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COMSIDÉBATIONS MfiTÉOROLOGIQUBS. 711
turae/dans une saison où le thermomètre estfiréquemmenty pendant la nuit, à S"" ou ô"" degrés au-dessus de zéro(l). Dans ces condition s, où la >temp6i*ature d'un végétal descend fréquemment au-ileasous du point, de congélation^ une culture peut soufirir de la gelée. Le phénontëne se réalisera particulièrement par un ciel serein ; or, «c'est alors que la lune est visible ; quand au contraire elle est cachée par les nuages, le temps est couvert et alors la condition principale delà radiation nocturne ne se présente pas 2 la température des corps terrestres ne s'abaissera plus au-dessous de celle de l'air ambiant, et les plantes ne gèleront qu'autant que l'atmosphère elle* même sera à zéro. Ainsi, comme l'a fait remarquer M. Arago, l'observation des jardiniers n'était point fausse, elle était incomplète.
Si le gel des parties molles des végétaux, dans des circonstances où l'air reste à plusieurs degrés audessus du point de congélation, est réellement dû à l'émission des rayons calorifiques vers l'espace céleste, il doit arriver qu'un écran placé au-dessus d'un corps qui rayonne, de manière à masquer une portion du ciel, doit en empêcher ou tout au moins en affaiblir le refroidissement. C'est effectivement ce qui a lieu. D'après les belles redierches de Wells, un thermomètre posé sur une planche d'une certaine épaisseur à un mètre au - dessus du sol , indique quel« quefois, par. un temps calme et serein, 5 degrés de
(1) Arago, Ànfèûcdre des longitwhê^Mûné» idtt.
712 CONSIDÉBATIOMS MlËTtoROLOGIQOBS.
moins qu'un second thermomètre ûié sous la face inférieure de la planche (1). Ainsi s'explique l'utilité des nattes, des châssis, des couches de pailles, en un mot de tous ces abris légers avec lesquels les jardiniers couvrent les plantes délicates. Avant qu'on sût que les coqis placés à la surfoce de la terre deviennent, pendant une belle nuit, plus firoids que l'air ({ui les entoure, on n'apercevait pas la raison de celte pratique, car il était réellement impossible de concevoir que d'aussi minces écrans pussent garantir une plante de la basse température de l'atmosphère. Ces moyens, aussi simples qu'efficaces de protéger les plantes dans les jardins, sont rarement applicables dans la grande culture, oii la surface à préserver est toujours très-étendue. Cependant, dans les hivers rigoureux, le froid en pénétrant dansle sol détniirail
qu'il ne manquerait pas d'éprouver dans les nuits sereines en rayonnant vers les cieux. On sait d'ailleurs qu'en Europe, le manque de neige occasionne souvent la perte des céréales d'automne.
C'est en effet à la surface de la neige qu'a lieu le plus grand abaissement de température, pendant la nuit , comme le prouvent quelques observations faites en février de 1841. J'avais : Tun thermomètre sur la neige, la boule de l'instrument était recouverte de 2 à 3 millimètres de neige en poudre; 2"" un thermomètre dont le réservoir se trouvait placé sous la couche de neige, et par conséquent en contact avec le sol; 3'' un thermomètre à l'air libre, à 12 Aiètres au-dessus du sol, au nord d'un bâtiment.
La couche de neige avait alors un décimètre d'épaisseur ; elle couvrait, depuis un mois, un champ ensemencé de blé sur lequel le soleil donnait en plein, les jours où j'ai observé.
Voici le détail des observations :
1 1 février à cinq heures du soir depuis une demiheure, le soleil est caché par les montagnes. Ciel découvert, air très-calme.
Thermomètrefl : Degrés.
Sous la neige 0
Sur la neige — 1,5 (1)
ATairlibre 2,6
1 2 février ; la nuit a été très-belle, pas de nuages,
(1) A peine lé soleil était-il caché derrière les montagnes, que le rayonnement de la surface de U neige deveoail sensible.
714 CONSIDÉBATiONS BIÉTâOROLOGIQUBS.
air calme ; à sept heures du matin, le soleil n'éclaire pas ^core le champ •
Tbe'rmoinètrei ; Degrés.
Sous la neige '• — 3,5
Sur la neige» — 12,0
AlVirlibre — 3,0
À cinq heures et demie du soir le soleil est caché par les montagnes :
i : IlierinoinèkrM : Degrés.
Sous La neige 0,0
Surlaneige — 1,4
'*■ - A l'air libr6>>: -f- 3,0
* 13* février . A sept heures du matin ^ ciel gris, air
ûh peu agité.
Thermomètres: Degrés.
' Sous la neige — 2,0
Çur la neige — 8,2
Al'air libre — 3,8
À cinq heures et demie du soir, air calme, ciel dé« couvert, le soleil caché depuis quelque temps.
Therraoroètres : Degrés.
Sous la neige 0,0
Sur la neige — 4 ,0
A l'air libre + 4,5
14 février, à sept heures du matin, vent d'ouesf, pluie fine.
Thermomètres : Degrés.
Sous la neige. 0,0
Sur la neige 0,0
Al'airlibre 4- 2,0
Quand on réfléchit sur les pertes qu'occasionne aux cultivateurs la gelée causée, par le refroidissement
CQïlSWIîaA.TtONS MiTÉOAOIkOGtgUBS. 7i5
li«)fGhume^ aux épo^é6 où les plaoteli ont* déjà une iDég^tatioQ avancée,' on se demande s'il n'existe pas^ un nooyen praticable de préservcttion ) le vaîé foire conoaitra une méthode MiWei a?ec succès pai" les Indiens. Les indigènes du haut Pérou, partiouHèi^meat ceux des plaines st élevées < du Cucco y sont peut-être plus exposés qu'aucun autre peuple à yoir leurs récoltes détruites par l'effet du rayonne- Bient nocturne. Les Incas avaient parfaitemient déterminé les< conditions sous lesquelles on doit crain^ dre la geléepend^uit la nuit. Ils avaient reconnu qu'tl ne gèle que lorsque le ciel est pur et l'almosphère tranquille ; sachant par conséquent que la présence des^nuagess' oppose à lagelée, ils avaientimaginé, pour préserver leurs champs contre le froid, de faire nattre, pour ainsi dire, desinuagesartifidels. Lorsque k nuit s'annonçait de manière à faire craindre^ une :gelée, c'estrà-Klire lorsque les étoilest brillaient d'un vif éclat et que l'ùr étieât peu agité; les indiens mettaient le feu à des tas de paille humide, au-fumier^ afin dèpro«duire beaucoup de fumée, et de troub^^pAr ce moyen, la transparence; de l'atmosphère» dont ils avaient tant à redouter. On conçoit, au reste, qu'il est fooile de troubler la transparence d'un air calme en: faisant de la fumée ; il en serait toui autremenis'iL foisaii du ventv mais alors la précaution elle«»i]Miyie' deviendrait tout à fait inutile, puisque dans un aé^ agitée' «quand le vent soufQe, on n'a plus à craindre la gelée causée par la radiation nocturne. . , . r . , La pratique que je viem de mentionoer^ieat décrite
du Pérou
« Lorsque les Indiens voyaien « le ciel découvert et sans aut
I« alors la gelée, ils brûlaient d « d«ûre de la fumée, et chacui « ttdait de foire de la fiimée « qu'ils disaient que la fumée c foisant comme les nus^ l'of « Ce que je rapporte ici , je l's « Cmco. Si les Indiens le prati « d'hui, je n'en sais rien ; je i « s'il est vrai que la fumée puî « car alors j'étais trop enfant « |ffofondir ce que je voyais ft Le refroidissement des corpi diation nocturne est toujours y pAt d'humidité qui s'opère à 1(
t de gouttelettes, de rosée. Les i:
s^ de Wells ayant démontré que !
CONSIDÉRATIONS MÉTiOROLOGIQUES. 717
pose, le phénomène ne peut être attribué qu'à une simple condensation de la vapeur aqueuse contenue dans Fair, comparable en tout point à la précipitâhtion qui s'opère sur les parois d'un vase renfermant un liquide plus froid que Tair (1). La quantité d'humiditq que l'atmosphère renferme est d'autant plus grande que la température est plus élevée. Aussi dans les pays très-chauds , la rosée apparaît avec assez d'abondance pour favoriser la végétation en suppléant à la pluie pendant une grande partie de l'année. Dans l'opinion de plusieurs météorologistes, ce serait sur les côtes que l'on observerait la rosée la plus forte ; elle serait presque nulle dans l'intérieur des grands continents, et ne se manifesterait que dans le voisinage des lacs et des fleuves (2). J'avoue que je ne saurais partager cette opinion énoncée d'une manière aussi absolue. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir une rosée aussi abondante que celle qui se produit quelquefois dans les steppes de San-Hartin , à l'est de la Cordilière orientale des Andes, à une trèsgrande distance de la mer ; son abondance était telle, que pendant plusieurs nuits il me fut impossible d'employer un horizon artificiel en verre noir, pour prendre des hauteurs méridiennes d'étoiles ; à l'instant même où l'appareil était en présence du ciel, il se déposait une si grande quantité d'eau à la surface du verre qu'elle ruisselait de tous côtés; il fallut avoir
(1) Arago, Annuaire des longitudes, année 4837, p. 160.
(2) Kaemlz, Météorologie, p. 405, traduct.
718 GONSID^tBATIONS MéTÉ0R<HA)GIQU£5.
recoui» au mereure pour recevoir Timage de Tétoile en observation (1). Durant les mrilâ pures ^t calmes, le gazon de ces plainesimmense» reçoit , sous forme derosée, une quantité considérable d'humidité qui tempère^ par son évaporatiouy Texcessive chaleur du jour. Dans les climats tropicaux, les^ forêts contribuent à abaisser la température, à la naissance et à Fenlretien des sources, en faisant passer la vapeur aqueuse de l'air à l'état de rosée. Dans les régions très-chaudes il est rare de bivouaquer dans une clairière, lorsque la nuit est favorable à la radiation, sans entendre l'eau dégoutter continuellement des arbres environnants. Je puis citer, entre bon nombre d'observations de ce genre, celle que je fis dans une forêt du Cauca. Au amtadero de las coles, où je bivoua- <{uai ; la nuit était magnifique, et cependant dans la forêt dont les premiers arbres se trouvaient à quelques mètres, il pleuvait abondamment ; la lumière de la lune permettait de voir l'eau ruisseler de leurs branches supérieures (2) .
U est possible que la transpiration des parties vertes des Bvbres vienne s'ajouter à la rosée et augmenter l'intensité du phénomène que je décris y mais j'in- <2line à croire que le refroidissement des feuilles par voie de radiation a la plus large part dans la production de l'humidité. U est vrai que de toutes les feuilles
(1) C'élail en 1824, lors de la campagne entreprise pourlcferU carie du rio Meta : MM. Roulin et Rifero, qui faisaient partie de Texpédilion, ont été témoins de ce fait.
(2) Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1827.
COïiaiDÉRATlONS MÉTÉOROLOGIQUES. 719
qui garnissent la cime 4'im arbre, celles dont la totalité om une partie de la surface ' rayonne librement Ters l'espace, interceptent, comme lé ferait un écran, la radiation des branches inférieures, d'autant plus, que les bois de l'équateur sont tellement fourrés, que souvent ils sont impénétrables à la lumière. Mais, comme Ta fait observer M. de Humbdidt, si les branches qui couronnent un arbre se refroidissent directement par émission, celles sîtuéesr immédiatement audessous donneront, en rayonnant vers la partie inférieure des feuilles déjà refroidies, plus de chaleur qu elles n'en recevront; leur température baissera nécessairement, et ce refroidissement se propagera de haut en bas, jusqu'à ce que la masse entière de l'arbre y participe. C'est ain» que l'air ambiant^ en circulant entre les feuilles, se refroidit durant les nuits claires ; et pour juger de l'influence qu'un sol forestier exerce sur l'abaissement de la température d'une contrée, il suffit de se rappeler avec M. deHumboldt, qu'en raison de la multiplicité de ses organes foliacés, un arbre dont le sommet ne présente qu'une section horizontale de 40 mèfares carrés, influe réellement sur le refroidissement de l'atmosphère par une surface plusieurs milliers de fois plus étehdue que cette section (!]•
La proportion de vapeur contenue dans un gai étant d'autant plus grande que la température est plus élevée, toutes les causes qui refroidissent Fair
(l)Humboldt, Asie centrale^ t. fU, p. 303.
720 C0>Sll>KRATIOSS MfcTBORULOGiyUES,
salui'ô irhumidité occasiouneul , comme nous l'avons reconnu [irtirùdâniiuetit, la pn'HÛjiilatiuii irtine cerlaitiu quantité d'eau. Quand cette condcusatioii s'opère au sein U'une niasse ^a^euse, l'eau précipitée sa constitue en petites vésicules creuses, flottantes, troublant la transparence du milieu où elles sont niomeiktaiiémcnt en suspension. Ces vésii!ules, par leur accuumlalkiii, foimenL les Duages ou les brouillards; car, coniuic l'a dit un physicien cf'lèbre, un brouillard chI nn nuage où l'ou eat, el un nuage est un brouillard où l'on n'est pas.
Ces v(!.-sicult^& tombent vnn la terre comme tous tes corps, mais par suite de leur légèreté, la ràststance de l'air qu'elles déplacent diminue la raiiidité do leur chute (I). Lorsqu'elles deviennent plus volumineuses, elles constituent, par leur ri^union, desgoutles d'eau qui tombent avec une plus urande vitesse.
CONSiDÉaATlONS MÉTÉOROLOGIQUES. 721
quantité annuelle de pluie varie avec la latitude, qu'elle augmente à mesure que Ton approche de l'équateur, ce qui revient à dire que cette quantité croit avec la température du climat. Il y a cependant, d'assez nombreuses exceptions. Ainsi , presque sous la ligne équinoxiale, à Payta, sur le bord de la mer, il ne pleut que fort rarement , la pluie est un événement , et lorsque je m'y trouvai il y avait plus de dix-huit ans qu'on avait eu une averse. Les causes locales ont la plus grande influence sur le phénomène de la pluie ; aussi à parité de latitude , les pays sont loin d'être également humides.
On croit avoir reconnu en Europe qu'il pleut davantage le jour que la nuit. Dans les régions équinoxiales, du moins dans les parties que j'ai visitées , il ^mblerait que c'est le contraire qui a lieu. Tout le monde admet qu'il y pleut principalement pendant la nuit. C'est ce que confirmeraient des observations que j'ai faites dans les environs de Marmato {alrodeo)y et dont voici les résultats :