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centre de leurs chanip?. Les jeunes gens qui se marient n'habitent jamais la maison natale, tant qu'elle est occupée par les parents. Souvent même, ils vont de bonne heure chercher du travail au dehors. Enfin, la stérilité du mariage étant un des traits ordinaires de ce régime, les habitations se réduisent aux proportions strictement suffisantes pour loger deux époux et deux jeunes enfants. Le bétail, toujours rare, ne réclame que des étables do petite dimension. Ces étables ne sont point une dépendance nécessaire des habitations; elles s'y réunissent cependant au moyeu d'un réseau de rues fort compliqué q.ui se prête, sous ce rapport, à toutes les combinaisons qu'exige la composition variable des domaines. Le riche, outre son habitation, possède plusieurs étables éparses. Le pauvre s'installe dans un bâtiment d'étable avec un porc et quelques brebis. Les simples salariés, qui ne jouissent point encore de leur lambeau d'héritage, occupent, en qualité de locataires, les plus misérables locaux. Ainsi enchevêtrées et réduites à ces proportions, les habitations d'hommes et d'animaux se plient sans résistance à toutes les exigences du Partage forcé et de l'agiotage rural.
Le territoire dépendant du village se prête plus facilement encore à ces mêmes combinaisons. 11 se compose habituellement de 800 à 1,500 hectares, en sorte que la distance moyenne du village aux champs les plus éloignés varie do
1,500 à 2,000 mètres. Lorsque la nature du sol, du climat et des productions n'y résiste pas absolument, cette banlieue est débarrassée des plantations, des clôtures, des fossés, et en général de toute particularité qui donnerait à un point quelconque un caractère d'individualité. Elle est d'ailleurs subdivisée en parcelles qui se comptent par milliers. Celles-ci conservent, dans le sens de la longueur, au moins cinq décamètres; car c'est seulement à cette condition que le travail des animaux de labour, en se continuant sans interruption pendant une minute, reste plus économique que l'emploi de la bêche. Mais le morcellement est, pour ainsi dire, sans limites dans le sens de la largeur, car elle se réduit parfois à l'espace occupé par quatre traits de charrue. A'écessairemeut rebelle à toute culture méthodique, cette organisation reste cependant soumise à un certain art que l'observation fait découvrir. Ainsi, pour diminuer autant que possible la confusion et les conflits qui résultent de l'exploitation simultanée de tant de parcelles, les propriétaires se concertent avec les autorités locales pour établir dans chaque région l'uniformité des cultures, et même celle des époques assignées aux charrois, aux récoltes et au pâturage des bestiaux. Ces règlements prohibitifs ont à leur tour pour résultat d'exagérer le morcellement dont ils sont la conséquence forcée. Chaque propriétaire, en effet, ne peut inti'oduire de la régularité dans ses travaux qu'en
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acquérant des surfaces à peu près égales dans les trois régions d'assolement (1). Il suit de là qu'à chaque iicitation nouvelle, toutes les sections d'un domaine peuvent être divisées en autant de parts qu'il y a d'héritiers. Ceux-ci, pour conjurer les chances d'inégalité dérivant de la diversité des sols, sont dès lors conduits à poursuivre, jusque dans la moindre parcelle, l'application du système de partage.
Cette tendance n'est nullement combattue par l'intérêt qui, dans les autres organisations rurales, porte chaque propriétaire à réunir autant que possible, par voie d'échange ou d'achat, les parcelles contiguës. En effet, cette réunion, avantageuse seulement pour la culture, diminuerait, dans cette organisation factice, la valeur vénale du sol. Les propriétaires les plus inteUigents, s'inspirant des principes qui dirigent nos spéculateurs de bourse, recherchent avec empressement les fonds qui sont d'une vente facile. Or cet avantage appartient surtout à ceux qui, se composant de parcelles disséminées dans toute la banlieue, peuvent être convoités, dans une vente à l'encan, parla population entière. Ces ventes de biens sont elles-mêmes un des traits les plus curieux de cette singulière organisation : elles
(I) L'assolement triennal, qui se maintient avec persistance dans ce systcnie agricole, comprenil ordinairement: un grain d'automue. un grain de printemps et une jachère sur laquelle les moutons de tout le village, conduits par le berger communal, trouvent un maigre pâturage.
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occupent une classe spéciale d'entremetteurs qui excellent à sliinuler l'appétit de la propriété, non sans recourir aux libations du cabaret. Faites pour la plupart à crédit, les ventes ouvrent, en outre, aux prêteurs d'argent une nouvelle source de profits. Poussée jusqu'à ces limites, la mobilité du sol devient aussi ruineuse pour les petits propriétaires que lucrative pour les parasites qui vivent à leurs dépens.
g XV. — Dislril)ution géographique; partage facile; culture entravée.
Les villages à banlieue morcelée ne se forment guère que sous le régime du Partage forcé, et dans de vastes plaines dénuées de clôtures, de forêts et de cultures arborescentes. Ils sont à peu près inconnus dans l'orient, le nord et le centre de l'Europe. Ils commencent à se montrer dans le Wurtemberg, le pays de Bade et le Palatinat. En Alsace et en Lorraine, ils sont fort répandus parmi d'admirables domaines à famillesouche. Dans les plaines crayeuses qui s'étendent en Champagne, à l'est du plateau de la Brie, ils occupent sans mélange des district? entiers.
Ces petits domaines ruraux, constitués en vue d'un partage commode, ne subissent pas, à la mort du père de famille, les secousses qui désorganiseraient les domaines agglomérés. La lici talion d'un domaine morcelé est toujours facile.
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soit que les héritiers partagent en nature les bâtitueuts et les terres, soit qu'ils se les adjugent à l'enchère, avec concurrence des autres habitants du village. Mais si les désastres sont rares au nioment des partages, le mal est profond et permanent dans l'exploitation des domaines. Ainsi, pour une même surface de terre cultivée, les transports y sont huit fois plus coiisidérables (1) que sur les domaines agglomérés. Les matières fécondantes, si bien mises à profit sur ces derniers, se dispersent improductivement pendant de longs transports. Ces banlieues morcelées sont impropres à l'emploi des machines agricoles, et par conséquent rebelles atout perfectionnement. Dans les régions qui ne jouissent pas d'une grande fertilité naturelle, ce système est particulièrement désastreux; car les règlements qui imposent l'uniformité du mode de culture y soumettent les pi'opriétaires les plus intelligents à l'esprit de routine de la majorité'. C'est ainsi que, dans nos plaines morcelées de la Champagne, les conseils municipaux conservent avec ténacité, malgré les tendances de la loi du 28 septembre 1791, les jachères et la vaine pâture qu'on ue rencontre plus aujourd'hui, en
(1) Un calcul géoiiiftrique démoutre, en oITet que les iloniaines aggli)nié.ii^s do 10 ù 20 hectares trauspoifent moyennement leurs iustrumeuts, leurs fumier.s et leurs récoltes à des distances de 120 a 170 mètres; tandis que. dans les villages ù banlieue morcelée (de 800 à 1,200 hectares), ces distances moyennes s'élèvent, pour tous les domaines, de 1,060 à 1,300 mètres.
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Europe, dans une seule région à domaines agglomérés.
§ XVI. — Inégalité des conditions malgré l'égalité des partages.
Cette déplorable constitution des banlieues morcelées est loin d'offrir les avantages matériels et moraux que se flattent d'obtenir les partis politiques qui, depuis 1793, poursuivent à tout prix la division de la propriété rurale. On n'y trouve point cette intime union de l'homme et du sol, qui se montre si bienfaisante chez les familles-souches, à domaines agglomérés. La propriété des parcelles de terrain devient aussi mobile que celle des valeurs de bourse; et déjà même on voit les riches habitants de ces régions mener de front les deux sortes d'agiotage.
Ce régime n'achemine point les familles vers l'égalité. Loin de réaliser cette pensée favorite des niveleurs de 1793, il a partout abaissé la condition des classes inférieures, en multipliant les salariés. Le régime de la famille-souche, qui associe la population entière à la jouissance de la propriété, conjure au contraire le développement des grandes inégalités sociales. Souvent même l'égalité des fortunes vient compléter l'égalité des conditions; car en l'absence de salariés, l'étendue de chaque héritage tend à se mettre en rapport avec le nombre habituel des bras de la famille. L'état d'équilibre produit à la
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longue par celte influence ne peut guère être détruit. L'héritier-associé est porté, par honneur et par intérêt, à conserver intégralement le bien patrimonial. Lors même qu"il prospère plus que ses voisins, il ne peut acheter leurs domaines; car il est obligé par la Coutume d"attribuer à titre de dot ses profits aux frères, aux sœurs, et aux enfants associés à ses travaux. Plus que toiite autre institution, la famille-souche neutralise donc reflet des inégalités naturelles : elle perpétue, par exemple, dans les campagnes de la Suisse et de la Norvège, les habitudes de liberté et d'égalité que la famille instable n'a pu fixer dans nos. districts ruraux.
Nos petits propriétaires instables ont dès le mariage une situation indépendante. Eu cas de revers, ils n'ont rien à attendre de la parenté; en cas de succès, ils n'ont envers elle aucune obligation. Cette organisation rurale ne diminue donc point l'inégalité des individus : elle l'augmente, au couti'aire, selon la diversité de leurs aptitudes. Tantôt l'exploitation rurale se compose d'une seule parcelle, qui réclame à peine, chaque année, quelques jours de travail du propriétaire ; et celui-ci s'emploie habituellemeat au service de ses riches voisins. Tantôt elle atteint les proportions de la grande culture; et le propriétaire n'y peut suffire qu'avec le concours d'un nombre considérable de salariés.
L'assiette des domaines varie sans cesse, en raison des qualités ou des défauts de chaque
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iamille, et des occasions fréquentes Je vente ou d'achat, amenées par les incidents de chaque existence. Les jeunes ménages issus d'une famille aisée, adonnés au travail, portés à l'épargne et pourvus d'un sens droit, évitent les embûches des marchands de biens ; ils échappent par une stérilité systématique aux charges du mariage et poussent rapidement leur fortune. Chaque année ils réunissent de nouvelles parcelles à leur domaine, qui s'accroîtra d'ailleurs à la mort des parents, par l'adjonction d'une part d'héritage. Quant à ceux, au contraire, qui sortent de familles pauvres, qui manquent de prévoyance et de discernement, qui ne se soumettent qu'avec répugnance au travail, ou qui conservent la tradition des mariages féconds, ils restent rivés à la condition de salariés. Leur situation s'aggrave môme quand, plus avancés en âge, ils croient avoir l'obligation de soutenir leurs vieux parents.
Ainsi se multiplient dans le nord de la France ces propriétaires pauvres que les paysans enrichis traitent açscz •durement, en les désignant volontiers sous le nom àa petites rjetis (l). Ainsi
(1) J'ai souvent entendu, par exemple, les propriétaires enrichis des villages du bassin de Paris qualilier ainsi les salariés qu'ils emploient. Le sot orgueil de ces parvenus n'existe point chez les propriétaires ;V famille-souche. Inconnu en Orient, il se développe en France, à mesure que la richesse prend le pas sur la noblesse des sentiments. La classe. des salariés est donc plus intdressco que les autres à repousser les tristes d;)ctriues (jui poursuivent partout,
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se recrute, dans les campagnes, uu paupérisme non moins dangereux que celui des villes et des manufactures. Par un enchaînement de conséquences peu remarqué jusqu'à ce jour et cependant inévitable, nos lois civiles entretiennent donc aujourd'hui, par le Partage forcé, l'inégalité entre les petits propriétaires ruraux et les salariés, comme elles le maintenaient autrefois, par le droit d'aînesse et le privilège, entre les nobles et les bourgeois. C'est parmi les propriétaires indigents des villages à banlieue morcelée que se rencontrent les plus malheureux types de familles instables. La possession de quelque parcelle éloignée, impropre au jardinage, contribue peu à leur bien-être ; et, en les retenant dans la localité, elle les empêche de se faire, dans la région contiguë, un sort plus supportable.