ASSOCIATION
Bot ET MÉTHODE. — PouF Combattre efficacement la misère, assez parlé... il faut agir. — Substituer peu à peu les institutions de prévoyance aux œuvres de charité. — Améliorer le sort du plus grand nombre par le développement de l'instruction et de l'éducation populaires et notamment par renseignement pratique de la prévoyance. — Sans négliger d'agir sur les hommes faits, s'adresser principalement aux enfants et à leurs maîtres. — Propager la mutualité, l'assurance, l'association, par l'action surtout.
RÉALISATION DANS LE DÉPARTEMENT DES BaSSBS-PyRÉNÉES. —
i® Action sur les enfants. — Subvention de 60,000 francs pour faciliter la création de 600 caisses d'épargne scolaires, fournir les registres et encourager par des primes les élèves épargnants. — 25,000 volumes donnés aux bibliothèques scolaires pour récompenser les élèves épargnants. — Don de 2,000 livrets de la Caisse des retraites pour la vieillesse, comme prix d'excellence et de fréquentation scolaire, dans les écoles ayant caisse d'épargne. — 1,800 prix de dessin aux écoles, afin de favoriser cet enseignement alors facultatif. — 20,000 fr. de subventions ofTertes aux fondateurs de musées scolaires. — Méthode simplifiée de lecture, à l'efTet de faire gagner du temps pour d'autres études. Encouragement au développement des Caisses des écoles. — 2» Action sur les maîtres. — Concours annuels entre instituteurs, sur des questions d'améliorations scolaires. — Création de 36 bibliothèques pédagogiques cantonales, reliées à. 5 bibliothèques d'arrondissement. — Distribution de milliers de livres et brochures
sur rhygiène scolaire et renseignement civique. — Tous les instituteurs de France (40,000) abonnés, pendant un an, à la Gazette du village (propagande agricole et républicaine). — 3» Action sur les adultes, — 10,000 francs de primes aux adultes de Pau prenant un livret de caisse d*épargne. — Fondation de 36 bibliothèques cantonales d*adultes. — Fondation ou amélioration de nombreuses sociétés de secours mutuels. — Invention d'un nouveau type de sociétés d'assurance mutuelle en cas de maladie, intermédiaire des quatre assurances de TÉtat: Caisse d^épargne; Caisse d'assurance en cas d'accident; Caisse de retraites pour la vieillesse; Caisse d* assurance en cas de décès,
— 150,000 francs dépensés, au 16 mat, pour répandre les idées républicaines et contribuer à leur triomphe.
Voies et moyens d'exécution. — Installation d'un bureau avec employés. — Grande publicité : 500,000 francs de subventions dépensés en dix ans. — Legs de 200,000 francs pour l'achèvement de ses œuvres à son collaborateur M. Piche.
Caissett d'épargne scolaires. — Les bonnes habitudes doivent être prises dès l'enfance. — L'épargne est une des conditions du bien-être des familles et du progrès social.
— Pour bien enseigner Tépargne aux enfants, il faut la leur faire pratiquer. — Création de 600 caisses d'épargne scolaires, dontiOOcontinuentà fonctionner. — Propagande par Vaction, en faveur de la Caisse des retraites. — Entente avec les autorités scolaires. — Grande publicité pour faire connaître l'institution. — Don aux communes des registres et imprimés nécessaires.
Récompenses accordées aux élèves épargnants, sous formes de livres donnés aux bibliothèques scolaires, et de livrets de caisse de retraites de cinq francs. — Récompenses aux maîtres sous forme de livres donnés aux bibliothèques pédagogiques et de livrets de caisse de retraites de dix francs.
Masses d*instmction populaire. — Tandis que M. Piche traçait le plan d'un tuusée départemental d'instruction populaire, que M. Groult propageait en France les Musées cantûnau.Vf M. Tourasse s'occupait surtout des musées scolaires pour leçons de choses dans Técole.
Il offrait 22,000 francs de primes aux instituteurs qui voudraient en établir dans leurs écoles et laissait une somme imporlante pour achever cette œuvre.
Ou va créer avec cette somme un musée pédagogique départemental et encourager par des primes en nature la création des musées scolaires.
Caisses des écoles. — Les largesses des riches doivent aller désormais aux œuvres de prévoyance destinées à se substituer peu à peu aux œuvres de charité. La caisse des écoles tuera le bureau de bienfaisance.
M. Tourasse a légué 40,000 francs pour favoriser le développement des Caisses des écoles.
Cette somme sera donnée & la Société départementale d'éducation et d'instruction populaires, récemment créée dans le but de continuer les œuvres Tourasse. Le revenu sera employé chaque année en primes à distribuer aux Sociétés du Sou des écoles^ cantonales ou communales, qui alimenteront les caisses des écoles.
Bibliothèques pédasogiques. — M. Tourasse, pour récompenser les instituteurs du concours qu'ils lui avaient prêté et pour élever le niveau de leur instruction, a créé 36 bibliothèques pédagogiques cantonales contenant les livres les plus utiles et d'usage le plus fréquent, et il les a reliées à cinq grandes bibliothèques d'arrondissement contenant des ouvrages plus rares, plus chers, concernant l'histoire de la pédagogie et la science de l'éducation.
Une partie de son legs doit être consacrée à l'achèvement de ces bibliothèques complémentaires.
Bibliothèques cantonales d'adultes. — L'ignorant
constitue un véritable péril social. D'où nécessité urgente de mettre gratuitement une collection importante de bons livres à la disposition de tous les citoyens. — La commune française est d*ordinaii*e trop petite et trop pauvre pour posséder une bibliothèque convenable. Tout au plus peutelle avoir une bibliothèque scolaire pour les enfants. Les bibliothèques d*adultes doivent donc être cantonales et le prêt des livres doit être gratuit. — En deux ans et en dépensant 45,000 francs. M. Tourasse a su créer ces bibliothèques dans tous les cantons des Basses-Pyrénées, au nombre de 40. — Par association, les amis du progrès peuvent en faire autant dans chaque département. — Pour l'acquisition des livres, il a offert fr. 10 par habitant du canton tout entier, aux chefs-lieux de canton qui ont souscrit fr. 10 par habitant du chef-lieu seulement, afin de faire Tarmoire et les frais d'installation. — Toute commune du canton assure ensuite la lecture gratuite à ses habitants en votant fr. 10 par tête. En attendant un citoyen peut abonner sa famille pour 2 francs par an.
Sociétés de secours mutaels. — Ces sociétés existent depuis longtemps et ont fait leurs preuves.
11 faut les prendre comme pivot, pour l'introduction des autres institutions de prévoyance : caisse d*épargne contre le chômage ; caisse d'assurance en cas d'accident ; caisse de retraites pour la vieillesse ; caisse d'assurance en cas de décès.
Pour que tout Français puisse jouir des bienfaits de ces sociétés, il faut qu'elles soient ccmtonales, La commune rurale, le plus souvent, n*a pas une population suffisante pour comporter une société de ce genre.
Voies et moyens d'exécution. ^ i^ Doublement du nombre des membres des sociétés d'hommes de la ville de Pau par Texonération du droit d'entrée aux frais de M. Tourasse ;
Z^ Amélioralion des statuts (les sociétés doivent être générales, c'est-à-dire ouvertes à tous sans distinction de culte, de nationalité, de sexe ou de profession) ;
Z^ Création d'une Société de femmes (les sociétés d'hommes refusant d'admettre les femmes) ;
4® Création ou amélioration de Sociétés dans cinq cantons;
^^ Création de la société du hameau de Pau, d'après le nouveau principe ;
6<* Pi'ojet de sociétés cantonales d'assurance mutuelle contre la maladie, intermédiaires des quatre assurances de l'État et offre de 250,000 francs pour tenter l'expérience (ce projet a été arrêté par la mort de M. Tourasse) ;
7® Legs de 60,000 francs pour poursuivre cette œuvre.
M. Tourasse a, en mourant, institué M. Piche légataire universel de sa fortune à la condition d'employer dans le département des Basses-Pyrénées et dans un délai de cinq années, 200,000 francs, dont 60,000 francs pour compléter Tœuvre des Caisses d'épargne scolaires et des bibliothèques scolaires et pour organiser les musées scolaires ; 40,000 francs pour compléter Tœuvre des bibliothèques cantonales; 60,000 francs pour compléter celle des sociétés de secours mutuels, et 40,000 francs pour organiser les caisses des écoles.
Pour réaliser ces conditions, M. Piche a divisé les 200,000 francs dont il devait faire emploi en deux par^ lies à peu près égales, dont la première a été appliquée aux œuvres énumérées ci-dessus et dont la seconde a servi à doter une société qu'il a fondée sous
le nom de Société d'éducation et d'instruction populaires pour les Basses- Pyrénées.
Dans un rapport soumis le 9 avril 1888 à l'assemblée générale de celle société nouvelle, M. Piche a rendu compte des dispositions qu'il avait prises pour remplir les volontés de M. Tourasse. Nous donnons cidessous les conclusions de ce rapport :
Vous le voyez, Messieurs, on ne dépense pas facilement 200,000 francs en cinq ans, dans un département, quand on doit faire un emploi déterminé réfléchi et utile de Targent.
On fait même quelques écoles, (émoin la prime donnée à la Société intercommunale de la vallée de TOusse et les premiers 1,500 francs remis à la caisse des écoles de Pau.
Mais ces difficultés, ces insuccès, ces erreurs même, peuvent devenir une aide, un conseil, une leçon salutaires; ils m'ont éclairé et permis, je crois, de faire mieux, en mlnvitant à ne dépenser, en dons ou primes à fonds perdu, que le nécessaire, et à réserver la plus forte somme possible pour constituer un capital À la Société d'éducation, ce qui était le meilleur moyen de compléter Faction bienfaisante de M. Tourasse et de l'achever en la perpétuant.
En effet, si durant ces cinq années j'avais distribué aux œuvres existantes les 200,000 francs en livres, primes et récompenses, j'aurais habitué ces œuvres à recevoir la manne d'en haut, sans faire un effort correspondant pour la mériter^ conformément à l'un des principes sur lequel insistait mon maître et qu'il appliquait d'ordinaire à ses œuvres.
Puis, au bout de cinq ans, brusquement sevrées de cette
nourriture abondante, elles auraient végété et bientôt péri» surtout dans un pays où, f;ràce à un trop doux climat, on est peu habitué aux eflorts de Tinitiative privée.
Au contraire, en dotant la société d*un capital dont Tintérôt sera employé, à perpétuité, à récompenser les œuvres les plus vivantes et les plus méritantes, à favoriser la naissance et plus tard les progrès d'œuvres similaires, nous assurerons leur prospérité et leur évolution vers le mieux.
Il y a plus. Messieurs, l'argent est sans doute un puissant levier, mais il n*est cependant que peu de chose en comparaison de l'action des personnes, surtout si elles savent unir leurs cœurs en vue d'une action commune. Or,, en nous groupant en société d*éducation, nous avons créé un puissant faisceau de bonnes volontés mises au service de réducation populaire.
L'avenir montrera, je Tespère, que Tinstitution de la Société d'éducation aura été la meilleure inspiration de mon œuvre.
J'ai foi en elle. Messieurs, et j'espère que vous partagerez ma confiance et mon espoir.
J'espère qu'elle grandira et ralliera à elle tous les hommes de progrès du département.
Quelque indispensable que fût cette société pour le cornplet achèvement des œuvres de Tourasse, j'aurais hésité, je vous l'avoue, sinon à la fonder, du moins à la doter, si je n'avais retrouvé dans la correspondance de M. Tourasse une lettre dans laquelle il me disait :
<( Après y avoir réfléchi, j'approuve donc fortement ridée de la fondation d'une société, embrassant tout le département, pour remplacer l'œuvre annexe de la Bibliothèque populaire et patronner toutes les institutions de prévoyance » (26 avril 1877).
Lettre confirmée par celle qu'il écrivait à M. Wauthier»
son ami de collège, confident de ses pensées, et que ce dernier a bien voulu me communiquer :
« Quand nous serons sûrs de ne pas être gênés par de prétendus amis, nous fonderons une Société d'éducation et d'insti'uction populaires pour les Basses-Pyrénées. Aussitôt qae possible, je veux réaliser ce projet ; je serai certain, de la sorte, de ne pas laisser des œuvres incomplètes et qui, moi réuni au Grand Tout, pourraient, elles aussi, retomber dans le néant. Nous obtiendrons facilement sans doute la reconnaissance d'utilité publique qui donne le droit de recevoir des legs et des donations. Je voudrais bien qu'un millionnaire me léguât sa fortune » (21 juin 1881).
En présence de ce vœu exprimé en termes si formels, je n'ai plus hésité à réserver le plus d*argent possible à la société que vous aviez bien voulu fonder avec moi. Messieurs, sûr que j'étais de la pensée et de la volonté de celui dont je m'honore d'être le disciple.
En pesant les termes du testament, M. Tourasse ne m'a imposé que deux conditions :
Celle d'employer telles et telles sommes à compléter ou organiser telles ou telles œuvres nominativement désignées; dans le département des Basses-Pyrénées.
Celle d'employer ces sommes dans le délai de cinq ans.
Eh bien ! Messieurs, si vous reconnaissez que créer la Société d'éducation était le meilleur moyen de compléter les œuvres, d'après le jugement de Tourasse lui-même, et que la doter était le meilleur moyen d'assurer l'action de cette société destinée à entretenir la vitalité des œuvres Tourasse à perpétuité, autant que ce mot est applicable h l'homme et même aux sociétés ; si vous remarquez que Tourasse souhaitait cette dotation et qu'il l'eût réalisée à coup sûr, si la Société avait pu être fondée de son vivant; vous reconnaîtrez que j'ai rempli l'esprit de mon mandat, tout en respectant la lettre même.
iiO ÉCONOMIE SOCIALE.
Car je me suis dessaisi dans le délai de cinq ans des 200,000 francs prescrits, et j'ai employé cette somme exclusivement dans le département des Basses-Pyrénées, en affectant à chaque œuvre la somme déterminée. Seulement j'ai fait emploi d'une partie des sommes en capital dont le revenu sera applicable aux œuvres, au lieu de remployer à fonds perdu.
Après la lecture de ce rapport, le président a déclaré accepter au nom de la Société la dotation offerte conformément aux statuts, et assure le donateur que la Société respectera scrupuleusement ses intentions qui ne sont autres que les prescriptions mêmes formulées par Pierre Tourasse dans son testament.
Le jury a décerné un grand prix à l'œuvre de Tourasse, et il Ta fait dans une formule qui associe M. Piche à cette récompense. Il a en outre décerné dans la troisième section une médaille d'argent à la Société d'éducation et d'instruction populaires dans les Basses-Pyrénées.