‹ Économie socialeChapitre 15 sur 49 · LOI DR PROGRESSION OU SALAIRE · texte numérisé non relu

LOI DR PROGRESSION OU SALAIRE

lioré^ ni pour que TEnropc^ fut plus avancée à cel égard que lii Russie, par exemple, avec ses serfs , qui n'ont pas même le droit au salaire le plus infime.

La richesse, la satisfaction des besoins matériels , le bien-être ne suffisent pas pour assurer l'ordre et la paix des sociétés ; il faut produire la richesse, sans doute, et, pour la produit e^ appeler le travail, l'activité persévérante, développer les besoins; mais il faut, pour la distribuer^ appeler en même temps la religion, la justice, la charité; et, pour la consom^ mer, la tempérance, l'économie, l'ordre et la prévoyance; sans cela, les chemins de fer, les richesses matérielles feront de nous des païens, non des chrétiens; et de nos villes des Ninive, des Babylone, des Gomorrhe, non des Jérusalem.

Du reste, une bonne et judicieuse volonté pour la. classe ouvrière commence à se manifester parmi les chefs industriels et les capitalistes des nations européennes les plus avancées. Beaucoup gémissent sur son dénuement héréditaire, et voudraient pouvoir y remédier; mais, eux-mêmes, ils sont sous le coup de l'adversité et des rivalités de la concurrence. Loin de pouvoir songer à augmenter le taux du salaire, ils doivent bieu plutôt s'ingénier à pouvoir le soutenir aussi haut qu'il Test. Mais partout , aussi , on confesse que si la cupidité était moins exagérée, si, à chaque instant, de nouveaux concurrents ne venaient tenter de supplanter les établissements et les positions existantes par des sacrifices téméraires, par

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' des rabais^ des venies à perle passagères, par tous

les charlatanismes possibles (expédients qui n'aboutissent qu'à les mettre tous dans la nécessité de déprécier le travail de l'ouvrier, et à le forcer à se mettre lui-même au rabais), il serait possible d'amé* liorer graduellement le sort des masses, surtout si elles aidaient cette bonne intention des chefs de Tindustrie, par leur prévoyance, leur moralité et leurs épargnes.

OBSTACLfiS.

Position ëgalement critique des ouniers et des mdttres sous ie rëgime actuel de la concurrence individuelle. — Danger:). — Conséquences & redouter. — ^Espoir fondé du mieux. — ^Principe posé. — Gomment se peuplera toute la terre. — Efficacité des applications de la vapeur.

Nous «avons dit qu'il y avait dans toute société une certaine sonome affectée à payer le travail des ouvriers; mais cette somme, assurément, n'est pas toujours la même ! Quelle est la loi de ses variations? En réalité, augmente-t-elle nécessairement avec la somme du travail exécuté? Suffit-il que le nombre des concurrents salariés reste le même pour que ce dividende total leur reste intact aussi? Les chefs de l'industrie, à qui une certaine somme est également dévolue sous les noms de profit, de bénéfice ou d'appointement pour leur industrie, he peuvent-ils pas anticiper, grâce à certains avantages de position, sur ce dividende total coutumier du salaire?

Et, de fait, de même qu'il suffit de l'introduction de nouveaux ouvriers pour que leur concurrence ôte tout aussitôt une part du salaire aux anciens, de même il suffit qu'il y ait un plus grand nombre de producteurs devant une même quantité à produire

pour que celle concurrence otc aussuot aux anciens une part de leur bénéfice accoutumé.

La seule différence, c'est que les nouveaux-venus sont, dans le premier cas, l'œuvre môme de ceux qui sont victimes. En satisfaisant leurs penchants, ils ont pullulé; ils ont mis au monde une masse d'enfants qui aujourd'hui viennent partager leur nécessaire ; tandis que , dans l'autre cas , c'est la grandeur du bénéfice, ou l'espoir d'en faire quelqu'un dont on a besoin^ en supplantant les concurrents.

Dans les deux cas tous ga^jnent encore, mais chacun gagne moins. C'est ici alors que s'établit une double lutte dépréciative des producteurs entre eux, et la lutte plus dépréciative encore des producteurs contre les ouvriers salariés. Comme tous les inconvénients de la concurrence illimitée aboutissent à ce nœud fatal, nous devons nous y arrêter.

Tant que l'accroissement du nombre des compétiteurs à la production ne fait que suivre le mouvement ascendant de la consommation, les anciens ne s'aperçoivent guère delà présence des nouveaux : c'est tout simplement un plus grand nombre de ccpartageants pour un dividende proportionnellement plus grand ; le bénéfice ou le revenu annuel des anciens est resté à peu près intact. Mais que, par le fait d'un élan subit vers le travail et la richesse, et surtout d'une cupidité aveugle et d'un égolsme qui ne voitque soi dans le pivsent, sans pensée d'avenir national, ou sans le respect des positions légitime-

ment acquises^ il se fasse une invasion dans les rangs des producteurs et principalement dans les industries qui emploient le plus de bras salariés, que chaque petit capitaliste se mette à produire à tort à travers, s'informant peu des débouchés et des besoins de la consommation, comptant uniquement sur son habileté, sur le charlatanisme et sur la fraude, espérant devancer, culbuter ses concurrents dans Tarène confuse de la vente et de l'achat; alors, chacun voulant se soutenir, après avoir fait usage de tous les expédients mauvais pour lutter contre ses pairs et séduire ou duper les consommateurs pour obtenir le maniement des capitaux d'autrui par la commandite ou par le prêt simple, chacun songera infailliblement à une dernière ressource, la plus cruelle sans doute !

Le nombre des ouvriers salariés n'a point varié , nous le supposons, et il y a des demandes suffisantes, plus de demandes même que d'offres, et il n'y a point de chômage; il devrait donc, d'après la loi générale ordinaire, y avoir augmentation de salaire ou au moins conservation du taux acconlumé; mais aussi la production totale s'opère par l'intermédiaire d'un beaucoup plus grand nombre de chefs industriels d'établissements isolés, qui tous font de très petits bénéfices, supportent des chances de non-vente, d'encombrements et de baisse; ils soutiennent la lutte contre des coîicnri'ents sans nombre; à chaque instant, de nouveaux procédés économiques sont inventés; ils peuvent èlre devancés dans l'application par

13d OBStÀCtES.

leurs rivatix, ou le manque de capitaux la leur interdît; cependant il faut persévérer, il îaui Jnire honneur à ses affaires; et puis quand oti a contracté une certaine aisance et qu'on s'est élevé à une certaine position on fait tout pourjs'y maintenir.

La lutte sera moitis difficile contre les ouvriers qu'on salarie chaque jour, qui dépendent de vous, craignent de remettre en question leur domicile, leurs habitudes, leurs moyens d'existence même par un renvoi ! D'ailleurs, ils sont disséminés, faibles comme on l'est dails la misère et dans l'ignorance; le chômage concerté est impossible, dangereux : impossible, car il faut vivre; la partie n'est pas égale entre celui qui n'a pas le pain du lendemain et des maîtres qui, bien que mal dans leurs affaires ^ trouvent toujours un répit de crédit; dangereux, car la loi et la force armée leur interdisent les moyens extrêmes; et combien n'est-il pas facile aux producteurs d'un même pays et d'une même industrie de se donner instinctivement le mot (par l'instinct de l'égoïsme), de se concerter pour abuser de la position du prolétaire!....

L'ouvrier devra donc consentir à l'avilissement de son salaire , et d'autant plus qu'il sera témoin du peu de prospérité de son atelier, du bénéfice de son maître.

Momentanément, cela peut se voir, cela s'est vu et a souvent été la cause profonde des perturbations dont nous sommes témoins. Il y a plus, à entendre la rumeur commerciale et industrielle, c'est înévi-

table, fatal ; j*al presque dit légitime, et Vétat nor^ mal des choses ( i ) !

Que ne sera-ce donc pas si les classes salariées , confiantes dans l'activité nouvelle du travail et dans la hausse momentanée du salaire, ont pullulé outre mesure , et si la population , dans son accroissement, est tenue constamment au niveau de leurs moyens d'existence les plus infimes ! Que ne sera-ce point si leur moralité consiste à vivre au jour le jour, sans prévoyance ni pour eux , ni pour leurs enfants, et s'ils mettent enfin leur seul bien dans les plaisirs de la chair ! Ce sera l'avilissement impie de là valeur humaine ! ce sera le paupérisme des pays manufacturiers, avec toutes ses abjections et toutes ses infamies ! ce sera une fourmilière de machines vivantes qui se déprécient mutuellement, et trouvent des spéculateurs qui consentent à les prendre et à les mettre au rabais ! Ce sera comme à Bristol et à Lyon , comme dans le département du Nord, et partout où la concurrence et la cupidité sont sans fmn !

Nous venons de voir de quelle importance il est, pour Tamélioration de leur sort, que les populations

(1) Nous ne parlerons pas de Tagiolago, de la falsification, de la fraude , du charlatanisme , d^unc foule d'autres inconvénients et de maux que Toa attribue communément fi la concurrence, et qui sont le résultat de Timmoralitc , de la cupidité ; car il est certain que, sous la réunion comme sous le morcellement, il faut la garantie morale, ot qu^aucune combinaison matérielle extérieure ne peut en tenir lieu. On parle de milieu pour ramener la moralité , mais précisément, pour avoir ce milieu, il faut que la moralité préexiste afni de le constituer.

liO OBSTACLES.

salariées ne pullulent point; malheureusement le besoin de reproduelîon de lespèce est tellement irrésistible pour rhomme, que, joint à l'ignorance de tontes les satisFactions qui ne se rapportent point aux sens y ou plutôt à Timpossibilité de se les procurer dans la misère^ il devient pour l'ouvrier une sorte de fatalité.

S'il en était à jamais ainsi , la propagation des machines à vapeur et des chemins de fer pourrait bien peu de choses contre la misère; elle en serait même, au contraire, l'auxiliaire actif! Que faudrat-il donc pour qu'elle n'ait pas ces affligeants résultats chez la plupart des nations qui les importeront, et qu'ils disparaissent des pays où ils sont accomplis? 11 faudra, on ne saurait trop le redire, que les sentiments sociaux cessent de rétrograder, que la cupidité des chefs de l'industrie se calme, que la concurrence se régularise , que la foule s'éclaire, épure ses mœurs.

Mais cela se fera-t-il? Les machines à vapeur et les moyens nouveaux de transi)ort recèlent-ils quelques propriétés tellement salutaires , efficaces , qu'elles puissent combaltre en dernier résultat leurs propres influences pernicieuses , les alternatives ou elles mettent l'industrie, et les séductions matérialisantes qu'elles apportent aux masses?

Si l'on jette une vue d'ensemble sur l'Europe actuelle, et si l'on consulte les grandes périodes historiques, on trouvera le légitime espoir d'amener toutes choses à mieux.

La cupidité n*a point partout dépassé les bornes; les trois quarts de l'Europe sont encore exempts de Tépidén^ie qui a fait de si profondes plaies en Angleterre : et en définitive (tôt ou tard) le progrés, l'amélioration du sort du plus grand nombre aura pour elle Faction puissante d*une tendance invincible de Tespèce. C'est un fait ^ que plus la civilisation avance, plus la masse abiplifie son nécessaire. Dès qu'elle a connu les besoins et les joies de rintelligence et du cœur, au matériel de la vie elle veut ajouter le spirituel ; et son nécessaire devra le comprendre, et elle redoublera d'activité pour cela. C'est grâce à cette loi providentielle que le progrès du bonheur collectif t%i possible. S'il en était autrement, si ce n'était là qu'une illusion, si le nécessaire, si la vie, pour les masses, devait à jamais consister dans le pain et l'eau, dans la cabane et le haillon, dans la chaleur du soleil et le clair- obscur de la superstition et du préjugé, la propagation des machines à vapeur, en venant accroître la somme des richesses , ne viendrait donc pas améliorer le présent, mais seulement mettre au monde plus de prolétaires, et retenir toujours les anciennes et les nouvelles générations de niveau avec ces moyens d'existence bestiale !

Il n'en peut être ainsi : nous croyons avoir donné sufTisamment les preuves consolantes et victorieuses de notre assertion, et nous croyons pouvoir poser ici en principe que la tendance à Taccroissenient de la population selon le strict nécessaire du

corps y est combattue par la tendance a l'accroissement du nécessaire selon Vesprit^ et que les masses recouvreront tôt ou tard la force morale de se conformer aux privations et aux sacrifices que requiert la réalisation finale de ce plus ample nécessaire.

Et parla nous comprenons comment hj'orcç des choses et la nature de l'hpinme poussent Thumapité en corps à accomplir librement les desseins préétablis de la Providence, à savoir : cultiver et embellir le globe entier, le couvrir de générations innonibrables par Taugmentation successive de la population ; ynais à mesure seulement que la subsistance est préparée pour recevoir le contingent nouveau; et de telle sorte qu'il ne puisse y avoir qu'une portion de plus en plus faible dans la misère, et que la population ne s'avance qu'escortée de la richesse et du bien-être; et que pour la foule, cependant, ce soit toujours à recommencer.

Or, précisément la propriété si efficace des force^ motrices et des moyens de transport nouveaux pour effectuer les réunions de capitaux et pour diminuer le nombre des petits compétiteurs individuels^ va directement à empêcher, à rendre de plus en plus* rares ce recours ruineux, ces moyens de concurrence dépréciative ; elle apporte une garantie puissante de stabilité dans les entreprises; de sécurité pour les capitaux qui y seroùt engagés; et par suite, dans l'existence des ouvriers qui y seront attachés.

Ces forces, ces moyens, joints à l'action supérieure et continue des idées éniancipairiccs et des senti-

ments d'égalilé et de fraternité; de l'éducation par la famille, par la lecture ou la presse , par la prédication évangélique et par la propagande philosophique, en un mot par la difiiision des lumières, tendent donc à faciliter de plus en plus aux classes laborieuses la faculté de capitaliser.

La classe moyenne est arrivée en Europe à cette fticullé à force d'énergie, de sobriété , d'activité, de prévoyance, de moralité en un mot ; il est loisible aux classes sous-moyennes qui les suivent et qui leur tiennent par lant de liens et de relations, d'y arriver parles mêmes moyens; mais uniquement parla. — Rien ne les en empêchera à l'avenir , dans les institutions, ni dans l'opinion , ni dans les faits. L'éducation leur sera donnée généreusement avant peu dans toute l'Europe, et l'inatruction technique ou professionnelle également ; enfin un travail incessant leur sera o^ert dans le grand chantier ouvert à la création des richesses!

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