LA DISTRIBUTION DES RICHESSES
La polygamie^ la polyandrie sont des formes du pritifeipe constitutif qui règle les rapports des sexes et ifûi constitue la famille , tout comme la monoganne chrétienne; et pourtant^ quoi de plus dissemblable! De même pour les aristocraties.
Quel est le sens de Taristocralie ? certes ce n'est pa) le sentiment de famille qui Ta fait instituer : c*eât d'abord la nécessité de Tordre ^ le besoin de transmettre régulièrement les forces^ les fonctions et les chaires sociales ; c'est ensuite le besoin de récompenser le mérite, les services , les illustrations : Comment sans cela s'expliquer les castes et les tribus^ et l'hérédité des emplois les plus infimes comme des plus élevés? Certes, ce n'était pas pour complaire au sentiment de famille qu'on forçait en Egypte un fils d^artisan, de cultivateur à continuer la profession de Son père. Si Ton remonte à Torigine d'une aristocratie quelconque , on la voit correspondre au berceau et au développement d'une religion ou d'une société nouvelle. Si cette société est vraiment nouvelle ^ créée par une croyance nouvelle , ce sont tes prêtres qui d'abord forment t aristocratie spirituelle; puis les guerriers qui ont fait triompher là religion et qui la défendent forment l'aristocratie temporelle : privilège qu'ils n'obtiennent qu'à la 'Condition de supporter des charges très pénibles.
Si c'est purement une société qui se transforme par la conquête, alors l'aristocratie est toute temporelle, et c^est encore moyennant protection et défense; c^éât à dire quon a des privilèges et^ en même
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temps, des charges, ou plutôt ces privilèges à cause de ces charges. Un but est donné à atteindre : tout ceux qui assurent ce but et qui en sont lés principaux instruments sont privilégiés. ï)es deux côtés, néanmoins, l'hérédité a lieu,m ais pourquoi ? parce que les sociétés nesoïit point assez avancées pour que de tons les raiigs de la nation puissent sortir des hommes qui assurent ou qui fassent avancer ce but : cfe que Ton a de mieux à faire alors, c'est donc dé s'assurer que le fils soit instruit par le père; qu*it hérite de ses fonctions , comme il est probable quHl hérite de ses sentiments et de ses goûts. D*ailleurè un père pourrait-il souffrir que son fils descendit dans la misère et dans les états les plus pénibles l àloi^s qu'il y a un abîme entre Taristocratie et le peuple? Ajoutez ensuite la raison des plus forts ^ le sabre des vainqueurs, et vous aurez sondé léS bases diverses de toute aristocratie.
Mais aujourd'hui, de plus en plus sous Tin^ fluence efficace de forces , de moyens, d^un iniliôil, si propres à faciliter 4 tous le dévelof^ment et Taisance, et à ouvrir des carrières fructueuses pbur toutes les aptitudes , un père a la presque certitude que son fils, ne soit-il pas son successeur, n'en restera pas moins avec quelque volonté , à un de* gré de Téchelle sociale peu inférieur au sien. Quaiit à succéder à ses fonctions , cela n'est plus permis qu'autant qu'il y soit apte; et, si cek était encore possible , cela serait inique. De deux choses l'une : ou la généralité des fils d'une génération d'hommes^
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placés I en un instant donné, à la tête de la société dan» les arts , les sciences , l'industrie et le gouver* nement, seront capables et dignes par leurs œuvres et leur savoir de succéder au lieu et place de leur père ; et alors le principe jsocial, qui veut que les meilleurs soient les premiers, consacrera la filiation héréditaire et ainsi de suite; ou la généralité sera incapable et indigne, et alors il sera bon, et de la plus sainte nécessité^ qu'ils descendent où les appelle leur force, sous peine que les sociétés ne soient guidées de nouveau que par le hasard de la naissance ; ce qui est désormais inique, inadmissible, impossible.
Notez bien que le fils d'un homme puissant ou capable a toutes les chances de réussir, qu'il a sur les individus nés dans les rangs inférieurs les plus grands avantages; car, si nous admettons que tout homme capable, supérieur, reçoive de TÉLit de forts appointements , il lui est possible d'en consacrer une partie à l'éducation de son fils.
Probablement dans l'avenir si un homme illustre, un homme qui aura rendu des services signalés à la nation, meurt pauvre, sa famille sera indemnisée et recevra les moyens de gagner un rang analogue à celui du père, par l'étude et par la poursuite d'une carrière. Ce que l'hérédité permettait de faire , on le permettra peut-être indirectement par les pensions nationales publiques, et le sentiment de famille pourra être encore satisfait suffisamment nar ce moyen.
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Il a*est donc pas probable , autant que le présent permet de conclure pour l'avenir, que les nations libres et industrielles recourent à rbérëditë sous le régime nouveau ; que, si le sentiment de famille d'un petit nombre seul s'y oppose, les nations passeront outre; que, si ce sentiment est le trait distincttf de la nation entière pour un temps donné , alors force sera d'y obéir; mais l'avenir plus reculé n'est pas là.
Cependant on peut désirer, dira-t-on, une aristo* cratie héréditaire pour fortifier une royauté héréditaire. Une aristocratie ne fortifie que rarement et que pour un temps une royauté; elle l'ébranlé le plus souvent, à moins qu elles ne soient réunies toutes deux contre le peuple; mais qui, parmi un peuple libre, voudrait une hérédité au prix de l'esclavage et du despotisme?
Une royauté se fortifie par l'adhésion libre du pays; et cette adhésion est la suite naturelle du bon usage de ses attributs , du bon emploi de la puis^ sance qui lui est remise.