises dans les arsenaux de Deptford et de Woolvich, pour déterminer les progrès de dessiccation des bois, soit dans l'air, soit dans l'eau. Les pièces étaient placées verticalement, tantôt dans la situation qu'ils avaient occupée lors de leur croissance, tantôt dans une position renversée. Contre l'attente générale, on trouva que les bois posés dans leur situation naturelle, se dessèchent plus vite, toutes circonstances égales d'ailleurs, que dans la situation inverse. Il est résulté de ces expériences : 1* que les pièces de bois sont mieux saisonnées quand on les tient pendant trente mois en plein air, mais à l'ombre et à l'abri de la pluie ; 2* qu'elles perdent une plus grande partie de leur poids primitif, après six mois d'immersions et de dessiccations alternatives, qu'en séjournant sous l'eau pendant le même espace de temps. Les constructeurs pensent généralement qu'il est convenable de ne faire usage du bois que trois ans après qu'il a été abattu (1) .

Duhamel recommande, lorsqu'il s'agit de constructions, de rejeter rigoureusement les matériaux provenant d'arbres déjà sur le retour; d'autant plus, que l'altération du bois de cœur échappe souvent à l'examen le plus attentif, pour se manifester plus tard, quand il s'est écoulé un temps suffisant après l'abattage. C'est là sans aucun doute un précepte dont il

(I) Dupin, jénnales de Chimie et de Physique, t. XVIl, p. 277.

est prudent de se souvenir; mais le bois ne porte pas toujours avec lui le germe prochain de sa destruction. Celui qui est réputé le plus sain, celui qui a été saisonné avec les soins les plus minutieux, n'échappe pas davantage, quand il est placé dans des circonstances défavorables à sa conservation.

Les bois périssent par trois causes principales, qu'il est possible d'apprécier, et qui toutes les trois exigent pour se développer une condition semblable, celle d'un air chaud, stagnant et suffisamment humide. Comme la généralité des matières organisées, le bois quand il est mouillé, en présence de l'oxygène de l'air, et sous l'influence d'une température convenable, éprouve une décomposition, que l'on a comparée à une combustion lente, dont nous aurons à nous occuper plus spécialement par la suite. C'est pour obvier autant que possible à cette détérioration, qu'on n'emploie les matériaux de construction qu'après qu'ils ont subi une dessiccation assez avancée.

Indépendamment de cette première cause de destruction, que l'on peut prévenir en usant de quelques précautions , le bois a encore deux ennemis redoutables : ce sont d'un côté les insectes , de l'autre certaines plantes de la famille des cryptogames. Ainsi dans un cas, le bois est détruit, parce qu'il sert de sol aux nombreux champignons qui croissent à sa surface, et dont les racines pénètrent profondément dans son intérieur. Dans l'autre, il devient la nourriture d'animaux qui vivent et se reproduisent aux dépens de sa propre substance. H n'y a rien dans ces deux faits qui

198 COMPOSITION DBS PEINGIPES

puisse nous étonner, à présent que nous connaissons quelle est la constitution intime du i)ois. Nous savons, en effet, qu'au nomhre des principes solubles qui imprègnent le tissu ligneux, se trouve une matière azotée y analogue pai!> sa composition aux substances animales qui existent A abdndamment dans les TégéJbBtux.atia^enlâiret. U y a donc dans lé bois , une nounrittfre pour les insectes qur s'y logent ; et si j'affirme maintenant^ me réservant. toutefois de le démontrer plus tard , que toute matière organique azotée devi^iit en s'altérant un engrais actif , nous comprendrons comment il arrive que des plantes qui ont la faciitté. de vivre dans des lieux. dbseurs, chauds et humideSh, peuvent se multiplier dans la charpente d/es édificesysur les membrures des vaisseaux, et occaçiionn^C celte pourriture sèche qui désagrège les couches ligneuses et les réduit en poussière.

La promptitude avec laquelle le bois est quelquefois dévoré par les insectes, est réellement incroyable. Il y a plusieurs années^ les termites se propagèrent avec une telle rapidité dans les ports de la Rochelle et do Rochefort, qu'en peu de temps, des travaux considérables furent détruits. C'est principalement dansi les climats oii la température est consjtamment élevée^ où il n'y a pas d!hiyer, que les termites occasionnent les dommages les plussérieux^ ÂPopayan, dans l'Amérique méridionale, il est difficile de rencontrer dans, un bâtiment, même de construction récente, un morceau, de charpente qui ne soit pas vermoulu. Les bois les plus durs, les plus compactes, ne résistent pas

ÉLABORÉS PAU LES PLAimBS. 199

toujours à rinvasion de ces animaux , qui n'épargnent que quelques espèces de bois odorants^ comme le cèdre, par exemple. Dans de semblables localités, il est de toute impossibilité de consenrer les livres et les papiers. Je me souviens à cette occasion, qu'ayant reçu en 1 830 la mission d'examiner les archives d'Anserma , une des villes les plus anciennes de la province de Popayan, je ne trouvais que des registres illiiùblesy et presque réduits en fragments* Cependant, la date des documents qu*il m'importait de consulter, ne pouvait guère remonter au-delà de. l'année 1600.

La pourriture sèche qui résulte du développement des cryptogames sur le ligneux, est un véritable fléau pour la marine. Selon M. Knowles, cette maladie des bois aurait été si^alée dès la plus haute antiquité ; il croit même reconnaître la pourriture sèche {dry-rot) dans la plaie appelée lèpre des maisonSy dans le quatorzième chapitre du Lévitique. Un bâtiment envahi par la pourriture devient en très-peu de temps incapable de tenir la mer; on cite à cet égard, le vaisseau le Foudroyant^ dé 80 canons, lancé en 1798, et qu'il fallut radouber et refondre presque en entier , dès 1802(1).

Les champignons qui provoquent la pourriture sèche, ont été étudiés par Sowerby, M. Knoivles en signale particulièrement deux: l'un, décrit sous le nom de xylosiroma gigantiumy ne s'étend guère plus loin

(0 Dopin, Annales de Chimie et de Physique, l. XVU, page 290, 2* série.

que la partie du bois malade qui l'a vu naître ; mais une autre espèce, le boleius lacrymanSy se propage au contraire avec une rapidité effrayante, et désorganise profondément la contexture du ligneux qui en est atteint. Ces champignons se montrent ordinairement à bord des vaisseaux , entre les bordages et la membrure, dans les situations humides où l'air se renouvelle peu (1).

On a cherché quelle est la température la plus favorable au développement de la pourriture sèche ; on a trouvé qu'elle est comprise entre T'^et 32* centigrades. Ce sont là les limites extrêmes : au-dessous du mininum, la végétation languit ; au-dessus de 32*, leschampignons se flétrissent. Â l'aide de ces données, on espéra affranchir les navires de la pourriture, en élevant convenablement leur température. Les essais furent tentés en hiver, à bord du vaisseau la Reine Char-loue; on porta l'air de la cale à 55' centigrades. Le résultat général qu'on obtint par ce procédé , ne répondit pas aux espérances qu'on avait conçues. Tout en anéantissant dans les parties basses du navire , la végétation des champignons, on la favorisait dans les lieux situés à une certaine élévation au-dessus de la cale, par la raison que l'air chaud et très-humide qui émanait du point où étaient les poêles, laissait condenser, en se refroidissant, la plus grande partie de l'eau dont il était saturé. Il en résultait, au-dessus du

(I) Dupin, Annaks de Chimie ei de Phyiiquej (. XVII, page 291, 2* série.

faux pont, une humidité permanente , accompagnée d'une chaleur suffisamment éleyée, circonstance reconnue la plus favorable à la pourriture sèche. Ainsi, par le chauffage local d'un des points les plus humides du bfttiment, on ne faisait réellement que déplacer le mal, sans le détruire. Aussi fut -on conduit à mettre en usage un moyen mieux conçu, et qui fut un peu plus efficace ; ce fut de chauffer les entreponts en même temps que la cale , en assurant une ventilation suffisante; mais ce moyen n'a pas été adopté dans la pratique.

L'extrême lenteur de la croissance des arbres offre un véritable contraste avec la promptitude de leur détérioration, lorsqu'ils sont une fois convertis en matériaux de construction. Dans les pays avancés en civilisation, les demandes des nombreuses industries qui consomment des bois, deviennent de plus en plus importantes ; tandis que d'un autre côté le développement des populations, en diminuant chaque jour l'étendue du sol forestier, tend à limiter la culture des arbres, et provoque ce résultat, déjà réalisé dans certaines contrées, que la production du bois est insuffisante et qu'elle n'est plus en rapport avec sa consommation. On comprend qu'en présence de cette disette que chaque nation entrevoit dans un avenir plus ou moins éloigné, il ait été fait des tentatives multipliées, dans l'espoir de découvrir un procédé efficace de conservation.

La durée du bois de certains arbres, comme le teck, l'ébénier, le gaiac, dut naturellement conduire à cette

202 COMPOSITION DES PBINCIPES

opinion, que les matières grasses et résineuses que ces arbres contiennent, sont capables de protéger le bois contre la plupart des causes de destruction. Les enduits gras et résineux sont d'ailleurs les moyens mis le plus anciennement en usage pour le garantir du contact de l'air, le préserver de l'humidité extérieure, et enfin pour le mettre à l'abri de Tinvasion des aqimaux nuisibles. Mais il est à peinenécessaire d'ajouter que ces enduits ne remplissent que très-^imparfaite-^ ment le but qu'on se propose en, les appliquant ; les peintures, les vernis s'écaillent par le moindre frottement ; ils ne détruisent pas toujours lès causes d'altération intérieure ; ils peuvent même les |»!OYoquer, les favoriser jusqu'à un certain point, lorsqu'ils sont appliqués sur des pièces insuffisamment desséchées , ens'opposantàtoute dessiccation ultérieure. Au reste, on n'a jamais considéré les enduits comme des préservatifs très-satisfaisants , et on a toujours compris qu'il fallait faire pénétrer l'agent conservateur dans l'intérieur des pièces à conserver, qu'il fallait, en un mot en imprégner le tissu ligneux. C'était réellement dans la nécessité de cette pénétration que résidait toute la difficulté ; car si le nombre des substances chimiques dont on peut espérer un bon effet, comme préservatif, est assez étendu , on est cependant limité dans leur, choix, par la question économique qui exige impérieusement que ces substances soient à très-bas prix.

Pendant longtemps, le procédé à i'aide duquel toutes les tentatives furent faites pour faire pénétrer

les substances préservatrices préalablement dissoutes, a consisté dans une sorte de macération plus ou moins prolongée que l'on faisait subir aux bois : par ce moyen, la pénétration était aussi lente qu'imparfaite ; et pour arriver à imbiber profondément de fortes pièces, il aurait fallu employer des années. Or^ la lenteur, dsoifii l'exécution d'un procédé de cegenre, est déjà un griave inconvénient, en ce qu'il augmente considérablement la valeur d^ matériaux. À l'aide d'une machine très-ingénieur el en agissant pat pression, un habile industriel , M. Bnéant, . est parvenu à faire pénétrer des liquida sur tous les points intérieurs d'une masse de bois dune grande longueur et d'un fort diamètre* En injectant ainsi des matières huileuses ou résineuses, M. Bréant a; obtenu des résultats qui sont encore considérés comme très^ avantageux, sous le rapport de la conservatioki des boîs« Mais ce procédé d'injection forçéjs n'a pas été^ que je sache, accueilli par l'industrie, probablement à cause de la valeur élevée de la machiné et de la main -d'oeuvre qu'il exige. Un savant allemand , M. Moll, mettant à profit la découverte que Ion venait de faire d'un antiseptique par excellence, la créosote, proposa d'introduire cette substance dans les bois à conserver, en la faisant pénétrer à l'état de vapeur. Le prix élevé auquel s'est maintenue la créosote, a probablement été un obstacle à l'adop* tion de ce projet.

Bien antérieurement à ces essais, on avait employé dans le même but et avec des succès variables,

un assez grand nombre de matières. Sans m'astreindre à tracer un historique de ces diverses tentatives, je dois rappeler que le sublimé corrosif et l'arsenic furent, à différentes époques, essayés dans les chantiers de construction de l'Angleterre. Le haut prix du perchlorure de mercure suffit pour l'exclure du nombre des agents utiles dont on pourrait disposer ; et lorsqu'on travailla des pièces de charpente imprégnées d'acide arsénieux, des échardes, en pénétrant dans la peau, occasionnèrent des empoisonnements, à la spite desquels succombèrent plusieurs ouvriers (1).

On avait observé depuis longtemps que les navires qui transportent de la chaux vive, ont une très-grande durée. Il était naturel de chercher à tirer parti de cette observation. On fit séjourner dans un puits rempli de chaux, les bois qu'on voulait préserver ; les résultats furent opposés à ceux qu'on avait espérés : les bois après cette préparation n'eurent même pas la durée ordinaire (2).

Tel était l'état de la question , lorsque M. le docteur Boucherie communiqua à l'Académie des Sciences un travail des plus remarquables sur la conservation des bois (3). On peut en juger par la série des recherches entreprises par ce savant distingué, et qui ont eu pour objet :

(1) Dupin, Annales de Chimie et de Physique, t. XVII, p. 287. {2) Idem, t. XVII, p. 286.

(3) Boucherie, Annales de Chimie et de Physique, t. LXXIV, p. 1 13, V série.

1* De prot^er les bois contre les caries sèches et humides ;

2* D'augmenter leur dureté ;

3* De conserver et de développer leur flexibilité et leur élasticité;

4"* De rendre impossible le jeu qu'ils éprouvent et les disjonctions qui en résultent, par l'action des variations atmosphériques ;

S"" De diminuer leur inflammabilité et leur combustibilité ;

â"* De leur communiquer des couleurs et des odeurs variées et persistantes.

Dans tous les essais qu'il a cru devoir tenter, M. Boucherie est parti de cette proposition, dont la justesse n'a plus besoin de démonstration pour nous, que toutes les altérations que présentent les bois, pro^ viennent des matières solubles qu'ils renferment. Dans cette idée il fallait, pour conserver le bois, rendre insolubles et inertes ces mêmes matières, ou les enlever entièrement. M. Boucherie a d'abord cherché à réaliser le premier moyen, en faisant pé« nètrer dans le tissu du bois, une dissolution contenant une substance capable de se combiner chimiquement, et de former un précipité avec la matière soluble originaire de la sève. Pour résoudre ce problème, M. Boucherie examina quelles réactions éprouvent, de la part de divers agents chimiques à bon marché, les matières solubles qu'il s'agissait de précipiter. Le pyrolignite de fer brut lui a paru réunir toutes les conditions désirables : en effet, il

206 dOHPOsmofc des peincipes

est à trës-bas prix ; l'oxyde de fer fordte des combinaisons stables avec la plupart des matières organiques dissoutes dans la sève; son aèide'b^ aucune propriété corrosive ; enfin le pyrolignite btnt contient une quantité notable de créosote.

Les faits sur lesquels s^appuie M. Bôtaeherie, pour établir les propriétés conservatrices du pyrolignite, reposent sur des expériences nombreux, entreprises soit sur des matières végétales très-^altërables, soit sur le bois lui-même. Si l'on prend, paretèmple, de la fadne, des pulpes de carotte&ou debettetaves, et qu'après les avoir imbibées de pyrolignite, on les abandonne à elles-mêmes, à côté de pareilles matières non préparées , ou reconnaît que les stibsiandes imprégnées du sel de fer résistent à la décomposition, tandis que celles qui ne le sont pas, subissent une altération manifeste.

Le lioÎR, pénétré du pyrolignite de fer (i) quia servi aux expériences, a été choisi parmi les plus altérables. En décembre 1838, on plaça dans les parties les plus humides des celliers de Bordeaux, des cercles et dés barriques de choix, à côté du même bois imprégné. Déjà en août 1839^ une altération profonde put être remarquée dans les cercles et les -doavi^; après deux ou trois années de. séjour, ils

(1) L*acide pyroligneux avec lequel on prépare le pyrolignite de fer, s'obtient en carbonisant le bois en vase clos. Le produit brut de cette distillation est un liquide cmpyreume, acide quel on transforme en pyroltgnite de fer en le faisant digérer sur des rognures de l61e ou de ferraille.

toinbaient en poudre au moindre effort, quand les bois^fréparés éteient encore ausù solides qu'eau premier jour (1).

Dans l'intérêt de la question économique /M. Boucherie a cherchera se rendre .compte de la quantité de pyrolignite nécessaire pour précipiter et rendre p^r conséquent insolubles les principes altérables, qui se trouvent dans le tissu ligneux ; il a Teconnu qu'un cinquantième du poids du hois vert «st plus qoe suffisant.

Ken que H. Boucherie considère le pyrolignite de 1er cooune l'agent consenrateur le plus énergique, en même temps qu'il est un des plus économiques dont on puisse disposer , il emploije aussi plusieurs sels so* lubies, abordables par la modicité de leur prix, et qui sont tnte-elBeaces, quaqd le bois qu'ils doivent préserver n'est pas continuellement mouillé. .C'est ainsi qu'il «i introduit dans le bois des dissolutions de sd marin, de chlorure, de calcium, Teau mère des marais salants : des cercles de tonneaux dont le bois avait été préparé avec ces chlorures , après avoir fait un long séjour dans cks celliers très-humides, en sont sortis tout au^i intacts, que des cercles semblables qui avaient reçu du pyroHgnite de fer ; et de plus, la^flexibilité du bois imprégné de sels alcalins est restée ce qu'elle était au commencement de l'expérienée.

Après avoir trouvé les substances les plus efficaces • — - -

{{) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. Il, p. 896.

pour conserver les bois^ il restait à les introduire et à les faire pénétrer profondément dans la masse ligneuse. Ayant reconnu comme ses devanciers, que la macération des pièces de bois dans différentes liqueurs est insuffisante, parce que les substances dissoutes ne s'insinuent qu'aune très-petite profondeur, M. Boucherie essaya divers moyens d'injection qui ne donnèrent aucun résultat satisfaisant. Ce fut après avoir échoué dans ces tentatives, qu'il adopta cette idée, que l»pénétralion doit s'exécuter sur les bois encore à l'état vert, avant que la dessiccation les ait sensiblement altérés. U se demanda ensuite si laforce qui détermine l'ascension de la sève pendant la vie d'un arbre, ne persiste pai^ durant un certain temps après son abattage, et si, cette persistance une fois constatée, il ne serait pas possible d'utiliser cette force ascensionnelle pour imbiber la masse du ligneux? Tous les essais tentés dans cette direction répondirent pleinement aux espérances que le raisonnement avait laissé concevoir. M. Boucherie avait découvert un moyen infaillible de porter dans les canaux les plus ténus de l'oi^anisme végétal, les agents capables de rendre incorruptibles les substances qui s'y rencontrent.

Sans doute, on savait déjà que la force ascensionnelle survit pendant quelques jours à la section des racines , et nous avons rapporté des expériences qui montrent qu'une branche munie de ses feuilles exerce, quand son extrémité inférieure est plongéee dans Teau, une force de succion considérable. U est

encore vrai, que les physiologistes avaient mis à profit cette force ascensionnelle, pour faire arriver dans les tiges ligneuses des matières colorantes, dans le but de rechercher la route suivie par la sève. Mais ces procédés ingénieux étaient restés dans le • domaine de la science, et personne, avant M. Boucherie, n'avait imaginé d'apphquer à un usage industriel la force vitale qui réside dans les plantes. Voici comment cet habile observateur énonce le principe qui fait la base de Ja méthode qu'il a suivie d'abord, pour introduire dans le bois vert des agents conservateurs :

c< Si l'on coupe un arbre d'une grande hauteur, et a qu'on en plonge le pied, en saison convenable, dans tf une solution saline faible ou concentrée, une forte « aspiration s'exerce de la part de l'arbre sur le li- « quîde, qui pénètre ainsi dans son tissu et parvient a bientôt au point le plus élevé de sa tige, et même c< jusqu'à ses feuilles terminales, si l'on a eu soin de « fournir une quantité suffisante de liqueur» (1).

Au mois de septembre, un peuplier de 28 mètres de hauteur et de 40 centimètres de diamètre, dont le pied plongeait de 20 centimètres dans une dissolution de pyrolignite de fer, marquant 8" à l'aréomètre de Beaumé, absorba, dans l'espace de six jours, 3 hectolitres de liquide.

Dans ses premières expériences, M. Boucherie opérait l'absorption en plaçant dans un vase contenant la dissolution, le pied des arbres sciés à leur base. Mais

(f ) Annales de Chiaùe et de Physique, t. LXXIV, p. 132, 2« série.

cette manière d'opérer n'était pas exempte d'inconvénients: le poids d'un arbre vert et muni de son branchage est quelquefois considérable ; et pour le soulever, le soutenir verticalement, il faut s'aider de moyens mécaniques qu'on n'a pas toujours à sa disposition, et qui dans tous les cas sont embarrassants et dispendieux. Pour tourner cette difficulté, M. Boucherie essaya avec succès de faire absorber les dissolutions aux arbres couchés sur le sol, en adaptant à la section du pied un sac en toile imperméable, faisant fonction de réservoir. Enfin, il réussit encore en laissant l'arbre debout et attenant à ses racines. A cet effet, il creuse une cavité dans la partie inférieure du tronc, qu'il met ensuite en communication avec un vase rempli de liquide. Cette méthode fut encore simplifiée en opérant comme je vais l'indiquer : Le tronc de l'arbre est perforé avec une tarière, dans sa plus grande épaisseur; il en résulte un canal d'environ deux centimètres de diamètre, dans lequel on introduit une scie qui permet d'étendre linéairement l'ouverture à droite et à gauche, jusc{u'à 3 ou 4 centimètres de la surface extérieure. La plus grande partie des vaisseaux séveux de la tige se trouve ainsi accessible. On recouvre alors toutes les parties ouvertes avec une toile imperméable et fixée solidement, et l'on adapte à Tune des ouvertures circulaires un tube qui communique avec le réservoir (1).

(1) Antiales de Chimie et de Physique, l. LXXIV, p. 134, 2« série.

M. Boucherie a été nécessairement conduit à rechercher si la force aspiratrice qui détermine l'ascension des liquides dans les arbres, est variable aux différentes époques de Tannée : il a trouvé par des expériences entreprises en décembre et février , sur le chêne, le charme^ le platane, que, durant la saison froide, les liquides s'élèvent à plusieurs décimètres ; mais qu'ils né parviennent jamais à la hauteur qu'ils atteignent dans l'été, le printemps, et surtout en automne, où Ton observe l'ascension la plus prononcée. Ce résultat a un intérêt physiologique évident : il prouve que si l'hiver est une époque de repos pour la sève, ce repos n'est cependant pas absolu. Il existe cependant une exception remarquable aux faits généraux qui viennent d'être énoncés ; elle est offerte par les arbres résineux qui gardent leur feuillage jusqu'au printemps. On s'est assuré, en expérimentant sur des conifères, que le mouvement ascensionnel de la sève persiste pendant toute la durée de l'hiver ; à tel point qu'il est toujours possible d'imprégner la totalité de leur tige, par voie d'aspiration, à toutes les époques de l'année. Ce fait devait être prévu par la persistance de l'état frais et vert des feuilles de ces arbres.

Sous le rapport des applications industrielles , il devenait intéressant de décider si la pénétration est d'autant plus énergique , plus active, que l'arbre est lui-même plus vigoureux, plus abondamment pourvu de branches, plus garni de feuilles. L'expérience a montré que la pénétration des liquides a encore lieu

2f2 COMPOSITION DES PRINCIPES

après l'enlèvement du plus grand nombre des branches, pourvu qu'on ait la précaution de conserver à l'arbre son bouquet terminal. Une tige munie d'une suffisante quantité de branches feuillues, continue , comme nous l'avons dit, à exercer une succion après qu'elle est séparée des racines; mais pendant combien de temps cette faculté se conserve-t-elle? C'était là un point capital à fixer. A la fin de septembre , le pied d'un pin de 40 centimètres de diamètre ne fut plongé dans la dissolution que 48 heures après l'abattage, néanmoins l'imbibition fut complète. En juin, on obtint un succès semblable avec un platane coupé depuis 36 heures. Cependant il est certain que l'aspiration est d'autant plus énergique, qu'elle a lieu le plus immédiatement possible après l'abattage ; la force qui la détermine décroit rapidement, à mesure qu'on s'éloigne de la première journée, elle est presque anéantie au dixième jour. Dans de bonnes condi* tions , ces dix jours suffisent pour opérer une imprégnation parfaite. Dans une expérience faite sur un peuplier, on a vu la liqueur absorbée parvenir en sept jours à une élévation de 27 à 30 mètres.

Dansletroncdes bois blancs, on trouve, après l'absorption , un axe de diamètre variable qui échappe , ou plutôt qui résiste à l'imprégnation. Dans les bois durs, ce sont les parties du cœur qui ne sont pas pénétrées. M. Boucherie, après avoir constaté ces faits , les explique ainsi : Dans les bois blancs, d'après l'opinion de ceux qui les mettent en œuvre, la partie centrale, celle qui ne se laisse pas imbiber, est à la

fois la moins résistante et la plus corruptible, là il n'y a plus de circulation, plus de vie ; c'est du bois mort enterré au milieu des couches ligneuses encore vivantes. Cette non-pénétration des parties ligneuses apparaît, dans quelques occasions , ailleurs qu'au centre des tiges ; elle se montre sous les formes les plus variées, sur divers points du tronc ; elle parait dépendre, comme on Ta dit, de la présence du bois soustrait aux phénomènes vitaux, et qui, impénétrable lui^ même, se pose comme un obstacle au passage des liquides : c'est ainsi qu'un nœud, une carie deviennent le plus souvent la base, le point de départ des zones qui ne se trouvent pas imprégnées. Pour ce qui est de la non-pénétration des parties les plus centrales du cœur du chêne, de l'ormeau, etc., M. Boucherie l'envisage comme preuve évidente de ce que la circulation des fluides séveux a cessé depuis longtemps.

La distinction la plus ordinaire que l'on établit entre l'aubier et le cœur dans les bois durs, est basée sur la différence de couleur que présente le tronc coupé suivant un plan perpendiculaire à son axe. Dans le chêne, par exemple, les couches concentriques à peu près blanches, appartiennent à l'auber; celles qui se trouvent plus voisines du centre et d'une teinte plus foncée, dépendent déjà du bois de cœur. Mais selon M. Boucherie, cette distinction n'est plus la même lorsqu'on la fonde sur le fait de la pénétration , et que l'on considère comme aubier toute la partie du tronc qui s'imbibe, et comme cœur tout le

ligneux qui refuse d'admettre du liquide. Avec ces définitions , on trouve que la zone de Taubier est beaucoup moins restreinte, car alors elle peut constituer les trois quarts de la masse du tronc.

Le pyrolignite de fer une fois introduit, ne se bor* nerait pas, suivant M. Boucherie, à assurer la conservation du bois, il augmenterait encore sa densité. Le bois imprégné de ce sel de fer se durcit assez pour présenter aux outils une résistance extraordinaire dont se plaignent les ouvriers.

La flexibilité et l'élasticité des bois sont des propriétés recherchées pour certains usages. Les bois qui les possèdent et qui les conservent, conviennent particulièrement aux constructions navales. Aussi la marine estime beaucoup plus et paye plus cher les sapins du Nord, destinés à la mâture, que nos sapins des Pyrénées. La flexibilité et l'élasticité des bois dépendent en grande partie de l'humidité qu'ils retiennent ; et pour conserver et même pour exagérer ces propriétés, M. Boucherie introduit dans le bois, par voie d'absorption, un sel déliquescent, du chlorure de calcium, qui tend à retenir l'humidité, et qui, de plus, parait développer dans le bois une souplesse remarquable. Les expériences pour constater l'effet des sels déliquescents, ont été faites sur le pin, qui est, comme on sait, un des bois les plus cassants. Après l'avoir imprégné avec des dissolutions concentrées, on le fît débiter en planches très-minces. J'ai vu plusieurs de ces planches de 2 à 3 millimètres d'épaisseur qui, après avoir été fortement tordues en tous

sens, reprenaient, aussitôt après, la même surface plane qu'elles avaient avant d'avoir été soumises à la torsion.

Le jeu des bois façonnés provient du changement de volume occasionné par les influences hygrométriques de l'atmosphère. Quand les bois au moment de leur emploi n'ont pas encore acquis une dessiccation suffisante, comme cela arrive fréquemment pour les fortes pièces , les disjonctions se manifestent au plus haut degré lorsque, par l'effet du temps, la dessiccation s'est accomplie. C'est pour obvier à cet inconvénient que les constructeurs sont obligés de faire des approvisionnements qui engagent un capital considérable. Cet état de choses a préoccupé depuis longtemps les ingénieurs. On est parvenu, à la vérité, à dessécher plus rapidement en pratiquant l'équarrissage des bois dans les coupes; mais il en est résulté encore une grande perte de temps. On a renoncé enfin à la dessiccation par étuve ou par la vapeur , comme occasionnant des frais trop élevés.

Après avoir reconnu que les disjonctions des pièces assemblées ne commencent à se faire sentir qu'alors que le bois est sur le point de perdre le dernier tiers de l'eau qu'il renfermait au sortir de la coupe, M. Boucherie pensa que pour prévenir tout travail il suffirait de conserver dans le tissu ligneux cette quantité d'eau, de s'opposer en un mot à une dessiccation ultérieure. Les faits sont venus justifier cette prévision. Les bois entretenus invariablement humides, dans une certaine limite, par l'intervention

2i(i COMPOSITION DES PRINCIPES

d'un sel déliquescent, n'ont plus varié dans leur volume malgré les changements les plus brusques survenus dans les circonstances atmosphériques. Les pièces ainsi imprégnées éprouvent cependant de grandes variations dans leur poids, par l'effet de ces mêmes circonstances; mais leur forme n'est plus sensiblement modifiée. Des planches de grandes dimensions et d'une épaisseur des plus minimes furent prises dans une pièce de bois préparé au chlorure de calcium ; plusieurs de ces voliges furent laissées dans leur état ordinaire, d'autres ont été peintes h l'huile sur une ou deux faces : après un an d'assemblage, ces planches n'ont éprouvé aucun jeu ; tandis que des tablettes semblables , de même épaisseur et présentant une même surface , provenant d'un bois de même nature , mais non imprégné , se sont voilées d'une manière extraordinaire (1).

M. Boucherie n'a pas limité l'appUcation de la force ascensionnelle à l'introduction , dans le corps des arbres, d'agents propres à conserver les bois, ou à leur communiquer une stabilité de volume si désirable dans les constructions : il a mis la même force à profit pour imbiber la masse ligneuse des couleurs les plus variées, et il est parvenu à donner aux bois les plus communs un aspect agréable, qui permettra probablement de les employer à la confection des meubles. Dans le cas le plus général, on colore le tissu des bois en y faisant pénétrer, toujours par voie

(I) Annaks de Chimie et de Physique, {, LXXIV, p. lîil, 2« sério.

d'absorption et successivement ^ des dissolutions de substances capables de donner naissance à un précipité. On sait, par exemple, qu'en versant dans un sel de fer du prussiate de potasse dissous, les deux dissolutions, très-faiblement colorées, donnent par leur mélange un précipité de bleu de Prusse . C'est à l'aide de précipités analogues opérés dans le tissu même des arbres, qu'on teint les bois. Pour colorer en bleu de Prusse, on introduit, d'abord un sel de fer, et ensuite une solution de prussiate de potasse.

Le pyrolignite de fer seul donne une teinte brune là où il pénètre, teinte qui s'allie, de la manière la plus agréable à l'œil, avec la couleur naturelle des parties les plus denses qui résistent à la pénétration. En taisant succéder au pyrolignite déjà introduit, une dissolution de matière tannante, on produit de l'encre. dans la masse du bois, qui prend alors une teinte noire tirant au bleu. Par les nombreuses réactions de ce genre que la chimie indique, on conçoit que l'on peut obtenir une grande variété de couleurs.

Au nombre des propriétés utiles communiquées au bois par les dissolutions salines qui les imprègnent, il ne faut pas omettre celle d'être rendus très-peu combustibles. C'est M. Gay-Lussac qui le premier a pensé à rendre les tissus végétaux incombustibles en les imbibant do matières salines (1). Par

{{} Gay-Lussac, Annale» de Chimie et de Physique ^ t. XVIII, p. 21 i 2« série.

incombustibles, il ne faut pas entendre inaltérables par la chaleur rouge : car, on le comprend aisément, la protection des sels ne va pas jusque-là; mais des tissus faciles à enflammer, et capables par cela même, d'occasionner des incendies, cessent de brûler avec flamme une fois qu'ils sont imprégnés de certains sels; ils priment feu avec difficulté, s'éteignent d'eux-mêmes, se carbonisent et ne peuvent plus propager la combustion* C'est précisément ce qui arrive aux bois préparés : ils s'enflamment et s'incinèrent avec une extrême lenteur, à ce point que deux cabanes exactement semblables, construites, l'une en bois imprégné, l'autre en bois ordinaire, ayant été incendiées au même moment, la dernière était déjà complètement brûlée, alors que l'intérieur de l'autre se trouvait à peine carbonisé (1).

Dans la pratique, l'ingénieux procédé par voie d'aspiration vitale n'est pas exempt de difficultés. D'abord, on ne peut l'exécuter avec avantage qu'aux époques de l'année où le fluide séveux est en mouvement, quand les arbres sont pourvus de leur feuillage. Ce temps est limité à quelques mois de l'année ; et l'usage reconnu, fondé d'ailleurs sur certaines convenances, ayant fixé l'époque des coupes à la morte saison, les habitudes de l'économie forestière opposent souvent un obstacle à l'abattage des arbres pendant le printemps ou l'automne. Pour remédier à tous ces inconvénients, M. Boucherie se livra à de

(1) Annales de Chimie et de Phtjsiqw, l. LXXIV, p. 133, 2*^ série.

nouvelles recherches qui l'ont conduit à trouver le moyen d'imprégner les bois en toute saison, en hiver même, et cela dans un très-court espace de temps. Cette seconde méthode est applicable aux bois en grUme, comme à celui déjà équarri, pourvu qu'il ait été récemment abattu (1).

Pour imprégner les arbres par ce procédé, on les place verticalement, et on adapte à leur extrémité supérieure un sac en toile imperméable destiné à recevoir les dissolutions salines qui doivent les pénétrer. Le liquide s'infiltre aussitôt, et, presque au même moment où la pénétration a lieu, la sève s'écoule par la partie inférieure. Toutefois, il est des bois dont le tissu renferme de grandes quantités de gaz ; dans ce cas, l'écoulement de la sève ne se manifeste qu'alors que ces gaz ont été expulsés, puis elle continue sans interruption. On juge l'opération terminée, la pénétration complète, quand la liqueur qui sort par la partie inférieure est identique avec la dissolution versée sur la partie supérieure. Dans mon opinion, cette méthode est préférable à celle de l'aspiration. En effet, on opère un véritable déplacement : la sève est expulsée en presque totalité, et l'agent salin introduit n'a plus à combattre que la minime quantité de substances solubles restée adhérente au tisFU Ugneux. Par un déplacement effectué par l'eaii seule, on arriverait déjà à un résultat favorable à la conservation, puisque le ligneux

(1) Cémpte rendu de V Académie des Sciences, l. XII, p« 337.

se trouverait débarrassé de la presque totalité des matières que l'on considère comme les plus altérables. La rapidité avec laquelle le fluide introduit se substitue à Ta sève qu'il déplace, et le volume de cette sève expulsée, dépassent tout ce qu'on pouvait imaginer avant d'avoir fait l'expérience. Ainsi, dans la forêt de Compiègne, un tronc de hêtre de 16 mètres de longueur sur 86 centimètres de diamètre moyen, cubant par conséquent un peu plus de 9 mètres, a laissé écouler en vingt-cinq heures, dans le mois de décembre, 3,060 litres de sève, qui ont été remplacés par 3,210 litres d'acide pyroligneux. Le liquide pénétrant agit si bien en déplaçant la sève, qu'on peut extraire par cette méthode les matières sucrées, mucilagineuses, les sucs résineux et colorants que contiennent les arbres. Peut-être, et je soumets cette idée aux planteurs des régions tropicales, peut-être, dis-je, serait-il possible d'appliquer très-avantageusement ce procédé à l'extraction des matières colorantes des bois de teinture.

Le commerce des bois employés à la teinture ne s'étend pas au delà des localités assez favorisées pour que l'exportation devienne facile ; ainsi à une certaine distance des côtes, ou du voisinage des grandes rivières, l'exploitation est absolument impraticable, à cause de la difficulté souvent insurmontable que présente le transport d'une marchandise aussi pesante et aussi volumineuse. Les matières colorantes des bois étant solubles, il est possible de les exporter à l'état d'extrait. Diverses tentatives de ce genre ont déjà été

faites ; et si elles n'ont pas été suivies de succès^ il faut en voir la cause dans la méthode suivie jusqu'à ce jour, et qui a consisté à traiter les bois, réduits en très-petits fragments, par l'eau bouillante, de manière à obtenir le principe colorant. Mais dans les forêts de l'Amérique, où les bras manquent au travail, où l'on est dépourvu des moyens mécaniques qui pourraient y suppléer, l'issue défavorable de semblables entreprises ne pouvait être douteuse. Par la méthode Boucherie , les principales difficultés se trouveraient levées; il ne s'agirait plus, en effet, que de débiter les arbres en tronçons ; les tissus imperméables nécessaires pour opérer le lavage ou le déplacement sont aisément transportables; le caoutchouc est d'ailleurs assez abondant pour les confectionner sur place, et l'appareil le plus gênant pour exécuter l'industrie que je propose se réduirait à une ou plusieurs chaudières d'évaporation.

Da «aère*

Le sucre se rencontre dans presque toutes les parties des plantes ; on a constaté sa présence dans les fleurs, les feuilles, les tiges et les racines. Il est moins abondant dans les semences ; et l'on peut même affirmer qu'au moment de l'apparition des graines , la quantité des matières sucrées, répartie dans l'ensemble du végétal, se trouve considérablement amoindrie. Ainsi le sucre, comme l'amidon, parait contribuer à la production de la semence.

La saveur si caractéristique du sucre suffit, dans le

cas le plus général^ pour déceler sa présence ; néanmoins on s'exposerait à une appréciation inexacte, si l'on s'en rapportait uniquement à ce caractère. Plusieurs matières possèdent une saveur sucrée très-pro-* noncée, sans être pour cela du sucre , dans le sens que les chimistes attachent à cette dénomination. Pour les chimistesi les véritables sucres possèdent une propriété qui les distingue des matières avec lesquelles ils peuvent avoir d'ailleurs la plus grande analogie : c'est celle de se transformer, sous l'influence de l'eau et du ferment, en alcool et en acide carbonique. Il est certain cependant, et j'ai déjà cité l'amidon , que des corps qui n'appartiennent pas au genre sucre peuvent, par la fermentation, donner de l'alcool ; mais dans cette circonstance on a constaté , que ces corps, par l'action même du ferment, se changent d'abord en sucre , qui subit ensuite la fermentation alcoolique.

On reconnaît aujourd'hui que les sucres fermentescibles doivent être divisés en deux espèces principales, établies sur les caractères les plus facilement appréciables. L'une qui se présente en cristaux durs, transparents, se rencontre avec assez d'abondance pour être exploitée, dans la canne , la betterave, la sève de l'érable el celle de certains palmiers; Tautre qu'on obtient difficilement à l'état solide, qui se présente le plus ordinairement à l'état sirupeux, dont la saveur est moins sucrée, moins franche , existe dans le raisin et la plupart des fruits. Les caractères chimiques de ces deux sucres, que l'on désigne par les

noms de sucre de canne et de sucre de raisin ou glucose y sont d'ailieurs assez différents ; et^ d'après les belles recherches de M. Biot, leurs propriétés physiques, particulièrement Faction que leurs dissolutions exercent sur la lumière polarisée, ne permettent réellement pas de les réunir en une seule et même espèce. Dans le règne végétal, ces deux sucres se rencontrent souvent à Télat de mélange , et les moyens dont la chimie dispose permettent de transformer facilement le sucre de canne en glucose. La transformation inverse n'a pas encore été réalisée ; mais rien n'indique qu'elle soit impossible, et l'époque n'est peut-être pas éloignée où le sucre préparé avec la fécule de pommes de terre pourra être changé en sucre cristallisé semblable à celui qui provient de la canne.

Sucre cristallisé. — Ce sucre s'obtient facilement en cristaux volumineux, transparents, qu'on désigne par le nom de sucre candi. 11 suffit, pour favoriser la cristallisation, de laisser séjourner des tîls dans des terrines remplies d'un sirop convenablement concentré. Le sucre est fusible; par l'action de la chaleur ménagée, il brunit et passe à l'état de caramel ; une plus haute température en opère la décomposition. Il est beaucoup moins soluble dans l'alcool que dans Teau ; l'alcool pur n'en dissout même que de très-faibles quantités.

Le sucre de canne contient :

Carbone 42,1

Hydrogène 6,4

Oxygène 51,5

Telle est la composition du sucre desséché à la température de 1 00'' centigr . ; mais cette substance , comme la plupart des matières organiques, renferme une certaine proportion d'eau de constitution qu elle abandonne en se combinant avec certaines bases. Ainsi, le sucre s'unit à Toxyde de plomb pour former un véritable sucraiCy dans lequel la matière sucrée, privée de son eau, joue le rôle d'acide ; cette combinaison se présente sous la forme de cristaux blancs et mamelonnés; à l'analyse, elle a donné pour la composition du sucre anhydre :

Hydrogène 5,9

Oxygène 47,0

Il est possible d'amener le sucre ordinaire à cette composition , eu le privant de son eau de constitution ; ainsi le caramel obtenu en chauffant le sucre à 180% jusqu'à ce qu*il ne laisse plus dégager de vapeur aqueuse, a la composition du sucre anhydre, tel qu'il se trouve dans sa combinaison avec l'oxyde de plomb.

(1) Péligol, Annaks de Chimie et de Physique, t. LXVUI, p. 124, 2* série.

J'ai calculé les analyses de M. Péligol avec le poids atomique du carbone : 75.

ÉLABOBÉS PAB LES PLANTES. 225

A part toute considération théorique, on voit que^ pour reconstituer le sucre anhydre en sucre hydraté, il faudrait y ajouter pour 100 parties 11,76 d'eau, renfermant hydrogène 1,3 et oxygène 10>46.

Les 1 1 1 ,76 parties contiennent alors en éléments :

Carbone 47,1 pour cent, 42, 1 sucre ordinaire.

Hydrogène 7,2 6,4

Oiygène 57,46 51,5

On peut donc considérer le sucre normal comme formé de

Sucre anhydre. . . . 100,0 Eau, il,8

Le sucre provenant de l'Amérique méridionale , comme la plus grande partie de celui fabriqué dans les Indes orientales, est extrait de la canne. Les tiges de diverses plantes du genre arundo fournissent du sucre, mais c'est Yarundo saccharifera que Ton cultive le plus généralement.

En Amérique ^ et généralement dans les régions tropicales, on plante trois variétés de cannes à sucre : la canne créole, la canne de Batavia, et la canne d'Otaïti.

La canne créole a la feuille d*un vert foncé ; sa tige est mince, ses nœuds sont très-rapprochés. Cette espèce, originaire de l'Inde, est arrivée sur le nouveau continent, après avoir passé par la Sicile, les Canaries et les Antilles. La canne de Batavia est indigène à l'Ile de Java. Son feuillage très-large,

d'une teinte pourpré, lui a fait donner le nom de cana marada. On destine principalement son vesou à la fabrication du rhura. La canne d'Otaiti est aujourd'hui la plus répandue dans la culture ; son introduction est due aux voyages de Bougainville, de Cook et de Bligh. Bougainville en dota rile-de-France, d'oii elle se répandit à Cayenne, à la Martinique, et bientôt après dans le reste des Antilles et sur la terre ferme (1). Dans l'opinion de M. de Humboldt, c'est une des acquisitions les plus importantes que l'agriculture des régions tropicales doive aux voyages des naturalistes. Cette canne végète avec une vigueur extraordinaire ; sa tige est plus élevée, plus grosse, plus riche en suc que celles des autres espèces. Sur une même surface de terrain, elle donne plus de vesou que la canne de Batavia ; et de plus, par le développement de sa tige, elle fournit une bien plus grande quantité de combustible. Je l'ai observée dans presque toutes les cultures du littoral de Venezuela, de la Nouvelle-Grenade, et de la côte du Pérou. On avait craint d'abord que la canne d'Otaïti ne dégénérât par le fait de sa transplantation : une expérience de plus d'un demi-siècle a parfaitement rassuré les planteurs, en prononçant en faveur de cette belle espèce ; aujourd'hui, on reconnaît que les précieuses qualités qui l'ont fait in^ troduire se sont conservées sans altération. A la vérité, on a quelquefois assuré que dans certaines

(I)Humboldl, Voyage aux régions équinoxiales^ l. Y, p. 100.

localités cette canne a dégénéré, qu*elle est devenue moins productif e ; mais cette dégénérescence n'est pas particulière à Tespèce d'Otaiti : on la voit se manifester sur la canne créole, après une culture prolongée dans les terrains peu profonds qui ne sont pas irrigués.

La canne à sucre se plante par bouture. On prend des morceaux de tige d^environ un demi-mètre de longueur portant plusieurs froti^om {ojos)\ on en couche deux ou trois dans des trous de 15 à 18 centimètres de profondeur, de 8 à 10 centimètres de largeur, et on les recouvre avec une terre meuble et humide ^11 faut de quinze à vingt jours pour que les jets se montrenlhorsdusol. L'espace qu'il convientde laisser entre chaque plant, dépend beaucoup de la fertilité du terrain. Dans les sols les plus propices, la distance des lignes est d'environ un mètre ; et sur la longueur de ces lignes, les pieds sont espacés d'un demi-mètre. Quand les terres n'ont pas une grande valeur pécuniaire, on trouve qu'il est plus avantageux de laisser un plus grand espace entre les cannes, de manière à favoriser l'accès de l'air et de la lumière. Ainsi, il n'est pas rare de voir des cultures où les plantes sont séparées par une distance de un mètre et demi. L'époque à laquelle on enterre les boutures ne saurait être indiquée d'une manière générale. On choisit toujours le temps où, d'après rexpérience , on prévoit l'artivée prochaine des pluies. Aussi, dans les localités où l'irrigation est possible, il n'y a pas d'époques fixes pour la plantation :

on l'exécute dans tous les mois de Tannée. L'emplacement pour recevoir les boutures se creuse ordinairement à la houe, un nègre peut faire dans sa journée soixante ou quatre-vingts trous ; quand le sol a été labouré^ comme cela se pratique dans quelques îles des Antilles, ce travail peut être doublé. Les terres meubles, riches, lorsqu'elles ne manquent pas d'ailleurs d'une certaine humidité, sont les plus convenables pour la canne à sucre ; la plante souffre dans un sol argileux qui s'égoutte difficilement. Dans ces terres humides, les boutures ne doivent pas être placées horizontalement, mais bien sous un certain angle, de façon qu'une des extrémités sorte de plusieurs centimètres hors du sol ; la tige, enfoncée en partie, se trouve braquée en quelque sorte, ce qui a fait nommer cette manière de planter, plantation en canon.

Lorsque la tige sortie de la bouture est déjà garnie de feuilles étroites et opposées, c'est alors que l'arrosage est nécessaire. Les sarclages doivent être faits avec soin, jusqu'à ce que la plante soit assez développée pour étouffer les herbes nuisibles. On butte à chaque sarclage.

La canne, vers le neuvième mois après la planta-* tion, commence à se dépouiller. Les feuilles inférieures tombent les premières, et ainsi successivement, de sorte que, parvenue à sa maturité , il ne lui reste qu'un bouquet de feuilles terminales. La floraison a heu communément au bout de l'année, et on considère la maturité comme étant suffisamment

avancée, 2 ou 3 mois après cette époque ; la tige prend alors une couleur jaune de paille. Au reste, les planteurs ne sont pas tous du même avis : il en est qui font la coupe avant la floraison, parce qu'ils croient avoir observé que le sucre diminue lors de l'apparition de la fleur. On comprend d'ailleurs que la durée de la végétation dépend surtout du climat, et delà nature du sol. Il y a telle localité où l'on coupe la canne lorsqu'elle est âgée d'un an, telle autre où la récolte ne se fait qu'au bout de 15 à 16 mois. Selon les observations recueillies par le colonel Codazzi, dans Venezuela, et qui s'appliquent à la cana d'Otaïti, au niveau de la mer, dans les sites où la température moyenne est de 27,3 degrés cent., la canne mûrit en onze mois. Dans les endroits plus élevés, et où par conséquent le climat est moins chaud à latitude égale, il faut plus de temps pour la culture.

La lerapéralure moyenne élanl 2^^6, lacuUuredurel2 mois.

Les dimensions auxquelles parvient la canne d'Otaïti sont aussi extrêmement variables : dans les circonstances les plus favorables à son développement, elle atteint quelquefois une hauteur de 5 mètres; mais c'est là une exception, et son élévation normale est entre 3* et 3% 8.

Les grandes plantations sont divisées en carrés de 80 à 100 mètres de côté; de manière que chacun de

(1} Codazzi, Resumen de la Geogra/ia de Venezuela^ p. 141.

230 COMPOSITION DBS PBINCIPES

ces carrés se récoltant' à diverses époques, il en résulte un roulement favorable aux travaux de culture et à la fabrication du sucre.

La canne est coupée très-près de la racine. Avant de la porter au moulin, on retranche le bouquet de feuilles qu'elle a conservé. Ces tètes de canne à Tétat vert constituent une bonne nourriture pour les chevaux et pour le bétail ; quand elles sont desséchées, elles servent à couvrir les habitations. Après la première récolte, les rejetons surgissent et donnent de nouvelles tiges, qui ne demandent d'autres soins que quelques sarclages. Dans les bonnes terres, une plantation primitive produit cinq à six récoltes par rejetons. Mais j'ai entendu les planteurs affirmer que le produit en sucre diminue d'année en année. A Venezuela, on replante tous les cinq à six ans (1).

La canne débarrassée de feuilles est passée au moulin, pour en exprimer le jus. Ces moulins sont formés par l'assemblage de trois cylindres faits en bois dur ou en métal, et dont la disposition est telle, que la canne est laminée plusieurs fois. La canne privée du suc par la pression prend le nom de bagasse ; on remploie comme combustible, après l'avoir fait sécher.

Le suc exprimé renferme du sucre cristallisable, de la matière azotée analogue à l'albumine, et quelques matières salines. A sa sortie du moulin, il est reçu dans une grande chaudière placée à l'extrémité

{{) Codazzi, Resumen de la Geografia de Venezuela, p. 141.

ÉLABORiS PAR LES PLANTES. 231

d'un long fourneau supportant quatre autres chaudières de moindre dimension , situées sur la même ligne et en avant de la chaudière^éservoir qui se trouve la plus rapprochée de la cheminée. Le suc est d'abord porté à rébullition danscette dernière chaudière; après avoir reçu un peu de lait de chaux , il se forme bientôt une écume qu'on enlève. Le suc, en partie privé d'écume, est transvasé dans la chaudière immédiate, oii il est entretenu en ébullition constante, et dans laquelle on favorise encore la production des écumes par une nouvelle addition de chaux. De là, on fait couler le sirop dans lachaudière suivante, où la clarification s'achève ; c'est dans la quatrième chaudière que le Uquide atteint l'état sirupeux; la cuite se termine dans la cinquième chaudière, celle placée sur le foyer. On reconnaît que le sirop est à point, quand en prenant une goutte entre le pouce et l'index, et écartant subitement les doigts, la matière s'étire en un fil qui se rompt près du pouce et remonte en tournant vers l'index.

Le sirop cuit est versé d'abord dans un rafraî-chissoir, et ensuite dans les cristal lisoirs : ce sont des caisses percées de plusieurs trous bouchés avec des chevilles. Après vingt-quatre heures de séjour, on agite la masse avec un mouveron , afin d'accélérer la cristallisation ; quand elle est achevée, on débouche les trous pour donner issue au sirop. Ce sirop est cuit de nouveau et mis à cristalliser.

Le sucre, débarrassé du sirop, est exposé à l'air; et quand il est suffisamment sec et égoutté, on le met

en barrique, pour être expédié en Europe, sous la désignation de sucre brut, de moscouade. Assez souvent cependant, le sucre brut subit dans les colonies une sorte de purification : on le blanchit. À cet effet, on rintroduit et on le comprime dansdes formes; puis on verse dessus un sirop de sucre blanc fait à la température ordinaire. Cette dissolution, en traversant la masse de sucre, dissout et entraine la mélasse.

Le procédé que je viens de décrire est particulier aux Antilles. Sur le continent américain, dans plusieurs provinces de la Nueva-Grenada, et je puis citer le Socorro^ où les cultivateurs se livrent à la fabrication du sucre, on suit une méthode beaucoup plus simple. Dans les grands établissements il y a deux chaudières : Tune dans laquelle le suc est porté àrébullition, immédiatement après sa sortie du moulin (trapiche), et où la concentration, la clarification se font en grande partie, et cela sans addition de chaux; l'autre chaudière sert à terminer la cuite. Le sirop cuit est transformé, suivant les demandes, soit en sucre brut (papelon), soit en sucre blanc. Dans le premier cas, le sirop est coulé dans de petits moules ayant la forme et la dimension de briques. Il se refroidit aussitôt; il est expédié à Tinstant même; son grain est cristallin, sa couleur très-légèrement jaune, sa saveur très-agréable. Dans le second cas, le coulage se fait dans des formes en terre cuite, qui ne diffèrent en rien de celles en usage dans nos raffineries. Quand la masse est froide, on place sur la base du pain de sucre, qui se trouve occuper la partie su-

périeure à cause de la position renversée de la forme, une légère couche d'argile, et on verse un sirop de sucre blanc. La purification a lieu avec la plus grande facilité ; et j'ai vu des sucres blancs ainsi préparés qui ne le cédaient en aucune façon, pour la beauté et la qualité, aux sucres raffinés en Europe. Un fait m'a surtout frappé, dans les fabriques de sucre que j'ai visitées : c'est l'absence presque complète des mélasses, surtout dans les ateliers où l'on opère sur une petite échelle ; ce qui s'explique d'ailleurs par la promptitude de la cuite du vesou, et peut-être aussi par la non-intervention des engrais dans la culture. On croit en effet, aujourd'hui, que les mélasses proviennent en grande partie de l'imperfection des procédés employés, des altérations éprouvées par le suc pendant sa concentration. Déjà, dans ces derniers temps, Tattention des planteurs était dirigée sur les méthodes évaporatoires propres à mettre la cuite à l'abri d'une température capable d'altérer le sucre. Howard avait établi des appareils dans lesquels l'évaporation s'effectuait dans le vide. La chaudière, purgée d'air, était chauffée à l'extérieur par un courant de vapeur dontla température n'excédait pas 65'' centigr. Depuis, le procédé d'Howard a été simplifié, en concentrant le sirop par voie de distillation, et en condensant la vapeur de manière à diminuer considérablement la pression atmosphérique qui pèse sur le liquide, et par conséquent son point d'cbullition. Des différents appareils imaginés pour opérer la cuite des sirops sousune pression moindre que celle de l'atmosphère, il parait

que, dans les colonies, on accorde la préférence à celui construit par M. Derosne. Cet appareil n'exige pas d'eau comme réfrigérant, condition importante dans nombre de localités où l'eau est tellement rare, que l'on utilise celle qui provient de l'évaporation du yesou pour les besoins des habitations (1).

La quantité de sucre fournie par la canne est assez variable. M. Codazzi estime que dans Venezuela les limites extrêmes du rendement, par les procédés actuels, sont 6 et 1 5 pour 1 00, et en moyenne 7 et demi. D'après des renseignements pris à la Guadeloupe, M. Dupuy, pharmacien de la marine, porte le produit de la canne à 7, 1 pour 100. Le rendement en sucre est nécessairement subordonné à la proportion de vesou obtenue au moulin ; or, cette proportion est loin d'être constante. Des expériences faites par M. Dupuy dans plusieurs communes de la Guadeloupe, montrent que l'on retire de 56 à 62 de vesou pour 100 de canne. Les moulins les plus répandus donnent :

A la Guadeloupe (2) 56

A la Nouvelle-Orléans, selon M. Avequin. . . 50

A Cayenne, d'après M. Sénèz 36

A la Havane, suivant M. Casaseca (3). . .

La canne rubanée rend 45

Id. cristalline 35

Id. d'Otaïti 56

(4) Casaseca, Manuscrit.

(2) Péligol, Annales maritimes et coloniales^ aoûl 4842.

(3) Casaseca, Analyse du vesou faite à la Havane (manuscrit).

Alabobés pâe les plantes. 235

On admettait, sous l'autorité des chimistes les plus habiles, que la canne renfermait deux espèces distinctes de sucres, l'un susceptible de cristalliser^ l'autre incristallisable et donnant naissance aux mélasses dans le traitement du vesou ; mais les rech^xhes de M. Péligot ont prouvé que cette opinion est erronée et que, dans la canne, la totalité du sucre peut cristalliser : la préexistence d'un sucre sirupeux est donc entièrement chimérique. Déjà, en 1826, M. Plagne, chargé d'une mission aux Antilles, était arrivé à la même conclusion ; mais le résultat de ses travaux ne fut publié qu'en 1 840. Depuis, M. Casaseca, professeur de chimie à la Havane, a confirmé ce fait si important pour l'industrie sucrière des colonies. La composition du vesou se trouve ainsi ramenée à une très-grande simplicité. En effet, après de très-faibles quantités de matière azotée albumineuse, d'une substance déliquescente découverte par M. Hervy (1), de substance grasse, de plusieurs sels et de silice, matières qui réunies ne vont pas au delà de 2 ou 3 centièmes, on peut dire que le jus de la canne consiste essentiellement en eau et en sucre cristallisable qui y entre dans la proportion de 18 à 20 pour 100 (2). Après une macération suffisamment prolongée dans l'eau froide, la canne abandonne les matières qui font partie du vesou, et on obtient ainsi de la bagasse complètement privée de sucre, et que l'on peut considérer comme du ligneux. La solution aqueuse évaporée

{{) Hervy, Journal de Pharmacie, (841.

(2) Péligot, Annaks maritivMs et coloniales, août 1842.

donne le sucre^ qui, traité par l'alcool faible, se dissout en laissant insoluble l'albumine coagulée, mêlée à quelques sels terreux. Pour apprécier la totalité des sels dissous dans l'alcool, ou qui sont restés avec Tal-* bumine, il suffit de brûler les matières. La très-petite proportion d'albumine et des sels qui entrent dans la composition duvesou permet d'envisager la substance soluble contenue dans la canne comme du sucre. L'analyse peut donc se réduire à une détermination exacte de l'humidité, puis à un traitement par l'eau de la canne complètement desséchée, afin de dissoudre le sucre. Le ligneux, lavé et ramené à un état constant de dessiccation, donnera par différence la matière soluble. En procédant à peu près ainsi, M. Péligot a trouvé que la canne d'Otaïti, récoltée en 1839 à la Martinique, contenait :

Eau 72,4

Ligneux 9,!l

Maliëres solubles (sucre) . . 1 8,0

Ce résultat se trouve confirmé par l'analyse de la même variété de canne, récoltée à la Guadeloupe en 1841, et examinée sur les lieux même par M. Dupuy. Elle contient :

Eau 72,0

Ligneux 9,8

Matières solubles (sucre).. 17,8

Sels 0,4

(i) Péligot, AnnaUs maritimes et colwiales, aoûl 1842.

Une analyse plus complète de la canne à sucre^ faite par M. Payen, a donné :

Ligneux 10,0

Substances salines. . 0,5

Albumine i,0

Matières grasses. ... 0,4

Sucre 17,1

M. Casaseca, qui se livre, à la Havane, à l'étude de diverses questions du plus haut intérêt pour Tagriculture des régions tropicales, a trouvé dans la canne créole :

Bn IS48. Btt 1841.

Eau 77 65,9

Sucre et matières solubles. 12 17,7

Ligneux 11 16,4

M. Casaseca s'est proposé d'examiner s'il y aurait avantage à traiter la canne après l'avoir privée de son écorce herbacée.

100 de canne créole contiennent 37,5 d'enveloppe verte.

Composition de la etnne p«lée,^de TeoTeloppe.

Eau 77,8 69,5

Sucre et matières solubles. 16,2 11 ,5

Ligneux 6,0 19,0

En se fondant sur diverses analvses, M. Casaseca pense que, dans une même variété de canne arrivée à l'état de maturité, il existe un rapport constant entre le sucre et le ligneux, et par conséquent une proportion

fiuLe de sucre dans une quantité déterminée de canne desséchée. Si l'on parvenait a peler la canne par un procédé économique et surtout tré&-expéditif (car sous les tropiques le jus sucré s'acidifie très-vite), on perfectionnerait sans aucun doute le travail de la sucrerie, puisque la canne pelée contiendrait plus de sucre, moins de ligneux. La canne décortiquée passerait plus promptement au moulin, elle donnerait un vesou plus limpide, et à peu près privé de la matière herbacée, qui est une des causes des pertes éprouvées dans la défécation.

M. Péligot a examiné la canne d'Otaïti venue sous diverses conditions de pousse et d'âge ; les différentes parties d'une même tige ; enfin les nœuds, qui, comme on devait s'y attendre, contiennent plus de subtance ligneuse. Voici les résultats auxquels est arrivé cet habile chimiste (1).

{{) Péligot, Annales maritimes et coloniales, aoùl (812.

Tab .l\i

Première pousse

Deuxième pousse, sur premiers

rejetons

Troisième pousse, sur deuxièmes

rejeions

Quatrième pousse, sur troisièmes

rejetons

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