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290 DB L'ALIMBIfTATION DES AIOMAUX

bien entendu, amène quelquefois une grande écono-^ mie dans Tentretien de ces animaux. Les racines se donnent après avoir été coupées. C'est un usage dont la bonté est sanctionnée par la pratique, que celui de mêler les tranches de racines avec de la paille hachée ou des balles de céréales. U est toujours avantageux d'unir un aliment sec à un aliment très-aqueux dont les sucs tendent à s'échapper.

La betterave, les navets, les carottes, le rutabaga, les topinambours, sont toujours consommés crus. La pomme de terre est souvent donnée après avoir subi la cuisson. Cependant je puis affirmer que les rumi* nants se trouvent très-bien de l'usage des pommes de terre crues. À Bechelbronn, nos vaches ne les consomment jamais autrement; on ne les fait cuire qu'alors qu'on les destine à la nourriture des chevaux et des porcs. La manière la plus convenable est de les cuire à la vapeur ; il n'est pas nécessaire de pousser la coction au point qu'elle doit atteindre lorsqu'il s'agit de l'alimentation de l'homme. Les pommes de terre cuites sont écrasées entre deux cylindres, ou simplement à la pelle, et mêlées à la paille hachée ; par la cuisson à la vapeur , elles ne perdent qu'une faible partie de leur poids, d'oii il faut conclure que l'équivalent reste à peu près le même. Cependant il est possible que la matière amylacée s'assimile plus facilement, et que sous ce rapport les tubercules cuits soient plus nourrissants. Quelques éleveurs font cuire les pommes de terre au four ; cuites de cette façon, elles doivent être plus nutritives à poids égaux, par la

AHNEXÉS A LA FERMB. 291

raison qu'elles renfennent beaucoup moins d'eau, par suite de la dessiccation qu'elles éprouvent. Nul doute que ee mode de cuisson ne soit préférable lorsque Ton a en vue l'engraissement des porcs ou du bétail. La pomme de terre cuite an four ou rôtie peut certainement être amenée à un état tel qu'elle remplacerait avantageusement les grains et les farines dans l'alimentation des animaux. C'est un simple devis à faire sur les frais de cuisson.

C'est en pesant un animal que l'on peut déterminer l'influenee favorable ou désavantageuse du régime alimentaire auquel il est soumis. Pour les animaux ' adultes accomplissant un travail régulier, comme les chevaux de labour , pour les vaches laitières, la ration doit être telle que le poids normal reste à peu près le même. Une nourriture insuffisante tend à diminuer l'embonpoint, la vigueur et la vivacité de l'animal ; les vaches rendront moins de lait. La ration demeurant la même, la perte de poids, l'amaigrissement, la diminution du lait, se manifesteront néanmoins si on augmente le travail, si on exige de la part de ces animaux une plus grande dépense de forces. Une condition indispensable dans les recherches sur l'alimentation est donc d'exiger des individus qui en sont le sujet, soit le repos absolu, soit un travail aussi égal que possible. Les jeunes animaux, en recevant une nourriture saine et suffisante, augmentent journellement d une quantité que nous chercherons bientôt à évaluer ; le changement de nourriture apportera des variations notables dans leur accroissement si le régime

292 DB l'alimeto-ation des animaux

substitué est moins nutritif que celui qui le précédait; la balance indique ces variations.

Le bétail mis à Tengrais reçoit toujours de la nourriture en excès, c'est-à-dire un supplément à la ration d'entretien. L'augmentation de poids d'un animal est souvent assez considérable dans un court espace de temps pour être appréciée par des pesées même assez rapprochées ; elle varie d'ailleurs aux différentes époques de Talimentation. L'engraissement du bétail n'est pas une circonstance favorable pour évaluer la valeur nutritive des aliments ; mais il est néanmoins utile, sous le point de vue pratique, de constater l'influence de la nourriture sur la production de la graisse. Un équivalent nutritif mal appliqué exercerait bientôt une action contraire à celle que l'on veut obtenir, l'animal resterait station* naire en poids au lieu d'augmenter, si la ration n'était pas convenable.

Lorsqu'on a déterminé la quantité de fourrage qu'un animal doit recevoir en vingt-quatre heures pour être convenablement entretenu en force, ou pour permettre un rendement avantageux en lait, ou un accroissement favorable en chair ou en graisse, on le pèse et on introduit dans la ration, en totalité ou en partie, la nourriture qu'il s'agit d'essayer. Au bout d'un certain temps, on pèse de nouveau; le poids fait connaître si la valeur nutritive du fourrage substitué est supérieure, égale ou inférieure à celle de l'aliment remplacé. Telle est la méthode gén^alemcnt suivie ; mais en la pratiquant, j'ai remarqué

qu'elle est sujette à des causes d'erreurs assez graves que je me suis efforcé d'atténuer dans des expériences entreprises sur l'alimentation des chevaux, expériences que je crois devoir rapporter.

Dans un bon nombre des observations parvenues à ma connaissance, j'ai reconnu que la durée des différents régimes auxquels les animaux ont été soumis n'a certainement pas été suffisamment prolongée, de sorte qu'on a dû être conduit à attribuer les changements survenus dans le poids des animaux aux effets de la nourriture , lorsque les variations constatées peuvent n'être qu'un simple fait accidentel. On admet qu'un animal adulte, soumis à la ration d'entretien, revient tous les jours au poids qu'il avait la veille ; mais cela n'est rigoureusement vrai qu'autant qu'on suppose une série de pesées continuées pendant un nombre de jours suffisant pour faire disparaître les irrégularités qui se présentent d'une pesée à l'autre. Pour reconnaître l'amplitude des variations qu'un animal éprouve dans son poids, alors même qu'il est nourri d'une manière uniforme, qu'il prend ses repas exactement aux mêmes heures, j'ai pesé pendant plusieurs jours un cheval et une jument soumis à un régime des plus réguliers et qui exécutaient un travail parfaitement réglé, puisqu'ils étaient attelés à un manège faisant mouvoir une machine d'épuisement. Les pesées ont été faites à midi, avant que les animaux aient été conduits à l'abreuvoir, quatre ou cinq heures après leur premier repas. Voici les résultats obtenus :

DATB DU riiéas.

16 décembre 1841.

Moyenne

Pesées maxima. . .

Pesées minima. ..

POIDS

DO CnTAL.

POIDS DaL&jmuirr,

Plui gnnde différence andesBui do poidi moyen.

Plu» grande différence andessouf du poidi moyen.

Différence entre les poids ex* trèmes.

Un autre cheval (Vieux Fuchs), âgé de douze ans, a été pesé à jeun, à quatre heures du matin.

Tablbau.

ANNEXÉS A LA FEUIE.

DATB

POIDS

VO CBStAL.

Plot grande différeDce au-deiiiu du poidi moyen.

moyen.

• Différence entre les poidt extrèroet.

26aTrill842

Moveniie» .•••...•

On voit qu'un cheval rationné très-régulièrement, pesé à la même heure, présente néanmoins dans son poids des différences qui d'un jour à l'autre vont jusqu'à 43^, 5, qu'on est ainsi exposé à attribuer à l'effet du régime alimentaire. Comme, dans les expériences sur Talimentation, on est obhgé de cheicher l'accroissement ou la diminution de poids qu'un animal subit, on comprend que, pour atténuer la cau^ d'erreur que je viens de signaler, il faut prolonger la durée de chaque expérience pendant un temps suffisant pour que la variation accidentelle affecte le moins possible le résultat.

Cette variation se montre chez les différents animaux; elle est naturellement plus faible sur un mouton que sur un cheval, mais elle n'en existe pas moins, et elle peut occasionner des erreurs du même

296 DE l'aliuentation des animaux

ordre. Que penser maintenant de ces variations de poids de 1 kil. , observées en deux ou trois jours d'expérimentation sur des béliers, bien qu'elles aient été constatées avec le plus grand soin et par des observateurs très-consciencieux ? Il est de toute évidence qu'elles ont pu être purement accidentelles.

La première chose à faire, lorsqu'il s'agit d'étudier la valeur nutritive comparée des aliments, est de rechercher l'ampUtude des variations du poids des animaux soumis à l'expérience ; comme elle a lieu tantôt dans un sens , tantôt dans un autre , on conçoit qu'il est avantageux de soumettre à l'observation plusieurs animaux à la fois, car il y a alors une chance pour que l'erreur qu'elle occasionne soit de nature à se compenser. Aussi on a soin d'expérimenter non pas sur un individu isolé, mais bien sur un lot formé de plusieurs tètes, et les résultats obtenus sont d'autant plus certains que les lots comprennent un plus grand nombre de sujets. Une autre cause d'erreur, dont j'ai eu l'occasion de m'apercevoir dans le cours de mes expé« riences, parait dépendre du poids de la ration alimentaire. À égalité de valeur nutritive, les rations peuvent avoir des poids très-différents; un régime composé d'aliments secs, comme le foin et l'avoine, pèsera beaucoup moins que son équivalent en racines, en tubercules ou en fourrage vert. Si, après avoir entretenu des animaux avec des aliments secs, on substitue une nourriture aqueuse, on remarque aussitôt un accroissement notable dans leur poids. Le

ANNEXÉS A LA FSBME. .297

changement est trop subit et souvent trop considérable pour qu'on puisse songer à l'attribuer à la nutrition ; c'est un lest qu'on a introduit dans le corps des animaux et qui persiste^ bien qu'en subissant des variations, pendant tout le temps qu'on administi^ le nouveau régime. Dans le cas opposé, quand un équivalent nutritif pesant est remplacé par un équivalent plus léger, on observe le phénomène inverse : le poids des. animaux baisse subitement. Ces change* ments brusques jettent de la perturbation dans les résultats, et on doit juger défavorablement la méthode qui consiste à se contenter d'une seule pesée à la fin de chaque observation faite sur un régime alimentaire; j'ai commis cette faute avant d'avoir su apprécier son influence. Pour arriver à des résultats dignes de toute confiance, il convient de nourrir les animaux pendant deux ou trois jours avec la ration que l'on veut étudier, afin de les lester : c'est alors seulement qu'il faut faire la première pesée, c'est alors que commence l'expérience; et, après l'avoir continuée pendant un temps suffisamment prolongé pour atténuer autant que possible l'incertitude résultant des variations de poids accidentelles, on pèse de nouveau, pour constater l'effet favorable ou contraire du régime. Il est à peine nécessaire de rappeler que l'augmentation ou la permanence du poids des animaux sur lesquels on expérimente ne sont pas toujours des signes suffisants pour affirmer que le régime actuel est supérieur ou égal en faculté nutritive à celui qui l'a précédé. On doit en outre tenir compte

298 DE L'ALniBNTATlON DB8 AmUÂUX

de plusieurs circonstances accessoires, de différente caractères, en un mot de l'état des animaux. Ainsi, il faut noter l'aspect du poil; le plus ou moins de tî^ iracité, de gaieté ; la nature des déjections, Tétat du ventre, l'aptitude au travail pour les bétes de somme, la quantité de lait pour les vaches laitières. Cependant, en thèse générale, il paraît qu'un état stationnaire ou une légère augmentation de poids chez les adultes sont des caractères presque toujours en faveur du fourrage qui les fait naître, tandis qu'une perte est constamment le signe d'une alimentation insuffisante pour le travail ou pour les produits qu'on en exige.

Les expériences que je vais faire connaître ont été entreprises dans la vue de déterminer la valeur nutritive de plusieurs fourrages qui peuvent concourir, dans une certaine proportion, à l'alimentation du cheval, en les associant à la nourriture ordinaire. La pénurie de fourrage que l'on eut à subir en Alsace à la suite des sécheresses de 1 840 nous avait fait sentir l'importance de recherches dirigées sur ce point. A cette époque nous avions été obligés de remplacer par des pommes de terre une grande partie du foin consommé dans les écuries; et, en prenant pour base de cette substitution l'équivalent donné par l'analyse, nous obtîn mes des résultats pécuniaires fort avantageux, tout en conservant la santé et la vigueur de nos attelages. Néanmoins, ce qui touche à la nourriture des animaux d'une exploitation rurale est trop grave pour s'en rapporter uniquement

ANNEXÉS A LA FBEHE. 299

à la théorie; j'ai donc pensé qu'il était convenaUe de contrôler les résultats de l'analyse chimique par des observations pratiques.

La nourriture reconnue la plus convenable pour l'alimentation des chevaux^ dans une grande partie de l'Europe, est, sans aucun doute, une ration dans laquelle il entne du foin et de l'avoine. Chacun de ces aliments donné isolément ne produirait pas un effet aussi avantageux que celui qui résulte de leur association. Une ration uniquement composée de foin serait trop volumineuse ; l'avoine seule, à moins d'être donnée en proportion très-forte, présenterait un inconvénient contraire. Ce n'est pas que le cheval soit difficile sur la nature des aliments. L'orge, dans les pays méridionaux, remplace l'avoine. J*ai nourri pendant trè&-longtemps un grand nombre de chevaux et de mulets exclusivement avec du maïs, avec de la canne à sucre. Sur les plateaux des Andes, dans les steppes de l'Amérique du Sud, des chevaux, soumis à des travaux assez rudes, sont perpétuellement au vert; tout dépend d'ailleurs de la manière dont ces animaux ont été élevés.

Dans les circonstances où nous nous trouvons, il n'y aurait probablement pas un avantage réel à remplacer la nourriture ordinaire par les racines ou les tubercules; je doute même que cette substitution absolue produise de bons effets. Je sais qu'on a en-* tretenu des. chevaux en les nourrissant pendant l'hiver avec des pommes de terre ou des betteraves ; mais il y a une différence essentielle à établir entre

300 DE l'alimentation DBS ANIHAUX

Tentretien à l'écurie, sans travail, et l'alimentation des animaux destinés à dépenser chaque jour une certaine quantité de forces. Un cheyal de travail prendrait difficilement, à cause du volume, une ration uniquement formée de betteraves ; il y a d'ailleurs un point qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'il est question de nourrir des chevaux assujettis à un certain nombre d*heures de travail, c'est que les repas doivent être faits dans un temps donné. C'est pour cette raison que les chevaux de roulage, de poste, ceux en un mot qui ont à faire un travail prolongé, reçoivent la plus grande partie de leur nourriture en grains. A l'étable, l'inconvénient d'une ration volumineuse est bien moindre qu'à l'écurie ; indépendamment de son organisation particulière, la vache a toujours plus de temps pour ses repas qu'on n'en accorde généralement au cheval.

Une pratique de près d'une année nous ayant préalablement appris que le cheval d'attelage peut recevoir la moitié de sa ration en tubercules ou en racines, nous sommes parti de ce fait dans les expériences que nous avons exécutées.

Bxpérieiieea sar l'aQimeatetloa des elMTa«x eaireteiiws

•Tec une aoarritnre mixte.

La ration ordinaire du cheval à Bechelbronn se compose, pour les vingt-quatre heures, de :

Foin... lOkil.

ÀToiae. 3,29 = 7 litres, rhectoUtred'aToine pesant 47 kil.

Avec cette ration, les attelages se trouvent dans une bonne condition.

Dans les observations qui vont suivre, on a pris deux attelages, formés chacun de quatre chevaux. Chaque attelage est constamment resté sous les soins du même conducteur; nous désignerons le premier attelage par le lot nM , le deuxième par le lot n" 2.

Le lot n"" 1 se composait de :

Braun, jument âgée de 7 ans.

SchimmelyCheyalàgéde 7 Hans, id. id. 16 Galy, id. id. 8

Le lot n"" 2, de :

Fuchs, jument âgée de 15 ans.

Braun, id. tt

Nickel, id. 14

Hengsl, cheyal âgé de 5

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