DE POIDS ET MESURES
Déjà aussi^ la littérature de ces deux peuples est naturalisée en Europe et en Amérique.
Il semble que le peuple le plus commerçant soit celui dont la langue ait le plus de chance de s'universaliser en pratique^ comme la plus utile dans les transactions de la vie ordinaire du grand nombre^ dans chaque nation.
Mais il faut tenir compte des autres utilités dont les hommes font eslime. Le peuple-roi de la pensée, des beaux-arts; le peuple que des faits et des traditions glorieuses^ innombrables, toutes favorables à la cause générale de la civilisation, toutes dictées pai: un sentiment vif et net des besoins secrets des nations, auraient rendu universellement et classiquement célèbre; ce peuple-là, si le fonds de sa littérature était, plus que celui d'aucune autre, la traduction profane et politique , le commentaire éloquent et éminemment persuasif du grand livre des peuples, du verbe chrétien, de l'Évangile, n'aurait-il pas une chance égale, supérieure même, de voir sa langue parlée sur toute terre où Ton en ad* mire les chefs-d'œuvre, et par conséquent en Europe et dans le monde entier, lorsque cette littérature y sera connue?
L'histoire, d'ailleurs, dépose que l'utilité commerciale n'a jamais été le motif de l'universalisation d'une langue. Les voyages, la conquête, l'utilité politique et sociale, mais non le commerce, ont fait du latin la langue du monde romain; le grec n'a pas dû non plus son extension au trafic j et, ni
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Carlhage^ ni la Judée hébraïque et phénteienne (pourtant les industriels et les commerçant*, le» Anglais de l'antiquité ), n^ont h\i passer leur langue dans la pratique internationale de ce temps^ là. Nous ne chercherons pas à prévoir au delà de cette réduction du langage en Europe à une duaUii anglo-française. Tout ce que UoUS pouvons dire^ c'est que si la logique, la douceur, le caractère populaire et social de la littérature d*uûe langue, sont plus déterminants, aux yeux de Tinstinct des peu-*ples, que cette considération, qu^elle soit la langue du peuple le plus commerçant, la langue la plus oflerttt en quelque sorte sur les marchés du monde, nul doute, ce sera la langue française qui prévaudra et remportera.
Dans tous les cas, on le voit, les conséquences dé cette quasi-unité de langue sont infinies, car rien n*est plus civilisateur qu'une langue : donner ou prendre la langue d'un peuple, c*est presque Aon*^ ner ou prendre sa civilisation ; il n'y a pas de meil-^ leur apôtre. Les mots sont les conducteurs maté* riels des idées et des sentiments. Lorsque Ton sait parler une langue, on va plus loin : on veut Vé^ crire, la connaître dans ses productions; et c'est ici que la cause du progrés apparaît devoir être victorieuse, puisqu'elle trouve dans Tuniversallsa^ tion de ces deux langues le plus admirable atixl* liaire possible : car ces deux langues ont puisé à la même source ; elles sont éminemment chrétiennes dans leurs productions : c'est, des deux parts, la
Idtlgue (te U libetië) de rintlépettdâiite ^ dé 1à IH-^ terni té; et^ en même t^mpifi ((U'ielll» offirent d'àdtni-^ râbliei» plâidoy^l^ en fàvietir de rëmàttci|[^tibti el du bietl^tre ded nationd> elles àppotrient aux brbillied dé là biUltittide leâ plûd importahies leçons d(e ttibdë^ ration et d'équité^ les preuves les pltiS t*atibtitldleé} le!) plUs thaude& et les plu6 persuasives de là niècesaiië du dévoiiemetit^ des sacHAices mutuels^ ûé là charité des forts polir les faibles, el du respect db toutes les iustitutions qui peuvent consolider les fondement^ de la société*; il n'est pas Un sentiment noble ou admirable^ pas une idée d'arenir qui ne soit burinée par le génie et Téloquence dans leurs chefs-d'œuvre. Leurs ouvrages de science sont le dépôt le plus complet des vérités , des loiS) des moyens^ des procédés industriels^ physiques et chi^ miques. Elles sont enfin, pour l'Europe moderne el pour le gibbe entier^ ce que furent pour le Uibfenage la langue gret^que et la langue romaine, des trésors de lumières inépuisables^ les flambeabit dto rhumanité !
C^est par elles que se préparera la fusion, la coînmunauté de sentiments; cette même manière ae voir^ de sentir, qui fait qu'on a la même vie, ^u'on se dit un même peuple.
Admirons ce résultat tout particulier du commercé et des voyages I Sans eux^ l'unité de langage serait impossible ; sans eUx^ la langue anglaise serait en* core confinée à la petite ile de la Grande-Bretagne;