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INTRODUCTION. XXXV

tester, » disait M. Troplong. Comment, en effet, des hommes inhabiles à régler par eux-mêmes les intérêts de leur famille, auraient-ils la prétention de mieux gérer ceux de la commune, de la proxince et de l'État ? La liberté de tester assure, en outre, à toutes les oeuvres agricoles, industrielles, commerciales, cette efficacité que peut seule procurer la suite régulière des efforts et la lente collaboration du temps. Enfin, elle se montre le plus souvent liée à la fécondité des mariages, et par là, au succès des grandes entreprises et à rétablissement de colonies prospères.

Cette rapide analyse permet d'apprécier la valeur comparative des trois régimes successoraux. L'exemple des nations contemporaines les plus puissantes, les plus riches, les plus avancées dans la coru[uëte du globe, telles que l'Angleterre, les États-Unis et le Canada, est plus décisif encore. Il prouve que la liberté de tester, condition et garantie des autres, est seule capable de maintenir le constant équilibre du corps social et de favoriser l'harmonieux développement de tous ses organes (1).

(I) La déclaration suivante d'un cadet de famille anglais fera sentir, mieux que des considérations générales, ces heureux effets de la liberté de tester: " Grâce à la liberté de testiT, les familles anglaises se fondent sur des bases solides, et la dispersion des cadets qui en résulte est la véritable source de la grandeur et de l'influence de l'Angletwre. L'impression que fait cet usage s'accorde parfaitement avec l'harmonie des familles; personne, parmi les

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Famille. — L'organisation que reçoit la famille imprime aux diverses sociétés leur caractère distinctif. Cette organisation présente trois modèles généraux : la famille palriarcale, là famille instable et la famille souche. L'un ou l'autre de ces types prévaut sous l'influence combinée des lieux, des mœurs et de la législation.

A la propriété collective correspond la famille patriarcale. Aujourd'hui, comme au temps d'Abraham, elle s'abrite sous la tente des pasteurs de relient, et elle trouve, d'une part dans l'usage d'un sol disponible abondant, d'autre part dans le respect de la loi divine et de l'autorité paternelle ainsi que dans la pratiffue des

cadets, ne songe à désirer la division des immeubles, des terres de la -juaisou paternelle. Comme cadet, permettezmoi de vous citer un exemple qui m'est personnel, et qui €st très fréquent parmi les familles anglaises. Jlon père, qui avait onze fils, était propriétaire d'un domaine très étendu, mais ayant des obligations hypothécaires à remplir. Si la •division avait été obligatoire, il eût fallu nécessairement vendre les terres, vendre la maison paternelle, obliger les enfants; encore trop jeunes, 1i se disperser, et enfin déranger notre mère. Personne parmi nous ne s'est jamais arrêté à cette idée. Elevés comme les cadets de famille, avons-nous jamais parlé de division ? Non, au contraire : nous ni nous occupions que du quand et du commdht nous partirions, du choix de notre carrière future. Seraicnt-ce les professions civiles? serait-ce l'armée ou la marine? Quel pays choisirions-nous? les Indes, l'Australie ou r.\frique?Voilà, selon ma' propre expérience, les premières pensées des cadets de famille en Angleterre, n

(Observations présentées à la PociiHé d'économie sociale par le commpdore H. Blosse Lynoll, le 23 juin 1807. — liidledii de la Société, 1867-lSGS.''

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coutumes auxquelles elle demeure soumise, les causes permanentes de sa prospérité.. Le père garde auprès de Jui tous ses fils luariés ; il exerce sur eux un pouvoir presque absplu, et, sauf quelques objets mobiliers, la propriété reste commune.

Du jour où la propriété individuelle s'établit, la famille revêt à son tour une forme nouvelle, et elle apparaît elle-même, selon le mode dont s'opère la transmission des héritages, comme 'phémêre ou durable. ,

La famille instable est la conséquence du partage forcé. Les biens paternels sont, d'après ce régime, distriliués en dot aux enf^-kuts et divisés également entre eux à la mort de leurs parents. Alors le domaine est vendu, les héritiers s'cji partagent le prix et la famille se dissout. Les membres qui la composaient, au lieu de se grouper autour d'un même foyer, s'éparpillent ainsi sans cesse pour en reconstituer de nouveaux. Le mépris des traditions, le goi!it du changement, une mobilité perpétuelle carjrctérisent un tel état social. Ce type de famille s^ généralise (larmi nous depuis que la Convention, par le décret du 7 mars l7i};v, et Napoléon, par le Code civil, ont assujetti la France au partage forcé : il s'y substitue de plus en plus à celui de la famille stable ou famille-souche.

Celle-ci se développe d'ordinaire spontanément chez les peuples agricoles qui ont su défendre leurs intérêts privés contre les empiè-

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tements de TÉtat. Elle offre trois traits principaux. Le père s'associe un héritier en le mariant au foyer domegtique ; il choisit,.à cet effet, celui de ses enfants qu'il juge le plus capable de transmettre aux générations futures les éléments de bien-être laissés par le fondateur de la maison. En même temps qu'il lui lègue, par testament, le foyer et l'atelier, il lui impose l'obligation de pratiquer les devoirs du père de famille envers ses frères, ses sœurs et ses propres enfants, qui devront être dotés avec le produit total de l'épargne commune. La fécondité reste en honneur, et la préoccupation constante du père et de l'héritier est d'établir au dehors, en leur assurant les meilleures chances d'avenir, ceux des membres de la famille qui ne préfèrent pas garder le célibat sous le toit domestique.

La famille patriarcale, si l'on néglige quelques cas exceptionnels, rares et derniers vestiges du passé, a disparu de notre Occident. La famille instable , là où elle domine, communique à la société tout entière sa propre inconsistance. La famille-souche, également favorable à l'esprit de tradition dont l'héritier demeure le représentant, et à l'esprit d'individualisme qui jjousse le plus grand nombre de ses rejetons vers les entreprises nouvelles, prévient ainsi les exagérations et procure les avantages de ces deux tendances opposées. Elle a produit sur toute la surface de l'Europe, pendant le cours du

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