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INTRODUCTION

I — Les Expositions d'Économie sociale.

«Il est dans l'Exposition, sur les bords de la Seine, un palais d'allure simple, de lignes sobres. L'intérieur n'est pas moins austère que la façade. Pour tout ornement, des cartes et des graphiques. Le public y accourt cependant et aucune attraction n'aura eu plus de succès que le Palais des Congrès et de l'Économie sociale » (^). Il y a peut-être quelque exagération, flatteuse pour le public, dans ces derniers mots. Cependant il est vrai que c'est par millions que les visiteurs ont franchi les portes du Palais de l'Économie sociale. Peut-être ce titre inscrit sur le fronton exerçait-il sur les foules une certaine fascination.

'•(1) Discours de M. Milleraod, ministre du Commerce, à la séance de distribution des prix de TExposition, 18 août 1900.

G. - Éc. 1

Peut-être espéraient-elles trouver dans « l'austère » mais blanc palais de la place de l'Aima le secret du bonheur. Il est probable que s'il avait porté l'enseigne de Palais de r Economie politique^ il y serait venu moins de monde.

Ce n'est point à dire qu'un « palais de l'Économie politique » n'eût pu très bien trouver place aussi dans l'Exposition. Et même les faits qui auraient dû y être exposés — tels que la comparaison des richesses des différents pays ou des mêmes pays à diverses époques, les mouvements de concentration ou de division des propriétés foncières et des entreprises industrielles, les trusts géants qui ôtent le soleil aux petits, les mouvements du commerce international, les opérations des banques, les divers types monétaires, les rendements des impôts, l'extension vertigineuse des réseaux des chemins de fer par le monde à raison d'une trentaine de kilomètres par jour — se fussent prêtés à des représentations graphiques plus simples, plus parlantes, plus grandioses, que les faits relevant de l'Économie sociale proprement dite.

Mais cette superbe science des richesses n'eût rien dit au peuple de ses peines ni des moyens de les guérir, tandis que l'Économie sociale lui parlait de tout cela.

Évidemment les hommes et les choses ont bien changé depuis le temps (c'était en 1854) oii le classique Dictionnaire d'Économie politique, dans l'article Économie politique q{ par la plume de Coquelin, tançait ceux qui commençaient à employer ce qualificatif dt social : « on a tant abusé, disait-il, du mot social dans ces dernières années, on l'a fait servir de man*-

teau à tant d'imaginations folles, à tant de doctrines anli-sociales, anti-humaines, qu'il sera peut-être nécessaire pendant longtemps d'en éviter l'emploi dans tous les travaux sérieux ». On s'explique cette mauvaise humeur contre l'Économie sociale — avec laquelle les économistes contemporains ne sont pas encore tout à fait réconciliés — parce qu'elle a surgi d'abord comme une rivale de l'économie politique, dressant en face de « la science des richesses » la science de la paix sociale et de la vie heureuse. C'est sous cet aspect que l'éminent organisateur de l'Exposition universelle de 1869, Le Play, la présentait à ses contemporains dans sa Réforme Sociale.

Mais aujourd'hui nous ne voyons plus d'antagonisme entre l'Économie politique et l'Économie sociale : ce sont deux disciplines distinctes par leur domaine et par leur objet et qui peuvent même se rendre plus de services par leur dédoublement que par leur confusion.

La première, qu'on commence à appeler « l'Économie politique pure », pour la distinguer de sa sœur, s'atlache de plus en plus à étudier les rapports spontanés, nécessaires, qui s'établissent entre les hommes et les choses, rapports d'équilibre, d'échange ou de succession; elle s'efforce de les découvrir, de les expliquer, de les calculer même mathématiquement en les réduisante quelques mobiles dégagés par abstraction de tous les autres. Même quand elle devient « Économie politique appliquée », elle cherche seulement les moyens les plus économiques d'utiliser ces lois naturelles, mais s'abstient de toute apprécialion sur la valeur morale de ces applications.

L'Économie sociale descend de ces sphères sereines dans la réalité et dans les préoccupations de la vie : elle étudie de préférence les rapports volontaires, contractuels, quasi contractuels ou légaux, que les hommes forment entre eux en vue de s'assurer une vie plus facile, un lendemain plus certain, une justice plus bienveillante et plus haute que celle qui porte pour tout emblème les balances du marchand. Elle ne se fie point au libre jeu des lois naturelies pour assurer le bonheur des hommes, ni d'ailleurs aux inspirations du dévouement ou d'une vague philanthropie, mais elle croit à la nécessité et à l'efficacité de 1-organisation voulue, réfléchie, rationnelle, et en somme elle répond assez bien à la définition qu'en donnait M. le Président de la République dans son discours d'ouverture de l'Exposition : « l'effort pour perfectionner l'art de vivre en société ».

Toutefois le mot d'Économie sociale, tel qu'il figurait sur le fronton du Palais, était pris dans un sens plus restreint. Il n'embrassait point le domaine de la théorie, mais seulement celui des applications pratiques, non les systèmes et les programmes de réforme sociale, mais les institutions et organisations sociales, non ce qui doit être en tant qu'idéal désirable, mais ce qui existe déjà en tant que résultats obtenus. — Et encore, parmi ces institutions, n'embrassait-il à peu près exclusivement que celles qui intéressent la classe ouvrière, parce que c'est surtout pour celle-ci que les conditions économiques de la vie heureuse font défaut : en ce qui concerne les classes possédantes, la propriété constitue une institution

sociale qui rend toutes les autres à peu près superflues. En sorte que l'Exposition d'Économie sociale dont nous avons à nous occuper ici pourrait être définie stricto sensu : l'exposition de tous les efforts tentés pour élever la condition du peuple.

Et ce n'est pas seulement en France et à Paris, mais dans presque toutes les Expositions régionales ou étrangères, à Chicago en 1893, à Lyon en 1895, à Glascow en 1901, à Saint-Louis en d904, que FÉconomie sociale a eu ou aura dorénavant droit de cité (i).

Néanmoins il y a encore bon nombre de sceptiques en ce qui concerne l'efficacité de ces efforts sociaux. Il y a des économistes qui sont, tout comme en 1854, très enclins à railler tout ce qui est institution ou organisation sociale. Dans un rapport pour l'Exposition de 1889, sur les institutions patronales, M. Cheysson citait cette appréciation de l'un des maîtres de l'École libérale : « La confiance que l'on a dans une combinaison pour supprimer ou même pour îadoucir les maux de l'humanité est un des plus frap-

•¥• (1) Un projet de loi a été déposé à la Chambre des députés (décembre 1904) pour organiser à Paris en 1909 une Exposition internationale \de la vie ouvrière qui serait, dit le projet de loi, la première.

Elle serait la première en effet en tant cfu'Exposition internationale ; spécialement consacrée à l'Économie sociale, mais elle ne comprendrait ^rien de plus, comme on peut en juger par le programme annexé, que [ce qui constituait déjà les sections d'Économie sociale dans les expoisitions précédentes. En effet, comme nous l'avons fait remarquer ci-des- 'sus, toutes les institutions et tous les faits dont s'occupe l'Économie [sociale sont ceux (fui touchent à la vie de la classe ouvrière.

Néanmoins ces faits et institutions pourrontmieux ressortir quand ils se

j^lrouveront groupés sous des catégories correspondantes aux diverses

{phases de l'existence de l'ouvrier. Il est certain que cette Exposition

ittirera beaucoup plus d'exposants que ne pouvait le faire une section

)erdue dans l'ensemble d'une Exposition universelle. Et par là elle pourra

larquer une date importante ^ans l'histoire de l'Économie sociale.

pants exemples de la badauderie humaine. Les uns lomberonlen pâmoison devant les syndicats, les autres devant la société coopérative... » (i). Et M. Gheysson, pour corriger ces paroles amères, ajoutait: « Les institutions ont certainement leur importance. Elles utilisent mieux la force, elles ne la créent pas ». Je crois qu'aujourd'hui on serait disposé à accorder aux institutions sociales un peu plus de vertus encore. Sans doute elles ne créent rien, pas plus que l'échange ne crée des richesses ni le crédit des capitaux, mais de même que ces modes spontanés d'organisation du travail peuvent accroître quasi indéfiniment la somme des biens disponibles en utilisant les richesses et les capitaux qui sans eux seraient restés latents et, par le fait, inexistants — de même les institutions sociales peuvent indirectement « créer », elles aussi, en faisant passer de l'état virtuel à l'état actif des puissances de bonne volonté, de prévoyance, d'endurance et d'amour, qui sans elles n'auraient jamais germé. En somme, l'État, l'Eglise, l'Ecole, ne sont que des institutions sociales. On a le droit de dire qu'elles ont fait du bien ou qu'elles ont fait du mal, mais on n'a pas le droit de dire qu'elles n'aient rien fait. El des institutions plus modestes ont fait beaucoup aussi. On peut compter en argent les milliards d'épargne que les Sociétés de prévoyance, de secours mutuels, ou de coopération ont fait sortir de terre, on peut évaluer tant bien que mal les majorations de salaires que dans nombre de cas les syndicats ouvriers ont valu à leurs adhé-

(1) M. Paul Leroy-Beaulieu, cité dans le rapport de M. Gheysson sur la Section XIV du groupe d'Économie sociale 1892, p. 95.

rents et même indirectement à leurs non-adhérents, mais qui pourra évaluer et chiffrer combien de souffrances physiques ou morales évitées, combien de réconforts aux cœurs aigris, combien de phares allumés dans la nuit, représentaient les 5.891 numéros catalogués dans le Groupe XYI, quoique ce ne fut là pourtant qu'une minime partie des efforts sociaux de notre temps?

Il y a aussi quelques socialistes — quoique de plus en plus rares — que toute cette Economie sociale exaspère et l'un des chefs de l'école marxiste, peu de temps avant l'ouverture de l'Exposition, anathématisait d'avance ce Palais d'Économie sociale : « véritable exposition dans le sens judiciaire et infamant du mot, qui ne fera que fournir au prolétariat humilié et volé de nouvelles raisons et de nouvelles forces pour poursuivre sa voie révolutionnaire » (i). Pourquoi cette colère? Sans doute parce qu'on craint que ces institutions sociales n'aient pour effet de perpétuer, en le rendant tolérable, un régime social qu'on prétend abolir? Mais c'est une erreur — provoquée et partagée, il est vrai, par quelques apôtres des œuvres sociales — de s'imaginer qu'elles ont une vertu conservatrice. L'expérience nous apprend au contraire (ju'aucune des institutions qui tendent à relever la condition des ouvriers, à les rendre mieux payés, mieux nourris, mieux logés, plus instruits, à leur procurer des loisirs, à les libérer de la brutale ivresse du marchand de vin, des dettes et des soucis matériels, en un mot à les rendre plus forts — que rien de

(1) Jules Guesde dans La Lanterne du 26 août 1898.

tout cela n'ajourne l'heure des revendications sociales mais plutôt l'avance. Seulement tout cela donne à ces revendications un caractère plus noble, un but plus précis: tout cela donne chance d'éviter les conflits violents et inutiles, et, même en cas de guerre, met aux mains des combattants des armes plus humaines.

L'historique des expositions d'Économie sociale a déjà été fait à diverses reprises (i). Résumons-le brièvement.

Ce fut à l'Exposition universelle de 1867 que l'Économie sociale fit sa première apparition (2), et encore la fit-elle sans se montrer au public. C'était Le Play qui était l'organisateur de cette Exposition et, puisque c'était lui-même qui avait en quelque sorte baptisé l'Économie sociale en donnant à ce vocable la signification spéciale que nous avons expliquée tout à rheure, il était naturel qu'il lui réservât une place dans son admirable classification. 11 y attachait une grande importance, mais il ne put l'obtenir qu'en insistantpersonnellementauprèsde l'Empereur Napoléon III. Néanmoins l'Économie sociale n'obtint point les honneurs d'un local spécial et ne fut point exposée en public sous forme de tableaux et de

(1) Voir notamment le Rapport général sur V Exposition de 1889, de M. Alfred Picard (t. I, p. 240) et la monographie de M. Waterman, The social Economy exhihit at the Paris exposition.

(2) On peut pourtant faire remonter le point de départ de ces expositions jusqu'à l'Exposition universelle de 1855, si tant est qu'on pût reconnaître l'Économie sociale dans un groupe intitulé « Produits de l'Économie domestique » et destiné à propager les articles à bon m;irché et de consommation populaire. On y voyait déjà des maisons ouvrières et des fourneaux économiques. Mais les « institutions » ne se distinguaient pas encore des « produits ».

graphiques. Elle figura seulement sous forme d'un concours et de prix offerts (dont un de 100.000 francs) « aux établissements et localités qui avaient développé la bonne harmonie entre les personnes coopérant aux mêmes travaux et qui avaient assuré le bien-être matériel et moral ». — La liste des « mérites à apprécier », dressée soigneusement par Le Play, comprenait surtout tout ce qu'on appelle les institutions patronales, et comportait des coefficients variables, mais dont les maximums étaient réservés, conformément à la doctrine du fondateur des « unions de la paix sociale », aux œuvres tendant à établir « l'harmonie entre personnes coopérant aux mêmes travaux » et à celles tendant à conserver et à fortifier l'esprit de famille;

II n'y eut pas moins de 600 candidats, mais aucun d'eux ne fut jugé digne du prix de 100.000 francs. On se contenta de décerner 12 prix et 24 mentions honorables.

L'Économie sociale fut quelque peu compromise parce caractère de « patronage » sous lequel elle avait fait son apparition dans le monde. Aussi faillit-elle être exclue de l'Exposition de 1878 — « comme faisant double emploi avec les autres éléments de l'Exposition et comme affirmant des distinctions sociales incompatibles avec l'état des mœurs et le régime républicain », et elle n'y figura finalement que presque incognito.

L'Économie sociale prit sa revanche dans l'Exposition de 1889, grâce à une active campagne menée par MM. Charles Robert, Cheysson et Lami, qui, sans s'être concertés d'ailleurs, avaient réclamé pour elle,

plusieurs années à l'avance, la place à laquelle elle semblait avoir droit dans celte commémoration solennelle de la Révolution française et des Droits de l'Homme. Aussi se présentait-elle cette fois sous un aspect très différent de celui qu'elle avait en 1867. Il s'agit, disait l'exposé des motifs de 1887, de « montrer les résultats admirables produits par l'essor de l'indépendance individuelle combinée avec le principe d'association ». Cependant ce ne fut qu'àgrand'peine, et grâce à l'appui de MM. Jules Siegfried et Georges Berger, qu'elle obtint d'abord une modeste classe bis dans le deuxième groupe de l'Enseignement et de l'Éducation et finalement une exposition distincte divisée en 6 groupes et 16 classes. Une Commission, dont Léon Say fut le président, l'organisa dans des conditions tout à fait remarquables et qui n'ont certainement pas été surpassées en 1900. Elle sut réunir 1.171 exposants. Le succès auprès du public fut très grand et très mérité. Nous en avons conservé personnellement un très vif souvenir (M.

Ce fut cette exposition spéciale qui, conservée après la clôture et la dispersion de la grande Exposition, et après beaucoup de vicissitudes, finit par être transformée en Musée social et fournit au comte de Chambrun l'occasion de sa généreuse fondation.

Enfin, dans l'Exposition de 1900 un grand Palais consacré tout entier à l'Économie sociale avait donné asile à 5.891 exposants dont 3.397 pour la France et

(l) Ce fut aussi Léon Say qui fut cliargé de faire le rapport général sur l'Économie sociale, travail magistral auquel nous aurons plasieurs fois l'occasion de nous référer.

En outre chaque classe a fait l'objet d'un rapport spéciil, parmi lesquels nous devons citer celui de M. Cheysson sur les institutions patronales.

AU XIX*' SIÊCLK. 11

2.494 pour l'étranger répartis entre 40 nations W. Le programme d'organisation comportait pour l'Economie sociale, comme pour toutes les autres branches de l'Exposition, une exposition historique rétrospective, embrassant toute l'évolution sociale du xix° siècle. Ce dessein grandiose, dont M. Picard, le Commissaire général, avait été l'inspirateur et auquel il attachait une grande importance, ne put malheureusement être réalisé que dans un petit nombre de groupes. Il eût été plus instructif pour celui d'Economie sociale que pour nul autre, car la science sociale a pour base l'histoire des faits et c'est là surtout que le passé explique le présent et permet dans une certaine mesure de prévoir l'avenir. Il ne put guère être réalisé que pour une des Classes de ce groupe, celle de l'Assistance publique, mais il le fut de façon très pittoresque. C'était un véritable musée historique où se trouvaient réunis les insignes des vieilles confréries de charité, les sceaux des hospices, les troncs, bourses, plats à quêter, jetons d'aumônes, hottes de croquemitaines dans lesquelles les « meneux d'enfants » portaient les enfants trouvés, les tours oii ils les déposaient, les différents systèmes d'emmaillotage depuis les Gaulois, et jusqu'aux biberons, amulettes f't remèdes magiques. On trouvera dans le Rapport rétrospectif sur la Classe 112, les photographies de cette CQJlection unique.

En ce qui concerne l'histoire de ces faits généraux

(l) Faute de place, les classes de l'hygiène et de l'assistance publique et quelques exposants étraDgers avaient été installés en dehors et assez loin du Palais d'Economie sociale. Les nations étrangères les plus brillamment représentées dans le groupe de l'Economie sociale étaient l'Allemagne, la Russie, les États-Unis.

intéressant l'Économie sociale, une série de diagramnnes et de cartogrammes donnaient le mouvement et le développement des institutions sociales les plus importantes au cours du xix' siècle, salaires, syndicats ouvriers ou agricoles, caisses d'épargne et de retraite, sociétés de secours mutuels, sociétés de consommation, etc.

De toutes les parties d'une Exposition c'est certainement celle d'Economie sociale qui est la plus difficile à organiser et cela par la raison bien simple qu'il ne s'agit plus ici d'exposer des objets mais des faits ou même des idées.

Sans doute, dans certaines salles de l'Économie sociale on trouvait de véritables expositions de choses — et c'étaient celles qui amusaient le public — mais elles ne lui apprenaient pas grand'cbose. Qu'on étale dans la classe consacrée à Tapprentissage les chefs-d'œuvre faits par les petits apprentis, ou dans la classe de la réglementation du travail les ingénieux appareils de protection des machines, ou dans la classe de l'assistance les cabanons des fous au moyen âge et les berceaux dans lesquels on exposait les enfants trouvés, et même qu'on nous montre des maisons ouvrières grandeur naturelle comme à Vincennes — tout cela ne nous renseigne guère sur les moyens sociaux de former des apprentis, d'assurer les ouvriers contre les accidents, de sauvegarder notre population infantile, ou même de faciliter pour les ouvriers le terrible problème du logement.

11 faut donc s'ingénier à traduire, pour le grand public, par des représentations graphiques, les phénomènes complexes et les institutions qui sont tissues i

dans la trame de notre vie et consistent surtout en services rendus et reçus. On peut très bien montrer une fleur par un dessin schématique et mieux encore après l'avoir fait sécher dans un herbier, mais comment montrer le fonctionnement d'une association professionnelle ou d'une Université populaire, un mouvement coopératif, une réglementation du travail ou n'importe quelle réforme législative? Il faut bien se contenter d'en résumer les résultats par quelques chilTres ou quelques lignes qui ne seront guère comprises que par des esprits déjà familiarisés avec les abstractions, et il est difficile de réaliser le desideratum formulé par Léon Say dans son rapport : « faire toucher du doigt ces phénomènes sociaux et par les yeux les faire pénétrer jusqu^au fpnd de l'âme des visiteurs ».

Cependant la statistique graphique s'enrichit tous les jours de quelque nouveau procédé ingénieux, et l'art peut venir à son secours en y ajoutant des portraits, des médailles, des symboles qui seront comme les illustrations d'un texte trop sévère (M. Mais l'Expo-

(1) Voici en quels termes Charles Robert, dans le journal V Émancipation, traçait à l'avance le plan de l'Exposition d'Économie sociale pour 1900: « Elle contiendra l'histoire du progrès social enseigné par des souvenirs et des symboles. On y verra le buste de Franklin, éducateur du peuple; le médaillon de Turgot, libérateur du travail par la suppression des jurandes et maîtrises, les lois trop individualistes de 1789, puis les idées de Saint-Simon mettront en lumière le principe d'association. On devra trouver dans ce sanctuaire les réductions des trois monuments érigés en l'honneur de Charles Fourier, de Godin, qui a mis en pratique la rémunération du travail proportionnelle aux concours donnés et aux risques courus, et de Jean Leclaire attirant à lui un ouvrier peintre pour l'élever paternellement de la condition de salarié pur et simple à la participation aux bénéfices. Non loin de là seront les bustes de Laroche-Joubert et d'Alexandre de Berny, promoteurs de la participation en 1843 et 1848. La loi de l'offre et de la demande sera-représenlée par un groupe d'éco-

sition de 1900 laisse encore beaucoup de progrès à faire dans cette voie. Tout au moins faudrait-il à l'avenir exercer une sérieuse sélection, imposer aux exposants des conditions de nature à rendre leurs tableaux comparables à première vue, recommander autant que possible les expositions collectives qui seules peuvent donner une impression d'ensemble et dont la section allemande de l'Économie sociale avait su offrir un si parfait modèle, et n'accepter dans les expositions individuelles que celles qui présentent, par leur constitution ou leur histoire, des traits vraiment originaux. Il serait à désirer aussi que l'architecture des palais destinés à TÉconomie sociale fût elle-même un enseignement. Le palais de 1900 avait un peu trop l'aspect d'un Musée, mais en 1889 l'Exposition de rÉconomie sociale était bien mieux qu'un Musée social : c'était une cité sociale, toute une petite ville qui avait poussé dans un coin de l'Esplanade des Invalides, groupant, autour des galeries d'Économie sociale, un cercle ouvrier, un pavillon d'hygiène, un autre pour la maison Leclaire, d'autres de la Société

nomistes ido). Le Play, créateur à l'Exposition de 1867 du jury du nouvel ordre des récompenses, devra entrer dans ce Panthéon pour avoir proclamé le devoir patronal et préconisé les subventions et les institutions diverses dont le bienfait s'ajoute au salaire. L'enquête extraparlementaire de 1883 sur la participation et l'association aura sa place. A côté d'elle seront inscrites les déclarations de principes faites de 1889 à 1897 par nos Congrès coopératifs nationaux universels.' Le portrait du pape Léon XTII et quelques lignes de l'Encyclique de 1891 rappelleront ses déclarations solennelles relatives au juste salaire. Schultze-Delitzsch représentera le grand mouvement du crédit populaire en Allemagne; Lincoln, Schœlcher et Dom Pedro empereur du Brésil, l'abolition de l'esclavage; le tzar Alexandre II, la suppression du servage; et les équitables pionniers de Rochdale, l'avènement de la coopération... Enfin, les habitations à bon marché, et au-dessus on mettra l'image de l'Alsace et celle de Jean Dollfus ».

philanthropique et de l'étranger, etc. C'était moins froid, plus pittoresque, plus vivant. Si toutefois l'on préfère un seul bâtiment, je le voudrais plutôt semblable à une cathédrale qu'à un palais. Dans la grande nef j'y mettrais toutes lesformes de libre association qui tendent à l'émancipation de la classe ouvrière par ses propres moyens; dans Tun des deux collatéraux tous les modes d'intervention de l'État, dans l'autre toutes les formes d'institutions patronales; dans les chapelles du chœur tous les saints laïques dont la mémoire survit dans les œuvres qu'ils ont fondées ou dans les lois qu'ils ont inspirées, les vingt-huit pionniers de Rochdale, les Owen, les Bûchez, les Leclaire, les Dollfus, les Godin, les RaifPeisen, les Shaftesbury, les Wieselgreen, pour ne citer que les morts — et en bas, dans la crypte, l'enfer social, tout ce qui concerne les plus misérables, « ce dixième submergé » dont parle Charles Booth, tout ce qui sert à les aider dans la bataille qu'ils soutiennent contre les démons, contre les puissances du mal qui se nomment paupérisme, alcoolisme, tuberculose et prostitution. J'y voudrais supprimer les divisions par nationalités qui sont bonnes ailleurs mais qui n'ont aucune raison d'être ici puisque nous ne sommes plus dans le royaume de la concurrence, mais dans celui de la coopération fraternelle. Combien la leçon de choses serait plus claire et plus instructive si l'on voyait toutes les organisations groupées autour de la cellule originaire qui leur a servi de germe, quel que fût son pays d'origine I

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