‹ Économie socialeChapitre 11 sur 49 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Récapitulation — Conditions d'une grande division des riehesses. •» Quelle est la combinaison des capitaux qui prévaudra? •» Double alternative des nations. — Tendances contradictoires en apparence. —Dénouement admirable. -*• Gomment s'éclielonneront toutes les industries dans Tavenir?— Nouvelles questions.

Mais si la concentration féodale n a pas lieu ^ ou du moins si elle n'est pas l'avenir général ; si Tap* plication grandiose des systèmes d'association émis de nos jours n'a également pas de chances^ nécessai* rement ce sera une certaine dissémination ou répartition des richesses, qui comporte une certaine mo« bilisation du sol , un certain degré de concurrence ; un certain degré de morcellement des ateliers et des raisons sociales industrielle , commerciale et agri^ cole; enfin un état de choses qui permette au très grand nombre de capitaliser.

D autre part, attendu les propriétés agglomérantes que nous avons reconnues étt*c essentielles à nos

100 LA DISTRIBUTION DES RlCtlCSSCS.

forces et à nos moyens de transport économiques nouveaux, lesquelles exigent et réunion de capitaux et réunion d'ouvriers à un haut degré, celle concurrence, ce morcellement , cette dissémination de la richesse, cette capitalisation populaire, devront se concilier avec ces exigences.

Mais une grande division des richesses ne peut se concilier avec la centralisation des instruments de travail, avec la production et la circulation en grand, avec une grande économie , enfin avec la vulgarisation générale des machines et des chemins de fer, que par ce procédé économique que nous avons signalé à propos des sociétés (sous forme quelconque), par petites actions, à savoir : division des titres , et réunion des propriétés ^ intervention du grand nom^ bre dans le travail général^ dans la création et la distribution des richesses totales à titre d'actionnaires et de travailleurs coparticipants, dans les nombreuses raisons sociales, opérant sur une échelle de centralisation moyenne quelconque compatible avec Texistence de ces petits capitalistes travailleurs intéressés à la prospérité de toutes les industries et de tous les éléments de la richesse nationale.

Si la participation plus équitable du grand nombre à la richesse est désormais inévitable, il s'ensuit que la réunion des petits capitaux prévaudra , et que la richesse totale sera créée par l'intervention d'une multitude de petites actions dans chaque département de l'industrie; car on ne peut admettre que la

i!moDucTio?r. 101

concurrence resie aussi individualisée que de nos jours, sans que raugmentation de la somme des richesses produites n'apparaisse comme impossible; puisqu'elle suppose le bris des machines, Timmobilicé des inventions et des méthodes , et l'augmentation du prix de revient et tous ses eiTels sur la con-.

sommation.

« Les nations sont donc désormais placées dans cette

double alternative: ou Ton abandonnera les machines économiques les plus puissantes, ou les diverses industries morcelées, agricole, manuFac* turiére et commerciale , disparaîtront assez généralement.

Ou, la petite industrie disparaissant, les petits industriels seront les coassociés des grands établissements, coopérateurs delà production, et cooparticipants aux bénéfices, selon leur habileté, leur capital et leur travail; ou ils dégénéreront en ouvriers salariés, en une foule de serfs travaillant au jour le jour dans les manufactures; en prolétaires, toujours pauvres, toujours sans avenir; et toute» les grandes industries seront monopolisées exclusivement par une féodalité industrielle.

C'est que nous sommes témoins de la coexistence de deux tendances en apparence contradictoii*es : la diffusion des richesses, la multiplication, l'universalisation de la pi-opriété ou plutôt des propriétaires, et la production, la circulation et la consommation des richesses sur grande échelle par des procédés

102 LA DISTRIBUTION DES RICnKSSES.

prodigieusement économiques, prompts et agglomérants ou centralisants.

Dénouement admirable I l'effet infaillible et prochain de la propagation des forces motrices fixes et mobiles à la vapeur va bien directement à opérer la contraction de la concurrence; et pourtant la con-* currence ne cesse pas d'être libre, facultative, comme c'est, en déiinilive, le résultat cherché de tous les moyens systématiques proposés pour parer aux inconvénients attachés aujourd'hui au laisser-faire in«* dustriel. La concurrence diminuera en ce sens que chacun renoncera librement à produire, à échanger isolément à ses risques et périls, et trouvera son in-* térèt à réunir son industrie et ses capitaux à Tindustrie, aux capitaux de ceux qui, naguère, lui faisaient une concurrence acharnée et préjudiciaient forcée ment à sa chose.

Jusqu'ici, en effet, toutes les fois que Ton a voulu remédier directement par des réglementations officielles à la compétition menue et infiniment anarchique,on a vu que c'était au préjudice de la liberté, du progrès des arts, qu'on ne faisait enfin qu'y substituer le monopole et le privilège.

Mais voici qu'instinctivement et comme par une fatalité providentielle, tous les événements du monde industriel et du monde moral amènent des combinaisons qui réduisent considérablement le nombre des compétiteurs, des raisons sociales agricole, ma^ nufacturière et commerciale, sans diminuer (en augmentant au contraire) le nombre des citoyens in-^

IKTlODlKTfOK. lOS

tëreuëft directement à la prospérité de l'industrie el de Tagriculture !

L'avenir promet donc d'échelonner toutes les industries qui le comporteront en une série d'associations dont la moindre devra trouver des avantages dans sa situation, dans sa spécialité ou dans quelque circonstance de localité, ou s'approprier assez ceux qui résultent de l'unité et de la concentration des forces et des capitaux, pour pouvoir soutenir la concurrence des plus grandes.

Voilà donc l'avenir de tout possesseur du moindre capital en d'assez bons termes.

Mais jusqu'ici nous n'avops guère parlé que des intérêts du capitaliste grand ou petit, et de la forme de réunion de ces intérêts, et des individus ix>ssesseurs d'un capital.

Or, tout le monde ne possède pas essentiellement un capital, puisque chacun est maître de le dissiper quand il en a un, et que les passions ont souvent cet effet, puisque nul n'est garanti contre les chômages, contre les maladies, puisque la communauté de biens n'existe pas, et que, d'ailleurs, le manque de capital est un fait quasi-universel.

Il y a donc toute une masse de travailleurs qui viendront coopéier à l'exploitation des sociétés par actions sans être actionnaires dans aucune d'elles.

En d'autres termes, il y a des salariés vivant uniquement de leur salaire quotidien.

Quel sera le mode de leur intervention? que ga-»

104* LA DISTRIBUTIOX DES RICHESSES. IXTRODUCTIOK.

gneront-ils à cette réunion? seront-ils comme en Angleterre?

La forme d'association des sociétés par actions (quelque petites que soient ces actions) est toute simple : les actionnaires sont sur le pied d'égalité dans leurs relations d'hommes à hommes; leurs intérêts aussi sont très faciles à harmoniser : une règle de trois en regard d'un dividende net, réalisé et connu, et une mise individuelle versée, inscrite sur le grand livre de la société, voilà tout le mystère* Rien de plus facile donc que d'harmoniser les capitalistes entre eux; mais l'harmonisation des capitalistes et des non-capitalistes, des ouvriers : c'est là une chose délicate qui va échoir à l'avenir.

Situation des ouvriers au xix** siècle. — Dangei-s. — Conséquences prochaines de la propagation des cliemins de fer, etc. — ^Prétentions légitimes des masses. — Motifs pour les écouter. — Raisons d^y faire droit. — Conseils de la prudence. — Faits et tendances. — Situation et embarras des chefs d'industrie. — Question de participation et de solidarité. — Insu£Rsance de certains moyens proposés. — BtenveiU lance signalée pour les classes déshéritées. — Principe capital concédé.— Compromis prochain. — Ce qu'il présuppose avant de s'accomplir.— ^D'où viendra le bienfait attendu et réclamé. — ^Diminution graduelle de Pinégalité des conditions. — Conditions passées et futures de cette décroissimce. — La classe moyeime dans ses rapports avec la classe dite inférievre.^ Vanité de toute réminiscence aristocratique. — L'oisiveté combattue. -^ Son avenir. — Influence de régal partage dans les familles. — Preuve de Tavènement prochain des masses à un meilleur sort. — L'amour du travail et le sentiment de la dignité humaine répondent de la bonne conduite des choses h Favenir. — Enrichir, ou enchaîner de nouveau les populations, pas de milieu. — ^Prévision. — Le temps en est venu. — Conclusion.

Un grand intérêt social est en litige : c'est la question du salaire ou du bien-être des ouvriers. Us ont conquis la liberté civile, ils ne sont plus es«claves des hommes, ils ne sont plus serfs, mais ils sont esclaves de la misère. Cependant ils ne peuvent à tout jamais payer aussi cher le bonheur de s'appartenir. En renonçant aux garanties de vivre que donne la condition d'esclaves ou de serfs, en se dé*

barra ssa ni des entraves des jurandes et des maîtrises, et par conséquent en renonçant à la sécurité d'existence et de travail qu'elles assurent à ces classes, enfin en culbutant successivement tous les édifices qui les abritaient, règlements, hiérarchie, devoirs des seigneurs, etc., et en finissant, dans ces derniers temps, par se parquer au soleil où ils sont au plus offrant, sans veille ni lendemain, dégagés de toutes relations et de tous devoirs réciproques entre maîtres et ouvriers, ils sont matière à concurrence, objet d*exploitation tout comme les machines brutes à l'aide desquelles s'exercent les industries; et ce qui est un point des plus sérieux, la tendance obligée des choses dans un régime de laisser-faire absolu^ conduit à la dépréciation de la valeur humaine des ouvriers; car toute source de prospérité commerciale individuelle étant dans le plus bas pria: des marchandises, chacun dans Tarène delà concurrence facultative et non contrôlée vise et doit viser forcément à une baisse graduelle et indéfinie : c'est là la condition de vie ou de mort pour toute entreprise, et nul n'y manque impunément.

L'état régulier, nécessaire^ permanent des choses serait donc la condamnation des classes laborieuses aux angoisses de l'indigence, à cette condition où les nécessités et les satisfactions sont réduites à leur plus simple expression.

Si cependant l'émancipation intellectuelle et politique conquise définitivement par les masses rendait impossible cette dépréciation de leurs bras, si les

besoins nouveaux que cette émancipation a nëcessoiranent occasionnés en elles se manifestaient avec toute Tuniversalité d'un fait providentiel et l'énergie qui caractérise tout ce qui a de l'avenir ; si des mouvetnenls irréguliers venaient ^ sur toute la scène du monde européen^ présager une série de perturbations périodiques dont nul ne sache l'issue et que tous redoutent I n'est-il pas flagrant que le nouveau développement donné à l'industrie par l'application générale des forces à vapeur, et Tagglomération, de jour en jour plus nombreuse , des populations laborieuses dans un même établissement, et toutes les sympathiques communications qu'insinue le contact des sentiments y des idées, des passions, ne feraient qu'accélérer un dénouement quelconque, ou des désordres affreux, ou des accommodements, c'est à dire quelque combinaison qui assure à l'ouvrier une amélioration dans son sort ?

L'accroissement de la population et rémanci-^ pation des masses sont deux des plus inévitables et des plus prochaines conséquences de la propagation des machines à vapeur et des chemins de fer en Europe. On ne peut contester que déjà les pays où s'inventent et s'appliquent presque toutes les belles conceptions dont le monde se gloriGe, ceux où les voyages et les relations sociales sont le plus fréquents, né soient précisément à la té(e de la civilisation, et les plus riches, les plus libres, et ceux chez lesquels la population s'est accrue avec la vitesse la plus inouic.

Il est également incontestable que les masses ouvrières ont un sentiment vif de leurs droits. On ne pourra^ on ne voudra pas les laisser ainsi en état permanent de rébellion ou de résistance passive. Quand même elles auraient assez d'imprévoyance en vers elles-mêmes pour consentir à un tel dépourvu, il serait social^ politique pour les gouvernements, prudent pour les cbefs de l'industrie, indispensable pour la paix et la sécurité de TËurope, de n'y pas consentir, de leur offrir, au contraire, les moyens d'épargner et de s'élever à la dignité de propriétaires et d'associés participant à l'œuvre industrielle générale.

CoDbment ne pas comprendre bientôt que refuser de les rattacher à l'intérêt général, les laisser dé-pendantes des insuffisances d'un salaire flottant, c'est, aux jours de crise et de chômage général, vou** loir se trouver enveloppé par une multitude affamée, constituer Témeute et la guerre civile, et armer peut-être d'autres Spartacus, une autre plèbe esclave, entretenir une inquiétude générale dans le monde commercial, et perpétuer les crises ! car chaque industrie a ses crises et ses chômages particuliers, tantôt la soierie, tantôt le coton, tantôt la navigation, etc.

Or, on sait qu'une émeute partielle entretient, pour les pays spectateurs, la vraisemblance d'une communication épidémique, et que tout, dans les débâcles, est une suite de ricochets qui descendent et montent aux deux extrémités du commerce, comme nn vrai feu de file.

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Déjà nous voyons que les réclamations des ouvriers partent presque toutes des grands foyere d'industrie où les travailleurs forment corps et sentent circuler en eux, au contact de leurs camarades, un esprit nouveau qui double leur force, les réveille et les transporte d'une irrésistible espérance. Ainsi, ce sont les ouvriers-mineurs réunis d'Ânzin , les canuts réunis de Lyon , les bateliers-flotteurs réunis d'Auxerro , les remorqueurs de bateaux réunis de Rouen et du Havre, etc.

Il y a plus; comme nous le verrons tout à l'heure, c'est de ce même esprit d*association industrielle, qui a réalisé déjà de grands établissements et de grandes agglomérations d'ouvriers, que partent, en Angleterre, en France, aux États-Unis, ces essais d'organisation d'ateliers, ces combinaisons où l'on cherche à harmoniser le travail, le capital et l'ha^ bileté. Qu'est-ce que tout cela signiGe? si ce n*est que Tensemble des faits et gestes, et toute la physionomie locale d*une exploitation sur grande échelle, avec agglomération de cinq ou six cents ouvriers, a révélé aux chefs avancés et prévoyants de l'industrie la nécessité de quelque combinaison nouvelle, plus généreuse que la paie incertaine, irrégulière, insuflisante du salaire, et les a convaincus que la relation de maître à ouvrier devait se mociijierioiou tard • Tous ces essais qui se continuent, toutes ces menaces des ouvriers de suspendre leurs travaux en vue d'obtenir une augmentation , ont déjà eu pour résultat de préparer les chefs de l'industrie à l'idée

que le temps approche où il faudra intéresser Tou— vrier en quelque manière à la prospérité de Ti trie générale^ en l'intéressant à celle de IN ment privé.

L'élan qui se communique partout pour rétablis** sèment des chemins de fer, va achever de créer des nécessités^ deê influences^ de suggérer des concep* lions , d'éveiller des passions qui toutes concour-* ront énergiquement à hâter plus ou moins pacifiquement cette réforme éminemment sociale*

D'un autre côté^ les chefs d'industrie et le comiperce ne peuvent s'engager à assurer l'existence, ni le salaire, ni le travail des ouvriers ; eux qui ne sont surs ni de leurs bénéfices ; ni des fruits de leurs directions , ni de la rentrée du principal qu'ils ont employé ; eux que les eflfets d'une concurrence inévitable et facultative, peuvent engloutir d'un seal coup. Us ne peuvent surtout admettre les ouvriers à participer aux bénéfices sur le pied d'égalité, sans qu'ils n'entrent également en participation dans les pertes. Or, comment ceux qui n ont aucun capital pourraient-ils participer aux pertes ?

Une telle solidarité , une telle sécurité pour les ouvriers ne peuvent évidemment s'établir que dans une organisation industrielle gouvernementale ou dans une société dans laquelle le capital et tous lesins** truments de travail seraient socialisés^ inaliénables, au gré ou au profit des individus ; or, de ces organi-sations, nous l'avons vu, l'une n'est point compai^ible avec la liberté, et l'autre suppose une perfec-

lion morale à laquelle rhumanité est loin d'être parvenue : il faut âonc la reléguer bon gré mal gré pour le siècle parmi les belles utopies ; c'est à dire , parmi les conceptions prématurées.

On a parlé de minimum d'existence à garantir à chaque individu ; d'un minimum de salaire , d'un maximum de fortune , de suppression d'intérêt du capital ; enfin on a {M*oposé une foule d'expédients qui tous , comme ceux que nous Tenons de nommer (outre l'inconvénient radical ou d'arrêter l'essor et le développement de l'industrie en ôtant à l'homme le mobile de Tintérêt^ ou d'encourager à la paresse), pèchent essentiellement par ce point, et en sont par cela seul annulés ou impuissants, à savoir : l'intervention coercttivede la loi.

On oublie que la loi n'a jamais rien créé , ou du moins rien fondé et maintenu que d'accord avec les mœurs , avec l'opinion générale , et que , comme presque toujours, la loi ne peut intervenir ici que pour sanctionner \ejaii général el pour vaincre les résistances partielles.

Cependant , il y a présentement en Europe une universelle et acclamante bienveillance en faveur des classes salariées : on sympathise à leurs souffrances ; on reconnaît la justice de leurs revendiscations, et plus on blâme les hostilités brutales dont elles sont les premières victimes , et des desseins aveugles qui ne peuvent que réaliser la perte, le désastre et la misère commune des riches et des pauvres en éternisant l'embarras, plus on cherche

l'issue sociale à celle concurrence acharnée qui dé* précie les bras de Thomme^ à celte impasse indus— triélle à laquelle tous sont acculés : maîtres et ouvriers.

En Tabsence d un dévouement religieux qui aille jusqu'à l'abnégation entière de soi, l'égoïsme général parait du moins concéder ce double principe que le capital^ V habileté ei le travail doivent désormais s'équilibrer dans une plus équitable proportion; que le signe d'une sociélé bien réglée, c'est que tout homme, avec de la bonite volonté^ y puisse vivre de son travail, en trouver quand il en désire réellement.

C*est là un aveu de conscience , une charité acquise de tous et en quelque sorte latente chez le capitaliste le plus intraitable. On ne saurait méconnaître cette disposition ; elle n'attend , pour accomplir le triple compromis, qu\me combinaison écono^ mique qui le rende possible. Cette concession qui est prochaine , puisqu'elle est faite en esprit, est le résultat de l'action séculaire des mêmes préceptes et des mêmes sentiments sociaux qui ont accompli l'abolition du servage, la destruction de la féodalité, des privilèges, des distinctions fausses et des inégalités politiques et civiles ; bien plus que l'effet tout matériel de l'accumulation successive des capitaux , opérant nécessairement une baisse successive parallèle dans le taux de l'intérêt.

Et si l'on se porte en avant, par la pensée, à l'époque où la propagation des cliemins de fer et des forces

salaihb. 113

motrices nouvelles sera assez avancée dans chaque nalion européenne ; si Ton regarde opérer insen-» si ble aient leurs influences» la diminution sensible mais graduelle de Tiaégaliléjdes conditions et des richesses n'est plus douteuse ; surtout si comme il est rigoureux de le Faire, on considère Taclion simultanée de la propagation libre des sentiments sociaux de fraternité et d'égalité par rinfluence naturelle de l'éducation générale» par Tapostolat incessant des hommes de génie, des sacerdoces religieux» des phi* losophes et des artistes et par la puissance des grands hommes d'État I Que faut-il en effet pour cela? que chacun soit plus dévoué» plus industrieux» plusprévoyant»moins cupide; or^tout cela est le Tait possible et sans cesse croissîtnlde l'éducation» de l'accroissement des lumières» de l'expérience que l'humanité fait de plus en plus sur elle-même à mesure qu'elle avance» et que chaque génération» chaque société lèguent avec leur tradition aux générations suivantes.

Tout cela est une nécessité comprise par l'intérêt de plus en plus clqirvoyant des hommes : l'amour de soi le conseille à régoîsme» qui chaque jour s'aperçoit mieux que l'intérêt individuel» bien et largement entendu » est d'accord avec l'intérêt général.

Il suffit de développer l'intelligence de la multitude pour cela. Nul doute que» mues par tant d'auxiliaires d'émancipation véritable » les masses de la classe sous^mo/c/me ne s'initient dignement et vite à la pratique de tous les devoirs» et par suite de tous les droits sociaux , et qu'elles ne IL 8

i i I SALAIRE.

renouvellent l'accession de la classe moyenne ou des communes à la propriété, au savoir et à la moralité.

Ce que nous avons dit de la classe moyenne à l'égard de la classe supérieure dans la question de la féodalité, on peut le dire ici de la classe inférieure à regard de la classe moyenne.

Avec la publicité immense et incessante des événements, il est impossible désormais de garder la lumière sous le boisseau , et par conséquent de conquérir pour une classe quelconque tel privilège et tel monopole injustes que ce soit; surtout il ne peut arriver que la richesse s'immobilise systématique-» ment dans une classe moyenne aristocratiquement constituée. Que si l'on demande l'obstacle infaillible à ce fait, prévu par de bons esprits; il est, disons* nous, dans la juste prétention des masses émancipées, dans la générosité forcée des classes supérieures.

Car, si l'on peut supposer que des masses abruties, ignorantes, des races que l'organisation physique cérébrale retient fatalement, pour ainsi dire, dans une cruelle infériorité , se résignent à un esclavage héréditaire ou passager, il faut accorder que des siècles de violence et de rudesse passeraient avant que nos générations euroi)éennes (anglaise, française, américaine), intelligentes à l'égard de leurs prétendus maîtres; morales, énergiques autant que les classes prétendues supérieures, et sentant leur dignité, leur valeur et leurs droits ^ consentis-

SAtAlJIE. 115

sent à aliéner ce palrimoioe magoifique de leui* pos^ térité!...

Fait cerUia : il est de jour en jour plus difficile et plus rare de vivre dans l'oisiveté pure « sans travailler d'esprit ou de ses muscles. L'intérêt baisse |iour le capitaliste rentier ou préteur de professioa. Daas les familles, T^al partage défait sans cesse \m fortunes, à plus forte raison lorsque la fortune d'un individu sera transformée en actions les enfants héritiers voudront et pourront diviser une action en trois ou quatre parts ^ et les petits-fils ces mêmes parts en deux ou trois.

Et puis , dans le cours fatal et lent des siècles, on se résigne, on consent de plus en plus à ce qu autrui soit riche pourvu qu*on le soit aussi. Les caisses d'épargpe en sont une preuve; il n'y a plus, proprement dit, de corps, de classes qui s'opposent inhumainement à Témancipation de la misère dans ja Coule laborieuse «

Dès que les hommes s'aperçoivent qu'on donne de moins en moins la puissance et le prestige à la ricbesse^i et qu on les accorde de plus en plus à la valeur intiînséque et sociale, naturellement ils recherchent moins Tune et estiment davantage Tautre, ils font plus d^eiforls pour l'acquérir. Alors on voit où se tourne rémulation et tout ce qu'elle promet pour le bien-^tre de tous , puisque , y ayant moins de cupidité chez les plus riches , il y a plus de possibilité et de facilité pour le grand nombre de se ^ faire uu capilaU

On ne peut donc se refuser à voir dans l'ensemble des faits européens une consolante et imposante ascension des masses laborieuses vers des destinées pacifiques meilleures, vers l'association, et leur accession au partage plus équitable des jouissances sociales; nous laflirmons donc comme un irrésistible pressentiment, de jour en jour un plus grand nombre obtiendra le bien-être.

Une vérité capitale est passée dans le domaine de l'opinion. Chez presque tous les peuples européenset aux États-Unis, la nécessité et l'amour du travail, les dangersdela mollesse etde l'oisiveté sont de tradition, et rien ne corrompra désormais le bon sens populaire : c'est une tradition qui ne se perdra point. Ajoutez que le grand nombre a le sentiment de la dignité humaine; or, avec ces deux sentiments, un peuple est sauve.

Il est impossible que des populations soient longtemps les instruments intelligents , les vrais producteurs de masses prodigieuses de richesses , merveilleuses de fini, d'éclat et de beauté, ou si utiles, si nécessaires I si bienfaisantes, qui passent quotidiennement dans leurs mains et y reçoivent en quelque sorte la vie , sans qu'ils n'en conçoivent un jour le vif et brûlant désir; sans que ce désir ne tourne en une idée fixe et n'obtienne satisfaction ! Ou replonger les masses dans un milieu de simplicité, d'igno* rance , de misère et de pauvreté à l'antique , ou les faire participer an luxe qu'elles créent et qui les entoure, et à la science qui les obsède incessamment

SALAIRK. 117

deses prodiges, pasdemilieu! car, publicité, voyages, diffusion des lumières , scnliments d Vgalité et de liberté, création féconde de richesses, activité, amour du travail , désir irrésistible de bien-être ; tout cela se tient, tout cela conduit à une distribution de plus en plus équitable des richesses, tout cela est inséparable de la propagation des machines à vapeur et des chemins de fer.

Ainsi il n'y a vraiment lieu à l'application de ces moteurs puissants et infatigables de la richesse, et ils n ont été découverts de nos jours que parce que, providentiellement, le temps est arrivé où le grand nombre dans chaque nation, va être admis à un partage plus équitable des richesses produites par lui.

Tout revient donc à cette conclusion : possibilité de capitaliser, aisance générale progressive , .par la moralité et par la liberté dans le bien.

COnSIDERATlONS HISTOBIQUES.

L'histoire d Vcord avec les chemins de fer.— -Tendance à l'égalitc des conditions, vérifiée parThistoire universelle. — Moments ultérieui*s de cette tendance. — Ce que suppose l'égalité effective. — Influence des croisades.

Mais dire qu*il y aura aisance générale , croissante, c'est dire en d'autres termes que l'inégalité des richesses diminue parallèlement avec Tinégalité des conditions; et en effet, l'hîsloireest d'accord avec les chemins de fer : nous y lisons cette simultanéité admirable dans les grandes masses de faits organiques de tous les siècles et de toutes les civilisations.

Dans les temps antiques , pour Fesclave, c'est à dire pour l'immense majorité des populations, la loi est vivante, personnifiée dans un homme, son supérieur en nature et en origine. La loi, c'est l'homme, son patricien, son seigneur,'ou plutôt ce sont la loi, leurs caprices, leurs fantaisies; le chef est le juge de l'esclaveen tout et partout; mais lefaitle plus universel elle plus caractéristique du passé à cet égard, c'est qu'entre supérieur et inférieur, il y a inégalité de nature et d origine. La hiérarchie est dans le sang, dans l'espèce ou race, et c'est pour cela qu'elle

GONSIDÉRATTOXS niSTOAIQVKS. Il*

est dans les fonctions et dans les avantages sociaux ^ Pour la classe moyenne, pour lies plébéiens y la distinction de race, de nature et d origine est encore maintenue, quoique toujours décroissante.

Dans ces civilisations primitives, trois ou quatre classes finissent par sortir de la dualité de distinctions. Alors un grand nombre d'hommes commen* cent à s'appartenir : c'est ainsi que se passent finalement les choses en Egypte, dans l'Inde, au Pérou, au Mexique, mais toujours se maintiennent la hiérarchie dusang, l'inégalité dénature, et avec ces croyances le droit d'aînesse, Texclusion ou l'inégalité extrême dans le partage de la richesse.

La Grèce et Rome, l'Egypte même montrent que le progrés de l'humanité a toujours été dans la tendance à la moindre inégalité des conditions et des ressources; ainsi nous voyons que, dans les castes florissantes, les prêtres, les guerriers sont tout-puissants ; les patriciens, les sénateurs sont possesseurs du sol et des trois quarts de la richesse mobilière. Puis la plèbe sp dégage, et devient réellement la nation : des lois agraires successives, des abolitions de dettes font passer violemment les valeurs mobilières ou immobilières dans les mains d'un plus grand nombre; puis les esclaves ébranlent leurs chaînes, et des Spartacus demandent qu'elles soient moins pesantes; mais, quand l'égalisation est en bon train, la société n'a plus assez d'éléments de durée et de vie : elle est en décadence, et disparait dans l'absence de toute hiérarchie ; elle meurt. C'est qu'on effet elle

120 C03IStD£RATfOXS HlâTORIQURS.

reposait sur des idées et des religions qui étaient incompatibles avec cette égalisation, à savoir : Tinégalilé d'origine et de nature,

L'Évangile vint mettre Gn au règne de ces idées d'inégalité originelle, et par conséquent préparer .l*égali(é des conditions avec Tégalité de partage entre les héritiers; par lui, désormais, la loi pour l'homme, ce ne sera plus iMiomme, mais la volonté de Dieu ; mais une règle, un devoir, une volonté abstraite exempte du caprice de celui-là même qui sera chargé de la faire exécuter. Il y a bien encore deTabsoIu et de la coercition, mais plus d'arbitraire; et puis, l'inférieur ne sera plus dans la dépendance du supérieur pour toutes choses. La fonction, la puissance ne sont plus un fait matériel, brutal, un droit, un privilège, c'est une charge, un devoir; ce n'est point la force ou la naissance , c'est le mérite, la vertu, l'élection : le supérieur n'est plus tout à la fois juge et partie. Election , pair^ ce sont là des principes et des institutions appelés à changer la face des choses sociales et la destinée des masses.

£t cette réalisation, cette fusion des individus dans une même égalité peuvent se poursuivre et s'ac-* complir sans que la société en meure , comme par le passé Ilomaiu et Grec; car ici l'idée et le fait, la morale et le dogme, la base sociale et le couronnement sont harmonisés comme le fait et la cause, comme le principe et la conséquence : la croyance et les institutions, les mœurs et la politique sont identiques.

C02VSIDBBATI0!«S mSTOftlQUKS. 121

C'est Ici que se touchent la nécessité et Tinfluence des inventions matérielles et des richesses. Sans doute il fallait que Végalilé fàt annoncée comme principe religieux pour que la distribution des ri«« chesses fut plus également répartie; mais on conçoit comment le sentiment égoïste instinctif eût pu y suppléer, puisqu'il conseille toujours à l'homme même sauvage, d'attirer à lui; mais on conçoit aussi combien eût été lente Taccession des masses au bien-étre sans cet appui de la parole chrétienne et surtout sans celui des machines et des inventions qui^ toutes, opéreront désormais comme des instru-* ments auxiliaires de cette égalisation. L'industrie a tué la féodalité et les aristocraties autant que toute autre cause. Le but d'égalité a éCé enseigné par la morale de Jésus-Christ, propagé primitivement par le clergé catholique qui, dans sa hiérarchie, a donné l'exemple en même temps que le précepte ; mais les moyens de l'égalité ont été donnés par les machines, par les inventions, par l'industrie.

Maintenant on peut prévoir ou mènent les moments ultérieurs de cette tendance des temps modernes.

L'effet le plus général jusqu'ici a été de faire passer un capital, une richesse quelconques dans un plus grand nombre de mains, d'égaliser, de diminuer la disproportion des fortunes , en même temps que celle des personnes, celle des conditions en même temps que celle des droits.

Eu effet, que le principe de l'égalité des per-

123 COTfSIDiltATtONS IIISTORTQURS.

sonnes mène logiquemeni non pas h l'égalité des fortunes^ puisque la liberté et la justice sV opposent, mais à une répartition de richesses de plus en plus équitable y par suite de la pondération qui s'établit alors nécessairement entre les volontés et les efforts, entre les aptitudes et les mérites.

Toutefois cerésultat est loin d'être général en Europe; à plus forte raison, dans le globe entier. D'ailleurs il est incomplet, mal affermi, on a plutôt conquis la possibilité que l'on n'a obtenu la réalité. Ce bienfait n'est qu'en puissance. La majorité n a point encore de capital , et ceux qui en ont un, ne savent ou comment le faire valoir, ou comment le conserver.

L'égalité effective et la diffusion avancée des richesses supposent que Ion puisse vivre de son travail libre,; que l'on ait la possibilité de capitaliser. Elles supposent que la valeur mobilière et industrielle soit réelle, existe, et soit reconnue l'égale de la valeur foncière ; que celle-ci à son tour ne soit pas le partage d'un petit nombre pat l'inféodation , par les substitutions et les mainmortes.

Or rien de tout cela n'était fait lorsque furent prèchées la charité et l'égalité religieuses.

G'eU pourquoi il a fallu 1,200 ans avant que les communes jouissent d'un affranchissement réel , et que la richesse se répartit convenablement dans les rangs de la bourgeoisie.

C'est pourquoi la féodalité, c'est à dire une réminiscence telle quelle du régime des castes, a été

poMiMe 1 ,000 an» rncore après raclion do la parok tWsingcHque «ur la terre des Gaules, et bien que cette parole y fût respectée mentalement.

C'est que, inatériellement et économiquement , on vivait toujours des souvenirs et des débris de l'ancien monde païen', constitué par et pour l'iné'^ galité d'origine et l'exploitation du grand nombre par le petit; ctcen*est guère qu'en 89 que cette économie, que ces inégalités de conditions et ces relations matérielles, suites de l'inégalité mentale d*o« rigine, disparurent et cédèrent au principe de l'égalité religieuse qui était enfin parvenue à pénétrer dans toutes les sphères de l'activité économi-» que.

A partir des croisades, l'élément matériel , la richesse mobilière jouent le plus grand rôle en Eu* rope. Dés que, d'une part, la masse des croisées a été puiser un sentiment d'indépendance dans le frottement martial des individualités guerrières, dans l'égalité, des vicissitudes de la déroute ou de la victoire; dès que, d'autre part, la noblesse féodale est revenue du grand pèlerinage à main armée, pleine de désirs, de besoins, de faste et de luxe; l'industrie du vilain, le travail de Tartisan, l'argent du juif, les étoffes riches du commerçant sont des puissances, des moyens de liberté, des valeurs qu'ils iront faire tourner au profit de leur émancipation politique , intellectuelle et matérielle.

Depuis lors, il n'est pas une innovation : lettres de change, boussole, imprimerie, etc.; pas une

124 CONSIDÉIATIONS HISTOftlQUES.

belleëtoffe fabriquée» pas d objet de luxe, qui ne retirent peu à peu ici le superflu, et n'apportent là le nécessaire; iciTarbitraireet la tyrannie, le privilège; là la liberté , la protection des lois , et Tégalitë de condition ; qui ne réalisent enfin ^ au profit des classes moyennes , une répartition de richesse plus équilable^ en même temps qu elle fait passer dans leurs rangs plus de droits et plus de moyens de les défendre.

LA LOI DE PROGKESftlOn DP SiLAïaS.

Gonsidérations rétrospediTes.—- Tendance à la capitoHsalion univer- Teraelle.— Ce que cela signifie dans la question du salaire. — Données complexes du problème du salaire. — Gomment le sort des masses s^est successivement amélioré sous le rapport économique. — Témoignages de Thistoire. — Comment pourra se dénouer pacifiquement le na*ud gordien du salaire.— Position nouTclle des chefs induslrielscrééspar les applications de la vapeur. — ^Admirable issue. — ^A queHes influences elle sera due. — Ce qu'il laut pour assurer Tordre et la paix des sociétés.-— Dispositions favorables.

Voici donc où nous sommes parvenus : d'une (larty le capital, la propriété, Thérilage seront encore respectés ; de Tautra , point de féodalité, point de communautés de biens , d'associations utopiques possibles. Et cependant par les influences nécessaires du milieu que les forces motrices et les moyens de transport nouveaux vont créer : croissance inévitable des sentiments d'égalité et de liberté ; développement intellectuel des masses; décroissance progressive des inégalités de conditions et de ressources matérielles ; désir impérieux du bien-être parmi les classes moyennes et les inféiîeiires ; prétentions à une part plus grande dans les avantages sociaux , dans les fruits de leur travail, dans leur coopération à 1 œuvre industrielle productive.

12G LOI DE rUOGUESSlON ïiV SALAIUE.

Et de plus : s'il est vrai que le capital sera respecté , il ne Test pas moins que Topinion et les faits tendent chaque jour à ce que chacun puisse capita^ User, Or, les ouvriers n'ont pour cela d'autre voie que leur travail : il faudra donc que , de jour en jour, le produit de ce travail soit plus généreux. Cela ne peut être qu'autant que leur salaire soit plus con* sidérable, c'est à dire que ceux qui les font travailler leur accordent une proportion plus grande dans les bénéfices : cela est-il probable ?

Un fait est certain, général : ce sont les prétentions, l'attitude, les besoins nouveaux des classes ouvrières daus presque tous les pays : c'est la lutte sourde, mais bien décidée , des ouvriers contre leurs maîtres; ce sont leurs coalitions, leurs chômages volontaires , en vue de forcer les diefs d'industrie à augmenter leur salaire, à transiger, à entrerez compromis avec eux*

Sans nous arrêter de nouveau & montrer combien tous ces expédients de vobntéa désireuses, égarée» o« malheureuses, tournent au désavantage du pk» faible, et ne pourraient qu empirer considérâblcmeâi l'état des classes ouvrières s'ils devaient se généra* liscr, et dégénéix^r en une lutte quolidieniie , nouf chercherons à découvrir le sens, à voir quel réMikat définitif doit sortir de cet état de choses incontea^ table , en consultant toujours les analogies de Vhki* toire.

La question du taux du salaire est une quesliob complexe; Téconoiuisle i> égarerait s^il Ike faÎMit itt^

toi OE PROGRES&iO:V DU «ALAIRE. 127

tervenir d'autre donnée du problème que celle de la proportion entre Voffre et la demande*

C'est là le fait matériel et stable en quelque sorte : il y a ensuite le fait moral et progressif^ celui des idées et des sentiments^ celui par lequel le taux du salaire s'améliore avec la suite des siècles.

Si l'on examine par où le sort des masses inférieures s'est successivement amélioré daqs le passé historique de tous les peuples , on verra que cette amélioration dans le salaire ou dans les ressources et le sort du grand nombre a toujours correspondu à l'apparition d'une morale supérieure; à la vulgarisation de sentiments plus sociaux , plus fraternels; à l'existence d'une énergie morale nouvelle, ou qui portait d'une part les classes supérieures à comprendre la légitimité d*une distribution plus équitable des richesses, ou qui, de l'autre, inspirait aux classes nombreuses moyennes le courage , le désir, le l^esoin de réclamer plus de bien-élre et de liberté; et les efiEorts et les sacrifices nécessaires pour les obtenir.

En général, le fait de l'amélioration du salaire ou d'une meilleure distribution des richesses est toujours le résultat combiné de la volonté morale, du progrès des sentiments sociaux des grands et des petits ou des prétentions des classes inférieures, de l'éducation , de la prédication de devoirs et de droits nouveaux plus généreusement répartisentre les hom^nes* Ainsi, si nous examinons le fait de rabolidon du servage ou de Tesclavage^ celui de l'émancipation

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