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francs pour chômage et viaticum. i

Le plus important de ces syndicats et le premier du monde par le j nombre de ses membres (175.000) est celui des ouvriers mineurs.

(2) D'après le Département du travail de New- York, voici quel était

le nombre des ouvriers syndiqués dans les divers pays en 1900 : j

Grande-Bretagne 1.915.000 ;

États-Unis et Canada 1 600.000

Allemagne 995 . 000

France 538.000

Autriche-Hongrie 222.000

Danemark 102.000

Suède 58.000

Suisse 49.000 j

Espagne . 31.000 =

Soit, en tout, environ 5.500.000. [;

Cette statistique est très incomplète puisqu'elle ne comprend pas i

l'Italie, la Norvège, la Belgique et la Hollande Nous avons donné plus 4

haut le chiffre pour la Belgique, 130.000. Pour l'Italie il est évalué â >*

480.000 (en 1902), pour la Hollande à 17.000 (en 1903), pour la Norvège i

à 14.000 (1902), On pouvait donc évaluer à 6 millions le nombre total i des ouvriers syndiqués dans le monde au début du xx» siècle.

Tl est à renaarquer que, si l'on tient compte de la proportion des (

syndiqués à la population totale, le Danemark passe au premier rang, f

avant même l'Angleterre. \

(3) Les ouvriers de l'industrie des transports (chemins de fer) four- «

revenus et leurs dépenses. Or, ce seraient là les seuls chiffres sérieux, car ce sont ceux-là seuls qui mesurent l'intensité et l'efficacité du mouvement syndical. Le nombre des membres — si ceux-ci ne payent pas ou payent très irrégulièrement leurs cotisations — ne signifie pas grand'chose. On a vu, dans certaines circonstances, précisément quand il s'agit de prélever quelque contribution, de terribles déchets sur les chiffres indiqués, notamment un syndicat qui de 150.000 s'est trouvé réduit à 15.000! Les statistiques relatives aux associations ouvrières sont difficiles à dresser en France, car ces associations ne sont pas suffisamment organisées pour les faire ellesmêmes, et quand c'est le Gouvernement qui les fait, elles n'aiment pas à lui répondre ou lui envoient des chiffres très enflés. Cependant, comme ces difficul-. tés ne changent pas sensiblement les rapports entre les évaluations successives, nous avons tout au moins le droit d'affirmer que le nombre des syndiqués augmente rapidement (i).

Il y a dix ans, en 1890, on ne comptait que 1.006 syndicats avec 139.692 membres.

nissent la part la plus considérable (152.000). Viennent ensuite les ouvriers des métaux (94.000), puis des mines (91.000), des industries textiles (55.000), du bâtiment (50.000). Mais ces chiffres ne signifient rien en ce qui concerne le développement de l'esprit syndical dans les différentes professions, car ce qu'il importerait de savoir c'est la proportion des syndiqués relativement au nombre des ouvriers dans chaque profession. Alors les typographes passeraient au premier rang.

Les femmes ouvrières n'ont pris encore qu'une très petite part au mouvement syndical. On ne compte en France que 32.065 femmes syndiquées, et 122.047 en Angleterre.

* (1) En I90i le Bulletin de VOffice du Travail indique 4.227 syndicats ouvriers avec 715.576 membres. Le nombre des femmes syndiquées a augmenté : 60.000 dans les syndicats ouvriers proprement dits et 7.000 dans les syndicats mixtes.

Actuellement le nombre des syndiqué, mis en regard du nombre total des salariés qui est de 3.820.000(0 (nous ne comptons que les salariés de l'industrie, du commerce et des transports — non de l'agriculture — et ceux du sexe masculin seulement), représente donc un peu plus de 15 p. 0/0 du nombre des ouvriers. La proportion en Angleterre paraît être de 30 p. 0/0 environ. Pour les femmes, la proportion des syndiquées à la population féminine ouvrière (1.782.000) n'est pas même de 2 p. 0/0. Étendue à toute la population salariée industrielle, agricole et domestique, masculine et féminine, dont le total est de 11.482.000, la proportion des syndiqués tomberait a 5 p. 0/0 (2).

Près de la moitié de ces syndicats (1.5o3), et les plus importants puisqu'ils embrassent la presque totalité des syndiqués (533.375 membres), se sont groupés en 95 Unions (3).

D'autre part, il existe 75 Bourses du travail, lesquelles constituent des fédérations non corporatives, mais régionales. Elles englobent 1.630 syndicats et 276.837 membres qui, d'ailleurs, doivent être presque tous les mêmes que les adhérents aux Unions W.

(1) Résultats statistiques du, recensement des iîidustries et 'professions pour 1896, t. IV, p. lxiv.

-K (2) En 1904, la proportion des syndiqués hommes s'élève à 17 p. 0/0 et celle des femmes à près de 4 p. 0/0.

-K (3) En 1904, il y a 156 Unions embrassant 3.418 syndicats ouvriers avec un effectif de 754.817 membres. On remarquera que ce nombre est supérieur à celui du total des ouvriers syndiqués quoique pourtant un certain nombre ne fasse partie d'aucune Union. Mais, en revanche, beaucoup figurent dans plusieurs Unions, par exemple une régionale et une nationale superposées.

-¥ (4) En 1904, 111 Bourses du Travail embrassant 2. 121 syndicats avec un effectif de 335.000 membres.

CesinstitutioussoQl de date récente :1a plus ancienne (celle de Paris) est de 1887. Elles réussissent mieux et paraissent rendre plus de services que les fédérations de métiers, car, comme le faisait remarquer l'un des propagateurs de ces Bourses : « dans le plus grand nombre de cas les ouvriers d'une même ville ont plus d'intérêts communs que les ouvriers d'une même profession habitant des villes éloignées ))(l).

Nous ne nous occuperons pas, dans ce chapitre, du rôle très important que jouent ces organisations syndicales (particulièrement les Bourses du travail) en ce qui concerne le chômage (par le placement et le viaticum) et l'enseignement professionnel : nous le retrouverons plus loin. Voyons seulement ce qu'elles ont fait en ce qui concerne l'augmentation du salaire et la réduction de la journée de travail.

On peut ramener à cinq règles essentielles les règles de leur tactique et précisément celles-ci se trouvent toutes parfaitement indiquées dans les statuts de la Fédération des travailleurs du Livre, qui peut rivaliser avec les organisations étrangères les plus perfectionnées et que nous pouvons prendre comme type pour la France. Elle groupe environ 150 syndicats ou sections locales et un peu plus de 10.000 membres, tous appartenant à la typographie ou aux industries accessoires, telles que relieurs, conducteurs des machines à imprimer, etc. Elle obtient de ses adhérents une cotisation relativement très élevée, 1 fr. 25

Ces Bourses du Travail ont leurs similaires en Allemagne créées d'ailleurs à la même date en 1887 sous le nom de Geioerkschaftskartelle. Elles étaient au nombre de plus de 400, en 1903, groupant 6.000 syndicats qui pour la plupart appartiennent au groupe socialiste.

(1) Pelloutjeb, Histoire des Bourses du Travail,

par mois (alors que la cotisation ordinaire des syndicats français n'est guère que de 0 tV. 50 par niois)(i)/ Elle a 150.000 francs en caisse. Elle a, comme les grandes Unions anglaises, un secrétaire permanent rétribué, le même depuis dix-huit ans et dont l'admi-;! nistralion prudente n'a pas peu contribué à la prospérité de la Fédération.

r La première règle est de remplacer, pour la fixation du salaire, le débat individuel entre le patron et l'ouvrier par un débat entre le patron et le syndicat ou la Fédération — mieux encore la Fédération que le syndicat, parce que, constituant une organisation plus vaste, elle a plus d'autorité pour discuter et surtout pour obtenir une certaine uniformité dans tous les salaires de la profession. Ainsi le contrat de salaire cesse d'être un contrat entre deux personnes pour devenir un contrat collectif. Celte tactique s'est heurtée à une vive résistance des patrons, qui pourtant a * presque complètement cessé en Angleterre, mais qui i est encore très vive en France. On entend sans cesse \ tel ou tel fabricant déclarer qu'il ne veut traiter qu'a- i vec ses ouvriers et non avec des étrangers. Mais le I syndicat maintient qu'il n'est pas « un étranger », < car la loi qui l'a constitué lui donne précisément ' pour but et pour raison d'être « la défense de ses j intérêts professionnels » ; or, en intervenant dans la f discussion du salaire d'un ouvrier quelconque de la } profession, il défend les intérêts de tous ses mem- il

•K (1) En 1904,- la cotisation a été élevée à 2 francs (dontl fr. 25 pour l'assurance contre le chômage). Il ne faut pas oublier d'ailleurs que cette cotisation pour la Fédération se superpose à la cotisation pour le syndicat local.

bres(^). Il empêche l'ouvrier, comme le disent si bien M. et M"' Sidney Webb, de devenir la victime des circonstances individuelles qui l'oppriment et qui pourraient le contraindre à se vendre à vil prix. En cela, d'ailleurs, la tactique des Trade Unions ne va pas à rencontre des « lois économiques », comme on le répète sans cesse; elle tend au contraire à abolir l'action des causes accidentelles pour ne laisser agir que les causes générales, à obtenir ceci : que le taux du salaire ne soit plus déterminé par le simple fait qu'un ouvrier n'a pas dîné depuis deux jours mais seulement par l'état du marché.

Nous ne faisons pas aux patrons français l'injure de croire que leur résistance obstinée tient seulement au désir d'affirmer leur autorité, et moins encore à l'arrière-pensée qu'ils viendraient plus facilement à bout de l'ouvrier quand ils le tiendraient isolé devant eux, mais parce que de bonne foi beaucoup pensent que « le tête-à-tête » entre le patron et l'ouvrier est le meilleur moyen d'arriver à une solution amiable — c'est ce que disait autrefois Jean Dollfus — et que toute intervention d'un tiers ne pourrait qu'envenimer le débat. Mais les faits montrent que cet amical tête-à-tête est chimérique : en fait, dans la grande industrie, il n'y a plus de contrat synallagmatique de salaire; il y a des a règlements » que l'ouvrier n'a qu'à accepter sans discuter

^1) C'est aux jurisconsultes à rechercher, et c'est ce qu'ils font laborieupement, quel est le fondement juridique de cette intervention des syndicats : — est-ce un mandat tacite? une gestion d'affaires? une stipulation pour autrui? En tout cas, il suffit que l'.on admette avec le tribunal de Cholet, dans un jugement cellèbre, qu'en discutant le salaire ; « les chambres syndicales plaident pour elles-mêmes, non pour autrui >>,

et que du reste le patron lui-même ne peut guère changer, parce que lui-même ne fait que subir les conditions générales de son industrie. C'est entre tous les patrons d'une industrie d'une part, et tous les ouvriers d'autre part, que le débat peut utilement s'engager. C'est ce que les patrons anglais ont compris, et les plus consciencieux ont même compris que ce contrat collectif était dans leur intérêt, car il leur servait de sauvegarde contre les concurrents peu scrupuleux qui cherchaient une main-d'œuvre à vil prix afin de pouvoir vendre leurs produits à vil prix.

2° C'est sous la forme d'un /«n/ uniforme fixé pour tous les ouvriers de la profession que cette intervention se manifeste. Tel est le but spécifié dans les statuts de la Fédération du Livre (art. 1, § 3) : « établir un tarif aussi uniforme que possible pour toute la France ». Cette uniformité, ajoute le texte, a pour but « d'éviter l'émigration du travail d'une ville dans une autre, émigration produite parles énormes différences de tarifs existants » (^), ce qui veut dire, afin d'empêcher les ouvriers payés à bas prix dans certaines villes de venir concurrencer et déplacer ceux établis dans les villes où le salaire est plus élevé.

Sur quelle base établir ce tarif type? Les économistes disent qu'il n'y en a point de possible, puisque la seule possible, la seule naturelle, celle qui résulte du libre jeu de l'offre 'et de la demande, fait défaut. Mais les ouvriers'pensent, au contraire, que cette base

(1) Toutefois cet article a été un peu atténué ultérieurement pour tenir compte des différences du coût de la vie — c'est-à-dire des différences du salaire réel — suivant les localités. Le « tarif uniforme » est remplacé par le « tarif type ».

est très bien déterminée par les nécessités de l'existence. C'est ce que les Trade Unions anglaises appellent a living ivage^ la valeur suffisante pour permettre au travailleur et aux membres de sa famille de vivre conformément aux usages de son milieu social.

Un tarif uniforme ne signifie pas nécessairement un salaire à la journée ou à l'heure : il peut être aussi aux pièces. On a reproché souvent aux syndicats de prohiber le travail aux pièces et d'imposer celui à la journée dans Tinlenlion de réduire au minimum la productivité du travail U).

Il est vrai que les ouvriers préfèrent en général le salaire à la journée, non pas précisément en vue de diminuer la production, mais parce qu'ils y trouvent plus de sécurité. Comme nous le dit M. Variez des ouvriers syndiqués belges : « ils sont las, dans le système du travail aux pièces, de devoir lutter cha- 'que jour pour maintenir leur salaire, de toujours être excités à produire plus vite et à se fatiguer, de toujours devoir craindre la réduction des tarifs, de ne jamais être sûrs du lendemain ».

Mais il n'y a pas de parti pris à cet égard. Cela dépend du métier.

En ce qui concerne les syndicats de typographes, par exemple, ils luttent en effet contre le travail aux pièces et s'efforcent de faire prévaloir (comme le dit l'art. 1, § 4, des statuts de la Fédération)

1) Du reste le travail aux pièces est encore l'exception, car il résuite des statistiques publiées par l'Office du travail que la proportion des ouvriers payés aux pièces n'est que d'un peu plus d'un tiers

""i li. 0/0).

le mode de travail qui dans ce métier porte le beau nom de travail en conscience. Mais ce qu'ils cherchent surtout à obtenir, c'est le travail en commandite. On sait qu'on désigne par ce nom un contrat intervenant entre une équipe d'ouvriers et un patron, l'équipe se chargeant à prix fait d'un travail déterminé, louchant l'intégralité du produit de son travail collectif et le répartissant entre ses membres, soit par paris égales, soit au prorata du travail fourni par chacun. C'est une sorte de petite association coopérative de production momentanée et créée dans le sein de l'atelier, un petit État dans l'État.

Ce mode d'organisation et de rémunération du travail est d'autant plus intéressant qu'il peut donner i de bons résultais là précisément oii l'association coo- j pérative autonome paraît chimérique, c'est-à-dire 1 dans la plus grande industrie. L'ouvrier y trouve à la \ fois plus d'indépendance vis-à-vis du patron et plus ' de solidarité avec ses camarades, tandis que le patron, î dé son côté, y trouve « une économie de surveillance, * une comptabilité réduite, une production accrue, un { matériel mieux soigné ». Il est probable que l'avenir i lui réserve une grande place (i). Il est possible même 1 que ces associations de commandite, qui sont actuellement temporaires et limitées à l'intérieur de Tusine deviennent permanentes et indépendantes, je veux

(1) Ce système est mis en pratique dans plusieurs des maisons qui figuraient à l'Exposition et qui ont eu de hautes récompenses pour leurs institutions sociales, dans l'usine de cristaux de Baccarat, dans la fabrique d'enregistreurs de Dayton (Ohio), etc.

Récemment le directeur de l'Imprimerie nationa'e a été invité par un vote formel de la Chambre à appliquer dans cet établissement de l'État le système de commandite.

dire que les syndicats se chargent eux-mêmes, par un contrat collectif avec un patron ou une Compagnie, de toute entreprise rentrant dans leurs métiers, le patron fournissant matières premières, machines, locaux, etc., les ouvriers fournissant non seulement la main-d'œuvre, mais l'administration, le contrôle et la responsabilité des travaux (i).

3° Un autre moyen employé par la plupart des syndicats c'est la limitation du nombre des apprentis. La Fédération du Livre le limite à un par cinq ouvriers. Ici encore on a parlé en termes véhéments de l'exclusivisme des syndicats et de la résurrection du monopole corporatif de moyen âge. Rien de plus injuste que ce grief. Non seulement c'est un droit, mais c'est un devoir strict pour les syndicats de veiller à ce que le métier ne soit pas encombré par des candidats qui y mourraient de faim et feraient mourir de faim ceux qui y sont déjà. Ce n'est pas seulement l'intérêt des ouvriers en place, quoique celui-ci déjà soit très légitime, ({ui est en jeu, c'est l'intérêt des générations nouvelles qu'on ne doit pas laisser sengager dans une voie sans issue : c'est l'intérêt du métier lui-même qui serait gâché, et par conséquent l'intérêt du public sacrifié, du jour oi^i il y aurait plus d'apprentis qu'on n'en peut instruire. Nous entendons tous les jours bourgeois et fonctionnaires se lamenter en constatant que toutes les avenues qui

¥ (1)M. Yves Guyot {Les conflits du travailet leur solution) propose sijiis le nom de « Sociétés commerciales de travail » une organisation analogue : des associations ouvrières organisées pour la vente collective de leur main-d'œuvre. iMais il y a longtemps que les sociétés italiennes de terrassiers et journaliers, dites associations de braccianti (ceux qui n'ont que leurs bras), ne font pas autre chose.

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conduisent aux. carrières libérales et aux emplois publics sont encombrées par une foule de candidats, gémir sur la formation d'un « prolétariat intellectuel », criera TEtat de ne pas multiplier les bourses de peur de l'accroître, et ce sont ceux-là, si inquiets sur l'avenir de leurs fils, qui se refuseraient à admettre que les métiers manuels aussi puissent être encombrés et contesteraient aux syndicats le droit de cherchera prévenir la formation du prolétariat de la misère ! En ce qui concerne le métier de typographe, c'est précisément un des plus recherchés par les familles pour leurs enfants et un de ceux où il est le plus urgent de fermer les portes — surtout à la veille d'une révolution probable et imminente dans cette industrie par l'emploi de la machine à composer qui, déjà employée en Amérique, est prèle à envahir l'Europe et à balayer les deux tiers des ouvriers imprimeurs*. Tout ce qu'on peut demander aux syndicats c'est de ne pas édicter une limitation telle qu'elle empêcherait le recrutement normal du métier; c'est un calcul à faire. Si sur 100 ouvriers d'un métier il en meurt 2 par an, il est clair que pour assurer le recrutement du métier il suffît d'admettre 2 apprentis nouveaux par 100 ouvriers et par an; et si la durée de l'apprentissage est de quatre ans, ce qui est le cas pour les ouvriers typographes, alors la proportion des apprentis sera de 8 p. 0/0. Or, la proportion admise par la Fédération du Livre est de 20 p. 0/0 (1 apprenti par 5 ouvriers, art. 1, § 7). Elle est donc plutôt excessive (^)..

(1) Mais il est certes! excessif en sens inverse de décider, comme

Une autre exclusion quelquefois édiclée, mais beaucoup moins justifiable, c'est celle des femmes. La Fédération du Livre autrefois avait pour règle « d'écarter par tous les moyens légaux la femme de l'atelier de composition » (art. 1,§8). S'il ne s'agissait encore que d'exclure la femine quand elle est moins payée que l'homme, cette mesure, quoique dure, pourrait s'expliquer dans un métier oii l'aptitude de la femme à exécuter ce genre de travail en fait un concurrent particulièrement redoutable pour l'homme et peut en faire, malgré elle, un instrument d'avilissement des salaires. Mais l'exclusion était absolue, c'est-à-dire même « à salaire égal » ! Ceci serait plus difficile à justifier et la Fédération aurait évidemment peine à s'entendre avec les deux ou trois Ligues féministes qui, dans la classe 110, affichaient leur programme : A travail égal salaire égal I Cependant dans la dernière rédaction des statuts, telle qu'elle est sortie du Congrès de 1900, une atténuation a été apportée : la femme sera admise si elle appartient « à un syndicat similaire ». Du reste les syndicats d'ouvriers typographes se heurtent dans cette campagne à plus fort qu'eux, car leur métier est de plus en plus envahi par les femmes.

4"^ Si nous passons de ces moyens d'action, qui sont purement défensifs, aux moyens offensifs, nous trouvons d'abord la mise à l'index ou le boycottage des patrons qui ne veulent pas accepter les conditions des syndicats. Cette mise à l'index peut s'appliquer — soit à la fabrique elle-même, auquel cas elle aboutit à la

viennent de le faire certains syndicats d'ouvriers gantiers, que « nul ne pourra apprendre le métier s'il n'est fils d'ouvrier gantier ».

grève puisqu'elle interdilaux ouvriers Tentrée de cette fabrique — soit aux produits de cette fabrique, auquel cas les syndiqués s'engagent à ne jamais consommer les articles portant la marque de Ja maison. A vrai dire, c'est en qualité de consommateurs et non plus de travailleurs que les syndiqués agissent ici et cette , action ne peut être efficace que si elle embrasse de très vastes organisations. Aussi est-ce aux Étals-Unis, où tel est leur caractère, que ce dernier procédé est surtout usité. Ldi American Fédération of Labor l'emploie sur une grande échelle.

Généralement celte mise à l'index de certaines marchandises a pour contre-partie la label, c'est-àdire l'étiquette syndicale apposée sur les articles fabriqués dans les établissements qui se conforment, pour les salaires et les conditions du travail, aux tarifs syndicaux. La Fédération du Livre exige que la marque syndicale soit apposée sur tous les imprimés faits par ses membres et les autres Fédérations syndica- ' les commencent à faire de même. La label, qui fut inventée par les ouvriers fabricants de cigares de riUinois, en 1874 (elle était blanche alors, elle est bleue aujourd'hui), se répand beaucoup aux Étals- \ Unis, et la Fédération américaine du Travail cherche \ à la rendre obligatoire de fait. C'est là un fait nouveau ) dans l'histoire économique, qui vaut la peine d'être \ noté comme gros de conséquences. La label a cette i propriété nouvelle et curieuse de solidarisera la fois*. \

les intérêts des ouvriers, car elle est l'attestation i d'un travail loyalement payé;

les intérêts des fabricants, car elle donne à leurs i produits une marque de fabrique qui a son prix ; '

SALAIRES. 9t

les intérêts des consominateurs surtout, car elle leur garantit un travail soigné. El si la pratique de ces labels a pour complément, comme elle commence à l'avoir aux Etats-Unis, des « Ligues de consommateurs » s'imposant pour règle de n'acheter que des articles portant la marque bleue, alors c'est le consommateur qui s'associe effectivement à l'ouvrier producteur afin de faire régner dans le monde économique la règle d'or que Ruskin lut un jour dans une église de Venise : « autour de ce temple, que la loi des marchands soit juste, ses poids exacts et ses contrats loyaux ». C'est à New- York, en 1889, que la première de ces ligues a été fondée(^). Peut-être faut-il saluer en elles l'avènement d'un facteur, tout nouveau dans le monde économique, car jusqu'à ce jour le consommateur ne s'était fait remarquer que par son ignorance et sa passivité.

5° Enfin le dernier moyen, ultima ratio, c'est la grève. Mais c'est une grande erreur de croire que c'est là le moyen préféré par les syndicats ouvriers. Il suffit de lire, à titre de document, les statuts de la Fédération du Livre :

Art. 16. — Lorsqu'il y aura dissentiment dans une section entre les patrons et les ouvriers, ces derniers ne devront jamais quitter l'atelier sans l'autorisation du comité de section .

Le comité de section, avant d'appliquer ses décisions, devra les soumettre au Comité central en lui fournissant les renseignements précis qui ont déterminé. son attitude.

Art. 17. — Dans aucun cas la grève ne devra être autori-

¥ (1)Ed France, une Ligue semblable, dite Ligue sociale d'acheteurs, a été créée et fonctionne, mais sur une très petite échelle, depuis 1903, mais se place au point de vue moral plutôt qu'au point de vue syndical.

G. — Ec.

sée avant d'avoir épuisé tous les moyens de conciliation.

Art. 20. — Le Comité central se réserve toujours le droit, au début d'une grève, de déléguer un ou plusieurs de ses membres pour faciliter l'entente ou, au besoin, pour faireî^ partie du comité directeur de la grève. '

Toute grève déclarée sans l'autorisation du Comité cen- ; tral restera à la charge de la section. )

Suit une longue et minutieuse énumération de tous j les cas dans lesquels ceux qui auront cessé le travail i devront être considérés comme grévistes et pourront ' à ce titre bénéficier de Tindemnité de 21 francs par j semaine, pendant 13 semaines, allouée par la Fédéra- • tion dans les cas de grèves autorisées par elle. j

Ces règles si prudentes sont celles dont la politique j des Trade Unions anglaises a démontré l'efficacité. Mais elles sont rarement formulées avec autant de netteté dans les statuts des syndicats français. Toujours est-il que, contrairement à ce qu'on croit généralement, les grèves sont loin d'absorber le plus gros des ressources des syndicats. ,;

Pour la Fédération du Livre, qui est celle qui fait \ le plus de sacrifices pour soutenir ses grévistes, nous i voyonsquede 1885 à 1899, pendantquioze ans, sur un i chirïre total de recettes de 726.687 francs, les grèves i ont prélevé 232.838 francs, soit presque exactement i un tiers (32 p. 0/0); encore faudrait-il déduire 29.829 fl francs dépensés non pour les grèves des adhérents, ) mais comme subsides à des grévistes étrangers, ce qui 4 réduit la proportion à 28 p. 0/0. Mais comme, posté- | rieurement à cette date, les cotisations ont été majorées de plus du double en vue de l'assurance contre la maladie et le chômage, il est certain que la pro-

portion des frais de grèves va tomber à un quanlunn presque aussi pacifique que celui des Trade Unions. Les autres syndicats n^ont pas fourni de renseignements précis. Beaucoup ont des u caisses de grèves », alimentées par une cotisation régulière très modique mais qui est relevée en cas de grève : par exemple pour la Fédération ouvrière de Franche-Comté, la cotisation ordinaire est de 0 fr. 40 par mois, l'extraordinaire, de 0 fr. 50 par semaine.

Du reste c'est une grande erreur de voir toujours dans les grèves la main des syndicats. Les statistiques exposées par l'Office du travail montraient que seulement les deux tiers des grèves étaient le fait d'ouvriers syndiqués(i). D'ailleurs les grèves étaient nombreuses avant qu'il y eût des syndicats. 11 est très

* (1) Toutefois la Statistique de l'Office du travail publiée en 1904 nous apprend que sur 567 grèves qui ont eu lieu en 1903, il y en a eu 416 (soit 74 p. 0/0) dans lesquelles les ouvriers étaient en tout ou en partie syndiqués, mais il est inévitable qu'au fur et à mesure que le nombre des syndiqués augmente, la proportion des grévistes syndiqués augmente aussi. Au reste il n'y en a eu que 60 où les syndicats aient fourni des secours réguliers aux grévistes. Aux États-Unis, le Département du Travail donne, pour la périocle de 10 années, 1881-1900, une proportion de 63,46 p. 0/0 de grèves organisées par les syndicats contre 36,54 p. 0/0 fdites en dehors d'eux.

Les grèves deviennent de plus en plus fréquentes en France, comme dans tous les pays, hormis un seul où elles diminuent : c'est l'Angleterre :

Moyenneannuelle du nombre des grévistes. 330.000 212.000

Moyenne annuelle du nombre des journées de chômage causées par les grèves .11.962.000 8.716.000

Kn 1903, le nombre des grévistes est même tombé à 117.000, et le nombre de journées de chômage à 2.338.000. Ce sont les chiffres les plus bas qui aient été enregistrés. Il est difficile d'expliquer ces résultats autrement que par l'organisation sans rivale du tpade-unionisme anglais.

possible que ceux-ci aient contribué à en diminuer, non plutôt qu'à en augmenter le nombre.

Tels sont les moyens qu'emploient par tous pays 1rs i associations professionnelles pour atteindre le double but qui nous occupe dans ce chapitre : relever ou au j moins maintenir le taux des salaires, réduire la du- \ rée de la journée de travail. i

A quoi ont-elles abouti? On sait quel est le scepti- \ cisme des économistes et des gens pratiques à cet « égard. Et il faut avouer que sans chercher plus loin | que dans les rapports exposés, et en prenant préci- 1 sèment celui qui nous a servi de cadre, celui de ! la Fédération du Livre, ce scepticisme peut trou- ver quelque justification. Nous voyons en effet que i le salaire des ouvriers typographes qui était de 0 fr. 50 l l'heure en 1843, s'est élevé à 0 fr. 65 en 1878 et de- ! puis lors n'a plus augmenté, donc n'a augmenté i que de 30 p. 0/0 en plus d'un demi-siècle, alors que, [ comme nous l'avons déjà vu, le taux des salaires I avait en général doublé. Le typographe aujourd'huf i gagne moins que le maçon. Et en ce qui concerne la .; réduction de la journée de travail, le progrès ne pa- ] raît pas plus grand — à en juger par l'article 18 \ des statuts qui promet l'appui de la Fédération « aux I sections qui demanderont la journée de dix heures, s ainsi que la gratification à partir de la onzième i heure ». Si tels sont les résultats obtenus par la Fé- J dération syndicale la mieux organisée de France, que i doit-il être des aulres?

Mais il ne faut pas oublier que ce métier est \ précisément celui qui se trouve dans les conditions les i

plus difficiles. Nul autre n'est plus envahi par la maind'œuvre à bon marché des femmes et des enfants, par les procédés de reproduction mécanique, par la concurrence des petits ateliers de papetiers ou autres qui annexent une imprimerie à leur commerce ordinaire, et il serait plus juste de reconnaître que sans cette puissante organisation syndicale l'industrie typographique eût été livrée au swealing System.

On pourrait aussi nous opposer le diagramme donné à la page 66. En effet, il nous montre la grande hausse des salaires se manifestant de 1850 à 1880 et se ralentissant beaucoup à partir de 1880, alors que, pour la France du moins, la loi créant les syndicats professionnels ne date que de 1884! L'entrée en scène des syndicats coïncide donc précisément avec la période du siècle oii la hausse a été la plus faible?

A cela nous répondrons qu'en admettant même que la brusque hausse du milieu du siècle soit due, comme nous l'avons constaté oi-dessus p. 81, à des causes économiques générales, indépendantes de l'action des syndicats, vraisemblablement cette haute vague se serait affaissée et le salaire serait retombé en même temps que la valeur des métaux précieux, si l'action des organisations ouvrières ne l'avait maintenu à ce niveau oij un phénomène momentané l'avait poussé; — et de plus que l'action des syndicats n'a pas attendu, dans le monde ni même en France, la loi de 1884 pour se faire sentir. Avant la fin du second Empire déjà la loi de 1864 reconnaissait aux ouvriers le droit de coalition. Et tous les ans, à partir de celte date, il s'est créé quelques syndicats ouvriers : à la veille de la promulgation de la loi, en 6'^

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1883, ils étaient déjà 325. Et même bien avant la loi i

de 1864 les ouvriers savaient lutter pour leur salaire: j

la preuve, c'est que depuis 1848 les tribunaux pro- I

nonçaient en moyenne 400 condamnations par an i

pour faits de grève (i). \

Si nous nous reportons au tableau graphique des

grèves exposé par l'Office du travailla), qui embras- \

sait une période de dix années de 1890 à 1899, nous l

constatons que sur 4.194 grèves comprenant 922.080 \

ouvriers, il y a eu : ;;

24,10 p. 0/0 réussites complètes, i 31,29 p. 0/0 réussites partielles par transactions, 44,61 p. 0/0 échecs complets.

Si au lieu de prendre le pourcentage sur le nombre des grèves, on le prend sur le nombre des grévistes,

les résultats sont un peu plus favorables : î

18,04 p. 0/0 réussites complètes, ^

43,33 p. 0/0 réussites partielles par transactions, ;

38,63 p. 0/0 seulement d'échecs. j

En somme on peut dire qu'il y a près des deux \

tiers des grévistes qui obtiennent une satisfaction i

totale ou partielle (3). •

(1) L'Office du travail, dans son enquête sur les associations pro fes- ', sionnelles, t. I, p. 41, indique pour la période de 1850 à 1861 envi- \ ron 1.000 grèves ayant fait l'objet de poursuites et 1.427 ayant fait l'ob- l jet d'un commencement d'instruction. ;'

Pour éliminer du graphique l'action perturbatrice et accidentelle de \

la découverte des mines d'or et de la hausse des prix qui en a été la *

conséquence, il faudrait rectifier la courbe du salaire de la page 66 en ?s

reliant par une ligne continue le point marqué en 1853, au bas du talus, i

au sommet atteint en 1900. Alors le lien entre la hausse des salaires f

et le développement des syndicats apparaîtrait comme beaucoup plus \

vraisemblable. \

(2) Statistique des grèves de 1890 à 1899.

(3) Aux Étals-Unis, d'après le 16^ rapport du département du Travail, ,i

Et même si on ne considérait que le double but qui fait l'objet spécial de ce chapitre, hausse des salaires ou réduction de la journée de travail — qui est d'ailleurs celui visé par les trois quarts des grèves déclarées et par les quatre cinquièmes des grévistes — la proportion des succès serait supérieure aux chiffres ci-dessus, car c'est précisément quand la grève a tout autre but, notamment des questions de personnes, que la proportion des échecs est la plus considérable.

Mais, répète-t-on souvent, ces succès ont coûté plus qu'ils ne valent ! (i) — C'est une erreur d'arithmé-

la période de 20 années qui s'étend de 1881 à 1900 et qui a compris 22.793 grèves et 6.105.000 grévistes se résume ainsi :

grèves grévistes

Réussites 50,77 35,02

Transactions 13,04 16,72

Echecs 36,19 48,26

Il est à remarquer ici que les solutions transactionnelles sont beaucoup moins du goût des Américains. C'est tout ou rien, -K Mais en 1903 les chiffres ont été les suivants :

grèves grévistes

Réussites 2i,53 10,18

Transactions 39,15 72,86

Echecs 39,32 16,96

Il en résulte que le pourcentage des succès aussi bien que celui des échecs tend à diminuer et que c'est seulement celui des solutions transaciionnelles qui tend à s'accroître — et il faut s'en féliciter. C'est la voie préparée à l'arbitrage.

En somme, il n'y a guère qu'un sixième des grévistes qui n'aient rien obtenu.

En Angleterre, la dernière statistique du Board ofTrade donne pour la période de 1896 à 1901 (six ans) la proportion suivante en ce qui concerne le nombre des grévistes) : 29 p. 0/0 réussites complètes, 31,10 p. 0/0 réussites partielles, 38,30 p. 0/0 échecs, 1,60 p. 0/0 résultats non connus.

(1) Il est facile de produire un effet terrifiant en totalisant les pertes

tique. Dans une instructive petite brochure publiée il y a déjà cinq ans, Les Grèves et la Conciliation^ M. Arthur Fontaine avait montré l'inexactitude des calculs fait si souvent en vue de démontrer que la valeur des journées perdues par la grève dépasse souvent le montant des suppléments de salaire obtenus. Mais la Statistique des grèves par l'Office du travail donne un tableau très intéressant de ce compte de profits et pertes (i). Nous le résumons en séparant, pour plus de clarté, les grévistes en deux catégories : ceux qui ont réussi en tout ou en partie et ceux qui ont échoué.

Les premiers étaient au nombre de 113.574. Ils ont dû sacrifier en ^tout 1.467.643 journées de travail qui représentaient 6.322.954 francs de salaires, soit une perte de 55 fr. 60 en moyenne par ouvrier.

Mais, en revanche, ils ont obtenu un accroissement total de salaire de 14.792.164 francs, soit un gain de 0 fr. 43 par jour ou 132 francs par an en moyenne par ouvrier. Ils ont donc fait une excellente affaire, car non seulement ils ont récupéré leurs per-

direcles ou indirectes qui résultent des grèves. Ainsi, pour la périodi^. de 20 années, de 1881 à 1900, le Département du Travail de Washington évalue les pertes à plus de 2 milliards francs, ainsi réparties :

Pertes des ouvriers en salaires 1.336 millions francs.

Subsides alloués par syndicats 84 —

l'ertes des patrons 637 —

Total 2 057 —

(1) Ce tableau ne comprend que 508 grèves, quoiqu'il y en ait eu 654 qui aient porté sur des questions de salaires : pour les autres les chiiîres faisaient défaut. Mais cela ne peut modifier les conclusions, car les grèves omises étaient précisément celles qui comptaient le plus de réussites : 82 p. 0/0.

tes en moins de six mois, mais de plus chacun d'eux se trouve, moyennant un sacrifice, une fois fait de 00 francs, avoir gagné un supplément de revenu de 132 francs. Il se trouve dans la situation d'un capitaliste qui aurait placé son argent à 235 p. 0/0... pourvu toutefois que cette majoration de salaire dût être permanente. Certes! ce n'est point sûr, mais il suffirait qu'elle durât quelques années pour que l'opération fût encore lucrative.

Il est vrai que d'autre part il y a eu 39.710 grévistes qui ont sacrifié 759.000 journées, représentant pour eux 3.198.000 francs de salaires, et qui n'ont rien obtenu du tout. Ceux-là assurément sont d'aut int plus à plaindre que ce sont ceux qui ont le plus longtempschômé et par conséquent le plus souffert (M. Mais enfin si on les solidarise tous, heureux et malheureux, dans une statistique commune, comme le fait le tableau que nous analysons, nous voyons que tout de mê[ne il reste pour l'ensemble des grévistes un gain net de 5.271.000 francs (2). Et à ce gain-là, pour la classe ouvrière, il faudrait ajouter tout celui, invisible et impossible à calculer, qui se fait par ricochet, car toute hausse du salaire obtenue dans une industrie tend à se généraliser dans toutes les

(l) En eiïet, lu moyenne des journées de chômages est de 13 jours seulement pour ceux qui ont réussi, de 20 jours pour ceux qui ont éciioué.

* (2) Les cliiffres donnés dans la Statistique des grèves pour I903,sont un peu moins favorables. Si l'on ne tient compte que des grévistes ayant ivussi en tout ou en partie, on voit que chacun d'eux en moyenne a

crifié 64 francs pour obtenir une augmentation de salaires annuelle i .• 103 francs. Si l'on fait entrer en compte ceux qui ont échoué, alors on voit qu'il a été sacrifié en tout 2 113.222 francs pour obtenir un supplément de salaire annuel de 2.297.447 francs. Ce serait encore une assez bonne opération si cette majoration de salaire devait être permanente.

autres par la loi physique des vases communiquants. Dans le même opuscule, M. Fontaine faisait remarquer que ces chômages dus à la grève, et qui font tant d'effet dans les journaux, ne représentent en réalité qu'une fraction bien minuscule non seulement du nombre total des journées de travail en France, mais même du nombre de journées de chômage involontaire dues à la maladie ou au manque de travail (i):

Pour conclure en ce qui concerne ce premier facteur, l'efficacité des associations professionnelles n'est plus guère aujourd'hui contestée. En tout cas l'opinion des intéressés eux-mêmes, qui a bien quelque poids dans la question, est tout à fait catégorique, et le développement des syndicats dans le monde entier prouve assez qu'il s'agit d'une foi sincère.

Dans les rapports envoyés par les Offices du travail des Etats-Unis figuraient les résultats d'une enquête faite en 1894 dans l'État de New- York. C'était un questionnaire adressé aux Trade Unions : « Votre Union a-t-elle obtenu des augmentations de salaires » ? Sur 638, il y a eu 402 oui. — « Votre Union a-t-elle obtenu une réduction des heures de travail »? Sur 657, il y a eu 404 oui. — « Votre Union

(1) Le nombre des ouvriers de l'industrie et du commerce est de 3.820.000, ce qui, à 300 jours par an, représente plus de 1 milliard de journées. Les 2.225.000 journées perdues par les grèves de 1900 représentent donc seulement 2 p. 1.000, soit deux tiers de journée par ouvrier et par an, infiniment moins que le chômage du lundi !

En Angleterre le nombre de journées perdues par suite de grèves en 1903 a été de 2.238.000 ce qui, sur un total de journées de travail évalué à près de 3 milliards, ne représente en moyenne que 1/4 de journée par ouvrier.

a-t-elle amélioré les conditions générales d'exercice de la profession »? Sur 695, il y a eu 622 oui.

Est-ce à dire maintenant que l'association professionnelle, comme l'affirment des penseurs appartenant d'ailleurs aux écoles les plus diverses et même les plus opposées (i), contienne en puissance la solution de toute la question sociale et que son développement suffise à tous les besoins de l'avenir? Nous ne le croyons pas du tout. Nous croyons au contraire que le syndicat ouvrier est limité dans son développement par une double infériorité — j'allais presque dire par une double infirmité congénitale.

D'abord il est une association f)rofessionnelle et parla même ne représente qu'un intérêt particulier, accidentel. Et les syndicats auraient beau s'élargir jusqu'à embrasser tous les ouvriers de tous pays et devenir ainsi la vraie Internationale, qu'ils ne représenteraient encore qu'un intérêt corporatif, nécessairement inférieur et peut-être antagoniste à l'intérêt général. Les sociétés de consommation en Angleterre se plaignent parfois de voir les produits qu'elles consomment et les maisons qu'elles font bâtir pour leurs membres renchérir par les exigences des Trade Unions. Les syndicats et fédérations ouvrières sont des sortes de Trusts. 11 faut organiser en face d'eux les associations de consommateurs. La profession n'est pas et ne doit pas devenir le centre de la vie individuelle ni de la vie sociale.

De plus le syndicat n'est créé, conformément à sa

(1) Voir d'un côté Sorel, V avenir socialiste des syndicats; DuRCKHEiM, La division du travail, etde l'autre les publications de l'école sociale catholique.

définition légale, que « pour la défense des inlérêts professionnels ». 11 ne peut faire aucune entreprise industrielle ou commerciale, ou s'il entre dans cette voie, comme un récent projet de loi l'y convie, ce sera en perdant ces caractères et les chefs des syndicats en ont si bien conscience qu'ils protestent contre cette transformation. Instrument de lutte fait uniquement pouruncertain régime économique, il nesauraitsurvivreàce régime. Association de salariés, il ne peut abolir le salariat, ni même le transformer, sans se suicider. Si l'ordre économique actuel doit être changé il ne pourra l'être que par des formes d'association qui seront constructives, coopératives, et engloberont à la fois les consommateurs et les producteurs.

§ 3. — L'accroissement des salaires par l'action des patrons.

Les patrons ont aussi des associations professionnelles. I

Mais d'abord les syndicats patronaux sont moins '\

nombreux que les syndicats ouvriers 2.382 au lieu de !

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