COMITÉ DÉPARTEMENTAL DU NORD
Commission d'économie sociale.
Le travcdl envoyé à TExposilion par le Comité dé*
parlementai du Nord forme un volume imprimé de 428 pages in-4o dont 12 de préface.
La préface est de M. Moy, doyen de la faculté des lettres de Lille» président de la Commission départementale d*Économie sociale, et le corps de Touvrage de M. Alfred Renouard, ingénieur civil, secrétaire de la Commission départementale d^Économie sociale. « Ce travail est véritablement le sien, dit M. Moy; c*est lui qui a réuni, contrôlé, ordonné les documents, qui en a surveillé Timpression laborieuse. C'est un devoir de placer ici son nom en tête de ce livre, et de rendre hommage à son zèle et à sa compétence* »
Le plan de ce mémoire ne ressemble pas à celui du mémoire du Comité du Rhône. Il est plus fidèle à la méthode monographique, et Tesprit en est moins généralisateur. Il y a beaucoup plus de chiffres, de moyennes, de notices individuelles.
La préface qui explique Tobjet et la portée du livre fait ressortir ce qu'il y a de particulier dans l'œuvre flamande, dans un pays qui a toujours lutté pour Tindépendance bourgeoise et ouvrière, et dont la population a contracté le goût de faire des sociétés et l'habitude de s'organiser. « Les ouvriers, dit M. Moy, massés en groupes très nombreux, ont une tendance plus marquée que dans d'autres départements à veiller sur leurs intérêts, une facilité plus grande à se réunir pour les défendre et rendre leur condition meilleure.
Les chefs de nos industries, si considérables qu'elles ne peuvent se soutenir que par la science de TÉconomie politique et sociale, doivent diriger des ouvriers si nombreux que très souvent ils forment une foule; delà le besoin et la capacité de réglementer cette foule, de créer des combinaisons bienfaisantes qui assurent Tentente et le bon fonctionnement de Tœuvre commune. De ces causes est née cette vaste production d'institutions utiles et généreuses qui sont Thonneur du département du Nord, de ce pays plus laborieux que bruyant, qui agit plus qu'il ne parle, et qui parfois a le tort de se laisser effacer devant Topinion générale par d^autres régions où Ton parle de soi avec plus de complaisance et d'orgueil. »
Le mémoire est divisé en 14 chapitres correspondant aux 14 premières sections de l'Exposition d'Économie sociale et, dans ces 14 chapitres, on trouve 115 études de types choisis qui donnent une idée très exacte des solutions adoptées dans le département pour résoudre ce qu'on peut appeler les difficultés sociales. Nous analyserons à titre d'exemple le chapitre P' sur la rémunération du travail et le chapitre XII sur les sociétés d'agrément, jeux populaires et cercles, les autres chapitres se rapportant à des organisations ou- Trières, à des œuvres patronales ou individuelles, et à des institutions dont il sera question dans les rapports consacrés aux sections dont elles relèvent. Le
jury a décerné un grand prix au Comité départemental DU Nord et deux médailles d*or de collaborateurs, une h M. Moy, président, et une à. M. Alfred Renouard, secrétaire de la Commission d'Économie sociale du Comité départemental.
CHAPITRE I. — Rémunération du travail. — L'auteur du mémoire croit pouvoir passer rapidement sur la rémunération du travail dans Tagricullure et se borner à Tétude d*ailleurs approfondie de la rémunération du travail dans Tindustrie, où chaque ouvrier, suivant la branche qu'il a choisie, est rémunéré d'une façon spéciale.
Il divise son travail en six parties ou chapitres correspondant aux industries textiles, houillère, métallurgique, de produits chimiques, de Timprimerie et de la sucrerie indigène; nous en résumerons quelquesunes.
Industrie textile. — Cette industrie, extrêmement répandue dans le département du Nord comparé au reste de la France, est représentée par quatre branches principales : la laine, le coton, le lin et la soie; sur 2,390,000 broches que possède la France pour travailler la laine, 1,350,000 sont situées dans le Nord ; pour le coton, sur 4,500,000 broches françaises, il y en a 1,400,000 dans le département du Nord, et, pour le lin, le Nord possède encore les trois quarts des bro-
chesde la France ; quant à la soie, ou plutôt à la bourre de soie, bien que ce ne soit pas à proprement parler une industrie septentrionale, elle y a pris cependant une grande place par la facilité qu'elle y a trouvé d'écouler ses produits dans la fabrication des tissus mélangés de laine, soie et coton.
Pour la laine, l'auteur du mémoire a considéré comme fournissant un type complet les Établissements SeydouXf Sieàei' et O* (au Cateau, à Mauroy etBousies).
La fondation de cette industrie considérable remonte à M. Patu rie-Lupin, ancien député et pair de France, en 1818. La production des établissements de cette maison exige le concours de 1,997 ouvriers et ouvrières proprement dits, 768 filles mineures et enfants des deux sexes, soit un total de 2,765 travailleurs, plus 800 ouvriers travaillant chez eux ; il n'y a guère que 1 p. 100 d'étrangers, et un tiers au moins du personnel est attaché aux établissements depuis quinze ans.
On peut résumer, dans un tableau comparatif, les différents prix de la main-d'œuvre, en 1863 et en 1888, des ouvriers et ouvrières employés aux divers travaux.