LA CONCURRENCE
chesses destinées à la consommation et des professions ou fonctions indispensables à la sécurité et à la santé^ veut que^ dans chaque quartier et dans chaque rue, il y ait un ensemble de magasins et de débits, qui mettent à la portée des habitations voisines, chaque jour, chaque heure, toufes les commodités, tous les agréments, toutes les préparations , tous les comestibles destinés à la consommation domestique des familles et des individus isolés.
Que ces provisions partent de grands centres, de marchés, d'administrations sechargeant derapprovisionnementdetouslespetitsdébitantsdechaquerueou de chaque quartier, au moyen de succursales répandues convenablementdans la localité et desservies par un personnel d'associés ou d'employésdébitants; soit que chaque débitant, sans aucun lien d'association avec les grands magasins , aille se fournir aux grands centres, toujours la consommation générale sera alimentée par une foule immense de petits centres, représentés par des raisons ou intérêts distincts, également nombreux.
Chaque quartier, chaque rue, doivent être un petit monde économique qui se sullise à lui-même en ce qui regarde les utilités et le confortable de la vie. Les grandes villes sont ainsi faites déjà plus ou moins. Le débit, pour y être régularisé davantage, attend que les magasins en gros le soient eux mé-* mes. Quand il n'y aura plus autant de confusion dans la cii*culation supérieure, il y en aura moins dans rinférieure.
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Si donc on se rappelle ce que nous avons dit des docks et des magasins en gros , et du mode de transport et de vente aussi en gros, on poiirra en induire facilement la physionomie générale des choses, que nous ne pouvons ici qu'esquisser, tant Tespace et le temps menacent de nous faire faute.
Toujours est-il que l'extérieur des habitations; les rues d'une ville ou d'un village n'auront nullement l'aspect vide et triste, uniforme et monotone d'édifices publics, sans façade ni boutiques, ni illu* mina tions, comme pourrait le faire supposer l'obligatioQ où nous avons été d'appuyer sans cesse sur le caractère centralisant de nos véhicules économiques et d'annoncer souvent un avenir relativement absorbant.
Cette nécesssité du mode morcelé et individuel , dans une certaine sphère de l'activité et de l'industrie humaine, concourt admirablement avec une autre nécessité qui est dans notre nature, à savoir : la variété, le besoin de TeHet, du contraste, du coup d œil ; le besoin d'animer les rues de nos villes et de nos villages, la façade de nos habitations ; de dorer, de draper, en quelque sorte, l'espace où s'étendent et se groupent les demeures des hommes.
Certes, des bazars somptueux et variés illumineront encore et plus que jamais, le soir, les rez-dechaussée des maisons de nos générations à venir ; ils offriront encore les brillants et innombrables produits , non seulement, alors , des industries nationales, mais des nchesses exotiques, cosmopolites,
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universelles à la lettre! Plus que jamais, les boutiques, les bazars approcheronl de ces vues splendides et magniGques que rimagination des poètes orien taux et des peintres a réalisées sur la toile ou en vers. Us ne seront point en spectacle dans ia seule capitale d'un royaume^ mais dans chaque ville, et jus-^ que dans le moindre village!
Et les acheteurs seront non moins innombrables ! car, dans l'association que nous croyons{>révoir, chaque individu aura la libre disposition des fruits de son labeur; chacun aura son chez-soi à embellir; ses goûts, ses inspirations, ses fantaisies, ses utilités personnelles et celles de sa famille à satisfaire ! Le luxe sera enfin accessible à une masse d'individus de jour en jour plus considérable !
On %' associera j nous l'avons dit, pour la production et pour la préparation de la richesse ; on s'i/i-disfidualisera pour la consommation : là est le gage du bonheur, de l'intimité, et des affections de famille, et par les fêtes et les réunions publiques, on donnera aux affections civiques, à la fraternisation, aux relations sociales^ leur légitime part.
Mais de nombreux essaims de population vont apparaître sur le sol européen : continueront-ils à aug-« menter le nombre des compétiteurs isolés? En un mot, la concurrence restera- t-elle aussi fractionnée, et augmentera-t-elle proportionnément à l'augmentation de la population ?
S'il en était ainsi, il se ferait inévitablement une effroyable confusion ; car les petits fabricants et les
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peiilâ débitants augmenteraient à TinGni, ou, pour mieux dire, ce développement de richesse serait im-* possible, puisque la concurrence individuelle et la séparation des efforts des hommes et des ateliers, rendraient d'abord impossible l'application des moyens économiques, des machines à vapeur, et que les che« mins de fer, avec leur capacité et leur force de traction, auraient à peine leur raison d'être.
Et si nous considérons, l^que tout se hiérarchise dans rhumanité, même la vertu ; que tout s'ordonne en séries progressives, depuis Tinfiniment grand jusqu'à l'infini ment petit dans le monde moral comme le monde physique; si nous considérons que la loi d*unité et de multiplicité semble être inhérente à Tétât social, n'aurons-nous pas la plus suffisante raison de l'existence future d'un mécanisme industriel qui comprendra tout à la fois les associations les plus intégrales et les plus absorbantes, et le morcel* lement industriel le plus voisin de Tunité solitaire ; qui offrira, en un mot, tous les degrés de division et de concentration analogues aux termes serrés d'une longue série.
Telle est la loi la plus générale vers laquelle semble graviter la concurrence, à mesure que les sociétés *c gouvernent par la liberté morale et l'autorité intérieure des individus.
Quand la centralisai ion dépasse un certain degré, die devient un monopole, une exploitation, un obstacle funeste au développement ultérieur des richesses, des conditions et du travail.
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Quand c'est la concurrence et le détachement, Ti^ solement; la division^ elle devient de Fanarchie, du désordre ; elle réalise une immense perte de temps et de forces ; et elle finirait également par le monopole, par la victoire de quelques uns , si une issue nouvelle, plus large, n'était offerte par la force des choses.
Heureusement pour le maintien de l'équilibre des activités humaines, comme de celui des forces physiques, il semble que la loi générale du mouvement centripète et centrifuge, s'applique incessamment dans le mouvement social, et soit dans le plan pro*videntiel. Le double mouvement social s'opère, même aussi par une action et une réaction simultanées.
En ce moment , il y a un retour évident à une réunion ou centralisation mieux entendue, et infiniment plus libérale, plus compatible avec le mouvement des individualités; du moins, c'est ce mouvement-là qui prédomine , bien qu'il se fasse encore dans la vue étroite de satisfaire l'égoisme, et non sous l'inspiration d'un esprit véritable d'association et d'une moindre inégalité de ressources.
Mais il ne faut ni attendre, ni désirer qu'il enveloppe toutes les branches^ tous les intérêts, et que la concurrence individuelle disparaisse pour ainsi dire devant celte tendance h l'association : lorsque la concentration sera si complète qu'elle menacera de n'être plus compatible avec le jeu des individualités, etavecle progrésderindustrie,ouavec l'intérêt des consommateurs, nul doute, l'intérêt particulier
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y mettra bon ordres car, ce qui est acquis à loujoars , c'est le Ubre exercice des industries en tout ce qui tend à diminuer le prix^ à utiliser et à substituer les forces matérielles , les inventions ^ les machines, aux bras de Thomme. Les corporations, ou les droits acquis^ qui garrottent les intelligences et le progrés des procédés, sont pour jamais anéantis.
La production et l'économie ne sont pas tout pour l'homme, ni pour les sociétés. Nous le répétons, la production n'est qu'un moyen : le but c'est le bienêtre, la liberté de chacun et de tous. Il ne faut donc pas exagérer l'importance de l'économie jusqu'à croire que les sociétés consentent à tout degré de concentration qui la réaliserait au maximum. Il faut avant tout que cedegré permette la satisfaction des exigences plus hautes de notre nature spirituelle et morale.
S'il y avait dans la circulation des rues autant de chariots et de cabriolets qu'il y a d'individus , ce serait à ne plus s'y reconnaître, outre l'extrême gaspillage de richesses qui en résulterait. C'est pourquoi les omnibus sont nés au grand contentement de tous , et qu'à l'applaudissement de tous ils resteront en se perfectionnant à mesure que croîtront la population et le mouvement industriel.
D'un autre côté, s'il n'y avait que des omnibus, des voitures communes et publiques , beaucoup de services et de fonctions , l'agrément, la faculté de se transporter seul ou en nombre choisi dans des lieux exprès qui ne seraient plus fréquentés par les
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omnibus , enfin les satisfactions légitimes de cei*Uinés fantaisies individuelles , seraient impossibles; c'est pourquoi un certain nombre de voitures partie cuUères sont et seront toujours affectées aux destinations particulières.
Or, quelque chose d'analogue se passe dans tous les départements de l'économie sociale.
Si les coins de terre , si les coins de boutique y les petits ateliers de production , de circulation et de consommation étaient aussi nombreux qu'il y a d'individus pouvant cultiver, débiter ou produire leur petite part, leur petite chose intime, n'est-il pas également vrai que ce serait à ne plus s'y reconnaître^ outre l'extrême gaspillage?
À mesure que les relatious humaines se con^* quent, la simplicité des ressorts augmenle; car rhumanité cherche constamment k soulever les plus grandes masses avec le moins d efforts possible. C'est pourquoi les manufacluivs omnibus , les to* bles omnibus, les restaurants omnibus, enfin les réunions de capitaux , d'ouvriers, la grande indus^ trie^ la grande culture , la grande circulation , l'as<socuTioN, sont la forme de l'avenir, et croîtront a mesure que croîtront les populations, le mouvement industriel et la richesse générale.
D'autre part, s'il n'y avait que des centres de production , de circulation et de consommation sur grande échelle, beaucoup d'industries, de fonctaoas tl de nécessités sociales, la confection d'une foule {fat m
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iicleSy seraient impossibles ; car il est nombre d*objets qui exigent qu'une personne isolée les commence et les achève. Certains territoires sont situés de telle sorte que la petite culture (c'est à dire les procédés da morcellement^ mais non de la possession isolée) peuvent seules y réussir.
Outre les autres raisons que nous venons de déduire à Tinstant, la raison de tout ceci c*est que l'humanité a besoin de voir clair dans ses relations et dans son travail, et qu'elle ne le peut plus avec l'état de concurrence extrême et de population des sociétés modernes.
Elle s'était organisée dans Thypothëse et en vue d'une population clair-semée et peu laborieuse, et voilà l'équilibre rompu entre les moyens et les be-
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Un village, par exemple, ne peut certes passe conduire économiquementquand il a 1 ,600 ou \ ,800 habitants comme alors qu'il en avait 6 ou 800. Voilà pourquoi l'on voit dans une grande ville des combi* naisons pour la consommation , les restaurants , par exemple , qu'on ignore dans les petites villes et dans les villages.
La production et l'industrie tolales d'un village seront donc réparties, dons l'avenir que semblent proinetlre les chemins de fer et les forces motrices à la vapeur, entre un nombre d'ateliers et de raisons agricoles et autres , moins grand sans doute que de nos jours, mais non jusqu'à atteindre le chiffre resserré qui implique monopole ou féodalité.
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La vapeur est sans cloute une grande pente vers la concentration exagérée ; mais la seule nécessité de la concurrence individuelle en est le suffisant modérateur ; les prétentions contraires des hommes ou . plutôt les mêmes besoins » les mêmes penchants , les mêmes facultés, la même nature enfin, sont là dans chaque individu, qui tendent éternellement à se faire équilibre, qui concourent vers la même pâture, vers les mêmes objets, la même satisfaction.
Dieu ayant fait les hommes semblables , il a dû leur faire rechercher et poursuivre irrésistiblement les mêmes carrières, les mêmes biens, la même fin.
Si donc la concurrence individuelle est dans la nature des choses ^ il ne faut pas s'attendre qu'elle disparaisse, comme le langage de l'économie moderne pourrait le faire croire ; elle ne sera pas détruite , anéantie : elle sera autre ; elle se comportera autrement; elle sera enfin plus intelligente, plus conforme à la raison bien entendue de tous, à Téconomiè, à la justice et à la liberté. L'intérêt du consommateur, l'utilité sociale de la concurrence, l'humanité en masse saura donc bien amener l'application moyenne^ mesurée , le juste degré de centralisation compatible avec la baisse progressive et avec la liberté d'industrie et de commerce* Surtout , cette puissance vigilante de Viniérêt du consommateur mettra entre les ateliers une certaine égalité d'importance. Ils seront d'autant plus nombreux que la population intérieure et le commerce extérieur s'étendront. Tous, ou la plupart, emploieront la vapeur à diffé-
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rents degrés de Force, et approprieroul des appa<* reiis de tout calibre à chaque branche d'industrie qui en comporle.
Donc successivement I et à mesure que se propageront ces influences, on verra les petits ateliers, les petites boutiques, les petits entrepôts, les petits roulages, les petits débitants de toutes sortes se condenser, diminuer, disparaître pour aller se fondre dans des exploitations en grand analogues. Si les morceleurs en toutes choses persistent à marcher isolément , ils se trouveront écrasés comme Tout été les fileurs à la main, les tisserands au petit métier, et en général la petite industrie dans la laine, le lin et les bas; comme le seraient inrailliblement les messageries et les postes , en présence de la rivalité d'un chemin de fer.
Si, au contraire, ils agissent sagement, les petits industriels établis iront porter en matière première leur part d'action dans les établissements à vapeur, que géreront des hommes habiles, et dont ils pourront eux-mêmes se faire les instruments de prospérité, en s'y faisant ouvriers ou employés quelconques suivant leur goût et leur aptitude..
Moyennant les réserves que nous venons de faire, nous annonçons donc, avec pleine persuasion, la décadence de la concurrence individuelle; elle est à son apogée en France, en Angleterre et aux États- Unis; et elle ne l'atteindra pas dans les autres na- 11. 7
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tioDS européennes , qui propageront incontinent chez elle des forces et des moyens qui viennent la combatre si efficac ement.
LA DISTHIBUTIO.^ DES IUCH£SSES,