‹ Économie ruraleChapitre 52 sur 129 · II · texte numérisé non relu

II

322 DE l'alimentation des animaux

dent de la distribuer aux chevaux de troupes dans les deux mois qui suivent la récolte. La commission d'hygiène vétérinaire a expérimenté précisément pendant ces deux mois sur quatre chevaux. Dans la ration du cheval il est entré 3,2 kilog. d'avoine nouvelle à la place de la même quantité d'avoine ancienne. Il n'est résulté aucun inconvénient de cette substitution ; les chevaux ont continué leur service de la manière la plus satisfaisante, en conservant une santé excellente.

Ces résultats demandaient à être confirmés par des observations plus nombreuses, faites sur une plus grande échelle. En conséquence, sur l'avis de la commission d'hygiène, M. le ministre de la guerre donna des ordres pour que les expériences fussent continuées dans plusieurs divisions militaires. Elles eurent lieu :

A Melun, dans le 1 0* dragons ;

A Lunéville, dans les V et 6* hussards ;

A Strasbourg, dans le 9* et le 1 4* d'artillerie.

Des rapports adressés par les chefs de corps la commission a tiré les conclusions suivantes :

i"" Que le foin nouveau substitué au foin ancien, la proportion de paille et d'avoine étant conservée dans la ration, n'a point nui à la santé des chevaux, et que, s'il a apporté quelques modifications dans leur état d'embonpoint, ces modifications ont été favorables ;

2'' Que le foin nouveau, substitué au foin ancien et à la paille dans les proportions réglementaires

pour ce dernier fourrage, a déterminé quelques légers changements dans la nature et la quantité des déjections, mais que ces changements, passagers d'ailleurs, n'ont pas coïncidé avec une altération dans la santé, l'embonpoint et la vigueur des chevaux ; que cependant, par suite de la suppression de la paille, les chevaux manquant de litière, cette substitution a été moins avantageuse que la première;

3"" Que le foin nouveau donné comme nourriture exclusive a produit des désordres dans les fonctions, et qu'il a principalement occasionné une perte d embonpoint et surtout de vigueur, résultats d'ailleurs ^ui s'étaient présentés avec le foin ancien dans leis expériences faites par la commission sur les chevaux du 3* régiment de lanciers ;

4^ Enfin, que l'avoine nouvelle substituée à l'avoine ancienne ne possède pas les qualités malfaisantes qu'on lui attribue.

§4* — Bxpérlenees aor IMntrodoction étm foorrmfr®* pro- TMiani dea prairie» ariiflelelles dans la noorrltore des eheTaoz de l'armée.

D'après le cahier des charges pour la fourniture des fourrages destinés aux chevaux de l'armée, le foin des prairies artificielles n'est admis qu'exceptionnellement dans la composition de la ration, et dans le cas seulement oiila pénurie du foin des prairies naturelles aurait rendu la substitution nécessaire.

Cependant, Tagriculture retirant un parti avantageux du foin de trèfle et de luzerne pour l'alimentation de ses attelages, M. le ministre de la guerre,

324 DE l'alimentation des animaux

sur l'avis de la commission d'hygiène, ordonna une série d'expériences, à l'effet de s'assurer si ces fourrages pourraient concourir sans inconvénient à Talimentation des chevaux de troupes.

Snbsiiiatlon des fonrraipes «les prairie* •rtiflclelle« a» foin dans la ration régrlementalre*

Cent quarante chevaux, formant un escadron du 3' régiment de hussards, ont été mis en observation. L'escadron étant divisé en quatre pelotons de force à peu près égale, on a essayé simultanément quatre fourrages, à savoir : T le trèfle ; 2** le sainfoin ; 3' la luzerne; 4"" le regain de luzerne. 4 kilog. de chacun de ces fourrages par jour et par cheval ont remplacé le même poids de foin. Pendant les trois mois que l'escadron a reçu la substitution, la commission a reconnu, avec les officiers du corps, que tous les chevaux ont éprouvé une amélioration notable.

IVonrrltare ezelaslte avee la laseme, le ■alnfoln et le

trèfle.

Six chevaux ont été mis dans une écurie isolée par lot de deux têtes ; chacun des lots recevait une espèce de fourrage : ce régime exceptionnel a été prolongé pendant trois mois. Les chevaux ont fait le service et les exercices; néanmoins ils ont acquis de l'embonpoint. L'état sanitaire s'est maintenu dans de très-bonnes conditions.

lVo«rrlt«re ezclvalTe avec les fevllles o« aTcelea tî^^ des

foins de prairies artiflelelles.

Six chevaux du 3* régiment de lanciers, en garnison à Paris, reçurent pour seul aliment : le n* 1, des feuilles de sainfoin ; le n*" 2, des feuilles de luzerne; le n"* 3, des feuilles de trèfle, tandis que les numéros 4, 5 et 6 n'eurent autre chose à manger que les tiges des mêmes plantes; chacun de ces chevaux ne recevait qu'une seule espèce de tige.

Ce régime a été maintenu pendant six mois, et Ton eut l'occasion de constater un fait bien inattendu, c'est que les feuilles étaient beaucoup moins recherchées par les chevaux que les tiges.

Les chevaux nourris uniquement avec les feuilles ont conservé leur embonpoint et leur vigueur; ils n'ont pas gagné, ils n'ont pas perdu ; mais il y a eu amélioration évidente^ sous les deux rapports, chez les chevaux alimentés avec les tiges.

Foin de prairies artifleielles substitué à la ration

ordinaire*

Vingt-quatre chevaux du 4* régiment d'artillerie ont été divisés en trois lots de huit tètes. A chacun des lots on a donné, par cheval, pour un jour, 14,7 kil. de l'un des fourrages sur lesquels on expérimentait ; le trèfle, la luzerne et le sainfoin. Les expériences ont duré trois mois.

Les chevaux se sont maintenus en bonne santé ; ils ont bu davantage qu^alors qu'ils étaient au régime

326 D£ l'auhentation des animaux

réglementaire ; il y a eu développement dans le volume de Tabdomen.

Foin die» prAlrle» artlflelelletaiilMitltné »■ foin ordinaire^ toat en couflerrant paille et «Tolne dans la raUo»»

Dans onze régiments, un escadron a subi cette substitution pendant trois mois; on Ta prolongée durant cinq mois dans le 3* de hussards. Le nombre total des chevaux mis en expérience s'élevait à 1,200.

Les résultats obtenus ont établi que le foin de trèfle, de luzerne ou de sainfoin est une nourriture très-convenable au cheval de troupes. Un fait important, signalé par la commission, c'est que, dans les 399 chevaux du 3' hussard, soumis au régime de ce fourrage, il ne s'est pas présenté un seul cas de morve.

En 1845, le ministre de la guerre ordonna que, dans soixante-trois régiments, les fourrages des prairies artificielles entreraient dans la ration. Le plus généralement, la quantité de trèfle ou de luzerne substituée au foin des prairies naturelle a été d'un tiers.

U résulte, soit des expériences de la commission d'hygiène, soit des expériences faites dans les régiments sur plus de 27,000 chevaux :

l"* Que les feuilles et les tiges du foin de prairies ^•^ artificielles peuvent être données séparément, sans

inconvénient, aux chevaux ; \ 2* Que le foin des mêmes prairies peut, sans in-

convénients, devenir une nourriture exclusive, ce

ANNBXiS A LA FBBME. 327

qui n'a pas lieu avec le foin des prairies naturelles; que les chevaux nourris avec du trèfle ou de la luzeme ont conservé leur embonpoint et leur vigueur; que chez les chevaux alimentés avec du sainfoin, la vigueur a augmenté ; que, cependant, ce genre d'alimentation a contribué au développement de l'abdomen, particulièrement chez lies animaux consommant du trèfle ; inconvénient à peine sensible chez les animaux rationnés avec du sainfoin ;

3"" Que les foins des prairies artificielles doivent être divisés comme il suit, en raison de leur qualité nutritive : le sainfoin, la luzerne, le trèfle;

4* Que le foin des prairies artificielles, introduit concurremment avec le foin ordinaire dans la ration, a généralement contribué à améliorer la santé et à augmenter la vigueur des chevaux de l'armée;

5"* Qu'en variant la nourriture, le fourrage non* veau excite l'appétit des chevaux (1).

Fonrraipe» Terta eomparé* aux fonrraf^e* fanés

Les éleveurs attribuent aux fourrages verts une qualité bien supérieure à celle des fourrages fanés. MM. Perrault de Jotemps, si familiarisés avec la méthode expérimentale, ont reconnu que, dans la nourriture des béliers, 4 kil. de luzerne, donnés en vert, équivalent à 1,50 kil. de foin de la même plante.

Dans le fanage du trèfle et de la luzerne, on

(i) La commission d'hygiène vétérinaire se compose de MM. Magendie, président ; Rayer, Payen, BoiissingauU, Barthélémy atné. Berger, Tassy, Laborde, Poinsot; Riquet, secrétaire.

328 DE l'aUMENTATION DBS ANIMAUX

éprouve une perte assez forte , due aux feuilles et aux fleurs détachées des tiges, et d'autant plus regrettable qu'elle porte précisément sur des parties trè&» substantielles. En tenant compte des déchets occasionnés parle fanage, le bQttelage et la fermentation dans le fenil, MM. Perrault admettent que 100 kil. de trèfle ou de luzerne fauchés lors de la première fleur donnent 23 kil. de foin. Gomme nous l'avons constaté à l'égard du trèfle, le rendement du fanage varie avec l'âge et l'état plus ou moins ligneux de la plante. Voici le résumé des expériences faites par ces habiles agronomes dans leur domaine de la fouillasse (1).

APRÈS

le fanage

pratique.

APRÈS

le fanage

extrême.

APRÈS

fermentation

dans

IcfenU.

100 kil. de luzerne ou de trèfle coupés à la première fleur se réduisent à

kil.

kil.

100 kil.'de trèfle plus ayancé en fleur, commençanl à perdre des feuilles vers le bas des tiges, se réduisent à

100 kil. de trèfle plus avancé encore se réduisent à

Selon le chiffre exprimé dans le tableau, 4 kil. de luzerne verte et en fleur représenteraient 0,92 kil.

(i) Perrault de Jotemps, Journal d'Agriculture pratique, t. Ilf,

ANNEXÉS A LA FERMB. 329

de luzerne fanée. Comme il a fallu 1,50 kil. de foin pour remplacer convenablement 4 kil. de la plante veile dans l'alimentation d'un bélier , il s'ensuit qu'en donnant 1,50 kil. de luzerne fanée, c'est réellement comme si l'on eût rationné avec 6,52 kil. de fourrage vert.

Cette méthode est trop indirecte pour décider si réellement les aliments verts perdent une partie de leurs propriétés nourrissantes par le fanage. Les nombres présentés par MM. Perrault prouvent seulement, ce que personne ne conteste, que la manière la plus avantageuse d'utiliser les produits de la« prairie artificielle est de les faire consommer en vert, afin d'échapper aux pertes et à toutes les éventualités qu'entraîne nécessairement le fanage. Mais ces nombres n'établissent nullement que la faculté nutritive du trèfle et de la luzerne soit amoindrie par le seul fait de leur transformation en fourrages secs ; en un mot, la question physio-. logique reste intacte. Pendant plusieurs années , j'ai fait diverses tentatives pour la résoudre. Dans ce but, j ai étudié l'influence que des substitutions alternatives d'aliments verts à des aliments secs exerçaient sur le poids de trente-deux chevaux. Les résultats ont été, tantôt à l'avantage, tantôt au désavantage du régime veVt; et, après de nombreuses pesées, je me suis trouvé tout aussi peu avancé que je l'étais en commençant mes expériences.

Je me suis bientôt aperçu que ces résultats contradictoires tenaient à l'imperfection de la méthode.

330 DE l'alimentation DBS ANUiAUX

Il est évident» en effet* que les foins avec lesquels on rationnait ayant été obtenus Tannée antérieure ne répondaient pas toujours, sous le rapport de la qua«lité, à celui qu'aurait fourni le trèfle vert auquel on les comparait ; et, pour ce dernier fourrage, il se présentait constamment une grande incertitude sur le poids réel de la ration employée, à cause de la plus ou moins forte proportion d'eau, cette proportion variant suivant l'âge de la plante, la nature des terrains , et selon les conditions météorologiques dans lesquelles la fauchaison a eu lieu.

Pour parer à ces causes d'erreur, j'ai disposé l'expérience de tel mode que le fourrage sec consommé représentât rigoureusement celui qu'eût donné le fourrage vert employé concurremment. Mais, comme il est alors indispensable de faner continuellement, opération embarrassante dès qu'on agit sur des quantités assez fortes, je mis en observation un seul animal, une génisse âgée d'environ dix mois.

La génisse était pesée à jeun ; on lui donnait une ration de fourrage vert ; puis, au même moment, on en prenait une autre, exactement semblable en poids et en nature, que l'on fanait immédiatement, en s'entourant de toutes les précautions convenables pour empêcher la déperdition des parties détachées de la plante pendant la dessiccation : cette ration fiinée était conservée dans un sac portant le nM . Le deuxième jour, on agissait de la même manière, réservant encore, pour le fanage, une quantité de fourrage exactement pareille à celle qui allait être man«

gée en vert, et cette ration sèche était réservée sous le n* 2; et ainsi de suite.

La génisse restait au vert pendant dix jours : le onzième jour au matin, on la pesait, et alors commençait l'alimentation au fourrage sec. On livrait successivement à la consommation les foins tenus en réserve dans les sacs n* 1 , n** 2, n' 3, etc. ; de sorte que, durant les dix autres jours, la génisse prenait précisément la même dose et la même qualité d'aliments qu'elle avait reçus dans les jours précédents; il n'y avait d'autre différence, dans les deux régimes, que celle qui dépendait de la présence ou de l'absence de l'eau de végétation. Â la fin de l'alimentation sèche, l'animal était pesé. On voit que l'expérience se prolongeait pendant vingt jours. Voici quels ont été les résultats obtenus :

Tableau.

de L'nrÎBinrcB.

I" série.

10 jours...

!• série.

10 jours. . .

3« série.

10 jours....

votmBAai

vert eonsommé.

kU.

POIDS de

kGBiriSSB

kil.

avant 270

après 267

perte. 9

avant 506 après SOI

perte. 5

avant 329 après 993

gain.. 4

voomiAfli

tuké • eoMommé.

UL

POIDS d«

LAOnnSBB.

kil.

avant 267

après 272

gain.. 5

avant SOI après 308

gain.. 7

ayant 399 après 949

gain. 10

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