HOTES
attàtudes faostites des partis poliiiquesqu'on obaerye élttrntUe* ment chez tout peuple j ainsi que Teiisience , la distinctioa tranchée , les prétentions contraires des classes et des ran§s , tout le moaTement de Thistoire, enfin, résultaient précisément de cette juxtaposition et de la non^identification par le sang» par le croisement de ces organisations différentes et inégales»
M* Gourtet ajoute a la juxtaposition Véiémeni du ctoU^ ment des races ; et il croit pouvoir par là donner beaucoup mieux raison des phénomènes de l'histoire. Suivant lui ^ l'effet natm^el et infaillible , le grand résultat providentiel du croise» ment des types peimanents est de donner naissance à des po* pulations intermédiaires, métis et sôuè-'méîis ^ douées d'uao organisation moyenne et, par conséquent, d'aptitudes inteVlectuelles et morales moyennes , qui vont nécessairement à rapprocher toutes les distances et m^mc celles des inégaUiés extrêmes des individus sang pur ( lesquelles persistent encore chez les peuples ou le mélange est le plus grand ) ; ce mélangei dès qu'il est à bon points a pour effet nécessaire d'inoculer le sentiment à^égalité à toutes les classes du peuple » de détruira les éléments d'antagonisme, de i*éaliser l'affraUchissemenl civil et politique des races inférieures, et de faire , des vain* queurs exploitants et des vaincus exploités, un peuple homogène, des frères, des égaux. A peine arrivée là, ouplutàt, j'exagère, avant d'atteindre ce degré si consolant de perfection, la société tourne sur elle-même, elle se ronge le cœur; ses éléments se dissolvent, et elle s'immobiliserait dans une anarchie étemelle, si quelque race supérieure, étrangère, n'intervenait pas , ne se supeiposait point par la victoire à toutes ces populations ; désormais elles seraient inconciliables i car elles ont toutes des virtuaUtés égales , qui demandent des conditiona égales ou ambitionnent de se subalteruiser raciproquemeat f sans qu'aucune ait le titre légitime de la suprématie qui se fait reconnaître, à savoir ; une virtualité d'organisation, un type sang pur de race supérieure.
La conquête, donc, vient dissoudre toute société qui anive à cet apogée social ; et la société recommence sur de nouveaux frsis. La race étrangère, victorieuse, rétabUt d*abord l'inéga^
lité la plus entière j la plus écrasante ; derechef , par ses passions, par mille appëdts ou intérêts humains que chacun devine ou peut lire dans l'histoire , elle convoite et consomme les alliances, le croisement, les mélanges avec les fils et les filles des vaincus ; par où la nouvelle société aboutit de nouveau à une nouvelle égalité virtuelle , de/akj d'abord ; pois de droit, puis à la mort par la conquête et par le renouvellement, et ainsi de suite.
Confiant dans cette théorie, vous pouvez alors inerveilleasement vous guider dans le labyrinthe de l'histoire : car Tons savez qu'une race, qu'une classe est inférieure à une autre, par cela seul qu'elle en a subi la conquête. Un peuple a été vaincu, donc c'est une race inférieure à celle du vainqueur ; le fait est tout. De même, si vous parvenez à découvrir qu'une classe, dans le passé d'un peuple, avait teUe ou telle organisation physique, vous savez sa place, son importance , sa puissance dans les destinées de ce peuple ; en un mot, la physiologie se cliar* géra de vous reconstituer et de vous expUquer le passé, fom peu que vous lui fournissiez des données sur TorgantsatioB de chacun des éléments de popidation dont se composait chaque peuple.
M. Augustin Thierry va beaucoup moins loin : une peuplade est en servitude, donc ces hommes sont des vaincus. Vœ population est isolée, pure de mélange ou de contact avec une race étrangère , donc vous la trouverez libre. Ces termes ont, du moins, l'avantage de comporter une interprétation morale satisfaisante.
Dans l'hypothèse de la différence fondamentale de l'organisation , une race ne peut donc jamais dégénérer, quelque usage qu'elle £asse de sa volonté. Sa supériorité relative sur une autre qui lui est inférieure est forcés, iatale.
Et, en effet, M. Courtet est conséquent ; s'il en était autrement, l'organisation n'aurait plus, dans l'appréciation histonque, que le sens et la valeur très-restreinte qu'on lui avait donnés jusqu'ici. Elle ne pourrait jamais rendre raison de là supériorité ou de l'infériorité d'une race relativement à une autre : car 1^ fait de sa supériorité ou de son inCériorité ac-
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tuelle ne prouverait pas qu'elle fut virtuellement et à tout jamais supérieure ou inférieure de par la fatalité de son organisation ; cela prouverait tout simplement qu'à cette époque elle s'était faite (solidairement avec plus ou moins de géné^ rations successives ) ce qu'elle s'était montrée : forte ou fSsdble , éclairée ou ignorante, par l'exaltation ou le relâchement successif et continu des volontés, de l'état de civilisation; par la bonté ou la barbarie des institutions » en un mot, par l'action efficace et supérieure de Vetprit^ de la force spontanée et libre, pr'unant et perfectionnant, détériorant, assouplissant à ses fins l'organisation physique de diacuu et de tous.
Au lieu de cela, la science ira dire aux races actuelles et à leurs descendants : Voici votre destinée relative à tout jamais; vous êtes et vous resterex inférieures ou supérieures à telle race, quoique vous fassiez des efforts pour ou contre votre perfectionnement en intelligence et en moralité.
Nous ne montrerons pas toutes les conséquences d'une pareille doctrine : le découragement et l'étemelle humiliation des unes, l'orgueil et la dureté systématique de quelques races impériales; mais nous tenons à prouver que la logique est en droit de conclure en faveur des passions mauvaises contemporaines , à des formules politiques pratiques, funestes à la cause du progrès général des sentiments sociaux dont M. Courtet cependant est l'un des plus sincères promoteurs.
Si jamais les classes privilégiées pouvaient apprendre de la science que la valeur sociale et la puissance effective sont une a&ire d'organisation et de croisement, elles en induiraient que si , dans le passé féodal ou autre, les races nobles s'étaient soigneusement gardées de mésalliances, du mélange de leur noble sang avec celui de la roture et de la bourgeoisie, elles seraient restées en possession piûsible de leurs nombreux privilèges et de leur domination politique. Il y aurait donc pour elles cet enseignement odieux, que si elles veulent rester ce qu'elles sont, il leur suf&t d'une devise : point de croisement, point de mésalliance quelconques! Quoi de plus facile à l'esprit de corps et à l'égoisme pour notre postérité ! quoi de plus réalisable pour ceux qui ont en main la vei|;e qui frappe, et en pré-
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rogative riniliatiTe du lëgislateur, qui promulgae et enjàmt^ Américains! vous avez raison; plus de crabemem avec ks n^es et avec les gens de couleur; boyards russes , lords laglais , plus de croisement et de mésalliance avec les bourgeoii , plus d*abu8 avec les filles serves ! .. •
En vain les partisans d'une telle doctrine voudraient que l'on mit les races inférieures et les supérieures dans les mêma conditions de développement. Gela n'est pas logique ; ce senit leur cœur qui parlerait ainsi , non leur doctrine. Il faut â de natures spécifiquement différentes des conditions de cahaie différentes. Dès que votre science des races sera &ite, chacime devra se parqueret se confiner, ni plus ni moins, dans le milieu et dans les limites qui conviennent à sa nature. Toute velléité contraire de la race serait une anomalie ou la science serait es défaut. Le droit de naissance devient le plus légitime des droits: car il emporte supériorité d'intelligence , de moralité et de puissance. Le retour au régime des castes est même de ligueur y le croisement devient une monstruosité ; et vous le condamncE vous-même par ces paroles t « Chaque race est appelée à remplir, dans des conditions inégales , une nûssioD marquée par la Providence ; » vous le condamnez encore lon^ que vous vous efforcez de monti'er, et souvent avec bonbtfor, que toutes les révolutions et les calamités politiques sopt ia» au choc sanglant des races supérieures , qui cherchent à se superposer aux races inférieures; et que la distinction, la réparation des classes , la stabilité qui suit les conqpiâtes , ne se* raient jamais troublées , si le croisement avec les classes sub*alternisées n'intervenait pas insensiblement par la volonté à» maîtres et seigneurs.
Il y a plus , si cette doctrine de la fatalité de Vorgàniuàen et de la diversité de nature et d'aptitude des races ^ vraie, b morale chrétienne est un mensonge ; l'humanité n'est qu'un pecus; la vertu est un instinct chez l'un, le vice un instinct cho l'autre; chez tous ils sont un appétit, un besoin animal , noe affaire de tempérament ; le juste et l'injuste, le bien et le mali sont des mystifications : car Tame, l'écrit, la volonté, na font plus qu'un fluide sécrété par lorganisatioii...
il I4Ç degré de moralité dea Midividus et defi p^pl^^ , dU-w , coïncide, sous un poiru de VHC un peu large ^ a?ec çdui de leur intelligence et à» leur ciyilisation, et , aoiis ce mpport encore» une gradation manifeste est établi^ entre l^s races. » Or, nous l'ayons TU, Tintelligence elle-même se niesDre par Torgai^isa-r tion, et nous savons quelle {imitutipu, quelle splidité i4fleyible Tauteur donne à cette Qfgauiiation dans chaque race : c'en est assez, je pense, pour décréter la ibtalité. Il fallait oser être logique jusqu'au bout ; il £idlait dire ; coïncide parfaitement, et non d'une manière élastique. H suit de U que la pluralité des races enti-aine la pluralité de morale, et que œs morales doi-» vent être parallèlement décroissantes avec les aptitudes ; ainsi il devrait y avoir la morale des noirs, la morale des blancs, des jaunes. ,.. £t le principe des législations pénales devra con«sister à être moins rigoureux précisément contre ceux qui commettent le plus de délits et de crimes, sinon la loi ne*peut plus se motiver ni sanctionner ses volontés que par le droit du plus fort.
Nous le mentionnons avec joie , nous savons que M, Courtet, plus modeste et moins confiant dans sa science que beau^r coup de docteurs dans leur ignorance, se défend de vouloir de pareilles conséquences, et ne cmit pas qu'elles ressortent lé-f gitimement de ses prémisses. Donnant donc l'exemple si rare d'une parfaite bonne foi, il se ravise, avec tonte humilité, quel* ques pages avant de teiminer, et il dit s
« Si , dans les idées diverses que j'ai exprimées comme complément de l'idée fondanMAtal^ * de nombreuses erreurs peuvent ni'être imputées , j'aoeapte d'avanee le blâme , et je me réfugie dans ce seul et deniier argument s « Le progrès M des peuples comme des individus s'accomplit sons la double » influence de leurs aptitudes natit^ee et des circonstances au N milieu desquelles ils sont placés. On n'a tenu compte jus* » qu'ici que de ce dernier élément, il est indispensable désor- » mais de teuir compte de l'un et de l'autre. »
Nul doute, en principe, dans la pensée du Créateur, tous les hommes se hiérarchisent en raison de leur utilité positive et de leurs intentions pour la réalisation de ses pkns providenûelsi il fiowuUt leur dén&ment comme leur superflu, leur va^
leur intrinsèque et leur puissance manifestée ; il sait qudles modifications leurs aptitudes foncières pourix>Dt subir sous l'influence des circonstances infinies qui entourent rhomme dans la nature et dans la société. . ; mais qui traduira jamais cette omniscience divine en une science humaine ?
En principe, puisqu'il y a un ordre préétabli dans TuniTen, l'humanité, dans son entier, doit être pourvue d'un certain nombre de caractères sut geneiis^ dont la Providence multiplie les représentants oi^ec mesure , et qui, de proche en proche, diffèrent imperceptiblement dans le ton et en degré. Mais quel œil d'homme oserait prétendre assigner la place de chacun dans cette distribution des rôles humains?
En principe, enfin, toute chose a sa raison d'être; mais qui songera sérieusement pouvoir i^ndre raison de tout , sans se croire Dieu?
C'est l'oubli de ces vérités du sens commun qui nous vaut la plupart des spéculations utopiques grandioses dont on voit aujourd'hui pulluler tant de pâles et stériles imitations.
Ainsi , en principe, dans la même race , l'alliance de tels ou tels individus n'est , sans doute , pas indifférente pour le caractère ou ifpe qui naîtra de leur union , à plus forte raison entre individus de deux races différentes , comme la blanclie et la noire. Alais ici encore le mystère est étemel et profond. Que ceux qui ne sont pas de notre avis pénètrent du moins ce mystère avant d'affirmer des hypothèses toutes gratuites, dont l'adoption serait destinée à influer directement sur les destinées de leurs semblables ; que, s'ils reconnaissent la loi des croisements, alors , nous l'avouons , la science de l'homme et celle de la politique seront positives , et les classes humaines seront prodigieusement simplifiées; il suffira d'établir des haras sociaux pour améliorer les espèces , les races , et l'on pourra parvenir avant peu à n'avoir plus sur la terre que des proJmfs supérieurs.
Il nous semble qu'il y a quelque chose de plus vrai que h doctrine des races dans la notion des caractères dont nous ve* nous de parler. Dans cette hypothèse , nous avons tous ifldi' viduellement, au fond de nous-mêmes, les notes fondamentales de la gamme humanitaire^ c'est-4-dire toutes les aptitude
premières et essentielles da genre humain , et , par là, notre nature est une, nous formons un genre à part ; mais chacun de nous f eprésente, dans ses aptitudes et dans son organisation , une combinaison spéciale et exclusive de ces notes , de telle sorte que tous ensemble nous rendons , dans notre existence collective, toutes les combinaisons possibles de notes en nombre et en degré , par où se trouve réalisée Vharmonie univer* I selle. Il y a donc rigoureusement autant de caractères sui ge^
, neris qu'il y a d'individus. De là, l'infinie variété dans laquelle
I nous nous sentons noyés dès notre apparition chez les hommes*
, Mais nous venons bientôt à reconnaître des analogies et des
similitudes ou ressemblances , qui nous permettent de réunir et de classer, sous une dénomination quelconque , un certain I nombre de caractères. De ce point de vue, on peut établir qu'il
y a un certain nombre de caractères typiques collectifs sous I lesquels viennent se propager les types individuels.
, Mais tout annonce que le renouvellement et la perpétuité
de ces types individuels ou collectifs ne se font point essentiellement par la transmission héréditaire dans l'œuvre de la reproduction \ et , dans tous les cas, il y a, dans ce fait de la génération, un mystère qui parait pour toujours en dérober la I loi à l'observation et h la formulation des sciences physiologi-
que et psycologique.
Il y a plus : les caractères ne dépendent pas de la race; car ils se retrouvent partout chez les peuples : car ils sont indispensables au but et à la constitution de toute société.
Il ne faut donc pas entendre ces caractères individuels comme inflexibles, immodifiables dans leurs prédominances spéciales; ils sont, au contraire , éminemment élastiques et susceptibles de faire de tout un peu, parce qu'ils doivent se prêter à tous les rôles : aux besoins et aux nécessités de l'existence solidaire du genre humain, à la division du travail , aux fonctions économiques , incessanunent variables , du milieu social ; enfin aux métamorphoses intellectuelles et morales que réclame un êtrecoUectif progressif tel que l'humanité.
Et , dans le grand concert successif des civilisations croissantes, la c/^générale des partitions change selon les biits vers lesquels la Providence guide les choses ; et, avec la clef gêné* II. 33
raie, celle des notes ou combinaisons partielles indivîdadles. Chaque but , chaque milieu , chaque état de civilisation de» mande une clef nouvelle. Ainsi , chez un même peuple, selon les temps , on voit prédominer, dans Tactivité sociale et ^bns les caractères, le courage , Ténergie guerrière , ou Texaltation religieuse, le fanatisme , la mysticité, la foi la plus aveagle , puis l'incrédulité , le positivisme , le doute, Texamen, ou bien l'énergie pacifique , l'apaisement des passions martiales, IV mour du travail industriel ou le culte de la pensée.
Avec le but de tous change la fonction de chacun ; avec la fonction se modifient, s'atrophient ou se perfectionnent les aptitudes, sans que jamais peut-être le type individuel, le caractère propre , change vitluellement ; d'où il apparaît mani* festement que les aptitudes diversement prédominantes impressionnent chacun diversement y mais ne le déterminent pas fatalement, et que la résultante de son existence et de sa part sociale peut fort bien ne pas être le fait de ces prédominances, n'être pas dans leur sens, ni provenir de leur satisfaction.
Que, si Ton demande qui donne initialement ce but général successif des sociétés , nous dirons que ce sont ceux qui donnent les religions et la morale ; qui fondent des sociétés ; lesquels écoutent, non point leur organisation, mais rinspiration supérieure, l'esprit, la spontanéité dégagée de toutes les conditions de temps et d'espace, et surtout des impulsions contingentes de leur caractère personnel.
La doctrine des races e^^t. fausse ; elle ne peut aucunement servir de base à la politique : car, par le fait, les hommes ne se placent point sur la grande échelle des capacités et des inégalités intellectuelles et morales, par groupes ou masses compactes d'individus qui se ressemblent plus entre eux , par l'apparence extérieure, qu'à tous autres, et qui soient engendrés par des couples de même couleur et de même conformation béréditaircs. Ils se classent par îndmdus isolés, sans acception nécessaire de couleur ou d'apparence extérieure quelconque ; en d'autres termes, ils ne se hiérarchisent point par races, mais par indit^idus, et cette immense échelle, sur laquelle s'ordonne Vhunaanité, offre une mosaïque de blancs, de noirs , àe jaunes, de cuivrés, etc., s'entremêlant indistinctement.
Écoutez M. Bory de Saint-Vincent, qui a tu et composé, et que ses préoccupations physiologiques ne rendent certainement pas suspect d'incliner à un spiritualisme mystique : <« Si » la supériorité intellectuelle de quelques hommes favorisés, » sortis de V espèce japéiiquê (les Européens, les blancs}, pa- M ratt mériter k celle-ci le premier rang, les neuf dixièmes des » individus qui la composent ne sont pas cependant beaucoup » supérieurs aux Hottentots par le développenient de leur n raison ; nous n'avons donc la prétention d'assigner aucune » place définitive. Qui d'ailleurs oserait élever une espèce au~ » dessus des autres, ou déclarer l'une d'elles incapable de sor- » tir de l'état de brute? »
Ecoutez M. Combes, l'un des deux jeunes voyageurs qui , pour leur début, viennent de faire, les premiers, la reconnaissance de 200 lieues de pays dans les profondeurs de l'Afrique , il vous dira que les chefs des peuplades africaines les plus ignorées sont généralement supérieurs en intelligence, en activité, en énergie, en conceptions et en riCssources à la multitude vulgaire de notre Europe.
M. Gourtet lui-même , dont la bonne foi est réellement exemplaire, fait cette concession, qui suffirait seule h renverser ce qu'il a voulu édifier. «« En vain, » dit-il, « dans ma pensée, les races sont-elles inégales , il n'est pas permis de nier qu'il n'existe , d'une part, des noirs doués de facultés supérieures aux faicultés moyennes de leur race, et, d'autre part, des blancs inférieurs aux noirs eux-mêmes. »
En vérité, si les mots races j espèces, etc., appliqués à l'homme, avaient un sens scientifique et sérieux, ces choses ne seraient pas possibles.
Et l'on croirait en vain sauver le mot raee^ en attribuant à chacune des diverses variétés de l'espèce humaine une fonc^ iiofiy un caractère y des prédominanees spéciales, permanentes et providentielles , k l'exclusion de toutes les autries, et par lesquelles ses mend^res se montreraient constamment, en réalité, supérieurs k ceux des races étrangères* Où est la fonction spé^ ciale à une race dans laquelle beaucoup d'individus d'une autre race ne se montrent supérieurs à la multitude des membres de cette race privilégiée?
Parlez-vous du peu de courage relatif des nègres , nous tous signalerons des poltrons de la première force parmi nos braves compatriotes; de la cruauté , de la bosse de la destructivité et du meurtre des sauvages, et, en général, des races â l'état quasibarbare , nous vous ouvrirons les annales de la justice criminelle du peuple le plus sociable de l'univers , et nous vous prouverons qu'il n'y a rien de comparable, chez les anthropophages, à nos Lacenaire et aux grandeurs du genre horribk dont notre histoire est pleine.
Entendez- vous, avec M. Gourtet, définir scientifiquement h supériorité d'une race ou d'un individu sur un autre, comme l'a définie littérairement M. Guizot : « Une force vivante et expansive, qui porte en elle-même le principe et le but de son action, regai*de , sans s'en rendre compte , le monde ouvert devant elle comme son domaine , et travaille à s'y répandre , à s'en saisir, souvent sans autre nécessité, sans autre dessein que de se satisfaire en se déployant ; qui agit, pour ainsi dire , comme une puissance prédestinée , qui marche , s'étend , conquiert , subjugue, pour assouvir sa nature et remplir une mission qu'elle ne connaît pas » Alors je vous demanderai si vous reconnaissez bien \ùl le portrait de nos populations agricoles d'Europe, engourdies, crétinisées, attachées à la glèbe de leur clocher et de leur coin de terre, vouées de père en fils à la routine et au retardement , et si cet idéal poétique de l'homme supé^ rieur ne vous paraît pas mieux convenir au nègre Toussaint- Louverture.
Si le diagnostic de la conformation n'est point une illusion , il est vrai des individus comme des races ; car apparemment il y a des différences énormes entre deux membres quelconques d'une même race, d'une même Ceunille ; et, lorsqu'il s'agit de statuer sur la destinée des individus, on n'ira point se contenter d'une vague appréciation par masse. Poui*quoi les partisans des races ne jugeraient4k pas des aptitudes intellectuelles et morales de leur voisin par la forme de son nez , de ses pommettes, par la couleur de ses yeux , de ses cheveux, de sa peau? Pourquoi n'aurions-nous pas, un jour, la race des nez aquilins, des cheveux roux, des têtes en pain de sucre , des tailles sveltes et des taiUes replètes , des gras et des maigres ,
des grands et des petits, etc., etc.. , et sur l'étiquette de chaque catégorie le diagnostic moral et intellectuel des individus qui en feraient partie? Voilà donc la science à vol d'aigle ramenée à l'infiniment petit , à l'étude de l'individu dans tous les âges de la vie, à tous les instants : car ehaque heure, chaque minute apporte , dans la complexion , dans les aptitudes d'un enfant et d'un homme, des modifications et des métamorphoses profondes ; une maladie , une émotion forte , le chagrin, les excès en tout genre, varient à l'infini cette frêle machine, y mettent l'inattendu, le fortuit , et c'en est fait du diagnostic de la science des races comme de la phrénologie et des prévisions sociales qu'on voulait y trouver. ' Mais , dit-on , les races impliquent l'idée de la peipétuité
' des analogies de conformation par la génération ; et puis ,
' tous les nègres sont noirs, tous ont les cheveux crépus , les
' lèvres grosses , le front déprimé ; soit. Mais qu'importe s'il y
a parmi eux des courageux et des poltrons , des orgueilleux et des vains; des races douces et patientes, vives et irascibles; des esprits intelligents et des esprits obscurcis ? Qu'importe si toutes les aptitudes fondamentales du genre humain sont , chez tout individu noir, à des degrés fort divers , et si les prédominances, si toutes les aptitudes , tous les éléments actifs, sont combinés et hiérarchisés chez chacun avec l'infinie diversité des nuances qu'on observe dans les autres races , et si enfin , sur chaque échelle des aptitudes et des supériorités spéciales ou générales, ils viennent , dans la réalité , se classer indifféremment avant tel blanc ou après tel autre , sans acception nécessaire ou rigoureuse de couleur, d'angle facial et de bosses?
D'ailleurs , quel sera le rapport permanent et légitime d'après lequel s'ordonneront , socialement et politiquement , les inégalités fondamentales des races, d'après l'intelligence? Mais, outre que nous avons prouvé la supériorité , à cet égard , de beaucoup de noirs sur le vulgcUre de toutes les races royales , nous maintenons que cette supériorité, pour être légitime, devrait emporter rigoureusement la moralité, le dévouement, le sacrifice, la grandeur réelle. Or il s'en faut que le degré d'intelligence marque toujours la supériorité morale des individus. n ne suffit pas d'être plus intelligent pour être plus utile , it
dut encore vouloir être utile : combien ne voyons-nous pas, chaque jour, des indiyidus d'autant plus pervers dans leur égoïsme, et plus dangereux pour la société , qu'ils sont pins puissants en straUgèmes ? C'est que la pensée n'empècbe nullement les passions , et que la tête et les sens ont besoin également du gouvernement d'une volonté forte et pure.
La supériorité véritable , l'écbeUe des inégalités sociales , se déterminera donc, non pas d'après les aptitudes et leur degré, mais d'après la moralité. Or la spontanéité et la volonté, qui font l'être moral, échappent au fatalisme de l'organisation: l'âme est en rapport intime avec l'organisation, mais elle n'en dépend point fatalement ; elle soutient, au contraire, une lutte incessante contre ses impulsions aveugles. Les individus et les races, les peuples, seront doue supérieurs ou inférieurs, selon qu'ils conformeront mieux leurs actes et leur volonté aux prèsu'iplions impérieuses et absolues de la loi du bien et des devoirs.
La science n'a point d'ailleurs le droit de conclure du développement actuel ou passé au développement à venir : car il y a enu e la virtualité et le développement , entre la puissance absolue et la manifestation un intervalle immense pour les individus, et à plus forte raison pour l'humanité vue en général et à de longues distances dans une suite nombreuse de générations et d'influences morales on extérieures , conservatrices on modificatrices. Nous le répétons , la nature humaine est une. Citez , en effet, un seul instinct, une seule passion, une idée, un jugement, une suite de raisonnement, un sentiment, che* une prétendue race, qui ne soit en puissance chez une autre : vous ne le pouvez pas sans faire aussitôt déchoir cette race de son rang et lui ûter son humanité; vous ne lepouvea pas, les zoologistes vous le diront unanimement. Il ne peut donc ètve question que de plu$ et de moins dans le degré de la manifes^ tation, dans la spontanéité et l'initiative. Or imaginez que les enfants d'un Napoléon , d'un Cuvier, d'un Goethe, etc. , dès leur apparition dans ce monde, soient jetés dans une lljB déserte et inabordable désormais» sans parole, sans exemple ni enseignement quelconque; admettez qu'ils soient nourris par quelques sauvages : vous en ferez des saut^ages de VAi^eyron^ et ce-
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pendant vous ne douterez pas qu'ils n'aient en virtualité tontes les aptitudes de leurs pères. Concevez-leur une longue suite do générations , et puis allez essayer de développei* ces natures abâtardies, dégénérées, livrées à leur organisation, c'est-nà^dire à la bestialité , et alors vous trouver«z leurs aptitudes fonda-^ mentales atrophiées, inéducables pour des siècles ; vous aurez i en eux moins que des nègres; et cependant ils seront blancs^
f et cependant vous aurez en eux des descendants de la souche
f des Napoléon, des Cuvier, des Goethe I
I Or qui vous dit qu'il n'en a pas été de même pour chacune
I! des races aujourd'hui existantes, et que les plus avancées en
t civilisation ne sont pas aussi celles que leur volonté libre et les
t circonstances extérieures ont le plus favorisées? Qui vous dit
I V^^9 dans les nombreux événements majeurs du passé, au sein
i de ces grands cataclysmes moraux et physiques dont les tr^
ditions et la géologie offrent d'irrésistibles témoignages, le premier couple nègre ou ses descendants ne se sont pas trouvés, en réalité, détachés violemment du centre de civilisation qui les initiait à la lumière , et si leur propre volonté n'a point contribué exclusivement à ce qu'ils perdissent les bonnes traditions , à ce qu'ils préférassent à la lumière et au sacrifice sa passion et l'égoisme ? Ils eussent été supérieurs par le fait aux blancs, que ceux'-ci, laissés dans le même milieu, après le cataclysme , auraient pu , continuant leurs progrès , dépasser la limite où s'était arrêté le développement des noirs, par le iait de leur volonté combiné avec celui des nécessités extérieures. Quant à rapporter cette mauvaise volonté précisément à leur infériorité organique , c'est affirmer la fatalité ; c'est , encore une fois, faire du matérialisme tellement grossier qu'il ne laisse plus ombre de moraUté dans l'homme.
Gela n'explique pas , dira-t-on , pourquoi les noirs ne se sont pas réunis en voie de civilisation depuis lors 7 Ils ont b^ soin , pour s'élever aux idées vulgaires des blancs , ils ont besoin d'être enseignés par les Européens, et les blancs n'ont point été enseignés. D'abord nous répondrotis que les blancs de nos villages ont apparemment grand besoin d'être enseig)Kiés quand on voit attacher tant d'importance à la création de
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nos écoles; quand on voit d'ailleurs tant d'individus nuls comme bétes de somme.
Ensuite les physiologistes sont-ils bien sûrs que les blancs comme les noirs n'ont pas été enseignés au commencement des choses , alors que toutes les traditions en donnent la solennelle attestation? Sont-ils assez forts pour renverser les preuves des révélations successives dont pas une seule société ne s^est passée pour se fonder, se maintenir, durer et croître ? Que nos plus grands génies veuillent bien songer à ce qu'ils seraient s'ils n'avaient point été enseignés en venant au monde ; si leurs aptitudes, si leur champ n'avaient reçu les sucs d'un engrais élaboré durant 1800 ans de civilisation , au prix des efforts et des sacrifices de tant de générations illuminées , fortifiées > dirigées par le sentiment et l'éducation évangélique.
La doctrine des races est fausse , avons-nous dit , parce qu'il n'y a point de différence spécifique immuable fondamentale entre les aptitudes et la nature des groupes d'hommes que distinguent les caractères extérieurs, tek que la couleur de la peau, les cheveux , les lèvres , le nei , la forme du crâne. Il nous faut montrer à notre tour comment cependant des dissemblances et des infériorités choquantes peuvent se manifester entre les peuples et entre les classes d'un même peuple.
Les difiérences d'aptitudes et d'organisation qui nous ûappeut, dans les prétendues races qui existent aujourd'hui sur la terre , sont le résultat lentement produit de l'action prolongée et continue des divers états de civilisation , des diverses influen* ces d'éducation sur chacune d'elles. Il est d'expérience vul* g;)ire , qu'un homme , qu'une génération qui se perfectionne ou se détéiiore intellecluellement , moralement ou physiquement , perfectionne ou détériore en proportion sa prochaine postérité , à tous ces égards : c'est ainsi que la Providence a établi entre les générations successives la plus intime solidarité; et qu'elle a voulu que le progrès humain fût l'ouvrage de la moralité de chacune et de tous , c'est-à-dire de leur volonté . de leur libre choix , de leur spontanéité ; ce qui devient évidemment impossible avec la doctrine des races, puisque l'organisation tient chacun dans ses linrdtes naturelles invariables» et ne permet point à la race supérieure de devenir inférieure.
En fait , c'est Tesprit qui prime l'organisation et non l'organisation qui prime l'esprit. C'est l'esprit qui modèle et façonne, pour ainsi dire, les aptitudes, et par elles ces appareils orga* niques auxquels les matérialistes s'accrochent comme à des existences , tandis qu'ils ne sont que les instruments deifonciions^ et de l'être , de la force libre qui préside à leur action. Toyezi en effet, combien l'esprit, cette force vive , libre et volontaire au sein du corps , irradie son influence , par toute l'organisa* lion, transsude et se prolonge, pour ainsi dire, dans les physionomies chrétiennes et juives, indones et mahométanes! 1800 ans ont suffi pour métamorphoser entièrement le type , les traits caractéristiques des populations de l'Europe. « Si cette » manière de voir n'est pas une vaine hypothèse, » dit un savant physiologiste, « il s'ensuivrait que les races, ou mieux, » que les différences physiques , viennent des croyances ; que » des croyances qui ont longtemps régné chez un peuple doi^ » vent à la longue se faire représenter par l'organisation. »
L'organisation est eï peu la force initiale et la forme permanente qui donnent aux aptitudes humaines leur limite et leur mesure, que le développement et l'agrandissement progressifs du cerveau sont à peu près démontrés pour les physiologistes les plus distingués. Si l'esprit, si l'éducation, ne priment pas abso^ lument l'organisation chez les individus d'une même espèce , d'où vient que, chez le chien à l'état de domesticité, la capacité du crâne est plus grande que dans le chien de même espèce , à l'état sauvage ? Et, pour avoir parlé ainsi, nous ne nous croyons nullement rattachés au principe phrénologique tel qu'il est compris par ses partisans actuels : car si la localisation des aptitudes est, à nos yeux , incontestable , l'impossibilité étemelle de l'accuser parle scalpel, par la forme extérieure matérielle , ne Test pas moins. Il est curieux , tandis que l'organisation est donnée pour permanente et indestructible dans chaque race ^ de voir l'action des eirconâtanees extérieures sur la détermination des formes organiques, et sur la fixation non-seulement de la race, mais de l'espèce, être, aux yeux de M. Isidore Geoffroy St-Hilaire, une ioi générak^ destinée à renverser toutes les notions fondamentales sur lesquelles ont été assises jusqu'à nos jours toutes les classifications en histoire naturelle.
Si chaque caractère typique ou chaque miaiiGe de caractèie se trouve par le fait répandu , répété , reproduit providentielleinent en maniCestaùon ou en puissance, dans toutes les races, sous toutes les latitudes , à tous les âges de rfaumanité, il sW suit que tout ou presque tout doit s'expliquer moralement dsM l'histoire i car la race n'aura plus un type général organique prédominant dans chacun de ses membres , par où eUe soit supérieure ou inférieure, nécessairement, à une autre race : il &udrait compter par individus et à posteriori j au lieu de compter par masses et à priori. Ce qu'on attribuait à la fatalité de Toigsnisation dans la doctrine des races, on Tattribuera ici à la volonté libre ^ individuelle ou collective , c'est-à-dire à l'état de la civi» lisation , à la solidarité des tendances volontaires des généra^ tions vers le bien ou vers le mal* Alors on pourra être vainca pai* un peuple sans néanmoins lui être pour cela viriuelUmenl inférieur en tout point ou même eu courage et en énei^ie. On aura égard au nombre , aux circonstances , au relâchement ou à l'exaltation passagère des moeurs , aux idées et aux opiaioof régnantes en telle époque chez un peuple ; alors on s'expli* quera (si les mots supériorité intellect liello et morale signifiest quelque chose) oommentles populations primitives de l'Inde et de l'Egypte indianisée ont pu être autrefois bien supérieures en civiUsation aux races Scandinaves, celtiques et germaniques, et aujourd'hui se trouver dépassées par elles ; alors un peupkf une race , en apprenant sa dégradation ou son inCériorité relative actuelle , apprendra en même temps qu'il est perfectible sans limite assignable ; qu'il peut, par le sacrifice et les efforts volontaires , coIlectiCi et héréditaires des générations successives, atteindre , dépasser peut-^tre un jour les races qui ont aujourd'hui la suprématie.
. Et remarquons ici que, dans la pensée des historiens qui ont fait usage de la donnée des races dans r^préciation des éve* nements sociaux , faire intervenir une race , c'est bien plutôt faire intervenir des organisations , des esprits , des forces mo* raies , moulés, pétris dans des mœurs communes par des ins* titutiôns et une éducation communes, assujettis et assoupli* aux mêmes devoirs, aux mêmes inspirations, pensant, oroyan^
et agissant haimoniquement sous Tinfluence d'une volonté sociale une et envahissante.
La méthode historique de M. Courtet , toutefois , ne manque pas d'être spécieuse , et voici comment : Si toujoui*s les générations, en s'améliorant ou en se détériorant moralement et socia* lement , s'améliorent ou se détériorent en proportion , physiquement ou physiologiquemeut, il s'ensuit que dans l'histoire, partout où une supériorité sociale ou guerrière de peuple à peuple se manifestera , il sera vrai de conclure à une supé«riorité proportionnelle d'organisation. On conçoit donc comment, en mettant le mot organisation à la place de la chose » r esprit , le moral y c'est-à-dire l'instrument à la place de Vouvrier, et en omettant ce1uiM:i, qui est pourtant la cause initiale et efficiente de cette supériorité , on puisse paraître renouveler ingénieusement le point de vue de l'histoire sans cependant y rien changer au fond.
Maintenant nous pouvons apprécier la valeur du dernier ar« gument dans lequel M. Gourtet se réfugie , et qui consiste à dire qu'on n'a pas tenu compte de l'influence des aptitudes nolives dans l'appréciation historique et dans l'explication de ce progrès. D'abord nous voyons qu'il faut, avant tout, faire intervenir dans le progrès des peuples et des individus la sponta-* ncité, l'esprit, la volonté enfin, cette force rectrice des aptitudes natives elles-mêmes ; ensuite nous comprenons comment on a toujours tenu compte, en réalité, des vraies aptitudes natives bien plus que des circonstances extérieures , puisque les évé-^ neulents , les institutions ont toujours été expliqués par le courage , par les passions , par les moeui^s et les prédominances intellectuelles et morales des individus et des masses , par les croyances , par les usages et les habitudes , par la force numé«rique des hommes et l'état du matériel , en un mot par l'état de civiUsation de chaque groupe, de chaque classe, de chaque peuple.
Or les aptitudes natitfes sont là comprises impliciiemetit dans la recherche des événements de l'histoire , autant qu'elles doivent et autant qu'elles peuvent l'être : car précisément , les ihœurs, les croyances , la civilisation sont l'expression et la manifestation la plus immédiate , la plus réelle des aptitudes
fondamentales ou prédominantes , chez un peuplera tdk époque, dans tel siècle, sous la gouTerae de la spontanéité de chacun et de tous ; et, si Ton s'attaquait à TorganiBation, il fuir drait indiquer les changements imperceptibles perpétuels <[m s'y opèrent, comme on fait des mœurs, des croyances, etc.; mais, autant cela est possible ici, autant cela serait chimérique pour l'organisation.
Seulement il reste à reprendre en sous-iœuyre l'histoire partielle et monographique des aptitudes fondamentales traduites en institutions dans Tétat social, et à suivre isolément et spécialement chacun de ces éléments constitutifs de toute société, dans la suite chronologique des civilisations jusqu'à nous, pour de leur faisceau constituer une histoire umt^erselle géntraie , et , en y cherchant le lien , la loi du mouTement , en obtenir une philosophie positit^e de C histoire.
11 nous parait donc que, si la politique devient jamais setenee positive j ce ne sera certainement pas grâce à. la science ue l'homme ainsi entendue.
Assurément , la politique ayant l'homme pour matière , pour moyen et pour fin doit trouver sa lumière et son guide dans w science de l'homme individuel et collectif ; malheureusement il y aura toujours, en dehors de la science morte de l'homme, la science vitrante \ précisément cette portion de l'homme sur laquelle les prévisions politiques doivent principalement porter et statuer : les passions palpitantes et les volontés en actes. Avant qu'il y ait une science politique positive , il faudra qui' y ait une science positive des volontés. Or quoi de moins accessible à une science rigoureuse que la volonté , qu'une force qui a sa loi en elle-même , dont le propre même est de n'avoir po'mt absolument de loi , en ce sens qu'elle n'est pas nécessitée fatalement dans son mouvement et dans ses actes ?
En réalité, les seules bases certaines et positives de la poh' tique pratique sont à jamais dans les principes fondamentaux d^ la moraUy dans le but providentiel que ces principes révèlent et formulent positivement; quant à laconduite des détails, aux directions du législateur et du pouvoir social exécutif au sein des événements , leur prévoyance tient à leur tact; elle se ionde sur la science incertaine et conjecturale des tendances actaec-
les sur les analogies de l'histoire et même sur la 1<h qu'on peut y lire du mouyement général de l'humanité ; enfin sur Téducation contemporaine, sur Tétat des esprits et des mœurs, la connaissance des préjugés nationaux ou locaux , sur l'appréciation des besoins nouveaux.
Or tout cela n'est rien moins qu'une science positive, et, moyennant nos premières réserves , nous croyons que la politique sera toujours, par-dessus toutes les autres sciences , une - science essentiellement conjecturale.
On invoque à tort les traditions primitives en faveur de l'î*
négalité fondamentale d'organisation d'aptitudes des races. Il
est vrai que le dogme de l'inégalité d'origine est un des points
essentiels des révélations primitives ; mais d'abord ceux qui
acceptent la tradition religieuse de Brahma , laquelle fortifie
leurs théories , doivent également accepter celle de Jésus»
( jP^rist, qui les contredit et les anathématise positivement,
f puisqu'elie rachète les hommes de la chute , et qu'elle affirme
r unité d'origine , l'égalité et la fraternité de tous les hommes
I sans acception de races.
I Ensuite il serait facile de prouver que la pluralité de races
I dans le passé indou ne consiste point dans une inégaUté or-
ganique , fitale et permanente. H nous suffira de rappeler que le dogme de la chute, la prescription du sacrifice , de l'expiatiou , de la purification , par les œuvres ou par la science, sont le fonds général des croyances universelles. Or toutes ces choses entraînent l'idée de la Uberté morale. On dit à tous : Relevezvous, domptez la matière, c'est-à-dire l'organisation. De même, quand vint la religion chrétienne , elle annonça la rédemption et la réhabilitation de tous les hommes sans distinction de naissance ; dogme qui implique encore la suprématie et l'efficace j>uissance de l'esprit sur l'organisation , car Jésus- Christ ne fit point acception de races ; il appela tous les gentils, et saint Paul exprime positivement la pensée évangélique dans ces paroles aux Athéniens : « 0ieu a feût d'un seul sang tout le n genre humain^ pour habiter sur toute l'étendue de la terre. , . » et selon que quelques-uns de vospoètes ont dit : Nous sommes » aussi la race de Dieu. »
De même enfin , lorsque,dans la Bible , Noé lancecet anathème :
Çiie Chanaan soit maudit , nous apprenons encore clairement qu*il y a là une responsabilité motaU s oo ne maudit pas ce qui est fatal. C'est de rânio, de la volonté coupable qu'il s'agit, et non de la passive ou aveugle organisation.
Nous expliquerions également dans cet esprit la traditioa indoue : toujoun il y est question des fautes commises dam las existences antérieures et non de Tinfériorîtë organique directe des castes.
Une autre preuve curieuse de la tradition biblique contre la doctrine des races se tire de l'unité de langue au sortir du déluge et durant la vie de la première postérité des fils de Hoé. i« Alors toute la terre avait un même langage et une même parole, n Comment concilier la divei'sité de nature et d'aptitudes des races avec l'unité de langage ?
Les travaux récents de l'ethnographie mènent tous à celte conclusion : unité de langue prinutitfe^ ou militent du moins en faveur du texte de la Genèse : « Alors toute la terre a^^j un même langage et une même parole, m
De même , les travaux sur la filiation des peuples , repnseo sous-ceuvre à Rome et à Paris , concluent à Vunité tCoriginei^ peuples ou des races.
Ajoutous que, dans tous les cas, la ditfersité ou. variété de races ne prouve pas plus contre l'imité du genre humain que la dh versité des individus ; faire d*une telle collection d'individo* une race spécifiquement immodifiable et irréductible à une autre , c'est autoriser à faire d'un individu une race à lui tout setti.
Sans doute, Aristote , philosophant sur ce qui était de son temps 9 a érigé en principe étemel le contingent contemporsaiflt il y a des hommes inégaux dans la réalité sociale dont Dieu a créé les âmes inégales. Permis à Aristote ; mais qui mérite k plus créance , Aristote ou celui qui a dit que Dieu avait crfe l'homme à son image ?
En résumé, en admettant que la physiologie, la phrénologi^» l'anthropologie, et, en particulier^ l'étude des diversités oigamques des races , soient destinées à fournir d'utiles données pour la pédagogie et pour la direction des peuples, elles ne peuvent nullement prétendre au delà d'un certain vague i