LA VIE SOCIALE
voix intelligente, une volonté, un désir modérés et équitables dans la balance des destinées communes de la nation.
S*il est vrai que, dans tous les ordres de travaux et d'intérêts , il se formera des groupes et des collections de groupes économiquement et unitairement représentés devant le législateur et devant le pouvoir exécutif, c'est à dire des raisons agricoles, manufacturières et commerciales importantes, puissantes, éclairées, pouvant faire entendre leurs griefs et valoir leurs besoins, et des associations de solidarité, soit entre les raisons sociales et leurs ouvriers, par des liens de réciprocités de services, soit entre les ouvriers d'une même spécialité, ou de branches similaire^ représentées par des administrations locales légalement constituées, et s'il est inévitable qu'un certain mode d'élection, de concours et de jury y doive un jour prévaloir et être la forme générale des assemblées industrielles et du mode d'avancement dans le travail, n'est-il pas encore probable que ces nombreux intérêts collectifs, ces nouvelles corporations de travailleurs et d'intérêts seront représentés politiquement, soit par des élections séparées^ selon les états et les industries, soit par des élections collectives auxquelles participe^ raient les élus de chacun de ces groupes particuliers?
S'il est incontestable que les voyages, que les réunions d'ouvriers, que les sociétés par actions, que les sociétés de secours mutuels, et toutes les assem-*
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blées qu^implique tout mode de solidarité entre dé^ groupes d'hommes, supposent des formes électives, font naître l'esprit de corps, ou Tesprit d*indépendance, ou les sentiments d'égalité, et donnent la force de se faire écouter dans l'exposé de ses griefSi le désir et la puissance de se faire représenter dans ses intérêts respectifs auprès du pouvoir social, quel qu'il soit, aristocratique, monarchique, républicain ou oligarchique, il s'ensuit encore que les chemins de fer et les forces motrices modernes sont d'énergiques et de directs promoteurs de la forme gouvernementale représentative dans toutes les nations, sous toutes les latitudes, à tous les étages de civilisation où seront propagés ces leviers, ces créateurs économiques et puissants des utilités matérielles.
Nous prouverons bientôt que, sous peine d'être subalternisées par les puissances industrielles, les puissances encore peu avancées dans le développement matériel doivent importer, appliquer, protéger, encourager chez elles les chemins de fer et les machines à vapeur.
Or , si Ton examine à quelles conditions politiques, outre cette importation des moyens physiques, la prospérité industrielle se réalise chez un peuple quelconque , on verra que c'est à la condition que chaque industrie spéciale, chaque groupe d'intérêts identiques ou similaires, ait un moyen régulier et légal de faire entendre ses griefs et ses besoins ; qu'il soit, en d'autres termes, représenté et consi-
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déré, que des privilèges et des immunités ne viennent pas constituer des inégalités dans le travail , décourager Tactivité du grand nombre des produc« leurs et des commerçants^ leur ôterTespoir devoir, avec leur zèle et leurs efforts, croître leur bien-être, leur sécurité et leurs droits de citoyens ; que le travail enfin soit débarrassé de tous obstacles, et de toutes inégalités devant la loi.
Mais qu'est-ce que toutes ces conditions, si ce n'est celles an gouvernement représeîitatifj celles du régne de l'égalité et de la liberté?
D'où il ressort encore, comme conséquence inévitable, que le gouvernement représentatif est la forme générale de l'avenir, forme qui aura naturellement ses nuances fort diverses, mais qui, tôt ou tard, as« surera, en réalité, aux populations aujourd*hui les plus asservies, les mêmes garanties de liberté, de bien-être et d'égalité dont on gratifie d*avance les nations déjà en possession des plus précieux avantages attachés au régime représentatif le plus pur.
Nous le répétons, s'il est vrai que les forces motrices et les moyens de transport nouveaux contribuent efilcacement à l'accroissement de la production et de la consommation, principalement des utilités qui font la base des moyens d'existence et de bienêtre du grand nombre;
S'il est vrai qu'ils concourent tous à suggérer, et qu'ils nécessitent même la production en grand, par la grande réunion des capitaux et des travailleurs dans toutes les sphères;
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S'il est vrai que, par les voyages , les chemins de fer, les bateaux à vapeur, la canalisation et la Toie des mers, sont d'infaillibles promoteurs de la diffusion des lumières ;
S'il est vrai que, par cette même fréquence et cette même extension des voyages, ils hâtent ou tendent directement à réaliser Tégalité des conditions, chez tous les peuples, plus ou moins, selon le degré actuel d'avancement de cette égalité ;
S'il est vrai que tous ces résultats énumérés forment à leur tour une résultante sociale qui en^ traîne la distribution de plus en plus équitable des richesses ;
S'il est vrai que la forme, le mode de réunion des capitaux et des travailleurs que suggère l'emploi le plus avantageux des chemins de fer, a pour effet de socialiser le sol et tous les instruments de travail , valeurs mobilières et valeurs immobilières^ en faisant participer à la prospérité agricole et à ses avantages , pour une part quelconque , le plus grand nombre des citoyens • . . . ^
J'en conclus encore, par autant de motifs, que le goui^ernement représentatif, et le système détection, de concours et dejury^, dans toutes les sphères de l'activité sociale , est la forme générale politique et industrielle de l'avenir, ou plutôt que toute nation qui propagera chez elle les forces motrices et les moyens de transport dont nous étudions ici l'influence sera conduite à se transformer en ce sens.
Cette introduction d'un même mode de relations
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dans toutes les sphères; cette systématisation logique ne doit pas étonner : toute l'histoire en dépose* En définitive, les sociétés sont conséquentes : il suffit de lire Montesquieu et tous ceux qui ont décrit ou cherché à montrer le lien et l'ensemble des institutions d'un peuple ou d'une civilisation donnée, pour recevoir cette conviction.
£n Chine, Tamour filial est donné pour hase à la société : ce mode moral est appliqué dans toutes les sphères ; il se répète dans chaque relation depuis l'empereur, le père universel des CAmoi^^ jusqu'au petit empire de la famille, où le père est absolu souverain. Tout le travail , toute l'économie matérielle pivote sur la famille et sur son chef ; il ordonne le travail et la manière d'y procéder : chacua obéit et exécute.
De même, partout où les relations sont basées sur la toute-puissance des chefs supérieurs, ils commandent dans la famille, dans l'atelier aussi ^bien que dans Tétat.
Aujourd'hui, pour nos temps modernes doue, où. la forme représentative est introduite dans l'état, dans la politique , il est tout naturel , il est infail« lible que l'analogue de cette forme descende et se répande successivement dans les autres sphèras.
On peut même remarquer cette diflKSrence entre les deux systèmes de civilisation opposés: que, dans celui où la puissance du chef de l'état est arbitraire et absolue, celle du père de famille Test ëgale-^ ment; tandis que plus un peuple est voisin de l'état
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représenlaiify moins généralement Tarbitraire est dévolu par les mœurs à l'auioriié paternelle»
L^élection pourra n'être pas dans tous les pays Formelle^ officielle , uniforme^ ne pas se formuler en votre exprés , comme ceci , ou comme cela ; mais la capacité partout se dégagera ; et Topinion de la ma^ jorité sera respectée^ consultée; et la justice distributive descendra jusque dans la sphère infiniment petite du travail.
Dès que les centres de travail sont constitués de telle sorte que les cbefs représentent les intérêts d'autrui et d'un grand nombre, la puissance, les fonctions sont au plus digne, à Tactivité, au savoirfaire, aux plus capables; Tacclamation générale est consultée, toute-puissante; mais l'élection seule peut donner régulièrement tout cela. On est alors intéressé à dénicher le mérite; et comme l'obéissance est ici presque toute morale, il faut que les choix des supérieurs répondent à l'opinion des travailleurs; d'où suit qu'en définitive c'est l'élection de la multitude, son acclamation, qui sanctionnera ces choiX| surtout si les travailleurs sont eux-mêmes coaction*naires de l'établissement, ou intéressés pour une petite part à son succès. Gela devient même indubitable, si l'on admet Thypothèse que les ouvriers seront éclairés, moraux, accessibles enfin à toutes les considérations larges d'intérêt public , d'économie politique, et qu'ils auront un sentiment plus vif de la justice et des devoirs de l'homme en société : or
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rinstruction et la lecture feront également tout cela : nous l'avons assez montré.
Si réellement ce sont là les caractères distinctifs des sociétés industrielles et commerciales arrivées à la plénitude de leur développement, si t esprit de contrôle^ de représentation ei d'élection^ etle</^ gagement des capacités, leur sont essentiellement inhérents, quels que soient les lieux et les formes politiques actuelles, il s'ensuit que cet esprit modifiera ces formes, en pénétrant d'abord dans les ateliers , dans la constitution des sociétés et dans les rapports du monde commercial, pour pénétrer ensuite dans les relations des gouvernés avec les gouvernants.
Et par ainsi, nous retrouvons pour les gouverne-* ments les plus despotiques aujourd'hui, et les plus éloignés de la forme représentative, la nécessité de suivre la pente des temps modernes qui mène à cette forme, de se considérer comme les représentants des intérêts positifs de toutes les branches du travail sans acception de faveurs ou de privilèges pour les unes, à l'exclusion ou au préjudice des autres*
Et non seulement la propagation des moyens éco« nomiques modernes est un coup mortel porté au statu quo des états sociaux arriérés, mais ils mettent également obstacle à ce que les sociétés futures se cristallisent séculairement dans des institutions, dans des mœurs et des usages immobiles. Le mouvement progressif sera forcément continu ici ou là , non interrompu , succtf sif. Et en effet, à moins d'arrêter
forIib dit Pbtvdîk, isf
le Vdl ded locomotive^ , et (t'em|)lSchët* les TUyâgéé et là presse, comtnent èmpêëhet- le vUl dé là ^éëè! Coinmétitiritehlirc ijiiè toute idëë oii cbhoeptiéh supérieure à peine éclose tié Aissë aussitôt le touh du monde, et que le mieux ^ te vrai^ Ib meilleur^ h'apparaissent tels aux popiilation^ ! Quand les tlaliDhà Seront ainsi constituées pour le travail, et que le globe sera sillonné d'un immense réseau de voies de communications promptes comme l'aile de l'oiseau, plus de haltes, de somineil pour les peuples! C'est Une incessante émulation , une série indéfinie d'améliorations, toutes enchaînées par le présent, d'un côté au passé qui s'en va , et de l'autre, à l'avenir qui s'entr'ouvre. Mais aussi plus de ces pas de géant qui laissent tout un désert entre la tradition et bb qui n'est pas encore , et le comblent un instaht de chimères et d'utopies, de ruines et d'hécatombes, jtisqti'à te cj^é Vimpossible vienne rtestaiiret ïé passé', et retï*ëpir ménib ses plud vieilles bâteii dû î^réjudicë d^utl àvetiii* tjui ëtàié ihéVitabt^ et pfô^ chain, s'il eût été sagement ménagé.
SMl éh est ainsi pour les sociétés^ à pliis tovié rii^ èbii pour leé ItidiVidus : et par eieihplé, Hûi \èk liiatibns encore eonstitùées féodaleinent, c'fen est h\l de ces positions acquises séculairls^, ttaùsmiséè héréditslh*ement dans lest mêmes Faihille^ : là rblie de là fortune Semble enivre là vitesse Aéi lobbmbtlveS,
Les gouvernements désormais, et de plus en plue, se borneront au rôle d*un père âittiaht, maiè fort et respecté. Un tel père laisse à ses enfants éihàncipés II. 17
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leur propre gouverne ; il les liTre à leurs impulsions^ à leurs conceptions ; mais s'ils aboutissent à un conflit , à des embarras domestiques , il intervient et statue comme arbitre.
Cest un admirable tempérament politique que cette force toute morale qui fait des gouvernements représentatifs les régulateurs, les pilotes, et non la force initiale du mouvement et des actes humains. Dans le fait industriel surtout , cette intervention est frappante : en laissant aux forces individuelles le soin de se produire et de prendre rang dans l'échelle des mérites à la sueur de leur front, en les obligeant par là à gagner leurs éperons, mais en empêchant les méfaits, les banqueroutes, les falsifications, les défauts de poids, de mesures, en un mot en interdisant, à tous, les expédients rétrogrades, la brutalité et la mauvaise foi, et en dégageant au contraire la bonne voie, la voie d'émulation et de rivalité dans le mieux, ils font, par cette intervention indirecte et négative , infiniment mieux qu'ils ne feraient par une intervention directe et positive; comme il arriverait s'ils se posaient les directeurs généraux du travail, et les grands entrepreneurs de l'atelier social où chaque travailleur serait classé et rémunéré par eux.
En effet, sous leur suprématie souveraine, comme sous le régime de concurrence collective régulière et mesurée , il faut toujours une hiérarchie dans la division du travail ; il faut un état-^major industriel, non moins que des officiers, des sous-officiers et des
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soldats. Eh bien! qu'ils dégagent Tindustrie de chacune de ses entraves ; et les plus actifs, les plus intelligents^ les plus moraux se dégageront des diverses couches où ils pourront être nés, pour s'élever à la place dont leur capacité les rend dignes; et oe qu'ils seront, ils le devront non pas au caprice, à la faveur des chefs arbitraires j mais à leurs œuvres^ à l'usage de leur libre arbitre ; et, au lieu d'être des instruments d'émeutes , ces capacités manquées seront transformées en défenseurs puissants du bon principe, et feront la gloire de leur pays.
Ainsi donc , la question de royauté ou de présidence républicaine sera alors singulièrement simplifiée et éclaircie pour les nations , et par conséquent fort avancée : car les prérogatives et la puissance des chefs des peuples se seront transformées dans le sens des vrais intérêts des sociétés constituées pour le travail ; elles se seront harmonisées et combinées avec les exigences représenta^ tives du monde moderne , avec les droits politiques des majorités, avec le système généralisé des élections ; elles se seront enfin combinées avec l'existence des Chambres des députés; et puis, royauté ou présidence, le grand principe de la puissance aux plus dévoués, aux plus méritants, aux plus capables, n'en sera pas moins appliqué , en fait f du sommet à la base dans la hiérarchie gouvernementale, administrative, industrielle et. politique. Si c'est une royauté héréditaire, le principe sera respecté suflisamment par la responsabilité des mi-
UO LA Vit Mtfitt.
niétreft^ et {Nir le sbin, l'intérêt et Tebligtiltoh hibMte 4tt chef hërédtUire de choisir pMtt 8éH ftéâMtâirei H conseillers^ les plus pdissanis> les {itus réaôMtlàëk ata|irès déé dasses actives > œux qui auront Ift shnctioB dç la pdrtion progressive d« Ib SM)ciëtë^ e'est à dire de celle qai> non toujours par le Udmbre, ihàis par sa foi^ par stes «aerificel!, s6te isn-^ ihoustasmé ou sa supériorité de raison , annonce qu'elle voit Ta venir et le veut^ et sait^ ub jotlr ou l'autre, le faire et y mener.
Le fond sera donc assuré , et la forme importera peta ; ou du moins elle impbrtera comme importe toute forme y sans arrêter jamais les destinées de rfaumanité^ lorsque les principes vivent, et qu'ils passent dans les faits, dans les actes et dahs les inté^rèté positifs des nations.
Si l^btt éotisidère quKile iufluétice a cufe Timpri'mteAie livrée k elle-nDême Mir \k diffttkiotl de» lu-<miêres, c« qù'elte à hii malgré lei rois et les clerg(% tMliSiél, malgiiâ fe» dôuâtte» ïùiàe^ sur la pehsée !
Si Tbn scttlge à rihflUëttbë qu*W[él^e déjà la presiié, ié» jttbthàUx âUglAl» et tVatiÇftis^ hon seulemetit dttns le râfon MtibMâl, mais dans chaque capitale, et même danS chaque babiUet d*ËUt*ope !
Si Ion se porte à TépoqUle prochàinip où tout citoyert, en Europe, toUra, pourra et voudra lire, aura ses bons Uit^es, discutera les faits politiques
de fout le glohe^ apporéeierA le9 «Pte« piiMîca tmit liqoaux et tr^usvationawpf Qq eut çomine foMii^^ en oanteHiplaiit oo que «en la 4îffwipn cki (WfiMÛir Mnces ei l'iiuiir*qciion de la foule» loraque U sainte- {lUiance de rimprimerie^ de la prease et dea loeamolivea sera aoQoiupUe> e| que Tupe i^ chaînera d'écrire, de dire, de faire k4 Uimière et Tiuftre de publier» d'emporter et dp propager p9r to^ite I9 terrelIK..*
Maia répandre les lumières, douuer 4 tQU9 le paiu de reapril^ lea cQuqai^sitnGea et le juçe|neut| n'est-ce pas travailler directement et pectfiqueoaent à l'ëgalité des conditions? Émaneiper ipteUeetuellenmt, n'est-ce pas émanciper poUtîqqeneiet «t iuAt téi>iellement ?
QiMud deux )uunfReK peuvent rs^iiomner ipRrtî* nemnxent eneewUe , iU «ont bieii pré» 4t M oivirt dea égaiixi et de ee treiter AvpQ fonilwritÀ^
Aineî noui y^m vwmm jnuf une «utre rpqtf^ » a*eM à dire par une autre influence swi^le dfl» moyens éepnojuiquea dont il «'^tgit w^ VP^Vt noneluttone s aOrtnchiâsement de le miièn |>aur le tvH greiid Minbre , égalité des eonditjapjl, difftyifl» dei lumières, de VilMPce et de U iuo^kUM^ amplitude 4fl li graphe ipajqrit^ wx (leFoim ot p4r (K>Hi^ii«i>t aux droits, à l'activité éieelonte tt fioliti^ii^*
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