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INTRODUCTION. XXXIX

moyen âge, de remarquables types, qui se perpétuent aujourd'hui dans les États Scandinaves, le Holstein, le Ilanovj-e, la Westphalie, la Bavière méridionale, la Carinthie, le Tyrol, les petits cantons suisses, le nord de l'Italie et de l'Espagne. Plusieurs régions de la France, principalement nos montagnes du centre et du midi, conservent encore les mêmes traditions, mais celles-ci s'alTaiblissent de jour en jour dans la lutte inégale qu'elles soutiennent conti'e une législation implacable. Le Play les a décrites au foj-er quatre fois séculaire d'une modeste famille des Pyrénées, que le régime successoral du Code civil vient, il y a quelques années, d'éteindre pour jamais (1).

Enfin, la famille-souche réunit au plus haut degré, et c'est surtout par là qu'elle l'emporte sur la famille instable, les éléments essentiels qu'exige une forte constitution de la vie domestique. Ti'ois conditions y sont requises : la permanence et la propriété du foyer, la saine entente du- rôle qac la fenmie est appelée à y exercer, la plénitude de l'autorité paternelle.

Rien d'intéressant comme d'étudier, à la suite de l'auteur des Ouvriers européens, ces intérieurs variés où se reflète, jusque dans le tableau d'un simple budget domestique, l'existence de leurs humbles habitants. Les cauipagnes de

(1). V. l'histoire delà famille Mélouga dans l'Organisation de la famille, 3° oditioii, avec les appendices.

XL ' introdlm:tioi\.

rOrient et les cités industrielles de rOccident frappent tout d'aburd le regard par un absolu contraste : là, comme, dan* l'Europe du moyen âge, clîaque famille possède et se transmet, de génération en génération, son foyer; ici, elle le tient à location. Ce trait suffit pour marquer la différence de deux états sociaux. Pas de famille solidement constituée là où le foyer n"est pas fixe. Est-il possible d'imaginer un signe de désordre plus navrant que la triste odyssée de cette catégorie d'ouvriers parisiens qui, chassés tons les trois- mois du réduit qu'ils occupent, en cherchent anxieusement, à chaque terme, un nouveau pour abriter leur misère? D'ailleurs le foyer domestique de l'ouvrier, à supposer qu'il ait pu être acquis par des prodiges de sagesse, s'écroulera plus fatalement encore ([ue celui du rîche bouï^cois sous les coups du Code civil, A la mort du père, il faut vendre la maison; elle tombe alors, entre. les mains ji'un spéculateur, qui rétabht aussitôt l'usage des loyers. Tel est l'obstacle, inconnu en Angleterre, . auquel se hej.irtefit, parmi. nous, toutes les sociétés qui, à l'exemple de celle des Cités ouvrières de' Mulhouse, s'étaient donné pour mission d'assurer à l'uuvrier la prupusété de son logis (I). '

(I) Au Congrès international des habitations ouvrières, tenu i\ Paris eu ISS9, M. Cheysson avait présenté le vœu que l'article 826 du Code civil, qui prescrit le partage en nature des immeubles, ne s'appliquât pas au\ petites maisons d'une valeur inférieure à aOOO francs. Ce vœu n'a pas

LNTROUUCTIOiN. XLl

Du jour OÙ rhouilue- devient maître chez lui, la situation morale de la famille tout entière se relève. Celui qui en est le chef voit grandir son autorité, la dignité de la mère y gagne, l'ionneur des jeunes filles trouve un refuge. Enfin, le foyer stable crée la famille forte, où la femme est respectée, où le père est obéi.

De tout temps la condition cjui est faite à la femme a été regardée comme une des causes les plus puissantes de la prospérité ou^de la décadence des peuples. Parmi les modernes, ce sont, aux yeux de Le Play, les Anglo-Saxons cjui ont le mieux compris le rôle qu'il convient de lui assigner, du moins' dairs les classes supérieure et moyenne. Tandis que le mari supporte la charge des devoirs publics et des labeurs professionnels, c'est à la fenmie qu'appartient le -gouvernement du foyer. Ainsi s'explique et se justifie, en ce qui touche Te régime de la propriété, le traitement inégal auquel sont souïnis les deux sexes. A l'homme, la pleine et libre disposition de l'instrument de travail, du domaine ou de l'atelier i)ateniel; seuls, les biens mobiliers sont 'partagés entre tous les enfants. Mais cette inégalité, contraire, en apparence, aux intérêts de la femme, les sert (?n réalité, cor elle ne saurait être recherchée pour sa fortune, et quelle dot lui eût jamais valu un tel gage de bonheur domestique?

('té accueilli; il indiquait pourlant le seul moyeu pratii|ue de letidre l'ouvriei' [iroju'iétaire.

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