XIV INTRODUCTION
tion de la société française, il s'effraya lui-même de l'effort d'attention qu'il demandait à la frivolité de ses contemporains. « Me voici assuré que mon livre aura au moins un lecteur », dit-il en riant à un de ses collègues du Conseil d'État qui l'avait aidé à corriger les épreuves. Il se trompait : l'ouvrage parvint, de son vivant, à la sixième édition, et associa, dans une admiration commune, des espi'its d'élite peu disposés d'ailleurs à se goûter et à s'entendre. Sainte- Beuve, après l'avoir lu, proclamait l'auteur « un Bonald rajeuni, progressif et scientifique » ; Montalembert, de son côté, écrivait : « Je n'hésite pas à dire que Le Play a fait le livre le plus original, le plus utile, le plus courageux et, sous tous les rapports, le plus fort de ce siècle (1). » Mais ce que le Play recherchait plus encore que des lecteurs, c'étaient des' auxiliaires. Aussi changea-t-il, vers cette époque, son mode de travail solitaire, pour une vie d'apostolat. 11 avait déjà recruté c[uelc|ues disciples destinés à devenir bientôt des maîtres, MM. de Ribbe, Claudio Jannet, Cheysson, auxquels se joignit un peu plus tard M. Delaire. II redoubla d'activité, multipliant les entretiens, les correspondances avec tous ceux qu'il espérait pouvoir échauffer de son zèle. En même temps il extrayait de la Réforme sociale un petit livre, le plus
(1) Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, IX ; Montalembert, lettre du 8 janvier 18(36.