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LIV INTRODUCTION

que l'éclame toute action collective, ni aux natures énergiques, qui se sentent capables de voler de leurs propi-es ailes. Elles favorisent exclusivement cette catégorie restreinte d'ouvriers qui se prêtent, par leur bonne conduite, aux exigences du travail en commun, sans posséder l'initiative indispensable au succès i?ous le régime de la liberté. '

lieste le patronage. Le patronage, tel est, en effet, suivant Le Play, le seul remède efllcace du paupérisme et le correctif essentiel de la liberté. Ici, comme ailleurs, il n'avait i^as cherché la solution du problème dans quelque idée préconçue, il l'avait demandée à une consciencieuse et patiente observation. Après avoir étudié sur place, pendant plus de vingt-cinq ans, les diverses sortes d'ateliers de l'Europe, il avait constaté que tous ceux où régnent le bien-être et la paix présentent six caractères communs : 1° la permanence, jadis obligatoire, mais volontaire aujourd'hui, des engagements entre ouvriers et patrons ; 2° leur entente complète sur le salaire ; .3° l'alliance des travaux de l'atelier et des industries domestiques ; 4° les habitudes d'épargne qui assurent la dignité de la famille et l'établissement de ses rejetons ; 5° l'union indissoluble de la famille et du foyer; 6" le respect et la protection garantis à la femme.

Or, l'ensemble de ces pratiques ne se rencontre que là où un patronage inleUigent et dévoué

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a SU les instituer. Si ces o))servations sont exactes (I), la supériorité du patronage est

(1) Tout indique qu'elles doivent l'être, non seulement l'autorité de celui qui les a consignées, mais le témoignage concordant qui ressort de trois grandes enquêtes, entreprises à cinquante années d'intervalle, soit en France, soit dans les deux mondes. En 1840, Villerraé reçut de r.\cadémie des sciences morales et politiques la mission de faire des recherches sur V état physique et moral des classes ouvrières. Voici les dernières lignes de l'ouvrage oii il en expose les résultats : « Sans l'aide des chefs de Tindustrie, il serait impossible d'améliorer les mœurs, le sort de leurs travailleurs, tandis que, s'ils le voulaient, eux-mêmes le pourraient sans l'aide de personne. C'est ce patronage bien compris, bien exercé, qui peut le plus efficacement contribuer à l'amélioration du sort et de la morale des ouvriers. » (Villermé, Tableau de l'état physique et moral des ouvriers. II. 371, 372.)

A l'occasion de l'Exposition universelle de 1867. un nouvel ordre de lécompenses, ainsi qu'on l'a vu, avait été institué, sur la proposition de Le Play, en faveur des ateliers modèles. M. Monnier, maître des requêtes au Conseil d'Etat et attaché au jury chargé de décerner les prix, s'exprimait ainsi le 3 juin 1868, devant la Société d'économie sociale : « C'est encore le patronage, et presque seulement le patronage qui, dans cette vaste enquête, aux Etats- Unis comme en Europe, s'est manifesté comme une force active, féconde en résultats importants. Là, dans ce dévouement du patron à ses ouvriers, dans cette sollicitude pour leur bien, qui se traduit en paroles, en exemples, en actions, en une intervention directe et constante, se trouve la vraie puissance; rien n'y supplée, et elle-même au besoin supplée aux institutions. » {Bulletin de la Société d'économie sociale, 1867-1868.)

Enfin, M. Cheysson, chargé en 1889 d'organiser aux Invalides la section XIV, consacrée aux œuvres du patronage, rendait compte, dans les termes suivants, du spectacle qu'il avait eu sous les yeux : « L'impression que fait naître la

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suffisamment démontrée : seul, grâce aux obligations morales qu'il impose et aux rapports d'affection qu'il établit entre les classes, il possède le véritable secret de l'harmonie sociale. Mais- c'est à la condition qu'il saura s'exercer avec tact et ménagement. Le Play remarquait qu'il ne porte tous ses fruits que si le patron s'ingénie à dissimuler son action et à éveiller, chez ses ouvriers, le sentiment de leur propre initiative.

Les patrons soucieux du sort de leurs ouvriers ne sont pas rares en France, mais ils se heurtent à un double obstacle. D'une part, l'esprit révolutionnaire, triste résultat de nos discordes civiles, soulève contre eux les méfiances et les haines ; d'autre part, nos lois successorales, en gênant la libre transmission de l'atelier du père au fils,

section XIV, c'est à la fois celle de l'importance du patronage etcelle de son exteusiou... Les patrons ont compris que les bons rapports avec leur personnel étaient une nécessité économique, et que le plus sûr moyen de les obtenir était d'améliorer le sort de leurs ouvriers. De là ces mille combinaisons dont la section XIV nous révèle l'admirable épanouissement, c'est une marée bienfaisante qui monte. » M. Cheysson confirme encore sur uu autre point l'exactitude des observations de Le Play : « En même temps que la généralisation du patronage, l'Exposition en atteste la transformation. L'ouvrier est émancipé et ne souffrirait plus aujourd'hui que, même pour lui faire du bien, on portât la moindre atteinte à son indépendance dont il est fier et jaloux. Cette disposition un peu farouche et ombrageuse est celle de la plupart des esprits ; les patrons avisés en tiennent très grand compte. » {Conwiunication faite à la Société d'économie sociale le 13 juin 1889.)

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