‹ Économie socialeChapitre 16 sur 47 · III. — La santé · texte numérisé non relu

III. — La santé

En tant que règle pratique, l'Hygiène sociale est la plus vieille des branches de l'Économie sociale, puisqu'elle occupait une place importante déjà dans les lois de Moïse et les prescriptions des religions antiques et qu'on nous rapporte qu'Auguste avait fait élever trois statues, à la Paix, à la Concorde, à la Santé publique— mais en tant que corps de doctrine, elle est la plus nouvelle. Aussi est-elle la plus ambitieuse. a L'hygiène, dit un spécialiste (l), c'est l'étude de toutes les conditions qui assurent la prospérité de l'individu et de l'espèce, qui les améliorent moralement et physiquement, en un mot qui favorisent et activent l'évolution ». A ce compte elle absorberait toute l'Économie sociale et même toute la science sociale, y compris la morale. Nous en donnerons une définition plus limitée en disant qu'elle est l'ensemble des mesures préventives en vue d'abaisser le taux de la morbidité et de la mortalité (2). Et par là nous lui conférons un privilège que toutes les autres branches de la science sociale peuvent lui envier, c'est que ses résultats peuvent être contrôlés et mesurés par une

l'Etat un crédit de 6 millions de marks à cette fin. De même en Saxe. Les fonds énormes capitalisés dans les caisses d'assurance ouvrières, sont employés en partie, sous forme de prêts, à cette fin, notamment dans le Hanovre.

(1) Proust, Traité d'hygiène.

(2) Mais c'est là la définition de la médecine, dira-t-on? Remarquez que nous ne parlons que des mesures « préventives ». Il ne s'agit donc point de la thérapeutique. L'hygiène ne comprend pas les hospices et hôpitaux il moins que, comme lessanatoriums pour tuberculeux, ceux-ci aient pour but moins de guérir les malades que de les empêcher de contaminer la société.

212 ÉCONOMIK SOCIALE.

simple opération d'arithmétique, une soustraction : — il suffit de comparer le taux de mortalité avant eXaprcs.

Telle quelle, cette définition embrasse encore un champ très vaste, et il ne faudrait pas le juger par l'Exposition de 1900 où la Section d'Hygiène ne comprenait guère que des échantillons d'eaux minérales et thermales et des modèles de filtres, baignoires, lavabos et waterclosets. Nous le subdiviserons en quatre parties : — 1° mesures de propreté (dans la maison, dans l'atelier, dans la cité); — 2° lutte contre les maladies épidémiques ou contagieuses; — 3° contrôle des denrées alimentaires; — 4° protection des nourrissons et enfants en bas âge [^).

L'Hygiène sociale ne doit pas être confondue avec l'Assistance, quoiqu'en France « la Direction de l'assistance et de l'hygiène publiques », instituée par un décret du l''' janvier 1889 auprès du ministère de l'Intérieur, réunisse, comme son titre l'indique, ces deux branches de l'Économie sociale. En effet, il est naturel que ce soit pour les plus pauvres que l'hygiène laisse le plus à désirer, mais il ne faut pas oublier que le mobile de Tassistance, la charité, n'est pas précisément celui de l'hygiène. Si celle-ci s'occupe des pauvres, c'est dans l'intérêt de tous, et aussi bien de ceux qui ne le sont point.

¥ (l) En 190i a été fondée sous la présidence de M. Casimir Périer, V Alliance d'Hygiène sociale qui s'est donné pour mission de coordonner les efforts dispersés déjà faits pour améliorer ]es conditions d'Iiygiène : notamment de fédérer Jes Sociétés de lutte contre la tuberculose, contre la mortalité infantile, et contre l'alcoolisme, celle pour la construction des logements à bon marché et enfin les Sociétés de secours mutuels. Ce vaste champ dépasse le domaine propre de l'hygiène sociale. On pourrait à aussi juste titre y faire rentrer les Ligues pour l'observation du dimanche.

§ 1". — L'hygiène consiste avant tout à assurer la propreté, c'est-à-dire à éliminer toutes les matières qui ne sont pas à leur place (i) et qui par celte raison, sont encombrantes ou même dangereuses.

11 y a d'abord la propreté individuelle. Il est vrai qu'entant qu'elle reste « individuelle» elle ne rentre pas dans l'Économie « sociale » .Mais elle y prend place sitôt qu'il est pourvu à ce besoin par des institutions collectives, par exemple par la création de bains et douches, ou de lavoirs et buanderies publics.

Nos villes modernes, malgré toutes nos prétentions en fait d'antisepsie, sont très inférieures en cela non seulement aux cités de l'antiquité, mais même aux villes du Moyen âge et à celles de l'Orient, qu'on dépeint comme les asiles de la saleté. Celles-là avaient des étuves, celles-ci ont des bains chauds à profusion, tandis que dans tes nôtres les bains publics sont rares et beaucoup trop chers pour que le peuple puisse en user. En Angleterre, une loi du 26 avril 1846 a autorisé les municipalités à s'imposer extraordinairement pour procurer aux pauvres des bains à 1 ou 2 pence, et elle a été suivie d'effet. Mais, en France, c'est l'association privée qui a dû donner l'exemple en créant ces établissements {-). C'est « l'Œuvre des bains et douches à bon marché », fondée à Bordeaux en

(1) Qu'appelle-t-on une chose sale ?Toul simplement celle qui n'est pas à sa place. La terre n'est pas sale quand on la laboure ; mais elle Test quand elle se trouve sur des bottines ou sur un chapeau, alors on dit qu'ils sont « sales » et qu'il faut les brosser.

(2) Cependant on voyait déjà à l'Exposition de 1889, une institution de bains à bon marché du Havre, mais le prix était de 0 fr. 40, c'était trop ehef. C'est à partir de 1890 qu'aux États-Unis cette institution a pris un développement considérable et est devenue municipale dans la plupart des grandes villes.

1892, puis h Paris en 1898. La douche est généralement aujourd'hui préférée au bain : elle lave mieux, elle est beaucoup plus prompte, elle consomme moins d'eau et par là coûte beaucoup moins. Aussi a-t-on pu abaisser le prix h 0 fr. 15 pour Bordeaux et 0 fr. 20 pour Paris, savon compris. Le succès a été complet : 340 douches par jour à Bordeaux (1). f< Il n'y a, dit le rapport, que les gens voués aux métiers sales qui n'y vont pas, ce qui prouve que le manque constant de propreté enraye le désir de se la procurer ». — Observation spirituelle et profonde dont la portée dépasse de beaucoup notre sujet.

Il y a aussi la propreté de la maison. C'est même un des chapitres les plus importants de l'hygiène que celui des logements insalubres, mais nous nous bornerons à renvoyer au chapitre précédent. Nous avons vu que les patrons, les associations libres et les municipalités y travaillent chacun de son côté. Les municipalités anglaises sont armées de pouvoirs draconiens : elles peuvent être saisies soit par les conseils de santé institués à cet effet, soit par de simples dénonciations privées, et leurs injonctions sont sanctionnées par des astreintes de 12 fr. 50 par jour de retard et, s'il le faut, parla prison. Ces mesures coercitives ont stimulé l'initialive individuelle et ont fait naître en Angleterre une forme curieuse et éminemment morale d'association : des associations de propriétaires pour s'occuper de la salubrité des maisons qu'ils possèdent eux-mêmes et se signaler mutuellement leurs vices et les moyens de les guérir.

■¥ (1) Mais en 1903 le chiffre est de 525 par jour. Une œuvre semblable a été créée à La Rochelle en 1902

Il y a aussi la propreté de la fabrique. Nous n'y \

insisterons pas noQ plus puisque nous avons parlé |

longuement déjà dans le livre sur le Travail, des i

magnifiques progrès réalisés dans ce domaine (voir \

p. 105) et nous aurons l'occasion de voir dans le livre '

suivant une autre face de l'hygiène de Tatelier, les i

mesures de préservation contre les accidents. Natu- ^

rellement c'est aux. patrons qu'incombe en premier l

lieu l'hygiène de la fabrique. Cependant l'Etat, par ;

ses prescriptions législatives et par ses inspecteurs, y j

prend une très grande part et qui va grandissant par \

tous pays. En France, plusieurs textes de loi, notam- j

ment la loi du 12 juin 1893 et de nombreuses circu- i

laires, règlent tout ce qui concerne la ventilation, ■

l'éclairage, les appareils de préservation contre les [

machines, la manutention des matières toxiques. Mais ]

l'association libre, elle-même, y a son rôle et nous en J

verrons quelques exemples dans le livre suivant. \

Il y a enfin la propreté de la Cité, de ce milieu plus ]

vaste dans lequel se trouvent contenus l'individu, la ?

maison, la fabrique, et dont l'hygiène par là-même i

embrasse et domine toutes les hvgiènes spéciales. Il \

faut travailler sans cesse à débarrasser ce milieu ur- ]

bain de tous les déchets, de tous les éléments homici- ;

des, de tous les cadavres aussi, que la vie y déverse i

chaque jour : installations d'égouts, cimetières, fours j

crématoires (pour- les vidanges et pour les cadavres), j

problèmes encore mal résolus pour toutes les gran- J

des villes du monde, mais dont la solution est plutôt ^

de la compétence de l'ingénieur sanitaire que de I

celle de l'économiste. 11 faut citer aussi comme \

fruits de l'initiative individuelle ces admirables ^

sociétés anglaises, fondées sous l'inspiration de Ruskin, qui se donnent pour tache, les unes d'empêcher la propriété privée d'accaparer ce qui reste encore de terre libre [The Gommons préservation Society)^ les autres d'empêcher les usines de souiller les cours d'eau, d'autres encore de créer dans les villes des parcs ou des squares, et qui toutes luttent vaillamment et efficacement pour conserver aux hommes ce qui fait la santé et la joie, les eaux pures, les arbres, l'air et le soleil (^).

Le service des eaux et celui des égouts, c'est-àdire l'adductionde l'eau pure et l'évacuation des eaux sales — ces deux catégories de travaux qui déjà, au dire de Denys d'Halicarnasse, manifestaient avant tout la grandeur de l'empire romain — constituent encore aujourd'hui, et de plus en plus, le fonds de l'hygiène urbaine. Mais, comme nous allons le voir, sur ce tronc beaucoup d'autres attributions sont venues se greffer.

§ 2. — La chasse aux microbes et la lutte contre les maladies contagieuses est aussi une des formes de la propreté. Il est établi aujourd'huiquec'estlapollution de l'eau potable par les bacilles typhiques, généralement provenant des matières fécales, qui donne la fièvre typhoïde, et c'est la suspension dans l'air que nous respirons des bacilles de la tuberculose, provenantgénéralementdescrachats desséchés, qui propage la phtisie, c'est-à-dire que dans les deux cas, et de

■¥■ (1) Il faut citer ici VŒuvre des Fenêtres fleuries fondée en 1903 pour donner au pauvre ménage des faubourgs ouvriers le jardin lilliputien et à domicile.

même dans beaucoup d'autres, l'homme est empoisonné par les excrétions de ses semblables dont on n'a pas su débarrasser le milieu.

Toutes ces maladies pourraient donc être évitées. Entre toutes c'est la tuberculose qui préoccupe le plus l'opinion publique. Celle terrible maladie qui, dans les grandes villes, accapare à elle seule la moitié des décès et choisit ses victimes dans la force de Vk^e (entre 30 et 40 ans) est une mdi\'dd\e sociale au premier chef, encesens qu'elle tient à des causes sociales, dont les deux principales sont le logement surpeuplé, que nous avons déjà vu, et l'alcoolisme, que nous allons voir tout à l'heure, et quelques autres encore — l'insuffisance d'alimentation, le surmenage dans le travail ou le travail fait dans des conditions insalubres, la prostitution ('), — qui pourraient être supprimées ou atténuées. Partout où l'on s'est mis à l'œuvre avec vigueur, la tuberculose a reculé. Le plus admirable exemple qu'on puisse citer est celui de l'Angleterre qui, autrefois, était considérée comme la terre natale des phtisiques et qui pourtant, en un demi-siècle, a réussi à abaisser la mortalité de ce chef de près de moitié, et cela presque uniquement grâce à la destruction des maisons insalubres, ordonnée par les municipalités, et à la pratique de la tempérance, enseignée par l'association Pendant ce temps en France, où ces deux facteurs n'agissent que faible-

(1) Toutes ces causes réunies font varier le taux de la mortilité par la tuberculose de 10 à 104 pour 10.000 habitants quand on passe des quartiers de Monlrouge ou de Clignancourt à celui des Champs- lysées. Dans ceux-là l'homme a donc dix fois plus de chances dedevenir tuberculeux que dans celui-ci.

G. — Éc. 13

ment, la mortalité par la tuberculose augmentait el dépasse de beaucoup non seulement le taux actuel de l'Angleterre mais celui d'il y a cinquante ans! î^).

Comme instrun>ent dans cette lutte, on parle beaucoup aujourd'hui des sanatoriums. Les modèles en relief et photographies exposés par l'Allemagne étaient une des curiosités de l'Exposition d'Économie sociale et ont fortement contribué à faire connaître cette institution parmi nous, où on commence à l'imiter. On sait que, pour l'Allemagne, le rapide développement de ces sanatoriums tient à une cause spéciale : ce sont les caisses officielles d'assurance contre la maladie et l'invalidité, dont nous parlerons dans le chapitre suivant^ qui ont propagé et subventionné ces institutions. Elles l'ont fait parce qu'une énorme partie de leurs ressources se trouvant absorbée par les indemnités et pensions àservir aux ouvriers tuberculeux, elles ont pensé qu'il serait plus économique de chercher à les guérir. Dans un rapport au Congrès de Stuttgard, en 1895, le directeur d'une de ces caisses d'assurances, le D'' Gebhardt, faisait le compte que si un traitement de trois mois dans un sanatorium pouvait retarder de trois ans la mort ou l'invalidité du tuberculeux, les caisses d'assurance y gagneraient, car la dépense pour trois mois de traitement, à 2fr. 50

(1) Eq Angleterre, de 1851 à 1860, on comptait 2.679 morts de phtisie par million d'habitants, et en 1900 moins de 1.400 (58.000 en tout) (Voir la brochure la Défense sociale contre La tuberculose, par le Dr Roux).

En France on compte 150.000 décès par la tuberculose arnuellement ce qui représente 3.846 décès par million d'habitants. Il y en a 10.688 rien que pour Paris (en 1901), ce qui représente 4.250 par million d'habitants. Il n'y en a eu que 7.734 à Londres, soit 1.7C0 par million.

CONFORT. 219 i

par jour^i), ne serait que de 225 francs, tandis que ] l'économie de trois ans de pension, à raison de 300 j francs environ par an, serait de 900 frants. Et, même i n'y eàt-il qu'un tuberculeux sur trois pour qui l'expé- j rience réussît, qu'il y aurait encore économie. ?

C'est en 1895 que fut créé le premier, celui de Gra- i bowsee. Depuis lors, on en a créé une quarantaine J qui peuvent recevoir 20.000 ouvriers. On sait que la J cure dans ces établissements consiste seulement dans 1 la vie au plein air, la suralimentation, la propreté la j plus méticuleuse, surtout en ce qui concerne les ex- i pectorations. Mais elle est assez coûteuse. Le prix de 1 la journée ne peut descendre au-dessous de 3 fr. 50. l A cela il faut ajouter l'intérêt et l'amortissement du j capital engagé qui ne peut guère représenter moins J de 6.000 francs partit (2), ce qui fait à peu près 1 franc : par jour (240 francs d'intérêt à 4 p. 0/0, plus 120 \ francs d'amortissement à 2 p. 0/0). Et enfin il est dif- | ficile de déterminer un ouvrier à s'installer dans un j sanatorium et, en tout cas, à lui procurer le repos j d'esprit nécessaire, si pendant ce temps sa famille ," meurt de faim. 11 faut donc encore ajouter une in- j demnité de chômage pour la famille, disons 1 fr. 50 | comme dans les sociétés de secours mutuels. Total : ^ 6 francs par jour. Qui les paiera? En Allemagne, les |

(1) Le prix est beaucoup plus élevé, comme nous allons le dire, mais j

dans ce calcul on suppose, ce qui est le cas, en effet, que la Caisse d'as- l

surances ne payera que la moitié dd traitement. ;

-K (2) Dans le sanatorium d'Angicourt, qui a été construit en 1900 par '\

l'Assistance publique de Paris, le prix de revient du lit est de 8.800 :

francs et la dépense est environ 8 francs par jour et par lit! Comme la l

guérison complète est rare et qu'elle exige deux ou trois ans de séjour, on |

peut dire que chaque tuberculeux guéri représente au moins 30.000 francs J de dépenses.

220 ÉCONOxMIE SOCIALE.

caisses d'assurances disposent de milliards; encore généralement n'en paient-elles qu'une parlie. En France, les sociétés de secours mutuels sont trop pauvres pour assumer une telle charge (^). En Belgique, les pouvoirs publics paraissent disposés à se charger des frais de construction; du moins c'est ce que vient de faire le Conseil de la province de Liège.

Mais les résultais obtenus par ces sanatoriums valent-ils tant de sacrilices? Ce n'est pas absolument démontré. Le rapport officiel de l'Office impérial d'assurances, rédigé pour l'Exposition par le docteur Bielefeldt, constatait que sur 3.290 tuberculeux soignés en 1897, et considérés comme guéris, il n'en restait plus, au bout de deux ans, en. 1899, que 671^ soit un cinquième environ, encore capables de gagner leur vie (2'. L'opération n'apparaît donc pas si brillante, ni au point de vue médical, ni même au point de vue financier, qu'on l'espérait.

Il semble qu'on puisse recourir avec avantage à des procédés plus économiques et peut-être plus efficaces : — d'abord et surtout, comme en Angleterre,

(1) On estime le nombre des tuberculeux en France à 400.000, dont la p'upart sont de la c'asse pauvre, par les causes déjà indiquées. N'en comptons que oOO.OOO à soigner, et supposoBs que 100 000 lits suffisent, chacun devant être occupé par 3 malades se succédant dans l'année : la construction coûterait 600 millions de francs, l'entretien annuel (prix de pension, intérêt et amortissement du capital) 164 millions.

(2) Une statistique plus récente du sanatorium de Gœbersdorf confirme ces chiffres.

En 1900, il ne reste plus que 24 p. 0/0 des malades soignés en 1896 et 22 p. 0/0 de ceux soignés en 1895 qui soient capables de travailler normalement (Voir l'opuscule de M. Roux déjà cité).

Et encore faut-il remarquer que ces sanatoriums ne reçoivent pas les tuberculeux gravement atteints.

la suppression des maisons insalubres et l'enseigne- ] ment des habitudes de propreté; — puis aussi le ^ système qu'on commence à essayer en Belgique et à ^ Lille, par les soins du docteur Calmette, le dispensaire i pour rechercher, surveiller, conseiller les ouvriers \ tuberculeux, et l'administration de secours à domi- j cile ou l'envoi en pension dans des fermes à la cam- ] pagne pour ceux qui ne sont qu'au début de la ma- j ladie. i

On sait que contre certaines maladies contagieu- ] ses la préservation s'opère d'une façon toute différente, j non plus par des mesures antiseptiques, mais par une 1 voie en quelque sorte inverse, par vaccination, c'est- .] à-dire en introduisant préventivement dans l'orga- ] nisme le poison atténué, cultivé. La découverte de \ Pasteur et la création dans divers pays des instituts \ sérolhérapiques, dont plusieurs figuraient à l'Exposi- ; tion, à l'instar de celui de Paris qui porte le nom de \ son illustre fondateur, ont donné un intérêt nouveau ■; à cette forme de l'hygiène sociale. Cependant la vac- \ cination contre la rage ou la diphtérie sont encore | du domaine de la médecine plutôt que de celui de \ l'hygiène sociale, tandis que la vaccination contre la \ variole y a pris une très grande place. Elle est obliga- '\ toire dans plusieurs pays, notamment en Allemagne \ et même en Angleterre, où elle a soulevé toutefois \ une opposition qui ne paraît pas près de désarmer ; malgré les résultats éloquents de la statistique iO. i

(1) En Angleterre, la mortalité par la variole, qui était, au commence- \

ment du siècle, de 30 pour 10.000 habitants, s'est abaissée d'abord des neuf \

dixièmes par l'action des sociétés libres pour la propagande de la vac- 1

cination, mais e'Ie était encore de 3 pour 10.000 en 1853, quand elle a s

En France, elle n'esl obligatoire que dans certains cas spéciaux, pour entrer dans les écoles du Gouvernement, pour le service militaire, etc. -Cependant de nombreux instituts de vaccination sont établis un peu partout gratuitement.

Enfin il y a la lutte contre les maladies épidémiques importées de l'étranger. Ce sont celles qui, sous les noms sinistres de peste ou de choléra, ont de tout temps le plus terrifié le public, quoique en réalité leurs méfaits soient peu de chose à côté de la familière tuberculose. On peut même dire que ces invasions redoutées ont sauvé beaucoup plus de personnes qu'elles n'en ont tuées, car c'est à elles que l'on doit l'éveil de l'opinion publique et les premières mesures d'hygiène sociale. Encore aujourd'hui, pour rassurer le public, on leur oppose les barrières le plus souvent inefficaces des quarantaines et des désinfections, mais on sait qu'il est à peu près impossible d'empêcher le microbe d'entrer et que le seul remède efficace est de l'empêcher de se développer et de se multiplier, en faisant de nos cités et de nos maisons des milieux salubres où c'est lui, le microbe, qui meurt! Un pays qui a su mettre en pratique l'hygiène sociale n'a plus besoin de se défendre contre la contamination de l'étranger.

Dans cette lutte admirable contre les maladies

été décrétée obligatoire; elle n'est plus aujourd'hui que de 1.56 pour 10.000.

En Allemagne aussi la loi de 1874 a rendu la vaccination obligatoire. Un tableau statistique montrait la mortalité par variole tombant de 26 pour lO.Oœ habitants en 1872 à 0,002 en 1897. La mort par la variole est devenue un phénomène. A Berlin, en 1891, il y a eu 3 morts par la variole; à Paris, la même année, 82!

conlap^ieuses, il est cependant un cas particulier dans lequel riiygiène sociale nous paraît avoir fait fausse voie: c'est dans la lu lie contre la propagation des maladies vénériennes. Ici l'iiygiène sociale a atjouki à ce résultat monstrueux de suspendre tous les droits inscrits dans nos lois, de frapper d'arrestation et de séquestration arbitraire, de condamner à une sorte d'emprisonnement perpétuel dans des maisons de tolérance, de soumettre à des traitements avilissants et à un viol hebdomadaire et officiel, sous forme de visite sanitaire, quelques centaines de mille pauvres femmes ou plutôt femmes pauvres. Hien n'est moins prouvé que Pefficacité de ces mesures au point de vue de la diminution des maladies vénériennes; fût-elle constatée d'ailleurs qu'elle n^excuserait rien. En tout cas si on déclare de telles mesures indispensables, îî n'y a aucune bonne raison pour ne pas les imposer d'abord à ceux dans l'intérêt de qui elles ont été édictées, c'est-à-dire aux hommes. Assurément la contamination peut se faire aussi bien par le mâle que par la "femelle. Il n'y a pas d'inégalité de sexe& devant l'hygiène, surtout devant l'hygiène sexuelle. . De vaillantes sociétés, sous la bannière de M""" Joséphine Butler, luttentcontre la réglementation de la prostitution et ont obtenu son abolition, d'abord en Angleterre et dans plusieurs autres pays. La Ligue française de la moralité publique qui fait la même campagne n'a pas obtenu les mêmes succès (^). Les

M (t) Cependant la Commission extra-parlementaire du régime des mœurs, instituée en 1904, a voté Taboiltion ou tout au moins la transformation radicale de la police des mœurs, mais ces votes ne sont encore que des vœux.

deux congrès féminisles réunis à l'occasion de l'Exposition, celui des Droits de la femme et celui des Œuvres féministes, ont volé l'un et l'aulre, sans discussion, l'abolition de toutes les mesures qui, sous prétexte de santé publique, assimilent la femme à une sorte do vase contaminé.

§3. — Les villes n'ont passeulementà se débarrasser des matières usées qui sortent de la circulation; elles ont aussi à surveiller celles qui y entrent pour être consommées. Or si, en ce qui concerne l'eau, tout le monde, y compris ceux qui ne sont nullement socialistes d'État, est d'accord pour reconnaître que c'est le premier devoir des municipalités de veiller àce qu'elle soi l fournie en quanti té su rtîsan te et d'une qualité irréprochable et même presque toujours à la fournir ellesmêmes, l'opinion n'est pas si unanime en ce qui concerne les aliments, et les économistes libéraux protestent encore très vivement contre les mesures d'inspection des marchés et contre les laboratoires municipaux.

Nonobstant on n'a pas hésité dans tous les pays à soumettre à l'inspection les abattoirs et le bétail importé (il est vrai qu'ici les préoccupations protectionnistes prédominent souvent sur celles de l'hygiène) et à interdire la vente des viandes provenant d'animaux malades. Dès 1875 en Angleterre, la loi du 11 août prohibait la vente non seulement de la viande, mais de toutes denrées falsifiées, et dans presque tous les pays il en estde même(i). Partout aussi on crée des

(1) En France, il n'y a pas de loi générale sur les denrées alimenUiires, mais des lois spéciales pour certaines denrées, la viande, le vin, la margarine, la saccharine, etc.

Mais un projet de loi sur « la répression des fraudes dans la vente

laboratoires municipaux pour renseigner le consommateur sur ce qu'il consomme, sans respect pour la maxime classique que le consommateur est toujours le meilleur juge de ses intérêts. La question du lait est en ce moment à Tordre du jour, et on ne voit pas en eiïet pourquoi, s'il est du devoir des villes de veiller à la salubrité de l'eau potable, il ne rentrerait pas aussi bien dans leurs attributions de veiller à la salubrité du lait, puisque la falsification de celle boisson est une des causes de la mortalité infantile, et qu'on ne saurait dire ici de cette catégorie de consommateurs au biberon « qu'ils sont les meilleurs juges de leurs intérêts ! ))(^)

Mais ce n'est pas seulement contre les causes d'empoisonnement involontaire que l'hygiène sociale doit défendre le consommateur, c'est aussi contre les empoisonnements volontaires. Sans doute la protestation sera ici bien plus énergique, car une telle entreprise peut impliquer certains empiétements graves sur la liberté individuelle; mais on peut d'abord procéder par la persuasion et la propagande, comme le font par exemple les deux Ligues contre le tabac (l'une contre l'abus du tabac et l'aulre, plus radicale, contre riisage du tabac), qui avaient exposé leurs brochures antitabaciques. Le jury de l'Exposition, estimant que dans ce cas l'empoisonnement n'est pas démontré et qu'en tout cas le péril pour la santé publique n'est pas

des mai'chandises et des falsifications de denrées a'imentaires et des produits agricoles », quoique déjà voté, fait encore la navette entre le Sénat et la Chambre des députés,

(l) Aussi, plusiears villes en Angleterre non seulement contrôlent le lait, mais le fournissent à leurs habitants stérilisé et au prix de revient, ar exemple la ville de Sainte-Hélène.

bien grave, n'a accordé cju'une simple mention honorable à la première.

Les sociétés végétarie7ines croient qiie l'habitude de se nourrir de chair morte, de morceaux de cadavre, est aussi une façon sûre de s'empoisonner. Elles sont plus ou moins restrictives,, les unes se contentant d'exclure la chair des animaux tués, les autres même les produits animaux tels que le lait, le beurre, les œufs ou le miel, et enfin quelques-unes même n'admettent que les fruits, comme pour le premier homme dans le Jardin d'Eden.

Autrement grave et autrement démontré au point de vue social est l'empoisonnement par l'alcool. La lutte contre l'alcoolisme constitue assurément un des départements les plus importants de l'hygiène sociale.

Sans doute l'alcoolisme, tant par ses causes que par ses effets, relève autant de la morale que de la simple hygiène; mais cependant il ne faut pas oublier que l'alcoolisme est au premier chef un acte de consommation matérielle et implique une détérioration physique dont le désordre moral n'est que la conséquence. C'est donc ici qu'il convient de parler des efforts si variés faits par tout pays pour enrayer la consommation de l'alcool. C'est ici que les trois grands facteurs sociaux dont nous avons parlé dans l'Introduction, l'association libre, le patronage, l'État, travaillent de concert, et on ne peut pas dire, tant s'en faut, que leurs efforts aient été vains.

Les plus beaux résultats obtenus dans la campagne anti-alcoolique sont dus, comme on le sait, au système si original de Gothembourg qui consiste à concéder aux sociétés de tempérance elles-mêmes l'exploitation de

débits de boissons, dans l'espoir qu'elles feraient de leur mieux pour dégoûter leurs clients de venir à leurs comptoirs, espoir qu'elles ont tenu à honneur de justifier. Cependant, dans le concert d'éloges que ce système a provoqué partout, il y a quelques voix discordantes quoique rares, et l'on a contesté l'authenticité des résultats donnés par les statistiques officielles, d'après lesquelles la consommation de l'alcool serait tombée, en Suède, de 23 litres (en 1829) à 3 litres, et, en Norvège, de 14 litres à un demi-litre. En Russie au contraire c'est l'Etat qui mène la campagne, c'est lui qui rectifie et qui vend l'alcooKt). Ce monopole est très ancien, puisqu'il aurait été institué il y a quatre siècles (en 1598), par le tsar Boris Godounoff; mais c'est en 1894 qu'il a été réorganisé sous sa forme actuelle. Cette institution rentre toul à fait dans ce chapitre, car elle a pour but (à la différence du monopole des tabacs en France) non d'accroître les revenus du fisc, mais de réduire la consommation de Talcool, de diminuer le nombre des cabarets, d'empêcher le moujik d'y passer tout son temps et de s'endetter pour boire. A cette fin, rElat s'est réservé le droit exclusif de fabriquer et de vendre l'eau-de vie. L^employé préposé au débit, n^ayant aucune part aux bénéfices, n'a pas d'intérêt à poussera la consommation; l'eau-de vie est vendue non au petit verre, mais en flacons cachetés qu'il est interdit de consommer sur place. 11 est vrai que rien n'empêche

(l) La plus grande^ partie de la section russe dans le Palais d'Économie sociale était occupée p:if les Comités de tempérance, et la Russie avait, de plus, auCliamp-de Mars tout un pavillon consacré au mono^pole de l'alcool par l'État.

Tacheteur d'aller le consommer chez le débitant d'en face ou même dans la rue, et il ne s'en fait pas faute.

Les « comités de tempérance >- ont été créés en Russie à la même date que le monopole, en 1894, en \ue de concourir au même but. Ce sont des comités semi-ofticiels subventionnés par l'Etat (chacun reçoit 50.000 roubles environ, 8 millions de francs au total) qui ont pour mission de détourner le peuple des cabarets en lui ouvrant des salles de thé, comme celle qui figurait dans le Palais d'Economie sociale, et aussi des salles de lecture, théâtres, etc., et même des maisons de santé pour les alcooliques.

Les résultats obtenus semblent très encourageants. D'après M. Skarzynski (i), le nombre des débits aurait diminué des six septièmes, le nombre d'arrestations pour ivrognerie dans la même proportion, et par contre les dépôts dans les caisses d'épargne et le rendement des impôts auraient augmenté. 11 est à remarquer cependant que le rapport rédigé par le docteur Pogogeff (2), pour le comité d'organisation, est très discret en ce qui concerne ces résullats : il n'en dit même rien du tout.

On sait que le monopole de l'alcool existe aussi en Suisse, mais beaucoup moins complet, car l'État (c'est la Confédération qui a le monopole, mais les bénéfices sont répartis entre les cantons) ne fait que la rectifîcalion et la vente en gros, et laisse la vente au détail aux débitants. On ne voit donc pas en quoi ce système pourrait servir à combattre l'alcoolisme, si la loi

(1) Lô progrès social à la fin du xix^ siècle.

(2) Uécoïwmie sociale à la Section russe.

n'obligeait les cantons, entre lesquels le bénéfice est réparti, à en réserver le dixième pour « combattre l'alcoolisme dans ses causes et dans ses effets ». Seulement celte clause est interprétée très librement, €t les cantons la considèrent volontiers comme suffisamment remplie pourvu qu'ils donnent à leurs bonis un emploi philanthropique quelconque (').

Dans les pays anglo-saxons et généralement dans les pays protestants, c'est l'association libre, la société de tempérance, très souvent avec un caractère religieux, qui joue le principal rôle, et mène avec ardeur, parfois avec furie, la campagne anti-alcoolique. Ces grandes sociétés étrangères étaient représentées à l'Exposition. D'abord « la Fédération internationale de la Croix-Bleue » dont le siège est à Genève oii elle a été fondée en 1877. Elle compte 30.000 adhérents dont la moitié en Suisse(2). Quoiqu'elle paraisse, à hous Français, bien rigoureuse, puisqu'elle prohibe non seulement toute boisson distillée, comme les eaux-de-vie et liqueurs, mais toute boisson fcrmentée, cependant elle Test beaucoup moins que d'autres sociétés de tempérance, notamment celle, plus ancienne et plus nombreuse, des «Bons Templiers» (fondée à New-York en 18o3). D'abord elle ne proscrit que la consommation mais non la production du vin ou de la bière. Incon-

(1) Dans le rapport sur l'Économie sociale en Suisse, M. Lecointe I

dit : « L'expérience prouve que le monopole de l'alcool ne peut |

réussir qu'à la condition de porter sur toutes les espèces d'alcool ^en ;;

Suisse, il ne porte que sur l'eau-de-vie de grains et de pommes de ]

terre) et sur toute vente au détail intégralement. S'il s'est produit une \

réduction dans le nombre des buveurs, c'est moins à la loi fédérale J

qu'aux sociétés d'abstinence qu'il faut l'attribuer. Le chiffre des cabarets ]

ainsi que la consommation des spiritueux n'ont pas diminué ». ]

* (2) En 1904, 42.000 membres, dont 18.000 en Suisse. ^

séquence ! dil-on. Non. L'abslinence lolale qu'elle prescrit à ses membres n'implique pas une condamnalion des boissons fermenlées, mais n'a d'autre but que de guérir Tivrogne ; or l'expérience prouve que cette guérison n'est possible que par l'abstinence totale et le meilleur moyen de l'y amener, pour ceux qui ont conscience de la gravité de ce mal chez autrui, c'est de prêcher d'exemple. De plus, elle n'exige pas de vœux perpétuels, mais se con lente d^engagements temporaires, voire d'un mois, ou même d'une quinzaine, et renouvelables à volonté, même pour ceux qui ont succombé. Ainsi les irrésolus ne sont pa& effrayés pour entrer, et ceux qui ont failli ont la ressource de recommencer.

Les résultats obtenus par ces sociétés sont cette fois incontestables et insontestés : la consommation des boissons alcooliques a diminué en Angleterre et aux Elats-Unisdansd'énormesproportions. En Angleterre on peut dire des absiinents ce que Terlullien disait des chrétiens des premiers siècles : ils sont partout. Même dans l'armée, il n'est guère de régiments qui ne compte une section d'abstinents.

Aux Etats-Unis, l'action de ces sociétés ne s'exerce pas simplement par voie de persuasion. Dans des villes, dans des États entiers, elles ont fait interdire légalement (par la local option) la consommation de boissons alcooliques, et il est des États sur les rails desquels les wagons-bars ne peuvent circuler qu'à la condition de mettre leurs bouteilles sous clé durant tout le temps qu'ils mettent à traverser leur territoire.

En France la campagne anti-alcoolique a été jusqu'à présent assez mollement soutenue par l'ojiinion

publique. Aussi tandis que dans tous les autres pa^s^ l'alcoolisme recule ou au moins reste stationuaire, la France était le seul pays où il gagnait rapidement du terrain. Alors qu'il y a vingt ans la France n'occupait qu'un des derniers rangs pour la consommation de Talcool, elle est en train maintenant de monter au premier ou peu s'en fautl^), et ce sont ces progrès de l'alcoolisme qui sont plus inquiétants que l'alcoolisme lui-même. Déjà, lors dé l'Exposition de 1889, le rapporteur de la section d'hygiène, M. Neunian, s'effrayait en constatant que la consommation de l'alcool était montée à 3 lit. 80 ; douze ans seulement sont passés et la voilà qui touche à 5 litres(2)! Deux cartogrammes exposés par la Ligue anti-alcoolique étaient particulièrement impressionnants. C'étaient deux cartes de France qui représentaient dans chaque département et à dix ans d'intervalle, l'une le nombre des cabarets par des taches noires, l'autre la quantité d'alcool consommé par des taches rouges, et c'était une chose effroyable, que de voir le progrès de cette lèpre hideuse. Des régions entières, comme le Sud-

(1) Elle est tout à fait au premier rang si l'on compte J'alcool contenu dans le vin, mais, si Ton ne tient compte que de l'eau-de-vie distillée, elle est distancée pnr la Hollande, la Belgique et le Danemark, et à égalité avec l'Allemagne.

(2) En 1855 il y avait en France 291.000 débits, soit 1 par 124 habitants. En 190:), il y en avait 470.000, soit 1 par 87 habitants.

En 1855 la consommation d'alcool par tète était inférieure à 2 litres : pour les trois dernières années du siècle 1898-1900 elle a été de 5 I, 08, 4 1.81, 4 1. 88.

Remarquez qu'il faut plus que doubler ces chiffres pour avoir la consommation en eaux-de-vie (qui ne titrent en moyenne que 40 à 50°) et ensuite le quadrupler si on déduit les femmes et les enfants. On arrive ainsi pour la population mâle adulte à une moyenne de 40 litres d'eaux- 'le-vie ou similaires, soit 1.600 petits verres par an!

Est de la France, hier encore saines, se trouvent aujourd'hui contaminées, particulièrement par l'absinihisme qui n'est pas la forme la moins dangereuse de l'alcoolisme.

L'État chez nous n'a rien fait du tout, sinon de recommander l'enseignement de l'anti-alcoolisme dans ] les écoles et dans les casernes. Il n'a pas osé s'attaquer à ces deux grandes armées — plus nombreuses comme effectifs que l'armée militaire et plus redou- j tables parce qu'elles volent, qui sont l'une les débi- ] tants de boisson, l'autre les bouilleurs de cru, — •en limitant pour les premiers le nombre des cabarets, en supprimant pour les seconds le privilège de produire et vendre l'eau-de-vie en contrebande.

L'association n'a pas donné non plus dans notre pays de grands résultats.

Cependant il existe en France, en dehors des sections françaises qui relèvent de la Croix- Bleue internationale, plusieurs Ligues nationales. La plus active est « l'Union française anti-alcoolique», fondée par M. le docteur et M""® Legrain, qui compte environ 40.000 membres répartis entre 600 sociétés locales. Elle prescrit l'abstinence de toute boisson distillée, mais admet a l'usage modéré » de boissons fermentées. La « Société française de tempérance ou Ligue nationale contre l'alcoolisme », fondée dès 1872, est plus large encore en ceci qu'elle n'exige aucun engagement de ses membres; elle borne son action à la propagande par la brochure ou la conférence ; aussi les résultats obtenus par elle ont été maigres.

Cependant ces efforts n'ont pas été perdus. Les dernières statistiques semblent indiquer, sinon un

rocul, du moins un temps d'arrêt dans les progrès de l'alcoolisme. Peut-être la grande baisse dans le prix du vin survenue depuis 1900 favorisera-t-elle cette diminution dans la consommation de l'alcool (i).

Les sociétés de consommation pourraient faire beaucoup pour Téducation anii-alcoolique. Elles le font en Belgique où presque toutes ont supprimé la vente des boissons alcooliques dans leurs magasins et buvettes (2). En France il n'y en a encore que trois ou quatre (appartenant comme en Belgique au groupe socialiste) qui soient entrées dans cette voie.

Les « restaurants de tempérance » doivent leur origine à la campagne anti-alcoolique. Ils sont très nombreux en Allemagne et en Suisse, et en France ils commencent seulement. Il y en a quelques-uns à Paris (3).

•¥ (1) Le maximum (5,08) paraît avoir été atteint en 1898; depuis lors il y a un certain fléchissement. En 1903 la moyenne est tombée à 3 lit. 80. Le nombre des débits a aussi légèrement diminué. 11 n'est plus en 1903 que de 463.967.

Mais il n'est pas sûr que celte diminution soit due à la campagne antialcoolique. Elle peut être due à la concurrence du vin stimslé par le bas prix. En 1901 le vin est tombé au prix de 0 fr. 20 le litre à Paris et en ce moment (1905) il n'est guère plus haut. Cependant il n'est pas aussi démontré que le croient les viticulteurs que le. vin soit un antidote de l'alcool. En tout cas le cidre n'a pas cette vertu car la Normandie est la région la plus alcoolisée de France.

Il est possible aussi que cette diminution soit fictive et due simplement à Taccroissement de la contrebande, provoquée elle même par la majoration des droits sur l'alcool qui en 1901 ont été élevés de 156 francs à 220 francs par hectolitre.

-¥ [2] Au congrès du Parti ouvrier belge tenu à Bruxelles en 1904 l'ordre du jour suivant a été voté :

« Le Congrès décide'tie maintenir l'interdiction absolue pour les coopératives socialistes de vendre de l'alcool.

« 11 déclare que les délégués des coopératives qui vendront encore de l'alcool l'an prochain ne pourront participer au prochain Congrès ».

M (3) Il faut citer surtout celui de la Source, boulevard Ledru-Rol-

Enfin on pourrait inscrire ici les « asiles pour buyeurs », c'est-à-dire le>s hôpitaux pour traiter spécialement les alcoolisés et empêcher, si possible, la récidive. L'Allemagne en avait exposé plusieurs, dont l'an, celui de Lintorf, fondé en 1851, a été le premier créé. Un de ces hôpitaux est fait pour les alcooliques riches, ce qui est assez intéressant. Il y en a plusieurs aussi en Suisse, et deux en France, aux environs de Paris, fondés, l'un par le D^'Legrain, l'autre par M. le pasteur Robin.

§ 4. — La protection des enfantsnouveau-néset celle des mères elles mêmes, dans la période de grossesse, d'accouchement et d'allaitement, rentre au premier chef dans la définition que nous avons donnée de l'hygiène sociale, car il n'y a pas d'âge oii la mortalilé soil plus forte que dans le premier âge. Ajoutons qu'elle prend une importance particulière dans un pays comme le nôtre où la natalité est plus faible que partout ailleurs, 011 ces petites vies sont d'autant plus précieuses qu'elles sont plus rares ^M.

On sait que cette mortalité tient surtout au fait que les femmes ouvrières, ne pouvant allaiter leurs enfants, les envoient en nourrice à la campagne; généralement la moitié, souvent les trois quarts, y moulin, fondé en i903 par M^o Legrain, Voir La Réforme du cabaret et les restaurants de tempérance, par M. et Mmo Legrain.

(1) En France, il n'y a guère plus de 800.000 naissances (contre plus de 1 million en Italie, plus de 1.200.000 en Angleterre, près de 2 millions en Allemagne) et, sur ce pauvre contingent, près de 150.000 meurent la première année! L'hygiène sociale permettrait d'en économiser un tiers et cela ferait plus que doubler notre excédent annuel. Et il y a aussi un chiffre grossissant de mort-nés (40 000) dont une partie pourrait être sauvée par une bonne hygiène des parents.

raient. Tout ce que le législateur et l'administration ont fait pour remédier à ce mal était exposé, parles soins du ministère de l'Intérieur, dans la classe de l'Assistance publique. On y voyait le portrait de M. Théophile Roussel, auteur de la loi du 23 décembre 1874 qui a organisé tout un système d'inspection, de contrôle et de pénalités, pour empêcher cesabus. 11 eût été bon de faire figurer à côté la courbe de la mortalité des enfants en nourrice pour constater l'effet produit. Malheureusement il eût fallu révéler un fait humiliant, c'est que la loi Roussel, que tout le monde s'accorde à louer, n'est que très imparfaitement appliquée (i). C'est le sort de bien des lois en France! Cependant la mortalité infantile a tout de même diminué parce que cette loi a eu du moins pour effet de réveiller l'opinion publique — et même des auteurs dramatiques ont coopéré à ce réveil — et parce que l'hygiène a fait des progrès jusque dans les campagnes.

Mais tous les enfants ne sont pas envoyés en nourrice, et précisément, l'institution des crèches (celle qui a ouvert le xix® siècle comme nous l'avons vu dans le tableau de la page 35) est là pour fournir aux mères les moyens de garder leur enfant sans interrompre leur travail. Elles sont aujourd'hui au nombre de plus de 400 en France et avaient exposé en grand nombre, les unes individuellement, les autres collectivement par « la Société des Crèches »,

(1) Cependant d'après les statistiques exposées par le ministre d& l'Intérieur, 150.000 enfants (en 1898) auraient bénéficié de la loi Roussel et la mortalité (calculée pour l'année entière) n'aurait été que de 17,5p. 0/0, quoique la mortalité normale (!) des enfants de la classe ouvrière à Paris soit de 35 à 40 p. 0/0. Donc la moitié environ aurait été sauvée.

fondée en 1844 par Firmin Marbeaii. Celte Société \\ exerce une sorte de patronage sur presque tous les ; établissements de ce nom en France et même sur \ quelques-uns à l'étranger. ;

On sait que dans ces établissements les enfants ; sont nourris soit par des nourrices, soit avec du lait i stérilisé, soit par la mère elle-même si elle en a le ] temps. En tout cas on exige que la mère les reprenne | le dimanche, car les crèches ont pour but de lui ] permettre de mieux remplir ses devoirs maternels et i non de l'en débarrasser. Elles tachent d'ailleurs de ] faire l'éducation de la mère en même temps que celle j de l'enfant et de lui donner des leçons de « puériculture ». Ces institutions ne sont pas gratuites, mais le prix, qui est généralement de 20 centimes par jour, ne suffît pas à couvrir les frais, en sorte que la charité intervient forcément. Peut-êlre est-ce pour cela que les femmes ouvrières ne les apprécient pas à leur juste valeur et que beaucoup de ces crèches sont loin d'être remplies (i). Pourtant le progrès accompli pouvait être apprécié en comparant, grâce à l'exposition rétrospective, ces installations reluisantes de propreté, dirigées par des nurses émérites, avec les hideux gardiennages d'autrefois où de vieilles femmes faisaient avaler aux enfants des drogues opiacées pour les assoupir ou les suspendaient à un clou planté dans le mur!

(1) Ainsi les 95 crèches de Pi ris et de sa banlieue comptent 8.381 places, ce qui permettrait 1.234.000 journées de présence par an. Or on ne comptait (en 1898) que 654.000 journées.

D'après le rapport du D^ Albrecbt sur « les OEuvres du salut social ^n Allemagne », elles ont encore moins de succès dans ce pays.

« La Société de l'allaileinenl maternel » et beaucoup d'autres similaires, qui fournissent aux mères les secours nécessaires pour leur permettre de remplir leur devoir maternel et de suspendre leur travail pendant la période qui suit les couches, visent au même but que les crèches par des moyens difTérents.

Il ne suffit pas que les enfants soient allaités par leur mère, ou avec du lait stérilisé fourni par les crèches, ou par des sociétés dites « Gouttes de lait » (notamment celle de Fécamp). Il faudrait aussi qu'ils ne subissent pas les conséquences des conditions anti-hygiéniques dans lesquelles les mères se sont trouvées pendant la grossesse et l'accouchement. De là les 0 sociétés d'assistance maternelle » qui procurent à domicile les soins nécessaires à la mère et à l'enfant. Elles peuvent être constituées soit sous forme de patronage charitable, c'est-à-dire que les soins sont donnés gratuitement, soit sous forme de mutualités, c'est-à-dire par les cotisations des adhérentes, complétées par celles des bienfaiteurs (^).

Dans divers pays (mais non en France), la cessation du travail pendant les quatre ou six. semaines qui précèdent et suivent Taccouchement est imposée par la loi (2). Mais précisément la loi n'atteint que

M (1) Ces mutualités maternelles, dont la première fut fondée en 1891 à Paris par M. Poussineau pour les ouvrières des industries de la couture, allouent à la mère, en plus des secours médicaux et d'une indemnité hebdomadaire, une prime si elles allaitent elles-mêmes leur enfant. Elles se multiplient rapidement et, là où elles ont été organisées, elles ont abaissé la mortalité du premier mois de 40 p. 0/0 à 5 ou 6 p. 0/0.

Et même elles ont élevé le taux de la natalité !

(2) La Suisse est le premier pays qui ail réalisé cette réforme par la loi du 2.3 mars 1877. C'est elle aussi qui impose le repos le plus prolongé, 8 semaines, dont 6 au moins après les couches : et cette obligation a amené une diminution considérable dans la mortalité infantile. Presque

bien imparfaitement son but là où elle n'est pas secondée par les sociétés d'assistance maternelle; elle risque même d'empirer la situation, car pour la mère la cessation du travail comporte la cessation du salaire et il ne servira pas à grand'chose de l'obliger cà nourrir son enfant si elle ne peut se nourrir elle-même.

Ce n'est point assez de sauver l'enfant nouveau-né ; il faut le sauver même avant sa naissance toutes les fois que pour sa mère sa naissance est un sujet d'alarmes. Les anciens tours exposés dans les galeries de l'Assistance n'avaient pas d'autre but et, sous une forme moins pittoresque mais plus humaine, « l'abandon à bureau ouvert » rend aujourd'hui les mêmes services (M. Et c'est parfois la mère elle-même qu'il faut sauver. Pour cela, avant l'accouchement, des Maternités ouvrent un asile discret à ce lamentable troupeau de femmes grosses qui ne savent où déposer leur fruit et n'osent aller à l'hôpital où ce qu'on appelle leur honte serait rendue publique et où d'ailleurs elles ne pourraient être admises qu'au dernier moment (2).

Une fois l'enfant sauvé et sorti de la crèche, le rôle de l'hygiène en ce qui le concerne n'est pas fini,

tous les pays ont édicté la même règle avec. des durées un peu moindres, de 3 à 6 semaines, La France, la Russie et la Suède sont les seules encore eu retard.

(1) Un diagramme montrait le nombre des abandons à l'Hospice des Enfants assistés de 1816 à 1898. Il a varié de 5.800 à 2.260. 11 va sans, dire que si l'abandon de l'enfant doit être préféré à la mort de l'enfant, il ne saurait ct^pendant être recommandé comme solution. Le droit reconnu à la mère de poursuivre le père et de lui demander des dommages-intérêts pourrait prévenir un certain nombre de ces abandons.

(2) Par exemple lAsile Michelet qui appartient à la ville de Paris et qui reçoit annuellement de 1.500 à 2.000 femmes enceintes (à partir du septième mois de leur grossesse) dont 85 p. 0/0 sont célibataires ou veuves.

et de nombreuses sociétés protectrices de l'enfance vont le conduire jusqu'à l'âge d'homme, mais nous retrouverons celles-là dans l'éducation ou l'assistance (i).

Dans les services d'hygiène sociale que nous venons de passer en revue, on a vu que si les associations libres, les patrons, l'État, les municipalités, avaient joué chacun leur rôle, cependant ce sont les dernières qui ont la haute main. Dans la plupart des • grandes villes du monde tous ces services sont con- . centrés entre les mains des Bureaux d'hijqiène^^).

Les Bureaux d'hygiène deviennent par la force des ^ choses les agents les plus actifs de ce qu'on appelle \ le socialisme municipal. Du service des eaux et des ^ égouts à celui de l'éclairage et des transports, — de la \ surveillance des logements insalubres ou même du ? service de la voirie à la construction des maisons, bains et lavoirs, — du contrôle du lait ou de l'alcool à la fourniture directe du lait ou de l'alcool, — des labo- \ ratoires municipaux aux pharmacies municipales,

(1) Mentionnons cependant, comme rentrant directement dans l'hygiène sociale, les Sociétés qui envoient l'es enfants pauvres, soit aux bains de mer, soit à la montagne : telle l'Œuvre des Trois Semaines, la Nature pour Tous, et surtout celle des Enfants à la Montagne, fondée par M. Comte, pasteur à Saint-Étienne. Celle-ci envoie chaque été 1.500 enfants de familles ouvrières chez les montagnards d.e la Haute-Loire au prix de 0 fr. 50 par jour. Près de 20 000 enfants en France bénéficient déjà de ces institutions.

Ces colonies des vacances sont beaucoup plus nombreuses en Allemagne. On y pratique aussi ce que l'on appelle les demi-colonies parce Cfoe les enfants rentrent chaque soir coucher à leurs maisons.

11 y en a plus encore en Danemark et en Suisse : même en Russie la municipalité de Moscou en a créé.

(2) Le premier en date paraît avoir été celui de Turin (1er janvier 1856), mais c'est celui de Bruxelles, en 1874, qui le premier a servi de modèle.

voire môme aux Boulangeries municipales — des crèches el asiles pour les enfants aux cantines scolaires— la transition est facile et presque automatique. Quelques-uns ont déjà fait tout cela: beaucoup, surtout en Angleterre, sont en voie de le faire.

Les emprunts faits par les municipalités anglaises (Angleterre et Pays de Galles seulement) pour les services de l'eau, égouts, cimetières, bains, maisons ouvrières, etc., étaient évalués (à la date de 1899) à 2.200 millions de francs (nous ne comptons pas, parce que étant en dehors de l'hygiène, le municipal trading, gaz, électricité et tramways, ce qui ferait 667 millions de francs à ajouter) (i). Il est vrai que cet énorme capital ne rapporte pas grand'chose (2), mais il rapporte la santé, c'est-à-dire qu'il économise un capital humain d'une valeur bien supérieure. En faisant descendre le taux de la mortalité dans les villes anglaises de 22 p. 0/00 (taux antérieur à la grande loi sur la santé publique de 1875) à 18 p. 0/00 (taux actuel pour Londres, mais il est descendu encore plus bas pour d'autres villes), il a économisé, pour les 20 millions d'habitants qui constituent la population urbaine, 80.000 décès par an. Si bas que l'on estime la vie humaine, ces 80.000 morts évitées ne valentelles pas beaucoup plus que l'intérêt d'un capital de

(1) D'après un rapport présenté par M. Fowler à la Royal Statistical Society.

M (2) En 1901 les entreprises municipales représentaient un capital d'un peu plus de 3 milliards de francs et ne donnaient qu'un peu moins de 10 millions de bénéfices : encore seraient-ils beaucoup plus qu'absorbés si on comptait l'amortissement.

Mais on est arrivé à ce résultat surprenant que la mortalité est aujourd'hui moindre dans les villes que dans les campagnes.

2.100 millions de francs, 'est-à-dire beaucoup plus de 60 à 70 millions de Ir mes par an? Cela ne fait pas 1.000 francs par tête ^U

D'autres pays, les Élats-l nis, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, suivent le m >uvement. En France les municipalités, soumises à la tutelle administrative, ont les mains liées (2).

Une loi « sur la protection de la santé publique » vient d'être votée après neu années d'élucubrations(3). Elle donne à l'administra'. )n des pouvoirs plus considérables, mais il est don' ;ux qu'elle soit beaucoup plus efficace. C'est le mai- i qui concentre chez nous tous les pouvoirs, or il n'o^e en user de peur de mécontenter ses administrés ^t d'ailleurs il n'a pas les moyens nécessaires pour Cfla. Il n'a pas d'auxiliaires, à la différence de TAnglet' rre oi^i tout un personnel de Médical Officers^ Inspec or of nuisances^ Surveyors est constitué à cet effet. On proteste contre la multiplication du nombre de foiictionnaires. Et pourtant l'expérience prouve qu'une loi n'est appliquée qu'au-

(1) Les pei'sonnes peu familières avîc les oalculs statistiques objecteront que ces 80.000 personnes mourront tout de même tôt ou tard? Sans doute, mais c'est bien quelque chose qu< d ■ mowr'w: plus tard! Si elles vivent seulement quatre ou cinq ans de pius, non seulement elles trouveront que c est un grand avantage pour ei es, mais encore il est probable que parleur travail elles rembourser' ni à la société beaucoup plus que les 1.000 francs dépensés pour elles.

1,2) Cependant la jurisprudence du «".onseil d'État permet aux municipalités toute entreprise qui peut s^^ ;ustifier par « des raisons d'intérêt public ou de santé publique », ce t^ui suffirait pour aller loin. Elle leur interdit seulement l'exploitation (m(;ine par voie de commandite ou de subvention) de toute entreprise qui porterait préjudice à l'industrie privée, telle que boulangerie, boucheu.;, pharmacie — et même probablement construction de maisons ouvrières, quoique ce dernier cas ne se .soit pas' présenté, à notre connaissance.

(3) Loi du 15 février 1902.

G. - Éc. 14

tant qu'il y a quelqu'un ad hoc ayant précisément pour fonction de la faire appliquer (U.

lY. — L'ÉDUCATION PROFESSIONNELLE ET SOCIALE.

L'éducation et l'enseignement constituent toute une \aste et autonome science sociale qui s'appelle la science pédagogique. Mais nous n'avons à nous en occuper ici que par un côté spécial, en tant qu'elle touche à « l'Economie sociale », c'est-à-dire en tant qu'elle a pour but d'élever la condition des classes ouvrières en les faisan l participer aux bienfaits de la civilisation, lesquels ne sont pas seulement matériels mais intellectuels et moraux, et aussi à ses joies car l'éducation comprend la récréation. Ceci comprend toutes les institutions pour le développement intellectuel et moral des ouvriers. 11 faut y ajouter celles pour le développement professionnel de l'ouvrier, non pas considérées en tant qu'enseignement technique, mais en tant qu'elles permettent à l'enfant de gagner sa vie et de devenir un membre utile de la société et un homme libre (2).

C'est par celles-ci que nous commencerons.

§ 1. — Enseignement professionnel.

Il y a longtemps que l'on gémit sur la décadence

(1) Le projet de loi organisait un corps d'inspecteurs chargés de faire appliquer la loi, mais la Chambre, par mesure d'économie, l'a supprimé.

M (2) En quoi l'éducation sociale et l'enseignement professionnel rentrent-ils dans le confort, nous a-t-on objecté? Au même titre que l'alimentation, le logement ou l'hygiène, en tant qu'ils fortifient l'homme, car le mot confort dans sa signification étymologique, sinon vulgaire, ne veut pas dire autre chose.

de l'apprentissage (V^ Les causes de cette décadence 1

sont connues : \

i° C'est la dissolution des corporations, jalouses ]

de maintenir élevé le niveau professionnel et celte ]

maîtrise dont « le chef-d'œuvre » du Moven âge était \

le pittoresque symbole ; ]

2° C'est le développement du machinisme dans la j

production et de la division du travail dans le machi- \

oisme lui-même, qui fait que l'ouvrier ne voit plus ;

sortir de la machine qu'il conduit que des fragments }^

d'objets. 11 se peut que l'ouvrier serrurier n'ait jamais \

vu une serrure toute montée, ni l'ouvrier cordonnier ;

une chaussure; \

3° C'est, dans la petite industrie elle-même qui sem- \

blait devoir servir d'asile à l'apprentissage, la repu- 1

gnance des artisans à se créer à eux-mêmes des con- \

currents. Ils cherchent non à instruire les apprentis \

qui, sitôt formés, les quittent pour élever boutique l

contre boutique, mais* simplement à les utiliser pen- \

dant le temps qu'ils passent chez eux ; \

4° C'est l'impatience chez les parents de voir leur \

enfant gagner le plus tôt possible de quoi grossir \

leur pauvre budget(voirce que nous avons dit p. 78) et \

chez les enfants eux-mêmes le désir d'être payés j

« comme des hommes ». Les uns et les autres sacri- l

fient facilement l'avenir à un gain imnjédiat; i

5° C'est la difficulté juridique de donner une sanc-

tion efficace au contratd'apprenlissage. Généralement \

il n'est pas écrit; et même le serait-il que les engage- ;

* (1) L'accroissement effrayant des criminels chez les mineurs de J

moins de vingt et un ans (35.0rX) contre 14.C00 en 1850) paraît dû, en partie, \

à l'abandon de l'apprentissage et surtout de l'éducation par l'apprentissage. :

244 ÉCOxNOMIE SOCIALE.

iiienls réciproques qu'il crée ont un caractère trop personuel pour pouvoir être imiiosés manu militari ou même pour pouvoir se résoudre en dommages et intérêts d'ailleurs irrecouvrables.

Mais ces causes ne sont peut-être pas définitives* Reprenons-les :

1° Les syndicats professionnels devraient reprendre les traditions des corporations et quelques-uns, mais en petit nombre, le font : les syndicats des industries du papier, papier peint, des fleurs et plumes, de la bijouterie et orfèvrerie, des chauffeurs et mécaniciens fi) ;

2° Le développement du machinisme ne rend pas inutile l'apprentissage. C'est une grave erreur de croire que la machine réduise l'homme à un rôle mécanique. On le croyait autrefois, mais aujourd'hui on sait que plus la machine est perfectionnée et plus il faut que soithabilel'ouvrierquilaconduit, quedans la lutte industrielle la victoire appartient au peuple qui a les meilleurs ouvriers et les meilleurs contremaîtres, car c'est celui-là qui par surcroît aura les meilleures machines. Aussi dans plusieurs fabriques, qui relèvent de la très grande industrie, les patrons se plaignent de ne pas trouvera recruter des ouvriers capables et organisent eux-mêmes l'apprentissage pour y pourvoir. La plupart des grandes maisons que nous avons citées, à propos des subventions patronales, avaient exposé leurs institutions d'apprentis-

-k (!) Ce sont plutôt les Bourses du Travail qui assument aujourd'hui cette fonction de renseignement professionnel : il faut citer au premier rang celle de Limoges. Cela leur est plus facile parce qu'elles disposent généralement de locaux assez vastes qui leur sont fournis par les municipalités. Et c'est un moyen de justifier la subvention municipale.

sage. Dans la fabrique Harmel ii y a des concours d'apprentis qui ont pour sanction un classement et ;des primes et qui portent sur quatre points : la profpreté, la rapidité, le graissage, le raltachage ;

i\° Dans la petite industrie, la mauvaise volonté des patrons peut être surmontée et même tournée en un concours actif par des mesures appropriées. Ainsi, en Allemagne, tout au moins dans le grand-duché de Bade, depuis 1888, et dans le Wurtemberg, l'État subventionne les patrons qui consentent à « faire des apprentis ». Le patron reçoit une subvention qui, pour une durée de 3 ans, varie de ISO francs à lacampagne jusqu'à 500 francs dans les villes (en moyenne 375 francs); en échange il doit loger, nourrir et instruire l'apprenti. Un examen trimestriel permet de s'assurer si le patron a tenu son engagement. 11 paraît que, dans les petites villes, les artisans recherchent Tolontierscette situation, moins à raison des bénéfices

fu'ils pourraient en retirer que parce qu'elle a un caractère honorifique; c'est une marque de confiance

u Gouvernement. En Belgique il en est de même : seulement ce n'est pas l'État, ce sont les Écoles industrielles dont nous allons parler qui donnent cette subvention; nous voyons, dans le Rapport de l'École industrielle de Tournai, celle-ci allouer une indemnité de 1.500 francs pour 10 apprentis et pour une durée de 3 ans.

Sans même recourir à des subventions, toutes les sociétés de patronage dont nous allons parler trouvent généralement assez facilement des patrons disposés à recevoir leurs pupilles, et mieux encore lorsque, comme à Nîmes, il y a des concours institués — dont

les prix il est vrai, sont décernés aux apprentis, mais dont l'honneur rejaillit sur le patron (i).

4° L'obstacle le plus grave peut-être, l'indifférence ou la mauvaise volonté des parents, n'est pas non plus insurmontable. D'abord l'apprentissage pourrait être rendu obligatoire et il y aurait peut-être d'aussi bonnes raisons pour l'apprentissage obligatoire que pour l'enseignement obligatoire qui est inscrit aujourd'hui dans la loi de presque tous les pays. Si c^est là une atteinte à la liberté du travail, elle ne ditïère pas de l'obligation du stage imposée pour beaucoup de fonctions publiques. U est vrai qu'on peut objecter qu^'assimiler tout métier « à une fonction publique » c'est faire du socialisme au premier chef. En Autriche, où l'ancien régime corporatif a été restauré par la loi de 1883 (et par le fait n'avait jamais été aboli), le contrat d'apprentissage est obligatoire dans la petite industrie. Et dans beaucoup d'États d'Allemagne la loi, si elle n'impose pas l'apprentissage, impose du moins jusqu'à dix-huit ans la fréquentation des écoles techniques (art. 120 du Code industriel). A défaut de l'Etat, les syndicats eux-mêmes peuvent exiger l'apprentissage comme condition d'admission^ ainsi que le faisaient les corporations et que le font encore aujourd'hui un certain nombre de Trade Unions(2). Mais

(1) Dans le canton de Fribourg la loi du 14 novembre 1895 confie la surveillance des apprentis à des commissions locales spéciales sous le 'Contrôle d'un « Office central des apprentissages ».

(2; M., et M™e Sidney Webb, dans leur Industrial Democraoy, évaluent à 500.000 (soit un peu plus de 1/3) les Trade-Unionistes qui ont conservé dans leurs statuts l'apprentissage comme condition d'admission, mais à 90.000 seulement, c'est-à-dire une très petite minorité (environ 5 p. 0/0 du nombre total des Trade-Unionistes) ceux qui l'appliquent effectivement.

CONFORT- 247 l

nous n'avons pas trouvé de documents indiquant les I

pratiques des syndicats ouvriers français sur ce point. i

On peuten conclure qu'ils n'imposent pas l'apprentis- ^

sage. Les patrons aussi peuvent imposer l'apprentis- \

sage comme condition d'admission dans heurs mai- i

sons; et par le fait, toutes les grandes maisons qui j

ont créé chez elles des écoles d'apprentis réservent ]

naturellement à ceux qui sortent déleurs écoles les j

places disponibles. j

.Mais, mieux que toutes les mesures coercitives, l'u- \

sage qui se répand de plus en plus d'allouer tout de |

suite un salaire aux apprentis, minime au début mais ]

qui va assez rapidement en augmentant, pourra suffire )

pour réconcilier les familles et les enfants avec l'ap- l

prentissage. Et le même effet sera produit aussi quand }

l'expérience leur aura appris que l'enseignement pro- j

fessionnel constitue la meilleure assurance contre le ï

chômage, parce qu'un bon ouvrier trouve toujours du ]

-travail et est même demandé. i

0° Enfin quant aux difficn,ltés juridiques elles exi- i

: ^ent en effet une refonte de la loi du 22 février 1854 ; \

iinais il ne manque pas de lois étrangères qui peuvent |

rvir de modèles, notamment la loi du canton de ]

euchâtel du 21 novembre 1890 qui confie aux Con- ]

eils des Prud'hommes la surveillance des contrats \

'apprentissage. Aucune autorité n'est mieux qualifiée i

ur cet objet, à raison de sa composition mi-partie ou- \

rière et patronale. Il est très intéressant de noter que \

le Conseil des Prud'hommes de Nîmes est entré spoo- \

tanément dans cette voie et v a obtenu plein succès. \

L'enseignementprofessionnel n'implique pasnéces- i

sairementl'apprenlissage à l'atelier. Il peut être donné ]

hors (Je l'alelier et il l'est en effet dans de nombreuses écoles qui sont bien des écoles d'apprentis mais que, pour ménager l'amour-propre des parents, on préfère appeler écoles « professionnelles » ou « industrielles » ou « techniques ».

Le plus grand nombre de ces écoles ont été créées par l'État ou les villes. Cependant il y en a beaucoup créées par l'inîtiative privée (^) : par les patrons, les Bourses du travail, les sociétés catholiques, protestantes, ou laïques comme « l'Association philotechnique » et « la Société philomathique de Bordeaux ».

Mais la France est loin de tenir le premier rang à cet égard (2). C'est en Allemagne surtout que ces écoles ont pris un développement admirable et qui vraisemblablement n'a pas peu contribué à l'essor industriel 6l commercial de ce pays. C'est l'enseignement technique, patiemment suivi, consciencieusement assimilé, quia été pour l'Allemagne une arme plus puissante que l'esprit d'initiative des Anglais, que le sentiment artistique des Français. C'est au lendemain de la guerre franco-allemande que le kronprinz Frédéric, inaugurant le musée des Arts industriels, à Berlin, disait : « Nous avons vaincu sur les champs de bataille de la guerre : nous vaincrons sur les champs de bataille du commerce et de l'industrie ». Le gouvernement impérial, là comme dans les autres domaines de l'Economie sociale, a donné le branle,

(1) La première en date est celle des Arts et Métiers de Chàlons-sur- Marne, fondée en 1788 par M. le duc de la Rochefoucault-Liancourt (d'abord sur son domaine, plus tard transportée à Compiègne).

(2) Sur 4 à 5 millions d'enfants âgés de treize à dix-huit ans c'est tout au plus si 100.000 reçoivent un enseignement professionnel.

cou FORT. 249

mais les patrons, les syndicats, les associations privées et les sociétés religieuses ou laïques, ont suivi. On distingue plusieurs échelons dans cet enseignement:

D'abord les écoles industrielles, commerciales^ agricoles, qui donnent les connaissances générales pour chacune de ces trois grandes branches — par exemple, dans les écoles industrielles, on enseigne en première ligne le dessin, ensuite le calcul et les sciences appliquées;

Puis les écoles professionnelles proprement di-tes qui donnent l'enseignement spécial pour chaque métier et qui comportent un atelier modèle oii Ton s'exerce aux travaux pratiques. La Saxe, par exemple^ compte à elle seule 110 écoles professionnelles pour 27 métiers (dont 1 école de ramoneurs).

Les États-Unis aussi, la Suisse, la Belgique, marchent à grands pas dans cette voie. Dans ce dernier pays, l'enseignement professionnel apparaît surtout sous la forme originale et très pratique d'écoles ménagères pour enseigner aux jeunes ouvrières les travaux du ménage. Au commencement de 1900 on en comptait 269 avec près de 10.000 élèves.

L'enseignement donné en dehors de l'atelier a ses avantages et ses inconvénients :

Au point de vue moral, il a cette grande supériorité^ surtout pour les jeunes filles mais aussi pour les jeunes gens, de les préserver des compagnies dangereuses et, pour le moins, des propos grossiers (i).

(1) Il y a d'ailleurs certaines catégories, par exemple les aveugles, qu'il est absolument impossible d'envoyer en apprentissage à l'atelier. Ce n'est que dans des écoles spéciales qu'ils peuvent apprendre un métier : telle la belle école Braille, de Saint-Mandé, qui appartient au département de la Seine.

Au point de vue technique, ses professeurs offrent beaucoup plus de garanties, comme capacités et surtout comme bonne volonté, que les patrons, et d'ailleurs ajoutent à l'enseignement des métiers proprement dits les connaissances techniques plus générales, telles que dessin, calcul, mécanique, langues vivantes. Celles-ci ne peuvent évidemment être données à l'atelier et pourtant elles s'imposent d'autant plus aujourd'hui qu'elles apparaissent comme l'antidote de la division du travail. Plus l'ouvrier doit se spécialiser plus il importe qu'il devienne capable d'embrasser par la pensée l'œuvre totale à laquelle il collabore : si humble acteur soit-il, il ne jouera bien son rôle que s'il connaît toute la pièce.

Mais d'autre part il semble démontré par l'expérience que l'on n'apprend bien un métier manuel, et surtout qu'on apprend à l'aimer, qu'en travaillant à l'atelier et en s'y mettant le plus tôt possible (*). Or, l'élève sorti de l'école professionnelle ne consent en aucun cas à refaire cet apprentissage à l'atelier : il veut tout de suite se placer comme ouvrier, sinon comme contremaître; trop souvent même, fier de ses connaissances générales, il dédaigne tout métier manuel. Les statistiques montrent qu'il n'y a guère que le quart des élèves sortis des écoles professionnelles qui se font ouvriers : les autres font des déclassés.

Le choix entre les deux systèmes est donc embarrassant. Aussi les nombreuses sociétés de patronage

(1) Dans un des rapports déposés nous relevons cette anecdote. Un ouvrier conduit son fils, qui a seize ans, comme apprenti à un maître-calfat. Celui-ci lui répond : « Il est trop tard pour en faire un calfat ; faitesen un aspirant ou un médecin ».

des apprentis, catholiques, protestantes ou laïques, suivent tantôt Tun tantôt l'autre.

Les unes se contentent de placer les apprentis chez des patrons et bornent leur rôle à choisir ces patrons, à surveiller l'apprentissage et à procurer aux apprentis des récréations, conférences et, en cas de besoin, des secours. Tel ce le Comité de patronage des apprentis deTÉglise Réformée de Paris » fondé en 1853.

Cependant comme il n'est pas facile, à Paris surtout, de trouver des patrons qui se chargent de loger et de nourrir leurs apprentis, certaines sociétés de patronage se chargent elles-mêmes de leur entrelien : tel « le Comité de patronage des apprentis de l'Eglise Luthérienne de Paris », qui date de 1847, et qui loge et nourrit environ 30 apprentis dans sa maison de la rue Titon : la pension est payée par des dons ou prélevée sur les salaires que les apprentis touchent de leurs patrons.

Les autres envoient leurs pupilles dans des écoles professionnelles : telle «l'OEuvre générale des écoles professionnelles catholiques de jeunes filles » qui envoie 1.600 jeunes filles dans 22 écoles placées sous son patronage dans divers arrondissements de Paris.

Il n'est pas impossible d'ailleurs et il est même préférable de combiner les deux systèmes. C'est ce qu'a fait par exemple l'Institut des frères des Écoles chrétiennes à Saint-Etienne dans l'école, dite « professionnelle libre». Le cycle de l'enseignement professionnel est de quatre années. Dans la première année il ne diffère pas beaucoup de l'enseignement primaire supérieur si ce n'est qu'il a un caractère toutàfaitconfessionnel. Mais la deuxième année les élèves visitent

en caravane toutes les fabriques afin de pouvoir choisir en connaissance de cause le métier qu'ils préfèrent. La troisième année, ils restent encore à l'école dont l'enseignement devient plus technique, mais trois fois par semaine, une demi-journée seulement, ils vont travailler dans l'atelier de la profession qu'ils ont choisie. Enfin, la quatrième année, ils passent toutes leurs journées à l'atelier et ne reviennent à l'école que le soir pour suivre des cours. Ils reçoivent à la fin un diplôme.

C'est aussi ce système mixte qui fonctionne en Allemagne. Les apprentis travaillent à l'atelier, mais le soir, ou certaines heures par semaine, ils suivent les cours des écoles industrielles, et le patron esttenu parla loi de leur laisser pour cela un certain nombre d'heures disponibles (0.

§ 2, — Éducation sociale.

L'ouvrier n'a pas seulement besoin d'un enseignement professionnel pour gagner sa vie et prendre plaisir à son travail : il a besoin d'un "enseignement qui lui permette à la fois de prendre sa part des devoirs et sa part des joies que la civilisation demande ou procure aux gens « de la bonne société », comme on dit. Or, l'enseignement ordinaire, du moins celui donné sur les bancs de Uécole primaire, le seul à peu près qui lui soit accessible, ne paraît pas répondre suffisamment à cette double fin. De là la préoccupa-

■¥■ (l)En 1902.1e Conseil supérieur du Travail a discuté la question de l'apprentissage et denaandé que l'enseignement professionnel fût rendu légalement obligatoire et gratuit, par des cours techniques et une réduction de la journée de travail des adolescents leur permettant de les suivre.

on de le compléter etles.trës nombreuses institutions péées à cette fin et que nous allons passer rapidement

n revue. . , 17

Nous n'aurons guère à parler ici que de la brance, arce qu'elle étaitcà peu près la seule exposante(i). Mais 'ailleurs il est justede dire qu'aucun autre pays n'auait pu probablement montrer un ensemble d'efforts -je dis les efforts, car quant aux résultats, hélasl ils ont beaucoup moins apparents — comparables à eux qui ont été faits dans la République française epuisdix ans pour rinstruction du peuple. Institueurs, professeurs, étudiants, écoliers même, ont acompli ce qu'on a appelé des miracles de générosité ntellectuelle.

il faut classer ces institutions en plusieurs caté- ;ories selon le but qu'elles visent, intellectuel, réréatif ou moral.

Les premières ont surtout pour but de compléter 'enseignement primaire. Ici il faut citer :

Les cours d'adultes créés par le ministre Duruy, rers la fin du second Empire, et qui ont pris en France un développement vraiment remarquable. In 1900 on a compté 38.291 cours (dont 11.610 de eunes filles) suivis par 400.000 auditeurs (dont 1 12.000 jeunes filles (2) : c'est même la clientèle fémi-

{i\ Cependant il faut signaler aux, États-Unis un puissant mouvement l'éducation sociaeet en Angleterre Tactivité des sociétés coopératives le consommation fidèles à la règle des Pionniers de Rochdale qui eta, io consacrer 2 V^ P- 0/0 des bonis à l'éducation de leurs membres Tant en aut que toutes le fassent, cependant en 1900 elles dépensaient de ce hef presque 1.500.000 fr. (En 1904, le chiffre s'eleve a 1.9o0.000 fr.). ' • (2) En 190i, on en compte 46.868 (dont 16.659 pour jeunes filles; avec 1^7 798 auditeurs "(dont 186.000 jeunes fdles) : le mouvement ascendant

G. - Éc. 15

nine qui tend le plus à s'accroîlre. Ces cours ont un caractère quasi-officiel. Ils sont faits le soir dans les écoles publiques, par les instituteurs, généralement à l'instigation des inspecteurs d'Académie, et sont absolument gratuits — gratuits pour ceux qui les écoutent et le plus souvent aussi de la part de ceux qui les font quoique ceux-ci soient souvent plus pauvres que leurs élèves (^). L'État ne rétribue les instituteurs qui s'en chargent que de la façon la plus économique — par des médaillesou par quelques semaines de vacances supplémentaires (2).

Les sociétés cT enseignement populaire sont au nombre de plus de 1 .500. Mentionnons seulement : « l'Association polytechnique pour le développement de l'instruction populaire », fondée en 1830 par un groupe d'anciens élèves de l'École polytechnique. Elle a donné (en 1900) 750 cours réguliers réunissant 1.500 élèves. Cette « Sorbonne des ouvriers », comme on l'a appelée, a surtout son centre d'activité à Paris,

paraît se ralentir. Mais il y a en outre plus de 100.000 conférences avec trois millions d'auditeurs.

Nous empruntons ces chiffres au Rapport sur VÉducatwn populaire adressé au ministre de l'Instruction publique par M. Edouard Petit, inspecteur général, l'homme qui a le plus fait pour le développement de ces cours et de toutes les œuvres post-scolaires dont nous allons parler.

(1) Le rapport de M. E. Petit ne signale que les départements des Charentes oîi les cours d'adultes soient rétribués par les auditeurs.

(2) Cependant pour 1902 l'État a accordé une subvention de 320.000 francs.

Quant aux rétributions allouées par les municipalités et les départements, elles sont très maigres, sauf pour la Ville de Paris qui rétribue assez largement ces cours. Tout compris elles ne s'élèvent (pour 1902) qu'à 2.270.000 francs, ce qui, pour les 60.000 instituteurs et institutrices de France qui y ont pris part, ne représenterait que 40 francs par tète. Il est vrai que dans 30 départements ils ne touchent rien du tout, ce qui grossit un peu la moyenne des autres.

mais elle étend aussi son action en dehors de Paris et même à l'étranger, là où la langue française est parlée ; — la « Ligue française de Tenseignemenl » fondée en Alsace (^), après les désastres de la guerre, par Jean Macé, qui est une sorte de fédération embrassant 2.500 sociétés locales et s'occupant non seulement de donner des cours et conférences, mais de propager les œuvres de mutualité dont nous allons parler; — la « Société nationale des conférences populaires », qui met à la disposition de qui veut les répéter 81.000 conférences imprimées, dont beaucoup avec projections (2); — la « Société Franklin », qui approvisionne les bibliothèques populaires de livres fournis au plus bas prix possible et parfois gratuitement. Elle a fourni ainsi tout près de un million de volumes pour la modique somme de i .870.000 francs. Elle a fondé plus de 600 bibliothèques populaires, particulièrement dans les lieux les plus isolés, dans les postes des Hautes-Alpes, dans les stations coloniales (^). Les Univeî'sités populaires ne figuraient pas à l'Exposition parce que cette institution venait à peine de naître quand l'Exposition s'est ouverte. 11

(1) En Allemagne la « Société pour la propagation de l'instruction populaire » a été fondée à la même date en 1871, mais il y avait auparavant les « Sociétés de Humboldt ».

(2) Il y en a une aussi en Allemagne, fondée à Francfort en 1890. Elle s'occupe aussi d'organiser des visites dans les musées.

(3) La Société Franklin a été fondée en 1862 par un' simple ouvrier Girard, qui peut être considéré même comme l'initiateur des bibliothèques populaires en France

Aux États-Unis, les bibliothèques populaires ont pris un développement grandiose parce qu'elles constituent le mode d'emploi préféré pour leurs générosités par les milliardaires américains, spécialement par M. Carnegie. C'est par vingtaine de millions fiancs chaque année que se chiffrent les donations aux bibliothèques publiques/

est vrai que celle qui a suscité tout ce mouvement, « la Coopération des Idées » du faubourg l Saint-Antoine, avait ouvert ses portes en octobre j 1899 et avait commencé à vivre dès 1897 dans un tj autre local; et « la Fond'ation universitaire de Belleville » s'était aussi constituée en 1899. Mais la plupart des Universités populaires, plus de ,^0, se sont | constituées en 1900. Cependant la « Société d'Eco- ^ nomie populaire de Nîmes », avait été fondée en 1887, • et bien qu'elle n'eût pas pris le titre d'Université po- i pulairc (il est vrai que c'est ce titre qui a contribué ! pour beaucoup à la surprenante fortune de ces institutions), elle en avait tous les caractères et faisait l déjà tout ce que les Universités populaires ont fait I plus tard : elle peut donc être considérée à bon droit I comme leur doyenne.

Ces U. P., comme on les appelle, visent à devenir, j

pour employerladéflnitiondeleur fondateur Deherme, ,

« des œuvres d'enseignement supérieur populaire et !

d'éducation éthique-sociale ». Elles se proposent de i

réunir les hommes de toutes classes « dans la recher- i

che sincère du vrai, du bien, du beau ». Ellesvisent !

à réaliser entre tous les hommes un socialisme très i

haut qui est, non le communisme des biens, mais la |

communion des idées et des sentiments i^). Le mou- -

vement est encore trop récent pour qu'on puisse en S

voir les fruits : il ne semble pas qu'il ait attiré la •;

(1) Une seule en France, l'U. P. de Belleville, a cherché à reproduire \

les caractères des settlements angWis (dont celui de Toynbee-Hail est le \

plus célèbre) en installant dans son local des chambres pour les étu- ;

dlants qui doivent y résider un certain temps, mais cette pratique a eu !

peu de succès. j

classe ouvrière autant qu'on l'avait espéré; il y a parmi les auditeurs beaucoup de petits bourgeois, d'employés et de femmes. Pourtant s'il a réussi à détourner chaque soir en France un millier de personnes du cabaret et du café-concerl, c'est déjà quelque chose, et s'il a créé dans chaque quartier ouvrier un petit groupe d'auditeurs assidus, attentifs, ayant appris à penser par eux-mêmes et pouvant servir un jour de leaders àleurscamarades,c'est beaucoup plus encore. Malheureusement la plupart ne couvrent pas leurs frais et restent ainsi des œuvres de patronage. Quelques-unes cherchent à vivre en créant une société coopérative de consommation dont elles s'approprient les bonis (1).-

D'autres institutions ont surtout un but récréatif : c'est l'innombrable armée des sociétés de musique, de tir, de sport, etc., dont nous avons donné dans l'Introduction le dénombrement vraimentsurprenant. Nous nous contentons de les mentionner. Leur développement est en partie dû à la réduction de la journée de travail et on peut y voir un des résultats les plus immédiats de celte réforme dont nous avons déjà signalé les bienfaits. Cependant les avantages que ces associations peuvent procurer au peuple, au point de vue de son éducation sociale, ne sont pas trèsvisibles ; il est mêmeà craindre qu'elles ne soient responsables, pour une bonne part, du développement

•¥■ (1) En 1903 on en comptait plus de 100, dont 43 à Paris et dans sa banlieue, et une société générale de U. P. avait été constituée. Mais dès 1904 elles ont commencé à décliner rapidement. La doyenne, la Coopération des Idées, a subi en 1904 des dissensions et même des procès qui ont contraint son fondateur Deherme à se retirer, en sorte qu'elle s'est divisée en deux.

de ralcoolisme. Peut-être pourrait-on attendre de i

meilleurs résultats des Théâtres libres du peuple. Il y ^

en a deux à Berlin et un à Vienne (le Volksthealer)^ à

dont les places sont à très bon marché; il est singu- ; lier qu'en France, où le peuple raffole de théâtre,

cette institution n'existe pas(^); le peuple doit, ou '

se contenter dans les théâtres ordinaires des plus \ mauvaises places, ou se rabattre sur le café-concert.

Enfin, le groupe le plus intéressant au point de vue i

de l'Économie sociale proprement dite, ce sont les in- «

stitutions qui ont moins un but intellectuel ou i

récréatif que moral ou social et qu'on désigne généra- i

lement sous le nom de patronages. On pourrait les j

appeler les institutions d'hygiène morale. i

C'est le patronage sous la forme religieuse qui a I montré le chemin. M. Turman (2) attribue la création de la première œuvre de ce genre à l'abbé Allemand \ en 1799, qui l'avait nommée « i'OEuvre de la jeunesse de Marseille ». Elle fut aussitôt dissoute par le ■ Gouvernement impérial. Mais les Conférences de \ Saint-Vincent de Paul, créées en 1833 par Frédéric i Ozanam, ressuscitèrent l'institution. Elle a pris aujourd'hui un immense développement, non seulement en France, mais à l'étranger. En France il existe i plus de 4.000 patronages catholiques^, et la « Commis- l sion centrale des patronages et œuvres de la jeunesse » ,' déclare qu'elle étend son action sur 4 millions de l, jeunes gens ou jeunes filles. Un grand nombre figuraient à l'Exposition. Beaucoup de ces patronages, '

(1) Cependant il y a eu des essais de « Théâtre populaire » à Paris i mais intermittent.

(2) Dans son livre Au sortir de l'école. I

par exemple celui de Notre-Dame-du-Rosaire, daos le quartier de Plaisance, fondé par Tabbé Soulange- Bodin, sont des chefs-d'œuvre d'organisation.

Qu'y fait-on? Ce sont des établissements, grands ou petits, avec un jardin ou tout au moins de vastes cours, des gymnases, des salles de jeu et de lecture. Les enfants jouent, les jeunes gens lisent : la journée est coupée par des services religieux ou des avk, c'est-à-dire de brèves conférences ou des communications sur la vie intérieure du patronage. Contrairement à ce qu'on croit généralement, la clientèle de C6S patronages se recrute encore plus dans les écoles laïques que dans les écoles catholiques et même on a le soin de ne pas mélanger les enfants des deux provenances. Il y règne une discipline remarquable due à toute une savante hiérarchie qui va progressivement des a petits » aux « grands », aux « aspirants », aux « persévérants », aux « dignitaires », el, tout au sommet, un ou plusieurs prêtres qui dirigent. On enseigne aux enfants le respect de la religion et de l'Église, l'amour de la France, la pratique de l'épargne; on les prépare à l'association professionnelle dans laquelle ils entreront plus tard, et ajoute le directeur du patronage que nous venons de nommer, l'abbé Boyreau : « on leur apprend à penser et à vouloir par eux-mêmes ». Mais ce dernier résultat ne nous parait pas aussi certain que les précédents.

Ces patronages ont, ou du moins devaient avoir, pour couronnement les Cercles catholiques d'ouvriers. Fondés par le comte Albert de Mun,le jour de Noël 1871, à la suite de la guerre désastreuse, comme ont été fondées beaucoup d'œuvres françaises, ce sont

260 ÉCONOxMIK SOCIALE.

des espèces de patronages d'adultes. Toutefois, quoiqu'ils aient obtenu aussi un grand prix, ces cercles sont loin d'avoir eu le même succès que les patronages d'enfants. Leur nombre s'est élevé au maximum de 291, mais il a diminué depuis et il n'en reste plus aujourd'hui que 157. Il est juste cependant de dire que la plupart des disparus ont simplement changé de nom et se sont transformés en syndicats mixtes, syndicats agricoles, caisses rurales : l'aide prêtée par eux à ces institutions constitue même le plus clair de leur bilan. D'ailleurs ils se sont par là montrés fidèles à leur programme qui était précisément « le dévouement de la classe dirigeante à la classe ouvrière (i) )>.

11 faut citer aussi « ^Association des ouvriers catholiques », de Cologne. Toutefois, il ne semble pas qu'à l'étranger ces œuvres, en tant qu'elles s'adressent aux adultes, aient beaucoup mieux réussi. En Belgique, par exemple, le rapport de M. Variez nous dit : « Le paysan préfère jouir de sa liberté; et se retrouver sous l'œil de son curé ou de son châtelain à l'heure du

(1) Les cercles ouvriers d'Angleterre {Workingmens Clubs) datent déjà de 1862. Sous la direction de M. Hodgson Pralt ils se sont beaucoup multipliés : en 1899, ils étaient au nombre de 572 avec 161.231 membres.

■K En 1904 on en comptait plus de 1.000 avec près de 500 000 membres. Mais en face de ces cercles qui étaient radicaux socialistes, il a été créé en 1904 une autre catégorie de cercles ouvriers sous l'inspiration du parti conservateur et qui grâce aux libéralités dont elle bénéficie, commence à l'emporter comme nombre : en 1904 on en compte 1.200 avec plus de 700.000 membres. Mais dans ceux-ci, plus que dans les autres, le but éducatif et moral paraît un peu oublié et ils ne semblent guère se distinguer des cercles de bourgeois.

Pour les femmes ouvrières, il n'y a pas encore les clubs féminins qui deviennent si-à la mode à Londres, mais en Allemagne et en Suède on a organisé, sous forme de patronages, des soirées périodiques pour ouvrières.

CONFORT. 26 t

délassement n'est pas pour lui chose séduisante (i) », Les patronages ou cercles protestants sont très rares. Cependant il y a parmi les profeslants un groupement ardent d'activité sociale, composé surtout de jeunes pasteurs, qui ont créé en 1887 « une Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales ». Sous l'inspiration de celte association qui publie un journal, le Christianisme social, et qui, dès le début et avant même la Société d'éducation sociale dont nous allons parler tout à l'heure, avait arboré le programme du « solidarisme social », se sont fondées dans les grandes villes ouvrières, Roubaix, Lille, Rouen, etc., des « Solidarités », c'est leur nom,, qui tiennent à la fois de l'Université populaire, du cercle ouvrier et du patronage : elles se caractérisent surtout par une énergique campagne contre l'alcoolisme, les jeux d'argent, les combats d'animaux et la pornographie sous toutes ses formes.

« L'Armée du Salut », quoique souvent tournée en ridicule, mérite aussi de figurer ici comme l'œuvre de salut social la plus grandiose qui ait été entreprise, par le nombre de ses agents et de ses stations qu'elle entretient sur tous les points du monde. Cependant, dans la multiplicité des oeuvres qu'elle embrasse la plupart sont plutôt du ressort de l'assistance que de celui de l'Éducation sociale.

« Les Unions chrétiennes de jeunes gens», dont la première a été fondée par George Williams à Londres en 1844 et qui sont au nombre de 7.300 avec 620.000 membres répartis dans tous les pays protes-

(1) Varlrz, Rapport sur V Économie sociale.

lanls, n'ontabsolumenl rieo du patronage. Ce sont des associations de jeunes gens qui se gouvernent ellesmêmes : elles ont toujours un caractère religieux, mais fonctionnent aussi comme cercles, salles de gymnastique, d'enseignement, de lecture, et même, à Paris, comme restaurants coopératifs.

Les (( laïques » proprement dits ne sont entrés que les derniers dans ce mouvement. « La Société de patronage laïque du 11° arrondissement » de Paris qui est la plus ancienne, date de 1883, mais ce n'est guère que depuis 1894 que le nombre de ces patronages laïques a commencé à s'accroître rapidement. On en comptait (en 1900) un millier groupant 58.000 membres (M. Mais ils tendent de plus en plus à perdre la forme de patronages proprement dits pour prendre celle d'associations plus ou moins mutuelles qu'on appelle associations post-scolaires.

Mais avant de parler de celles-ci, disons un mot de celles dont elles ne sont que le prolongement; les associations ou mutualités scolaires.

Ce fut en 1881 que M. Cave créa dans les écoles d'un faubourg de Paris, la Villette, la première de ces mutualités qui devaient rendre son nom si populaire. En 1900 on compte 1600 « Petites Cave » englobant 12.000 écoles et 450.000 écoliers ou écolières (2). Les unes sont spéciales à une seule école, d'autres s'étendent à toutes les écoles d'une ville, d'autres embrassent le canton, l'arrondissement, le déparlement. On sait quel est leur ingénieux méca-

'* (1) En 1903, leur nombre est 2.125.

* (2) En 1904, les chiffres indiqués, non peut-être sans quelque exagération, sont : 4.000 sociétés, 13.000 écoles et 700.000 membres.

CONFORT. 263 i

nisme : ce sont de petites sociétés de secours mutuels. ; Chaque enfant verse 2 sous par semaine : 1 sou est ; réservé à la prévoyance individuelle et sert à consti- ^ tuer un livret nominatif pour la retraite, l'autre sou \ est consacré à la solidarité et servira à payer les frais J de maladie des petits sociétaires et à constituer un i fonds de retraite collectif. Comme d'une part l'âge de ] la retraite est loin, et comme d'autre part les journées i de maladie sont rares à cet âge, ces cotisations, siin- j fîmes soient-elles, peuvent donner d'assez grands ré- ?! sultats(l). Mais c'est l'influence éducalrice et morale, "\ plus que les avantages économiques, qui fait la valeur | de ces associations. Certains départements prennent \ à leur charge la cotisation des enfants trop pauvres i pour payer les deux sous hebdomadaires, car ce sont • précisément ceux-là à qui cette mutualité pourra être j le plus utile (^). i

Seulement, cette mutualité finit avec l'école, c'est- j à-dire à treize ans. Après, que deviendront les petits ! mutualistes? Ils sont trop jeunes pour entrer dans les ] sociétés de secours mutuels et il esta craindre qu'ils ne J se dispersent (2). Alors, voici une nouvelle institution \ qui garde la petite phalange en attendant le jour oii ' elle pourra entrer dans les cadres des grandes asso- ' dations mutualistes, coopératives ou syndicales. Ce j sont les associations d'anciens élèves, les « amicales », i comme on les appelle, ou plus familièrement « les I petites A ». Elles n'ont pas un but spécifié comme i

M (1) En 1904, elles touchent en petits sous plus de 3,5 millions de 1

francs de cotisations, dont 800.000 ont été employés au payement de frais ';

de maladie. i

(2) En effet il y a plus de 90 p. 0/0 de ces livrets d'écoliers qui sont {

abandonnés par leurs titulaires. \

les petites Gavé; elles ne sont pas des sociétés de secours mutuels, mais elles cherchent à pratiquer, sous des formes infiniment yarices, la solidarité : fêtes, conférences, ouvroirs, placements. Il en est qui louent des champs pour faire de l'agriculture coopérative : elles plantent, elles reboisent, elles moissonnent, et surtout il en est qui s'occupent des enfants des écoles et exercent à leur égard un patronage analogue à celui des catholiques. Les petites A féminines, comme il convient, sont celles qui ont le plus fait dans cette voie : par exemple, la « Coopérative universitaire ^), créée par des élèves des lycées de jeunes filles pour s'occuper des jeunes filles des écoles primaires. En 1894, il n'y avait que lo6 associations postscolaires. On en compte (en 1900) 4.784 qui groupent 234.000 membres (i) ! Elles commencent à se fédérer(i). Enfin, l'État lui-même est appelé à exercer un patronage sur diverses catégories d'enfants ou de jeunes gens ; sur les enfants orphelins ou abandonnés ou sur ceux qui ont été soustraits àla puissance, c'està-dire, dans l'espèce, à l'exploitation paternelle, par application de la loi du 24 juillet 1889 (encore une loi de M. Roussel) ; sur les mineurs condamnés ou même sur ceux acquittés comme ayant agi sans discernement, mais confiés à la tutelle de l'Administration. Parfois l'Etat exerce directement cette tutelle par l'intermédiaire de l'Assistance publique. Plus souvent il la délègue à des sociétés privées, parmi lesquelles nous

•K^(l) En 1903 on en compte 6.252. Voir les rapports annuels de M. Edouard Petit, inspecteur général de l'instruction publique. Cependant l'utilité et les services rendus par ces institutions commencent à être fort discutés.

citerons « l'Union pour le sauvetage de l'enfance », qui s'occupe spécialement de ces enfants soustraits à l'autorité paternelle pour les placera la campagne. En Angleterre, le législateur et les tribunaux agissent avec beaucoup plus de vigueur. Tous les enfants qui vagabondent dans les rues ou même qui manquent régulièrement l'école sont pourchassés par des agents spéciaux, les bedeaux des enfants [boi/s beadles), enlevés à leurs parents, s'il y a lieu, par un prompt jugement et envoyés dans les « écoles de réforme ». Ces mesures expédilives dont on s'effaroucherait chez nous, et qui pourtant sont acceptées sans protestation dans le pays le plus respectueux de toutes les autorités, y compris l'autorité paternelle, ont procuré à l'Angleterre le bienfait d'une diminution énorme dans la criminalité des enfants et adolescents, alors que dans tous les autres pays elle est en augmentation.

Ces écoles se classent en deux catégories : 1° les Reformatories schools, qui reçoivent (jusqu'à dixneuf ans) les enfants coupables d'un délit; 2° les Industrial schools, qui reçoivent (jusqu'à seize ans) ceux qui n'ont pas été condamnés mais néanmoins sont considérés par le juge comme en danger moral. Ces écoles sont généralement créées et administrées par des sociétés privées, mais elles sontsubventionnées par l'État et les municipalités. Et Tentrelien de chaque enfant revient à 20 ou 21 livres (plus de 500 francs). Elles sont au nombre de 200 environ et contenaient (en 1901) 33.582 enfants (0.

(1) Il y a aussi les Truant schools pour les enfants qui vagabondent

Tous ces efforts avaient besoin d'être coordonnés dans une pensée commune, puisque tous s'inspirent d'un principe de solidarité, il était utile de chercher à définir les meilleurs principes de la solidarité sociale et à enseigner les moyens de la réaliser dans la pratique. C'est pour cela qu'a été créée, sous la présidence de M. Léon Bourgeois, la « Société pour l'éducation sociale » qui a tenu son premier congrès pendant l'Exposition. Elle existait déjà depuis quelques années sous la forme modeste d'un petit « Groupe d'initiative pourl'éducation sociale ». Elle avait installé dans l'Exposition une petite salle peu fréquentée où se trouvaient collectionnés 1 .200 dossiers qui venaient de tous les déparlements de France et combinaient toutes les applications connues de la solidarité sociale dans les écoles comme méthode pédagogique, telles que récompenses et punitions collectives, associations, etc. L'idée était ingénieuse, le travail énorme, mais la moisson était maigre. Elle serait un peu plus riche aujourd'hui.

La « Société pour l'éducation sociale » a pour but, comme son nom le dit assez, l'éducation sociale de la jeunesse d'abord, mais aussi de tous les citoyens; et dans ses statuts elle définit ainsi l'objet de l'éducation sociale : « c'est de créer en nous l'être social ».

dan3 les rues au lieu d'aller à l'école. Et en outre il y a des institutions du même genre, fibsolument privées, dont la plus célèbre est celle du docteur Bamardo qui date de 1866 et réunit dans ses 86 établissements 5.000 enfants. Le nombre de ceux sortis de ses asiles s'élève aujourd'hui à 52.000.

Page 1