CHAPITRE III
Les livres sacrés du bouddhisme racontent que Cakia-Mouni, alors qu'il n'était encore que prince, sortait pour la première fois de son palais parla porte de l'Est, lorsqu'il rencontra un malade gémissant au bord du chemin ; ayant alors demandé à quelqu'un de sa suite si tel était le sort de la plupart des hommes et reçu une réponse affirmative, il dit à son cocher : « Tourne bride ! nous ne sortirons pas aujourd'hui ». Une seconde fois, sorti par une autre porte, il rencontra un vieillard marchant à trois pattes, c'est-àdire avec un bâton; et une troisième fois, sorti par une troisième porte, il rencontra un mort qu'on portait en terre. Chaque fois il fil la même question, chaque fois reçut la même réponse, et chaque fois fit tourner bride à son cocher. Et c'est après avoir ainsi appris que la Maladie, la Vieillesse et la Mort attendent tout fils de l'homme, c'est alors que le fils du roi se fit le Bouddha.
Moins résignée, l'Economie sociale ne tourne pas
bride en rencontrant sur son chemin ces trois adyersaires, auxquels d'ailleurs sont venus s'adjoindre deux autres qui, ceux-ci, à la différence des trois premiers, ne menacent pas les princes ni même les bourgeois, je veux dire le Chômage et l'Accident professionnel. Par l'hygiène, que nous avons étudiée dans le chapitre précédent, elle peut, dans une certaine mesure, conjurer les maladies et les accidents et ajourner la mort à son terme normal, mais c'est surtout par les institutions que nous allons passer en revue dans ce chapitre, par l'assurance, l'assistance et l'épargne, qu'elle peut atténuer les souffrances et réparer les dommages matériels que ces cinq fléaux réunis font subir à ceux qu'ils frappent et sauver leurs victimes de la misère.
J'ai déjà expliqué dans l'Introduction pourquoi nous réunissions ici ces trois catégories d'institutions, l'assurance, l'assistance et l'épargne ; c'est qu'elles ont toutes trois le même but, qui est de parer aux éventualités fâcheuses de la vie. L'épargne — du moins celle du pauvre, car celle du riche qui va dans les banques est du ressort de l'Économie politique et non de celui de l'Economie sociale — l'épargne en tant que prévoyance n'est qu'une forme d'assurance générale et indéterminée contre toutes les éventualités fâcheuses de la vie : c'est, en deux mots, l'assurance contre la misère. Quant à l'assistance, il est évident que c'est surtout dans les circonstances critiques de la vie, maladie, chômage, vieillesse ou mort de celui qui faisait vivre les siens, qu'on crie à elle et qu'elle doit intervenir. Mais tandis que l'assurance vise uniquement à réparer les dommages pécuniaires qui sont
les conséqueDces de ces coups du sort et implique certaines prestations de l'assuré, l'assistance cherche surtout un remède aux souffrances physiques et morales qu'ils entraînent et ne demande rien à Tassislé.