INTRODUCTION. LXI
ration, et, s'il était possible, à l'imitation de ses concitoyens.
Tandis que la constitution britannique s'efforce d'assurer à toutes les classes les satisfactions légitimes qu'elles poursuivent, chaque gouvernement, chez nous, s'est attaché, depuis deux siècles, à faire triompher quelque principe exclusif. La monarchie absolue avait dit, par la bouche de Louis XIV : L'État, c'est moi ; la Révolution, par la plume de Siéyès, prétendit à son tour que le Tiers-État devait être tout. Trop fidèles à ce même esprit, les divers régimes qui se sont succédé depuis lors ont rivalisé d'intolérance à l'égard des intérêts qui leur ont paru suspects. La centralisation, ou, pour mieux dire, la bureaucratie, tel a été leur docile instrument. Ébauchée par les légistes de Philippe le Bel, perfectionnée par les intendants de Richelieu et de Golbert, léguée par l'ancien régime au nouveau, elle n'a jamais cessé de grandir, parce qu'elle est, dans une société désorganisée, la seule institution permanente, la seule que toutes les révolutions respectent et que tous les gouvernements fortifient, afin de s'en servir. Or, en dispensant les citoyens de penser et d'agir, en se substituant à eux dans la gestion de leurs propres affaires, elle énerve et paralyse la nation. Rendre aux divers organes de la commune, de la province et de l'État, avec la responsabilité de leurs actes, la vie dont une bureaucratie tyrannique les a dépouillés, telle est donc la
LXU liSTRODUCTION.
difficile, mais nécessaire réforme qui s'impose à la France.
La Commime. — Paiiout, à l'origine, la commune s'est spontanément constituée en adoptant des usages qui répondaient à ses besoins. Ainsi s'explique l'indépendance et la prospérité dont elle a joui pendant le moyen âge. Mais, à partir de IGGl (1) nos divers gouvernements, sous l'inspiration de légistes ignorants et dédaigneux des mœurs rurales, se sont persuadé qu'ils pouvaient remplacer ces coutumes variées par une législation uniforme. Ils ont détruit ou mutilé, au gré de leurs intérêts et de leurs passions, les libertés municipales, et créé une organisation communale factice. La tradition nationale et l'exemple des peuples étrangers conseillent également d'établir une différence entre les institutions de la vie urbaine et celles de la vie rurale, entre la ville ou cité d'une part, la paroisse ou commune, de l'autre.
Dans nos villes, les attributions des magistrats municipaux ne s'écartent pas sensiblement de ce qu'elles sont partout ailleurs, mais l'exercice de leurs fcmçtions est trop étroitement subordonné à la tutelle de l'autorité supérieure, c'està-dire de la bureaucratie. On allègue, pour moti= ver cette dépendance, l'inaplilude gouvernementale des élus, et l'esprit révolutionnaire des élcc-
1,1) Anni^e où commença, après la niorl \le Mazarin, le gouvernement personnel de Louis XIV.