SALAIRE MOYEN
en 1857.
en 1887.
De Tapprentissage à la Groiz-Ronsse.
L'apprentissage, qui a été le mode de recrutement du personnel employé à Lyon pour le tissage des étoffes de soie, a été de tout temps Vobjet de règlements minutieux qui prouvent Tintérét qu'on attachait à cette institution.
Le conseil des prud'hommes de notre ville avait tout spécialement dans ses attributions et a encore la surveillance de rapprentissage et le règlement des différends qui s'élèvent entre patrons et apprentis.
L'apprentissage donnait lieu à un contrat fort sérieux entre le chef d'atelier et les parenfs de l'enfant. Le maître logeait et nourrissait ordinairement l'apprenti et prenait l'engagement de lui enseigner sa profession ; ce dernier était, par contre, tenu de travailler dans des conditions de durée et de rémunération qui permettaient au chef d'atelier de réaliser un profit et de se payer des soins qu'il avait pris pour former l'apprenti.
On comprend combien l'étude de la profession de tisseur était faite dans des conditions favorables. L'enfant vivait dans la famille du chef d'atelier; il était initié peu à peu à tous les procédés, & tous les tours de main du tissage; il assistait au montage des métiers au moment des changements d'articles si nombreux à cause des exigences de la consommation.
Il y avait là une éducation professionnelle par les yeux,
les oreilles et les mains. C'est dans ces conditions qu*ont été formés ces habiles chefs d'atelier qui tissent avec tant de perfection les articles les plus riches, les plus compliqués, d'une exécution la plus diffîcile, et sont les collaborateurs si utiles de nos fabricants de façonné et d'ameublement.
Pourquoi parler au passé, pour ainsi dire, d'une institution qui a rendu de pareils services? La décadence de l'apprentissage à la Croix-Rousse est en effet manifeste. La tendance universelle de produire au meilleur marché possible a conduit la fabrique lyonnaise à, transporter graduellement et depuis un demi-siècle le tissage en dehors de Lyon et dans tous les départements voisins. On a établi d'abord des métiers à la main dans les villages, puis on a réuni un grand nombre de métiers à la main dans une usine, enfin on est arrivé à l'usine avec moteur mécanique, dans laquelle la division du travail est poussée aussi loin que possible.
Il s'est donc produit ce fait que le nombre de mètres de tissu produit par la fabrique lyonnaise est allé toujours en augmentant pendant que le nombre des métiers n'a fait que diminuer à la Croix-Rousse, et cela tout particulièrement dans ces dernières années. On a donc cessé de former des apprentis dans les petits ateliers. La reprise actuelle du façonné permet de constater le premier résultat : les ouvriers sachant tisser le façonné sont trop peu nombreux; l'offre de travail dépassant la demande, les prix de façon ont sensiblement augmenté.
Formera-t-on de nouveaux apprentis ? C'est une question de durée de la mode du façonné ou du bel uni. Et encore, les causes qui ont amené le transport du tissage lyonnais et qui ont fait établir les usines à moteur mécanique pourront reproduire leurs effets pour Tarlicle façonné. Le petit atelier conservera probablement encore
longtemps son existence, mais sur une échelle restreinte et pour des articles spéciaux.
L^apprentissage à la Croix- Rousse suivra naturellement le sort des petits ateliers.
Note sur Tapprentissage dans Tindustrie de la teinturerie en soie à Lyon.
Il y a trente ou quarante ans, Tindustrie de la teinture se recrutait uniquement au moyen de l'apprentissage. Des jeunes gens de la ville ou de la campagne faisaient, avec les maîtres teinturiers, de véritables contrats, que souvent Ton passait devant notaire. L'apprentissage durait trois ans, dans les ateliers de teinture en noir, et quatre ans dans ceux de teinture en couleur.
Aujourd'hui l'embauchage des manœuvres fournit la part la plus large du personnel de la teinture, et l'apprentissage, la plus petite. Gela tient à des causes multiples dont les principales sont l'extrême division du travail et l'introduction des machines :
[^ L'extrême division du travail a augmenté en raison directe de l'importance grandissante des ateliers, qui devaient donner satisfaction aux besoins toujours croissants de la production. Anciennement toutes les opérations et manipulations s'effectuaient dans un local restreint et par un petit nombre d'ouvriers. L'apprenti était ainsi initié successivement à chacune d'elles. Lorsqu*il possédait la connaissance de ces diverses opérations et manipulations, l'apprenti était appelé dans les ateliers de teinture en couleur à teindre lui-même. Mais alors, le plus souvent, les procédés de teinture offraient dans l'application plus de difficultés que de nos jours. On employait surtout les matières colorantes végétales, lesquelles exigent l'emploi des
mordants et des combinaisons d'application très variées. La découverte des nouvelles couleurs dérivées de la houille a simplifié, en beaucoup de cas, les procédés de teinture et rendu plus facile la profession de teinturier;
2<^ L'introduction des machines, non seulement comme force motrice, mais encore comme* agents de main-d'œuvre, a nécessairement amené la suppression d'opérations faites jadis à la main. Tout a donc concouru à la simplification du travail manuel, ce qui parait expliquer l'indifférence présente à faire des apprentis. En dehors d'un certain nombre de sujets d'élite, recrutés le plus souvent par l'ancien mode de l'apprentissage, la plupart des travailleurs remplissent surtout un rôle de manœuvres. Par ce terme, qui ne doit pas être pris en mauvaise part, nous entendons qu'un homme peut exécuter le travail qu'on lui confie presque sans initiation préalable et dans un temps relativement limité.
L'apprentissage dans le tissage de la soierie & Lyon.
Si Ton admet que le tissage est une des branches les plus importantes de notre industrie nationale, rien de plus justifié que les craintes que peut faire naître la concurrence moderne à outrance, source principale de si nombreux chômages. Aussi doit-on, pour en avoir une intelligence exacte, analyser minutieusement les causes multiples de son apparente décadence .
Un examen rétrospectif de la question ne sera pas déplacé, et sans pousser nos investigations au delà de l'application de la mécanique Jacquard, il est cependant indispensable d'indiquer sommairement l'état de cette industrie immédiatement avant cette grande amélioration dans le tissage.
Gomme nous n'avons en vue, dans cet aperçu de la question, que Texamen des conditions de l'apprentissage dans le tissage de la soie à Lyon, nous nous bornerons à ce qui y est relatif.
Depuis la liberté du travail proclamée en 1789 jusqu'à Jacquard, les tisseurs à Lyon exerçaient, à peu près tous, leur métier de père en fils, et les quelques apprentis qui se formaient en dehors des familles de tisseurs subissaient l'arbitraire des chefs d'ateliers. Une règle, cependant, ten-> dait à se généraliser, à savoir que l'apprentissage comportait quatre ou cinq années, selon Tàge de l'élève ou l'exigence du patron.
Cet état de choses ne pouvait durer à cause des conflits dont le nombre allait toujours croissant, non seulement entre élèves el chefs d'ateliers, mais encore entre patrons et fabricants. Une institution fut établie en i806 pour essayer de concilier les parties en appliquant les usages généralement admis et en rapport avec l'esprit du temps : nous voulons parler de la juridiction du Conseil des prud'hommes. Cette assemblée judiciaire possède, en effet, dans ses attributions l'application du contrat d'apprentissage. L'usage avait bientôt fixé le temps de cet apprentissage à quatre années pour le façonné et à trois années pour l'uni.
Le chef d'atelier doit à son apprenti, outre les connaissances de sa profession, la nourriture, le coucher et le blanchissage. L'apprenti doit en retour trois ou quatre ans de travail, selon le genre, sans interruption, sauf une demi-journée les dimanches et fêtes.
Après six mois d'apprentissage, l'apprenti ou l'élève peut recevoir une certaine rémunération évaluée à un sixième du prix de façon.
Telles sont les conditions de l'apprentissage dans le tissage de la soierie à Lyon depuis bientôt un siècle. Il n'a
pas dépendu des tisseurs que ces conditions soient au-> jourd*hui lettres mortes, faute d'aliment. En effet, les tisseurslyonnais aiment passionnément leurs petitsateliers, et la plupart verraient avec joie se perpétuer cette condition industrielle, mais les chômages dont la périodicité se multiplie de plus en plus, les contraignent, non seulement à ne pas faire d'élèves, mais encore à donner d'autres professions à leurs enfants.
L'amour porté par eux à leurs petits ateliers, qui leur permettent la vie en famille, ne connaît pas de bornes, et malgré Tesprit de progrès et de perfectionnement dans l'outillage, dont la plupart sont animés, ils repoussent impitoyablement toute innovation qui tend de près ou de loin à ce qui pourrait leur faire perdre ce qu'ils considèrent, à bon droit, comme leur bien suprême.
Cet esprit, bien qu'il ne réponde pas absolument aux lois économiques actuelles, peut, cependant, si chacun s'y prête, fournir une belle carrière à la production d'étoffes riches et soignées.
C'est en ce sens que les esprits véritablement soucieux de la prospérité et de notre industrie et de son renom doivent diriger leurs efforts en se laissant guider par les usages multiples qui font partie des traditions lyonnaises.
ROMAIN, Chef^ cC atelier, — Membre de la Section d'Économie sociale.
Note sur l'organisation des hospitalières (sœurs) des hôpitaux civils de Lyon.
L'institution des Sœurs hospitalières de Lyon remonte au XV» siècle. D'abord recruté parmi les filles repenties, le corps des hospitalières reçut bientôt dans ses rangs des filles d'un passé exemplaire. En 1526, un costume leur fut donné et, dès la fin du xvi« siècle, les délibérations des
recteurs établissent que ces infirmières seront les servantes des pauvres et ne seront pas des religieuses.
En 16 ii, une prétendante, Louise Soyr, voulut, au moment de la croisure^ mettre pour condition de son engagement qu'elle prononcerait des vœux solennels la séparant à jamais du monde. Sa demande fut repoussée par Tadministration hospitalière parce que* THôtel-Dieu n*était pas un couvent, mais une maison hospitalière où il n'existait point de religieuses, mais seulement des filles volontairement appelées au service des pauvres, qui ne devaient recevoir Thabit que de la main des recteurs, et qui, libres elles-mêmes de se retirer, pouvaient aussi être congédiées.
Ce caractère particulier s'est maintenu sans altération jusqu'à nos jours, ainsi qu'en témoignent les termes du contrat qui intervient entre le Conseil d'administration et l'hospitalière, lorsque, après quinze années de bons et loyaux services comme novice d'abord, puis prétendante^ elle est adoptée par l'administration, reçoit la croix d'argent et prend rang parmi les sœurs désignées sous le nom de croisées. L'administration s'engage à lui fournir jusqu'à la un de ses jours la nourriture^ les vêtements et autres choses nécessaires^ tant en santé qu'en maladie^ lors même qu'elle serait atteinte de maux incurables, »
L*administralion conserve la faculté de congédier les sœurs croisées en cas de fautes graves. Cette révocation ne peut être prononcée que par le conseil.
« De leur côté les sœurs restent libres de se retirer quand bon leur semblera sans que de part ni d^ autre il puisse être réclamé aucune indemnité ni dommages et intérêts.
La liberté des sœurs hospitalières, même croisées, est donc entière. Néanmoins il est extrêmement rare qu'elles eu usent. Il est peut-être plus rare encore que le conseil d'administration ait à prononcer une révocation. Celui qui écrit ces lignes et qui siège depuis onze ans dans le con-
seil n'a souvenir que d'une seule révocation, prononcée à. la suite d'insubordination persistante.
Le respect réciproque que de part et d'autre on conserve pour le contrat librement consenti est la preuve la plus éloquente de la sincérité des vocations des sœurs hospitalières de Lyon et de l'excellence de l'institution.
Le nombre total des sœurs hospitalières dans les sept hôpitaux ou hospices lyonnais est de 800 environ, dont moitié ou un peu plus de sœurs croisées comptant quinze ans de services et au delà. L'autre moitié comprend les prétendantes qui ont moins de quinze années de services et les novices qui sont encore dans la première année de leur stage. Le nombre moyen des sœurs invalides el des malades doit approcher de cinquante.
Deux tiers de ce personnel sont employés dans les salles au service des malades.
Un tiers dans les services auxiliaires : cuisines, lingerie, taillerie, bains, pharmacie de vente, etc.
Marius duc.
Administrateur des hospices.
Note sur les ateliers d'apprentissage dirigés par M. Tabbè Boisard, rue de Grèmieaz, 13, à Lyon.
La pensée fondatrice des ateliers d'apprentissage diri* gés par M. labbé Boisard est née d'une double misère de l'enfant du peuple : misère morale et misère industrielle.
Misère morale. Elle est connue de tous. L'enfant pauvre, à treize ans, n'est pas capable de se conduire ni de résister aux entraînements de ses mauvais camarades ou aux exemples des ouvriers pervertis qu'il rencontrera fatalement. 11 perd alors toute idée religieuse ou morale.
Misère industrielle. On ne fait plus d'apprentis. La petite industrie prend, sous le nom d^apprentis, de petits garçons
de peine qui, entre deux courses, voient travailler les ouvriers pendant qu'ils mettent de l^ordre dans Tatelier. Eux-mêmes travaillent rarement. La grande industrie avec ses machines ne peut que très difGcilement faire des apprentis; en tout cas, elle ne fait que des spécialistes, quand ce ne sont pas de simples manœuvres.
M. l'abbé Boisard a voulu, dans la mesure de ses forces, parer à cette double misère en faisant des apprentis élevés chrétiennement et forts dans leur métier.
Moyens. — Pour le premier de ces buts, M. Boisard a suivi les traditions religieuses, et il donne à ces enfants une vie morale aussi forte que libre. C'est cette liberté précisément qui fait le succès de l'œuvre.
Pour le deuxième but, c'est-à-dire pour arriver à l'instruction technique, complète et forte, l'œuvre possède dans ses ateliers des ouvriers habiles qui font la besogne avec les apprentis. Ceux-ci font donc des travaux utiles et sont constamment stimulés par la nécessité de bien faire; cette nécessité imposée par les clients et par la concurrence est en même temps une condition importante pour l'éducation des jeunes apprentis. On fait sous leurs yeux et avec eux ce qui se fait de mieux en chacun des genres divers auxquels ils sont employés.
Il y a lieu de faire observer que les apprentis, au nombre de trente environ, reçoivent, à titre bienveillant, une large rémunération basée sur leur travail et sur leur bonne volonté, rémunération telle, qu'après cinq ans, ils peuvent sortir avec 1,000 à 1,500 francs d'économie, leurs outils et leur état.
Telles sont les grandes lignes de Pœuvre des Ateliers d'apprentissage de M. l'abbé Boisard.
{Communication faite par M. Vabbé Boitard.)
Note sur renseignement primaire et professionnel donné aux sœurs hospitalières des hôpitaux oivils de Lyon.
D'après les aDciens usages, les jeunes filles admises dans les hôpitaux civils de Lyon, comme hospitalièresnovices, n'étaient reçues qu'autant qu'elles savaient lire et écrire ; mais les notions qu'elles possédaient étant parfois trop sommaires, des écoles furent établies dans les diverses maisons pour développer leur instruction.
Ces écoles ont été perfectionnées et, en quelque sorte, réorganisées depuis quelques années grâce à l'initiative de M. Hermann Sabran, président du conseil général d'administration des hospices civils de Lyon; elles sont ouvertes non seulement aux novices, mais aussi aux hospitalières qui les ont précédées, et chacune d'elles est tenue de les fiçéquenter pendant un temps déterminé.
Une institutrice. M'** Monnier, a la direction générale des écoles hospitalières; elle est en outre chargée spécialement des écoles de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital de la Croix-Rousse.
Une autre institutrice, M"* Dévenel, est & la tète des écoles de la Charité et du Perron.
L'école de l'hospice de l'Antiquaille est conduite par des sœurs hospitalières munies du brevet élémentaire.
Cette organisation a produit d'excellents résultats. Le niveau de l'instruction primaire s'est élevé d'une façon générale, et chez quelques sujets le succès obtenu a été si satisfaisant, qu'on compte actuellement quinze sœurs hospitalières munies de brevets élémentaires, qui secondent les institutrices ou même qui les suppléent, ainsi qu'on le voit & l'hospice de l'Antiquaille. Plusieurs autres se préparent à subir les examens en vue du même diplôme.
L'instruction professionnelle a été simultanément Tobjet de toute la sollicitude de l'administration hospitalière. L'enseignement sur les matières médicales et chirurgicales est donné libéralement par des chefs de service dans des cours spéciaux faits dans les divers hôpitaux et suivis avec une remarquable assiduité par les sœurs de chaque établissement. Plusieurs de ces cours ont été résumés dans de petits manuels qui ont été imprimés aux frais deTadministration et distribués aux hospitalières pour être étudiés et consultés par elles dans l'exercice de leurs fonctions. Tels sont, entre autres, ceux de MM. les docteurs Horand, ancien chirurgien en chef de l'hospice de TAntiquailIe; Gandolphe, chirurgien en chef désigné de THôtel-Dieu; Yinay, médecin des hôpitaux.
L'enseignement obstétrical a particulièrement donné des résultats excellents. Au {«'janvier 1889, trente-neuf sœurs hospitalières, réparties dans les diverses maternités, avaient obtenu le diplôme de sages-femmes accoucheuses. L'hôpital de la Charité où sont concentrés les services les plus importants comptait à lui seul vingt-six sœurs munies de diplômes, dont sept de l'<> classe. L'une d'elles, la sœur Chômât, a reçu les palmes académiques.
Des cours de botanique ont été également établis, et plusieurs des sœurs hospitalières ont reçu les diplômes particuliers affectés à cette branche d'histoire naturelle.
Marius duc.
Administrateur des hospices.