LA DISTRIBUTION DES RICHBSSBS
sens social, quel doit être le rôle d'une classe inter^ médiaire libre et politiquement active.
Par tout Fensemble des influences que nous avons reconnues aux inventions économiques modernes, il demeure évident qu'elles auront pour effet de recruter un grand contingent de populations prolétaires, la partie la plus saine, la plus méritante, pour la faire entrer dans les rangs de la classe intermédiaire ou moyenne*
Cette classe moyenne, dans chaque nation , doit être et sera le point de mire, l'ambition de toute ame de prolétaire qui n*est point viciée. Le sacrifice, la bonne conduite, le travail, la bonne volonté enfin, voilà les conditions : les moyens sont partout, dans les événements et les faits, dans Tatelier, dans Té- Gole, sur la scène des actions et des vertus civiques ; partout où il y a place pour un dévouement, pour une tâche difficile, pour une supériorité ou une perfection relative, pour l'activité, l'énergie et le cou* rage!
Et ils ne peuvent songer à murmurer, à cause de si dures conditions; car, si après six cents ans la classe moyenne en Europe et surtout en France en est arrivée là, c'est qu'elle l'avait, en général, mérité : elle s'était efforcée de travailler , de pro^ duire, de s'éclairer, de pratiquer les vertus civiques et privées, l'ordre, l'économie, la prévoyance ; elle ne s'était pas contentée d'invoquer les préceptes egatitaires de la morale dirétienne; elle s'efforçait surtout de la pratiquer dans son entier; et c'est!!.
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bien plus qu'autre ohoee, le secret de son élévation et de sa prospérité.
Depuis 9 la masse du peuple en Europe suit le même déwloppement : à mesure qu'il se fiât des hommes sages, économes^ laborieux, actifs, dans son sein, la classe moyenne s'y recrute, et le nombre des prolétaires diminue; Ton peut donc prévoir un contingent nouveau, considëraUe, dans Tëre économique qui s'ouvre.
Dés qu'il n*y a point d'autre manière de s'émanciper, la destinée de l'ouvrier est entre ses mains. Plus dénué, plus délaissé, plus ignorant, possédant moins de loisirs, il a plus d'efforts à faire, d'obstacles à vaincre, de privations à s'imposer; mais aussi, il a devant soi pour récompense un bien proportionné, la conquête de la liberté, de la science, le mérite auprès de Dieu et la destinée de ses propres cnfiints !
Cette classe moyenne, intermédiaire entre le su«* perfln et la privation , n'est point , à vrai dire, une classe : elle est une lice, un concours pour tous; du moins, elle est sans remparts, ni barrières. On peut la gagner, la mériter; mais on n'y a pas plus droit que Tathlète n*en avait à la couronne des jeux Olympiques, avant la lutte, le pugilat ou la course. Mais aussi, nul ne sera repoussé par voie d'élimination légale, par des privilèges. Inutile d*y songer! Loin que les classes intermédiaires puissent s'inféoder des avantages de position , qu'elles ont pré« cisément obtenus par la liberté, elles doivent se con»» cevoir, et elles se concevront, il le faut, pour but
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éleyéy le rôle d'initiateur , de protecteur , d emanci-^ pateur des classes inférieures, en leur facilitant Féducation et les lumières , le travail et Tépargne. La puissance politique active dans chaque nation européenne leur est vraisemblablement dévolue^ en grande partie , dans l'avenir. En agissant ainsi que nous venons de le dire, elles auront légitimé le fait de cette puissance; elles l'auront fait passer en droiL Car le droit social et politique a toujours été octroyé et le sera toujours à qui remplit une fonction de dévouement et de perfectionnement gé« néral, à qui humanise la foule : il a toujours été contesté et refusé, ou retiré, à qui se contente du rôle d'égoîsme, de la part avantageuse de sa fonction, à qui en prend le bénéfice et non les chai^;es*
Or les charges^ pour les classes intermédiaires en Europe , consistent dans un rôle analogue à celui que nous venons de leur assigner.
Si elles le prennent , elle tiendront lieu d'un élément, d*une classe qui jusqu'ici a paru essentielle au bon fonctionnement du mécanisme social, à la stabilité, à la pondération de la liberté et de Tautorité dans toutes les sociétés du passé, et qui aujourd'hui fait à bon escient et à bon droit l'effroi des démocraties européenne et américaine. Nous voulons parler d'une aristocratie héréditaire ou viagère, d'un ou de plusieurs corps privilégiés, d'une nouvelle espèce de prérogatives et d'avantages aux« quels chacun serait censé pouvoir prétendre. Cette institution nouvelle est-elle probable ?
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Notre sujet comporte cette question; car, puisque les influences matérielles que nous étudions conduisent à Tordre et font naître tant de motifs pour une réglementation quelconque du travail et des sociétés de tout genre, il est difficile qu'elles ne fassent pas remuer les cendres du passe à cet égard.
Sans doute, on doit reconnaître qu'il faut une certaine aristocratie de tempérament et d'éducation, une certaine largeur d'existence et de puissance, une atmosphère plus élevée que celle de l'égalité grossièrement démocratique et que celle de la fastueuse et épaisse existence des parvenus, pour s'inspii*er des raflinements heureux qui font que le beau, le goût, les arts libéraux progressent sans cesse dans une société.
Mais il n'est pas aussi certain que cette aristocratie se donne uniquement par une transmission non interrompue de la famille, du sang, par des alliances choisies et par les traditions séculaires d'une sorte de caste. Surtout l'histoire conteste que cette aristocratie du bon ton puisse également favoriser et respecter les intérêts plus élevés du juste, du bon et du bien; elle conteste que les aristocraties du passé aient jamais contribué grandement à ce quadruple progrés. Il est peut-être bien plus certain qu'elles y ont été souvent un obstacle. Tout au plus, le bixe mauvais ou mal entendu qu elles ont toujours pratiqué a pu influencer les développements et la splendeur de l'industrie moderne; mais on ne peut consentir à faire reposer la nécessité d'une telle ins- H. U
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titiition sur une si mondaine et si faible considération « Le luxe et les beaux-art$ sont très posçibles avec une clas^ intermédiaire qui crée elle-même ce luxe pour en jouir, et d*où sortent d'ailleurs à chaque instant des fortunes acquises qui vont se reposer et jouir.
Néanmoins l'avenir que préparent et qu'influencent nos véhicules économiques, en donnant la puissance politique aux illustrations intellectuelles, industrielles et morales, au mérite, aux services et au talent 2 pourrait faire prévoir la formation d'une aristocratie composée uniquement de ces éléments , qui se recruterait invariablement dans les rangs libres et accessibles à tous de la masse des industriels, des savants et des artistes nationaux. Qu'un homme parti du plus bas étage des rangs, des fortunes et des positions sociales, arrive et puisse s'élever successivement par son énergie et sa puissance propre, et un peu aussi par les heureux Juzsards dé la vie, au sommet de la hiérarchie sociale, et qu'il aille utiliser sa maturité, sa vieillesse dans les rangs des législateurs et des grands corps politiques actifs, et représenter dans les corps d'état les intérêts de la spécialité qu'il SLUVdi jadis contribué à améliorer ou à illustrer, • • . Nous croyons que c'est là un état tout à fai{ normal et nécessaire dans une société coqstituée pour le travail, pour le progrés industriel et la création des richesses, pour la liberté et l'égalité, pour le régne du mérite, de la science et du talent I Or il est visible que l'avenir de l'Europe se dessine déjà en ce sens, d'une manière fraj^panté.
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Mais que VimmobiUté et ^exclusion viennent de nouveau s^asseoir aux portes de ce Panthéon vivant des triples illustrations^ rëcompensées de leurs seiv tices par la puissance, par les dignités et les préro»gatives de législateurs, c'est ce que nous ne pouvons lire dans les sentiments ni dans les faits actu^ de l'Eui'ope et du monde.
n est d'ailleurs très probable que^^ f «it que cet élan vers la création et l'activité durera (et il dif-rera* des siècles, puisqu'il fera le tour du monde), tes peuples se constitueront pour le jnQuy^mejU ea avant, c'est à dire qu'ils rendront la. mobiliaajtioâ dés fonctions, des fortunes, des positions et dea rangs, aussi variable, aussi flexible que posaiUe, et qu'ils prendront le contre^pied de$ instituUona d^autrefois, lesquelles visaient non seuleiWQt a U stabilité et au repos, mais à une immobilité pesante» Donc, les substitutions, les fonctions bérédi^ taires , les combinaisons tendant à la réglementation du travail à l'instar des corporations, des maîtrises et jurandes du moyen-âge , se déferont partqut où elles existent, et elles ne pourront se transformer ou se refaire, même avec toutes les modifications que conseille et suggère lesprit nouveau, que dans les pays qui se seraient affrancbis de ces entraves du moyen-age à tous égards.
Le patronage y s'il revient, ne çera renouvelé qu'après que les mœurs, les institutions et le mécanisme industriel seront totalement transfonmés par la force des choses, et qu'ils seront basés sur le