XLVIII INTRODUCTION
livre sur la Ric/iesse des nations. 11 y considérait le travail comme une marchandise dont le prix, variable suivant la loi de l'offre et de la demande, est débattu librement entre ouvriers et patrons, lesquels deviennent ensuite, par l'échange du produit et du salaire, quittes de tout devoir les uns à l'égard des autres. C'était le renversement des vieilles coutumes du patronage, qui imposaient au maître l'obligation morale de conserver auprès de lui ses serviteurs fidèles et de veiller au bien-être de leurs familles.
La doctrine d'Adam Smith ne fut que trop favorablement accueillie des patrons, qu'elle délivrait de charges onéreuses au moment même où l'emploi des procédés nouveaux leur offrait des perspectives de fortune illimitées. Sous cette double influence, l'industrie prit un essor prodigieux : en dix ans, de 1777 à 1787, le nombre des ouvriers tisseurs et iileurs s'éleva, dans la Grande-Bretagne, de 7,900 à 352,000. Ni ces inventions ni ces théories ne pouvaient rester confinées dans le pays cjui les avait vu naître. Elles passèrent sur le continent et y amenèrent des résultats semblables.
On ne connut d'abord que les bienfaits du nouveau régime : la richesse en haut, l'aisance en bas, partout l'activité et la vie. Dès le rétablissement de la paix, en 1816, on vit avec joie les victoires fécondes de l'homme sur la matière succéder aux guerres sanglantes qui avaient désolé l'Europe pendant vingt-trois ans. Jlais bientôt, à la suite
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soit d'un excès de production, soit d'un mouvement politique, soit d'une mauvaise récolte, les crises survinrent, et le fléau des chômages commença ses ravages périodiques. Le salaire des ouvriers fut réduit; il ne suffit plus à les nourrir. La nécessité arracha les femmes à leurs foyers et les enfants à leurs jeux, pour les entasser, sans distinction d"àges ni de sexes, dans les ateliers ou dans les mines. La famille se désorganisa ; elle cessa, pour ainsi dire, d'exister. Cependant les usines se umltipliaient de toutes parts autour des nouveaux bassins houillers, loin des églises et des écoles. En proie tantôt à une .activité fiévreuse, tantôt à une oisiveté plus meurtrière encore, exposées à toutes les tentations, destituées de tout secours moral, des populations entières se livrèrent alors à d'effroyables excès, que certains documents officiels anglais qualifièrent de bestialité, et tombèrent dans un état de misère habituelle pour lequel il fallut inventer le mot de paupérisme.
La liberté du travail doit-elle néanmoins être maintenue, et le paupérisme peut-il être conjuré ou guéri? Les deux questions se tiennent, car si le paupérisme, avec son hideux cortège de désordres et de vices, était le résultat fatal du nouveau régime industriel, cehii-ci, malgré les titres dont il a le droit de se réclamer, serait justement condamné et maudit. Le Play regardait la liberté du travail, nonobstant les abus qui