‹ Économie socialeChapitre 29 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

^■k) Ainsi pour le Mont-de-piété de Milan, le taux est de 3 p. 0/0 jus- H^i 10 francs, de C p. 0/0 jusqu'à 300 francs et un taux plus élevé pour ^es sommes supérieures. Pour le xMont-de-piété de Rome, jusqu'à uueloi récente de 1899, les prêts inférieurs à 5 francs étaient gratuits ; aujourd'hui il y a une échelle qui varie de 4 à 7 p. 0/0.

(2) Des tableaux exposés parle Ministère de l'Intérieur donnaient des renseignements généraux sur les Monts-de-piété en France. Us sont au nombre de 45 et, en 1899, avaient prêté 100 millions (exactement 99 millions 1/2 de francs, dont 60 millions rien que pour Paris) à des taux variant depuis zéro jusqu'à 19,50 p. 0/0. En 1847, le total des prêts n'était que de 50 millions: il a donc doublé.

qui prêtent sans intérêt — comme au début de l'institution, au temps où l'usure était interdite — et ce sont précisément les plus anciens, ceux de Nice, Lille, Montpellier, Grenoble, qui remontent au

xvii° siècle, et un aussi plus récent à Toulouse, en ]

4 828. Mais il ne semble pas que ceux-ci attirent ■{

plus de clients que les autres; au contraire, leurs l

opérations sont beaucoup moins importantes. Pro- ^

bablement le public préfère, en payant quelques =

sous d'intérêt, ne pas avoir l'air de recevoir Tau- '

mône. j

On ne saurait nier les services rendus par les Monts- ;

de-piété, puisque l'empressement des clients les dé- ■

montre surabondamment. Il est certain qu'une cer- \

taine catégorie sociale, qu'on pourrait appeler les î

pauvres intermittents, y trouve quelque secours; j

chaque fois qu'une vague les submerge, ils peuvent <

s'accrocher là, en attendant qu'une nouvelle vague les ]

remette à flot; néanmoins, bien peu nombreux sans \

doute ceux que le Mont-de-piété a définitivement sau- :

vés. Les Monts-de-piété pourraient rendre de plus \

réels services en coopérant avec les œuvres d'utilité !

populaire, soit pour leur emprunter leur argent et le \

faire valoir, soitau contraire pour leur en prêter. C'est {

ce qu'Hs font en Espagne et en Italie. Dans le premier j

de ces pays, ils ne font qu'un avec les caisses d'épargne .1

et, dans le second, ils entretiennent avec celle-ci des |

rapports fréquents. ï

§ 3. — La dernière catégorie, celle des vagabonds et j

mendiants professionnels, nous ramène aussi au chô- l

mage, à ceci près qu'il s'agit ici de chômeurs volon- (

taires, ce qui rend la solution encore plus difficile. Elle est aussi une de celles dont l'opinion publique se préoccupe le plus par tous pays, et surtout en France qui est infestée par une armée de trimardeurs. Cependant il est des pays, notanninent la Belgique, qui ont réussi à s'en débarrasser. On a pu dire au Congrès du patronage des libérés tenu à Anvers en 1878 : « le chemineau a disparu en Belgique (i) ». Ce résultat est dû à l'action des juges de paix, magistrats dont le rang et les attributions sont très supérieurs à ceux de France et qui sont investis d'un pouvoir discrétionnaire pour faire le tri des vagabonds arrêtés et, suivant les cas, les relâcher, les rapatrier, les envoyer à l'hospice, à l'école de bienfaisance, à « la maison de refuge » pour ceux qui veulent travailler. Quant aux mendiants professionnels, ils sont envoyés « au dépôt de mendicité » pour y être enfermés au minimum pendant djeux ans et au maximum pendant sept ans. Dans le dépôt de mendicité aussi bien que dans la maison de refuge le travail est obligatoire et rétribué. Mais dans la maison de refuge l'indigent peut sortir dès qu'il a gagné, par son travail, 15 francs et, en tout cas, il ne peut être retenu plus d'un an. Ces dépôts de mendicité, qui sont comme la clé de voûte de tout le système, avaient d'ailleurs été inaugurés en France en 1808, par Napoléon, mais ils n'existent que dans un petit nombre de départements et là même ont été détournés de leur but et convertis en hospices. Ce n'est que dans ces dernières années que quelques Conseils généraux des départements,

(1) Voir le livre de M. Louis Rivière, Mendiants et vagabonds.

émus par les plaintes des populations rurales, ont commencé à créer des dépôts de mendicité avec travail forcé. En tout cas, aussi longtemps qu'il n'y aura pas dans chaque département des maisons de travail forcé pour les incorrigibles et des maisons de travail libre pour les chômeurs involontaires, la conscience publique protestera contre la loi qui punit le vagabondage et la mendicité, car pour qu'il y ait délit, il faut qu'il y ail eu refus de travail : or il ne peut y avoir de refus là où il n'y a point d'offre. Mais c'est surtout la généralisation des organisations syndicales et du viaticum (voir p. 326) qui faciliterait la solution du problème.

En Allemagne, le vagabondage est enfermé dans tout un réseau d'institutions à mailles très serrées qui pourtant ne réussissent pas à l'empêcher complètement. En dehors des colonies agricoles dont nous avons déjà parlé, en dehors des « auberges hospitalières », Herbergen zur heimath^ créées aussi par le pasteur Bodelschwing qui, au nombre de SOO, fournissent à peu près à prix de revient la nourriture et le logement et ont un caractère religieux et de tempérance(i), il été créé depuis 1880 les « stations de secours en nature ». Réparties sur toute l'étendue de l'Empire à des distances d'environ une journée de marche, elles fournissent le souper et le coucher sous la seule condition (souvent inexécutée) de fournir le lendemain une matinée de travail. ^Ge sont des espèces d'asiles de nuit. Mais après avoir pris un très grand développement, ils sont aujourd'hui en voie

(1) Elles avaient reçu en 1899, dans les 18.000 lits dont elles disposent, 2.170.000 passagers (dont 548.000 à titre gratuit).

de déclin ; il y en a eu près de 2.000 en 1890, mais il n'y en a plus qu'un millier aujourd'hui. Les communes, qui en font généralement les frais, ne trouvent pas que les résultats répondent aux dépenses^ d'aulant plus que le travail des assistés ne rend que 5 p. 0/0 environ de ces dépenses. Enfin, comme fondement nécessaire de tout ce système, il y a « les maisons de travail forcé », au nombre de 47, dans lesquelles peuvent être internés pour une durée de six mois à deux ans, par simple mesure de police, tous les individus condamnés pour vagabondage ou mendicité, et après qu'ils ont accompli leur peine, laquelle d'ailleurs est de courte durée.

La revue sommaire que nous venons de faire des œuvres d'assistance nous montre que la charité privée ne peut suffire à elle seule, non point tant par manque de ressources que par manque de moyens répressifs qui ne peuvent appartenir qu'à l'Etat. Aussi par tout pays, même dans ceux comme le nôtre où l'assistance légale proprement dite, c'est-à-dire inscrite dans la loi, n'existe que très incomplètement, l'assistance publique grandit de jour en jour. En France elle est représentée par « la Direction de l'Assistance et de l'Hygiène publiques » qui ressort du ministère de l'Intérieur. Elle avait une magnifique exposition, curieuse surtout pour la partie historique : voir le rapport sur l'exposition rétrospective de la Classe 112 et les photographies dont il est illustré.

On est généralement d'accord aujourd'hui pour reconnaître, et ce sont les propres termes delà déclaration des Congrès de l'Assistance publique de 1900 :

« qu'il importe, aussi bien pour le développement de l'organisation rationnelle de l'assistance que pour la suppression des abus, que l'entente puisse être établie entre Tassistance publique et la bienfaisance privée ». On sait que l'organisation d'assistance de la ville d'Elberfeld eslcélèbre précisément par la perfection avec laquelle cette collaboration a été réalisée.

il n'est pas moins désirable que l'entente puisse s'établir entre toutes les œuvres charitables afin d'obtenir, par l'organisation et la division du travail, l'économie de l'effort et le maximum de rendement et afin surtout d'éliminer ces parasites de la charité qui mangent à tous les râteliers. Diverses sociétés se sont constituées à cette fin. Telle la Charihj Organisation Society de Londres qui groupe une centaine d'œuvres charitables, celle de New- York qui porte le même nom, et « l'Office central des œuvres de bienfaisance à Paris » fondé en 4890.

Malheureusement cette collaboration, tant des œuvres privées entre elles que de ces œuvres avec celles de l'État, présente des difficultés toutes spéciales en France, non seulement parce que notre tempérament national semble réfraclaire à toutes les grandes fédérations, ainsi que nous avons dû le constater à maintes reprises — mais parce que le caractère confessionnel d'un grand nombre d'entre elles (et ce ne sont certainement pas les moins actives) les rend particulièrement jalouses de leur autonomie.

Cependant la collaboration de la charité privée avec l'assistance publique s'opère sur une assez large échelle sous la forme de dons et legs faits par la première à la seconde.

Deux graphiques, exposés dans la Classe 112 par la Direclion de l'Assistance publique, indiquaient le montant des dons et legs reçus par les établissements de l'assistance publique pendant tout le cours du xix^ siècle. Il s'élevait à 7o2 millions de francs, ce qui représenterait une moyenne annuelle de 7 7^ ^^^^' lions. Mais en réalité cette moyenne n'était, au commencement du siècle, que de 2 7^ millions et s'est élevée, dans la dernière décade, à 17 7^ millions W. Ainsi la moyenne des libéralités a sextuplé au cours du siècle. Cet accroissement n'est probablement pas très supérieur mais en tout cas n'est pas inférieur à l'accroissement de fortune privée ou de llannuité successorale, ce qui prouve que, quoi que Ton en dise, l'esprit de charité n'est pas en voie de décroissance(2).

(1) 11 va sans dire qu'il ne s'agit là que des dons et legs faits à des établissements reconnus d'utilité publique et qui, comme tels, ont dû être officiellement autorisés; mais bien plus considérable certainement est la somme des dons charitables faits de la main à la main, au jour le jour, ou par des procédés détournés qui ne comportent pas l'autorisation légale. Nous ne croyons pas cependant que tous ces dons, connus ou inconnus, atteignent cette dîme du revenu que les juifs autrefois et beaucoup de chrétiens aujourd'hui considèrent comme la juste part de la charité, car cela ferait, sur 25 ou 30 milliards auxquels on évalue le revenu de la France, 2 à 3 milliards de francs.

(2) Une autre preuve que l'esprit de charité ne va pas en diminuant était fournie par un intéressant tableau des œuvres de bienfaisance créées en France avant et au cours du xix^ siècle, exposé par l'Office central des OEuvres de bienfaisance. Le voici : pour abréger, nous avons remplacé les périodes décennales par des périodes de 20 ans (la dernière période n'est que de 19 ans : en la complétant on arriverait au chiffre de 5.000 environ).

Fondées avant le xii« siècle 1.632

370 ÉCONOAIIE SOCIALE.

Celle forlune ainsi léguée à l'Assistance publique, qui s'élève à 1 milliard — car il faul y ajouter les libéralités antérieures au xix° siècle, qui ne laissent pas d'être importantes, surtout celles sous forme de terrains qui onl pris une énorme plus-value — rapporte environ 50 millions.

C'est un revenu qui est loin d'être suffisant pour | entretenir ses 2 7^ millions de clients(i).

Heureusement ce revenu est quintuplé par les subventions de l'État, des départementsel des communes, par le produit des impôts qui lui sont attribués (droits sur les spectacles, amendes pour certains délits, etc.) et par un certain nombre d'autres ressources (pensions payées par certains hospitalisés, succession des enfants en déshérence, etc.) (2). Néanmoins, comme l'Assistance publique capitalise une partie de ses revenus, comme les frais généraux en mangent une part considérable, les sommes effectivement utilisées pour l'assistance sont assez réduites, et comme les malades et infirmes dans les hôpitaux et hospices en absorbent la plus grande partie, finalement la part moyenne allouée à chacun des indigents assistés à do-

M (1) Soit (en 1901) 141.000 enfants, 243.000 vieillards ou invalides, 564.000 malades, 1.385.000 assistés à domicile.

A Paris, le nombre des indigents « proprement » dits, inscrits sur les contrôles de l'Assistance publique de Paris, est de 54.049 (en 1899j et celui des « nécessiteux », c'est-à-dire qui ont reçu des secours intermittents, a été de 90.000 (sans compter 194.000 malades dans ses hôpitaux).

(2) D'après le dernier Rapport sur l'Assistance publique par son directeur M. Henri Monod, le total des sommes dépensées avait été (en 1896) de 243 millions 1/2 de francs (dont 61 millions 1/2 pour Paris et 182 millions pour les départements). Sur cette somme 116 millions environ sont prélevés sur les budgets de l'Etat, des départements et des communes, c'est-à-dire sur les contribuables.

micile parles bureaux de bienfaisance n'est plus que de 20 francs par tête et par an!

L'Assistance publique en Angleterre secourt beaucoup moins de gens, mais elle le fait d'une façon beaucoup plus efficace. Un tableau exposé par la Charity Organisation Society de Londres indiquait le total de ses dépenses. En 1901 elle s'est élevée h 11.568.000 livres sterling (290 millions de francs) pour entretenir 781. OOÔ personnes — ce qui fait une moyenne de 370 francs par tête. Aussi le paupérisme diminue-t-il considérablement. D'après une carte exposée par le Local Government Board la proportion des pauvres qui était, en 1849, de 627 pour 10.000 habitants, est tombée, en 1899, à 265 pour 10.000. Et encore ce tableau embrassait-il tous les indigents sans distinction, y compris les invalides or, en ce qui concerne les invalides et infirmes, leur nombre dépend de causes naturelles en sorte que ce nombre ne peut pas être réduit beaucoup par les progrès de l'assistance. La diminution en ce qui concerne les vrais indigents est donc plus marquée qu'elle n'apparaît dans les chiffres précédents. En effet un autre tableau exposé par la Charity Organisation^ qui ne s'appliquait qu'aux indigents valides, indiquait une réduction bien plus considérable : de 132 pour 10.000, en 1849, à 34 pour 10.000 en 1899. En cinquante ans, la réduction a donc été des trois quarts.

Page 1