VI. — L'épargne
Nous avons dit que nous classions l'épargne dans ce chapitre parce qu'elle est aussi un mode d'assurance : seulement elle ne vise aucun risque particulier et les embrasse tous à la fois ; elle est la réserve pour les mauvais jours, quels qu'ils soient. C'est l'assurance indifférentiée. Mais, par cette raison même, elle ne vaut pas les modes précédents ; elle appartient à ce stade inférieur de l'évolution où la division du travail et des fonctions ne s'est pas encore manifestée dans les institutions. C'est la vieille tirelire. Il est probable qu'en ce qui concerne la classe salariée, la
(1) Cependant, avant Gand, la ville de Dijon et de Limoges ont subventionné les caisses de chômage syndicales. Aussi sont-elles nombreuses dans ces deux villes.
caisse d'épargne proprement dite perdra de plus en plus de son importance parce qu'elle sera remplacée par des modes de prévoyance plus perfectionnés et plus solidaristes que nous avons déjà étudiés : société de secours mutuels avec ses diverses branches, société coopérative de consommation et syndicat. Toutes ces institutions font concurrence à la caisse d'épargne. Les cotisations exigées pour ces divers services suffisent pour absorber, et au delà, l'excédent disponible, s'il existe, du budget de l'ouvrier. C'est déjà sous cette forme que l'ouvrier anglais et même l'ouvrier belge préfèrent épargner (i).
Nous allons voir, du reste, que la part des ouvriers dans les caisses d'épargne est bien moindre qu'on ne le croit. Ce n'est point à dire que les caisses d'épargne ne puissent prendre un très grand développement, mais alors ce sera surtout comme banques de dépôt, et le service qu'on attendra d'elles sera plutôt de fournir des fonds pour les œuvres d'utilité populaire. Et, même pour ce but, elles tendent à être remplacées avantageusement par les sociétés coopératives de crédit ou « banques populaires » dont nous parlerons dans le dernier chapitre.
(1) M. Variez, dans un rapport déjà cité, dit : « Nous connaissons des
milliers d'ouvriers pour lesquels lé budget de la prévoyance se décompose chaque semaine plus ou moins comme suit :
Société de secours mutuels (secours médicaux pour toute
la famille) O'oO
Coopération (caisse de secours) 0 02
Caisse de réassurance 0 02
Assurance-vie G 15
Syndicat (chômage et grèves) 0 'SO
Caisse de retraite 0 40
Total 1^09
ÉCONOxMIK SOCIALE.
C'est en Ailemagae et en Suisse que les caisses d'épargne paraissent a^'oir pris naissance vers la lîn du xviii^ siècle (^). JLn Angleterre, la première est de 1801, mais, dès 1817, il y en avait déjà 50. La France a été fort en retard, puisque la première, celle de Paris, n'a été fondée qu'en 1818. On dit, il est vrai, qu'elle a rattrapé le temps perdu et que nulle part l'épargne n'est plus développée qu'en France. Mais, quoique cette assertion soit devenue un lieu commun, elle ne paraît nullement justifiée par les faits. D'après la statistique dressée par M. Guillaume Fatio, voici quels étaient les chiffres relatifs au nombre des déposants et au total des sommes déposées pour les principaux pays :