‹ Économie socialeChapitre 22 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

194 hk DISTRIBUTION DES HICHBSSKS.

atelier social ; porter dans la hiérarchie et dans la graduation des études de chaque département de funis^sité industrielle^ agricole^ manufacturière^ et adnunîstrativef une distribution et une économie analogues à celles de VInstruction publique ;

Rendre les degrés inférieurs et gratuitement ac-« cessibles à tous, et les degrés secondaires accessibles à Télite des élèves des degrés inférieurs , et de même les degrés supérieurs à l'élite des degrés secondaires ;

Tel est, sous une forme très générale, Tidéal, le type de cette amélioration capitale.

Mais il faut, même pour ne tenter que les premiers pas, octroyer généreusement à TÊtat les ressources nécessaires aux frais de premier établissement : c^est ce qui se fera avec entraînement et enthousiasme dès le jour où la majorité des producteurs comprendra toute la portée économique et politique de l'organisation de l'instruction professionnelle nationale.

Que la liberté du peuple, la sécurité des classes supérieures , la prospérité et la puissance de la nation en soient considérablement affectées en bien , c'est ce qui est incontestable :

D^abord , on voit tout aussitôt combien la rapidité dans l'exécution et la perfection dans la main d'oeuvre s'en trouveraient augmentées pour toutes les industries; quelle chance de supériorité les produits aaiionaux auraient sur ceux des nations retardataires, chez lesquelles là masse des ouvriers serait encore

SOLIDAIITB VimmB DBS OUTUBES. — JOBT^ ETC. 195

livrée à la routine; et à l'égard des nations qui nous avaient devancés dans cette organisation de Finstniction technique^ les heureuses chances que nos industriels auraient de leur faire une concnr^ rence honorable et profitable. De ce perfectionne^ment de la main d'œuvre nationale dans toutes les sphères, les chefs de l'industrie en général, les capitalistes et les propriétaires seraient les premiers à retirer le plus net et le plus gros avantage, et, à moins que leur indifférence pour le sort de l'ouvrier ne devint de l'iniquité et de la cruauté , ils seraient en demeure de leur faire une plus belle part dans les bénéfices , sans pour cela diminuer en rien leur revenu accoutumé.

L'armée des travailleurs aurait gagné à cet apprentissage éclairé et méthodique le droit à un salaire plus généreux t car ils feraient miens, dâ« vantage et plus vite ; enfin ils produiraient à meil-* leur marché .-ils j auraient trouvé une gymnastique intellectuelle salutaire, des connaissances pratiques variées, qui, les rendant, à la rigueur, piiopres à l'exercice de plusieurs spécialités, ou du moins aptes i se transformer, et & s'initier à la spécialité contl** guë à la leur , les mettraient ainsi à l'abri des ch6^ mages, que l'application arbitraire et incessante de nouvelles machines apporte ex abrupto dans tous les rangs des travailleurs , en leur ravissant impitoyablement leur pain, et leur salaire avec leur profession.

On voit aussi combien cette affluence réguhére

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de chaque génération dans des établissements publics soumis à une direction unitaire^ favoriserait le classement des capacités , la bonne répartition des activités spéciales selon les besoins des localités, des professions ou des branches d'industrie; combien surtout elle faciliterait l'équilibre et la pondération industrielle, en donnant les moyens de proportionner les fonctionnaires aux fonctions ; les parents seraient instruits, renseignés exactement sur les troppleins ou sur les vides dans le personnel de telle branche, et ils pourraient en conséquence initier leurs enfants aux arts et métiers , aux fonctions et carrières industrielles ou administratives, qui, à un instant donné , offriraient le plus d'avenir.

C'est ainsi que, dans Tarmée, on n'admet à l'instruction de chaque arme spéciale que ce qu'il faut de sujets pour maintenir chaque cadre au complet et le recruter à mesure des vacances ; il en est de même dans les écoles d'ingénieurs, d'officiers du génie et des mines, de géographes et d'hydrographes, etc. Sans doute la nature des travaux libres de l'industrie civile n admet pas cette précision dans l'économie des ressorts. Ici il y aurait une certaine élasticité dans le chiffre des concurrents admis à l'instruction; et même l'admission serait illimitée en certains cas pour les jeunes gens des familles aisées, etc. ; mais on conçoit qu'en définitive l'intervention officieuse d'une institution publique nationale, les renseignements qu'elle publierait sur le personnel, sur les demandes et les offires, guideraient suffisam-

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mentles intéressés et mettraient dans la distribution des fonctions un ordre et une clarté jusqu'ici inconnus.

Au sortir de l'apprentissage, les élèves de la classe ouvrière recevraient connaissance des localités où des artisans de leur catégorie sont demandés; ils sau« raient quels prix courants du salaire et quelles circonstances les attendent ici ou là; ils auraient alors à faire choix : leur déplacement serait possible, car ils seraient assurés de trouver du travail à leur arrivée.

Nous pourrions grossir cette énumération dés bienfaits que Tinstruction professionnelle verserait sur la classe prolétaire; mais tout le monde les devinera.

Or ne sont-ce pas là de véritables constituants de liberté pour le peuple, des conditions de satisfac-' tion, de bien-être et de sécurité pour rôuvrier et sa famille, d'ordre, d'économie, de moralité pour tous?

Et cependant c'est d'une question de budget que dépend cette amélioration morale et politique : il ' n'est donc plus possible de méconnaître la vertu es* sentiellement socialisante de la richesse matérielle et des institutions dont elle est la condition absolue.

L'incurie de la société, à cet égard, tient à un étrange préjugé : on considère généralement la fonction d'ouvrier ou même de chef agriculteur, industriel ou commerçant comme n'en étant pas une ; on suppose qu'elle n'exige aucune étude, aucun perfectionnement de méthode et de procédés; comme si la pratique d'un art quelconque n'exigeait pas à' tous ses degrés au moins des notions de géométrie

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et df mécanique, de chimie, de physique, de physiologie végétale et animale, etc. !

Nous nous contentons d'instruire de toutes ces choses, mais depuis peu seulement, les chefs direc^ teurs des établissements, et nous laissons dans la plus épaisse ignorance la multitude, ceux-là même qui vont exécuter Tœuvrel Que dirions*-nous d'un règles ment militaire qui s'occuperait uniquement de for«mer des officiers et qui négligerait totalement V école du soldat? L'anarchie serait au camp et l'ëtat^major serait impuissant; il commanderait des évolutions, des marches, des décharges qui ne seraient pas com-* prises ; le moindre mouvement d'un régiment ferait un désordre affireux; le moindre des maux, ce serait de rester immobile et l'arme au bras, et, quand vien<* drait Tannée ennemie, parmi laquelle officiers et soldats connaîtraient la tactique, au moindre choc c'en serait fait» Eh bien ! notre industrie manœuvre comme cette armée; son règlement est aussi sensé, et la comparaison avec l'industrie étrangère peut lui devenir aussi défavorable et aussi funeste. Nous formons des ingénieurs pour commander à des soldats de t industrie qui ne savent manier leur instrument que par hasard et ne connaissent des éyolutions industrielles que les jH^élîminaires les plus simples.

De ces améliorations combinées du moral et du savoir des populations, par l'organisation du ma<^ tériel de réduction et de l'instruction professionnelle^ sortirait l'un des plus grands résultats que

' SOLIDAIITC FUTURE DBS OUVRlBKg. -*- JUIY^ ETC. î$%

pui99ent se proposer un pouvoir avancé et uoe société de chrétiens ; l'égalité devant la loi^ et VextinOf tien de la misère.

Dans les civilisations prîœitivesi la rëglementatioQ que présupposent les mesures et les conceptions dont nous venons de parler est toute trouvée, toutu constituée par le système de la division en castes^ et par la subdivision des castes en famillesou tribun plus spécialement affectées à des particularités d'une même fonction ; là , on nait agriculteur, guerrier, prêtre, artisan^ etc. ; cependant, à mesure que la ci-* yilisation avance^^ on voit cette réglementation se perpétuer au fond, mais devenir infiniment plus éLoMtique dans la forme; elle est defmt^ mais elle est indirectement modifiée par l'opinion, par les mosors et les usages ; on impose des oonditions de fortune, de capacité, de savoir, d'âge; et t hérédité des profes^ ^ions n'est plus de rigueur; la naissance même n'esl plus un titre suffisant.

A Rome, les clients, la classe moyenne s'affran-* chit du patronage des patriciens, mais les ooi^ porations subsistent : le fils du curial est curiali ils ne peuvent pas quitter le sol. Les artisans ont leurs corporations où des conditions règlent Télé** vation et les prérogatives de chacun; ils sont en so^ Udarité enfin ; il y a un ordre dans le mouvemeot industriel. Le moyen-âge agrandit et fortifie ce sys^ tème des corporations, et il vient jusqu'à nous aveo des imperfections qui nous donnent en horreur tout ce qui sent la réglementation et l'ordre.

900 [la DI9TBIIICTI0N DES RICHBSSBS.

Que faut'il en induire pour Tavenir? que Thorreur en subsiste à jamais et quand même ? Assurément non : les prolétaires ne seront pas toujours dans Tabandon de toute protection charitable à cause d'un quiproquo sur la liberté; non, Tinstruction, Téducation, ce pain de Tame, leur seront données gratuitement, et ils voudront les recevoir soit grâce à la volonté du père, soit par l'autorité de la loi sociale !

Et le pain du corps leur sera garanti par les obli'gâtions morales des centres d'industrie; et, alors, il se formulera probablement une réciprocité de ser* vices ; ils seront clients, et la raison sociale indus^ irieUe sera patron, mais d*une manière large. Il y aura probablement des conditions d'exercice de professions et de degré de professions industrielles , comme déjà nous en avons pour beaucoup de professions libérales. Les avocats, les médecins, les instituteurs et professeurs, les notaires, les sages-femmes, subissent des concours^ font leurs preuves, ont besoin de diplômes. Ces garanties se borneront-elles à ces professions?

Remarquons que tout cela se fait dans le sens et au profit de la liberté, mais d'une liberté régulière. Chacun est admis à la prétention, et la liberté d'indastrie n'en existe pas moins. En effet, tout le monde \)eut être médecin, professeur, avocat, pharmacien, moyennant preuves de connaissances requises qui constatent l'aptitude à bien remplir les fonctions que Ton postule.

aOttlDAEiré FIJTVRB DBS OOYAIBaS. — JVmT, BTC, SOI

11 n'y aurait là rien d'illibéral, dlmpossible, m de déraisonnable ; il n'y a aucune considération économique, puisée dans les nécessités du progrès des ri«« chessesy qui s'oppose à ce qu'il en soit de méatie pour être chef industriel, pour s'élever à un grade, aune liberté, à une franchise industrielle; de mémequ'im réclame aujourd'hui une garantie de cens et qu'on en réclamera bientôt une plus ou moins directe de capacité et de moralité pour accorder la franchise électorale ; car on sent enfin la convenance et la justice de faire ce que l'on appelle radjonciion des capacités. Or, ces capacités, chacun le sait, se prou* vent par des titres, des diplômes, des professions^ par des antécédens, par des prérogatives antérieures qui impliquent l'aptitude des capacités adjointes, et le bon usage probable qu'elles feront de leurs droits pour l'ordre et pour le progrés de la société.

Toutes ces prévisions , qui ne sont peut«ètre que des hypothèses , peuvent paraître sans fondement , révolter • même les esprits-, par cette seule raison qu'elles ne sont pas dans les mœurs actuelles, dans l'habitude et la routine du siècle.

Mais, nécessairement, si l'avenir ne doit pas ressembler au présent , il faut bien qu'ils différent en quelque chose; et, il est naturel que ce soit précisé* ment dans les points qui paraissent le plus vicieux aujourd'hui.

Or, quoi de plus vicieux que l'état actuel de la oon* currence et du laisser*faire illimité; d'un état économique qui produit des spéculations énormément

i08 LA DISTElBQXiaN DSS MCU^SW*

d^s^ti^uies, cupide», aoupable^i et l'agîotage sur grande éeh^Ue^ que nous avous vu dsuis ces derpiers tQmpa en Amérique, en Augleterrei en Belgique e( m France I d'un état ëcQDoiuique, qui jette période quement sur la plaoe publique des niasses d'ou-« yriers sans travail, ou démoraliséesi corrompues, saiis culture aucune, sans la moindre sollicitude ma« temelle de la patrie, et à Is moralisation, au soutien, à Ttuilisation et à la direction desquelles Vopiniofi empêche encore la prévoyance sociale, les gouver-^ nemeitts de se consacrer, appuyés des moyens pé-cwîaîpes .itéoessaires K • .

Il est impossible qu'il n'entre pas un élément or^ ganique nouveau et sufiérieur dans le mode nouveau du travail en grand et en commun ; un élément qui donne vie et régularité à ce grand mécanisme, et qui harmonise tant d'intérêts, tant de passions en con<* tart et en prétentions si diverses»

De néme qu'il fallut une charte des communes» U faudra une cburie des ateliers j de même qu'il fallut une charte qui péglàt les intérêts et les droits des bourgeois et de la noblesse, qu'il fallut des ju^^ randes e( des maîtrises qui réglassent les droite et les devoiin des ouvriers du moyen-^ge, il faudra ausfi, tôt ou tard, une charte qui règle ceux des classes moyennes et des daases inférieures.

Or V élection et le jury nous apparaissent, non seulement comme «ne des grandes formes politiques à venir, mais comme des combinaisons heureuses, destinées à s'iitfroduire un jour, avec des modifica-

80LIDA1R8 fUTUU DS9 OUVAIMIft. «^ JUIT^ RC. 9û3

tioM# dam /e^ relations ée<mQmiqu€s, et à être Tim des paragraphes de la nouvelle charte de l'indttlt^ift et da travail.

FeotH&tre sont*ils appelés à remplacer, dans la sphère du travail^ les anciennes institutions de ga« rantie et d'ordre connues sous le nom de maîtrisas et jurandes » ainsi que la réglementation stricte des oorpwations. Peut-être serontrils substitués à ces formes impitoyables et immobiles^ attendu Itur forme essentiellement progressive et flexible, pré-* sentant autant d'avantage pour la liberté et le progrès industriels que celles-là en présentaient pour la stabilitéi la routine et le statu quo.

S^à X élection et une espèce de jury du travail éoQuomîque se trouvent passés en fait et en habitude dans la constitution' des sociétés anonymea et des sociétés en commandite par petites actions^ sous la forme à^ assemblées générales d'actionnaires , de délibérations à la majorité des voix, et de conseils élus, chargés de surveiller et de contrôler les opérations de l'établissement, et de nommer à la gérance et aux emplois, d'après le vu des titres des candidats.

Or tous ces germes imparfaits se développeront et deviendront une forme complète, organique, générale : c'est ainsi que se prépare tout ce qui doit vivre et durer. Les jurandes et les maîtrises n'ont pas d'autre origine; et celles-ci recevront prochainement une organisation plus avancée encore dans l'esprit de réglementation publique, et de garantie pour les inté-

304 LA DISTMBOTIOlf MS ftlGHïm».

rèt8 des ouvriers comme pour les intérêts des actionnaires.

Toutefois il ne faut nullement' s'attendre à une oi^nisation systématique et ex abrupto vraiment régulière des ouvriers : ce sera une œuvre partidle, successive, fragmentée comme tout ce qui est Tœuvre du temps et de la volonté libre des co-intéressés.

II y aura partout, en l'Europe, des retardaires, des opposants; il y aura des combinaisons très variées en forme et en degré du même principe de participa-tiôn, de réglementation et de solidarité.

Toute autre manière de procéder indiquerait q[Uelque violence, quelque procédé expéditif à la manière gouvernementale d*une théocratie; tandis que la moralité, rintérêt mieux compris de tous, la force des choses enfin, doivent seuls intervenir comme éléments organisateurs et conciliateurs.

tBS GI«Afl8B8 MOYENNES ET LES AlISTOCMATIBS.

ComiDent les classes moyennes Yerront s^augmenler graduellement leurs rangs de tout ce quMl y aura de prolétaires méritants. — Conditions de cette accession. — Rôle véritable et devoirs de la classe moyenne en Europe. — Une nouvelle aristocratie héréditaire et /Iscfice est-elle probable? «•Quelle sorte d^aristocrelie est désormais possible ou légitime. — Les peuples vont se constituer pour le mouvemeol eo avant. — Que ce régime est incompatible avec celui d*une aristocratie k Tantique. — En quoi une aristocratie peut être utile. — QuMI eiiste une aristocratie de fait à llieure quMl est , en FVance. -~ Gomment cela se frit. — Raisons d^ètre des aristocraties dans le passé.— Que si les éléments constitutifs des sociétés sont toi^oure les mêmes an fond , ils se modiGent singulièrement dans la /orme.— Gemment se forment les aristocraties. — Les privilèges du sang et de la naissance sont-ils passés ou passeront-ils sans retour?

Nous avons pu constater précédemment combien les chefs des grands établissements, en France , en Angleterre , aux États-Unis et en Prusse, faisaient de lotiables efforts pour moraliser et éclairer leurs ouvriers , et pour adoucir leur sort< Tous commen* cent à comprendre qu'ils doivent, dans leur intérêt propre, les considérer comme des pupilles , et exercer auprès d'eux un patronage dégagé de toute prétention aristocratique, dicté seulement par une noble impulsion et au bout duquel l'ouvrier sente la cha^ rite et la fraternité. Ceci nous indique quel est le

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