LIGNEUX
On voit en résumé, en faisant toutefois une exception pour les nœuds espacés sur les tiges, que la plante prise dans ces diverses conditions a présenté la même composition. Du moins, on ne saurait affirmer que les différences assez légères qu'on remarque dans les résultats, ne sont pas dues aux erreurs inhérentes au procédé employé. L'ensemble de ce travail important, en même temps qu'il établit la composition moyenne de la canne d'Otaiti, montre que les substances gommeuses, mucilagineuses, le sucre incristallisable dont on supposait si gratuitement Texistence, ne se rencontrent pas dans cette plante. D'où il faut bien conclure, avec M. Péligot, que les mélasses qui apparaissent pendant la cuite du vesou sont le fait de la fabrication, opinion à laquelle je me range d'autant plus facilement, que, comme je Tai dit précédemment, j'ai vu dans bon nombre
de circonstances la totalité du suc de canne donner du sucre cristallin. Ces analyses démontrent d'ailleursy mieux que ne pourrait le faire toute discussion, l'imperfection des méthodes suivies jusqu'à ce jour pour l'extraction du sucre. Elles prouvent , en effet, que les moulins laissent dans la bagasse plus du tiers du jus contenu dans la canne. Cette perte pourrait sans doute être considérablement atténuée, en faisant usage de moyens plus parfaits pour exercer la pression. Toutefois, il parait que les planteurs des colonies seraient peu disposés à employer une pression très-forte, dans la crainte de briser la bagasse et de l'amener à un tel état de division, qu'il deviendrait très-incommode de l'utiliser comme combustible. Sous ce rapport, il y a évidemment intérêt à ménager le ligneux de la canne, qui est toujours un auxiliaire précieux et souvent indispensable de la fabrication du sucre. Mais M* Dupuy, qui a examiné 'avec une grande attention l'ensemble des méthodes pratiquées dans les sucreries des colonies, pense qu'en perfectionnant les pressoirs de manière à les amener à faire rendre constamment à la canne 65 à 66 de jus pour 100 on conserverait à la bagasse sa valeur comme combustible, en augmentant suffisamment le rendement en sucre (1).
La bagasse, à sa sortie des moulins, parait entièrement privée de parties humides. J'en ai vu qui, après avoir été pressée deux fois consécutivement, semblai
(i) Péligol» Annales maritimes rt coloniales^ aoùl 1S42.
tout à fait sèche, et il est douteux qu'une pression beaucoup plus forte que celle qu'elle avait subie en eût exprimé une quantité notable de liquide. Gependanty il suffisait de la goûter, pour se convaincre qu'elle retenait encore du sucre. Dans le but d'en-* lever à la basasse le sucre qu'elle retient encore à la sortie du moulin, sans employer des machines plus puissantes, M. Péligot a proposé de les immerger dans l'eau et de les presser une seconde fois. On obtiendrait ainsi un vesou faible, qui, réuni au vesou primitif, porterait un rendement de 7,1 à 10 de sucre pour 100 de canne. En suivant ce procédé suggéré par la théorie» M. Dupuy a extrait en grand un cinquième de sucre en sus de la quantité ordinaire, sans rien changer au travail habituel de la sucrerie, et sans que la bagasse fût trop divisée pour être brûlée sous les chaudières (1): On ne saurait nier que l'introduction d'une assez grande masse de vesou faible ne nécessite une plus grande quantité de combustible, et que, dans bien des circonstances, cette nécessité ne devienne un véritable obstacle ; mais sur le continent, là où le bois est encore à la portée des sucreries, cette méthode semble susceptible d'être appliquée avec succès.
Les rendements si différents, fournis par des cannes contenant à peu de chose près la même dose de sucre cristallisable , prouvent que les procédés de concentration et de purification du vesou contri-
(1) Péligot, Annales mairiiimes et coUmiales, août 1842. I. ta
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buent au» à la perte qui a été signalée. M. Péligot indique plusieurs des causes de la détérioration du sucre^ Telles sont 1* La fermentation visqueuse qui rend le Yesou ^ais^ filant comme un mucilage ; par suite de cette singulière altération, la cuite du sirop présente de graves inconvénients, et la cristallisation du sucre resté intact s'opère avec difficulté. V L'acidité qui se développe assez souvent dans le vesott lorsqu'il n'est pas porté immédiatement dans les chaudières, acidité qui exige, pour être anéantie ou prévenue, l'intervention de la chaux. Cet alcali^ comme j'ai eu occasion de le faire remarquer, n'est pas indispensable dans le traitement du jus de canne : son utilité, dans les circonstances normales, se borne probablement à faciliter la défécation en formant un précipité insoluble avec quelques-unes des matières ot|[antques du vesou, peut^tre aussi, en faisant un savon de chaux avec les matières grasses adhérentes à la tige de la canne et qui se détachent pendant le passage au moulin. Lorsque la chaux est ajoutée pour corriger l'acidité développée accidentelle^ ment dans le jus, elle constitue de l'acétate, du lactate, sels éminemment solubles, incristalUsables et qui retiennent une portion de sucre à l'état liquide. 3* L'influence Acheuse des sels minéraux préexistants dans la canne. Ainsi le sel marin, en se combinant avec le stlcre, forme un composé déliquescent, dans lequel une partie de sel est unie à six parties de sucre ; cette combinaison rend encore iueristallisable une forte proportion de sirop. On ne
saurait donc être trop circonspect^ suivant M. Péligot, dans le choix des engrais employés dans la culture de la canne, car il importe surtout d'en éloigner les fumiers trop chargés de sel marin : peut-être est-ce à Tabsence de ce sel dans le sol, que les cultures trèséloignées des côtes de la mer doivent de rendre plus aisément et en plus grande quantité du sucre cristallisable. • - /u *
M. Codazzi estime à 1 ,875 kilbg. (i) la quantité âe sucre blanc produite par un hectare cultive en canne d'Otaîti dans la province de Caracas. Admértàïit comme rendement moyen 7 ^fi de 'sucre pour 100, on voit que le poids de la canne pstssée au moulin 8*élève à 19,134 kil. Prenant pour la conlpôsrtion moyenne de la plante :
Ligneux /sec) 11,0
Sucre (minimuia). . • i$,t> Eau 73,!)'
on trouve qu*un hectare de terrain produit dans la récolte:
Ligneux (sec) ... 2,105 kif.
Sucre 2,«d6
Eau 44,063
19tt34kil.
(1) M. Lestiboudois porte à 48,770 hectares la surfkce cuTtivée en etBoes dans les cokmies françaises ; le prodnît effioiet étaot otimé à 80 millions de kil. de sucrerie rendement pac hectare s'élèyecait àl,644kiL
La canne d'Otaïti laissant écouler , quand elle passe au moulin, enviroi 56 p. 100 de vesou renfermant 0,175 de sucre, le^ 19,134 kil. donnent effectivement en vesou 10,715 kil. contenant :
Sucre 1,875 kil.
Eau 8,840
Aux 2,105 kil. de ligneux indiqués par l'analyse, si l'on joint le sucre resté dans la bagasse, on a en totalité 3,196 kil. de combustible. On suppose en pratique que 1 kil. de bois sec peut vaporiser 3 kil. et demi d'eau ; en donnant au sucre contenu dans la bagasse le même pouvoir calorifique qu'au ligneux, on trouve que, théoriquement, la canne donne bien plus que le combustible nécessaire à la cuite du vesou. Mais tout le sucre re^té dans le ligneux de la canne exprimée est loin d'être utilisé ; la bagasse , quand elle est mise à sécher, subit une fermentation rapide; elle répand une odeur de vinaigre trèsprononcée ; la presque totalité du sucre est détruite. En effet, des bagasses sèches, examinées par M. Péligot, ne renfermaient plus qu'une faible proportion de principe sucré. Néanmoins, si l'on tient compte des tètes de tiges, et de la température initiale du vesou qui approche de 30® cent., on comprend qu'à l'aide de foyers bien établis, la canne produise assez de combustible pour l'extraction du sucre qu'elle renferme.
Dans les contrées intertropicales, la canne occupe le sol pendant douze à quinze mois ; on la coupe lorsqu'elle sèche, c'est-à-dire vers l'époque de sa florai-
ÉLAB0BÉ3 l'AR LES PLAm'BS* 245
son. Il n'en est plus ainsi dans les régions dont le climat est tempéré, la végétation peut alors être ralentie ou même suspendue durant une partie de l'année; c'est ce qui arrive , par exemple ^ dans le midi de l'Espagne, à la Louisiane, où l'industrie sucrière s'exerce dans les basses terres comprises entre le 29* et le 31* d^ré de latitude; la canne plantée en mars lève en avril et en mai, et Ton doit la porter au moulin avant les gelées, qui se font sentir vers le mois de novembre, c'est-à-dire après six mois de végétation seulement, et bien avant qu'elle ait atteint une maturité parfaite, car elle ne flèche que très-rarement. Les variétés qui réussissent le mieux à la Louisiane sont : la canne originaire de Java, dite rubanée, à zones rouges et violettes , et la rouge à teinte violette ; ces deux variétés résistent à un abaissement de 2 à 3 degrés au-dessous de zéro. Malgré des circonstances climatériques aussi peu favorables, la Nouvelle-Orléans produit des quantités considérables de sucre. Ainsi , la récolte en sucre brut a été :
En 1842 (i), de 64 millions de kil.
En 1843, 47 —
En i844, 9i —
Suivant M. Avequin, le rendement en jus de la canne cultivée à la Louisiane est, pour 1000 kilog. , pressés dans un moulin bien construit et mû par la vapeur :
(1) Aveqniii, Manuscril. L'année 1844 a élé une année d'uno ferlililô exoepiiomiftllc.