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La préservation de la petite propriété

L'élude que nous allons faire des moyens de l

défendre la petite propriété va reproduire symétri- ;

quement la précédente. Mêmes constatations de fait, ]

mêmes moyens proposés. Seulement ici la situation |

se présente sous un jour plus favorable, en ce sens ]

que, d'une part, la concentration est beaucoup moins \

avancée et que, d'autre part, les moyens de salut j

semblent beaucoup plus efficaces. |

D'abord la concentration est beaucoup moins avan- ^

cée : existe-t-il même une tend'ance quelconque à la 1

concentration dans l'industrie agricole? Rien ne le ]

prouve, malgré les affirmations péremptoires des i

collectivistes marxistes qui auraient besoin, en effet, '

que le fait fût reconnu exact pour étayer leur théo- i

rie. 11 est vrai que les statistiques à cet égard sont si 1 confuses que l'on peut s'en servir également pour

démontrer toutes les thèses. La classe 104 de l'É- ]

conomie sociale (grande et petite culture, syndicats 1

agricoles, crédit agricole) nous fournissait à cet égard j

quelques renseignements intéressants sous forme de ^

réponses au questionnaire envoyé parla Commission ]

d'admission. Beaucoup de ces réponses s'accordent j

pour constater que la moyenne propriété va se déve- ]

loppant aux dépens de la grande et aussi de la très 1

petite. Et le rapporteur les résume en cette con- j

clusion : « La propriété, à l'heure actuelle, n'a une l

tendance ni à s'émietter ni à se reconstituer en i

prirent part Walras, Léon Say et le fouriériste Beluze, est très intéressant et peu connu.

grands domaines » (i). Ainsi les faits, beaucoup plus optimistes que les idées préconçues^ semblent nous rassurer contre l'une et l'autre de ces deux, conséquences qu'on nous signalait comme inévitables, quoique d'ailleurs contradictoires : — d'une part une concentration semblable à celle de l'industrie, faisant surgir des domaines géants avec des armées d'ouvriers; — d'autre part un morcellement du sol ne laissant plus aux soi-disant propriétaires que des (( haillons de propriété ».

Et ce qui semble confirmer ces réponses, c'est que le nombre des cotes foncières, après s'être élevé graduellement et régulièrement de 10.296.693 en 1826 à 14.336.000 en 1882, année qui a marqué le maximum de la crue, redescend depuis lors avec non moins de régularité et n'est plus en 1900 que <le 13.618.189. Il a donc baissé de 5 p. 0/0 en dixhuit ans, ce qui est beaucoup. En prenant le coefficient donné par l'Administration des contributions, qui est à peu près de 0,60 propriétaire (^J par cote, ces chitfres correspondraient à 6.500.000 propriétai-

(1) Voici quelques réponses extraites du rapport sur la classe 104. Appelles [Tarn) : « 11 y a extension de la moyenne propriété au détriment de la petite et de la grande ».

Saint-Aignan {Sarthe) : « La grande et la petite propriété dimi- i ■nuent. La moyenne augmente ».

Tangon {Charente- Inférieure) : « C'est surtout la moyenne propriété i

qui profite du démembrement ». ;

Soulosse {Vosges) : « A priori nous nous étions figuré que le sol de :

la commune s'émiettait de plus en plus. Il n'en est rien : c'est la moyenne i

propriété qui a gagné au détriment de la petite ». \

Mouzeil {Loire-Inférieure) : « Les grandes propriétés ont disparu, 1

sauf une seule qui s'est accrue. La disparition de ces grandes propriétés j

s'est faite surtout au profit de la moyenne ». j

(2) Exactement 0,63 p. 0/0 en 1851, et 0,59 en 1879. - i

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res en 1826, 8.500.000 en 1882, 8.090.000 en d900. Mais, grande ou petite propriété, ce n'est pas la même chose, dira-t-on, que grande ou petite culture. Il se peut que l'évolution ne nous entraîne point vers un régime de grands domaines, de latifundia^ mais que, néanmoins, elle nous conduise vers un régime de culture intensive qui concentrera sur la même superficie, peut-être réduite, une quantité croissante de capitaux et de main-d'œuvre, et qui par suite tendra à remplacer dans la production agricole, tout comme dans la production industrielle, les petits producteurs indépendants par des salariés? Mais si cette transformation s'opérait, elle se manifesterait nécessairement par un reflux des capitaux et des bras vers les campagnes. Or, nous sommes bien loin de constater un semblable phénomène. D'autre part, les enquêtes agricoles de 1862 à 1872 nous montrent le nombre des « exploitations agricoles » à peu près stationnaire et même, si Ton veut y chercher à la loupe quel([ue transformation, il faudrait constater avec le rapporteur de la classe 103, «qu'une seule catégorie, la petite culture, a augmenté de 1 p. 0/0, et que pour la grande culture il s'est produit une légère diminution ». En efTeU. voici le tableau résumé :

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