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It4 ÉCONOMIE SOCIALE.

L*augmentation varie, comme on le voit par ce tableau, suivant la nature de l'emploi ; mais M. le Directeur estime que, dans Tensemble, l'augmentation a élé en moyenne de 17 p. 100, depuis les douze dernières années.

Les femmes k la journée gagnent 2 fr. 25; pour celles en plus grand nombre qui sont à la tàcbe, le salaire varie de 1 fr. 25 à 3 francs, pour une journée de huit heures.

Un ouvrier ordinaire, en tenant compte des chc^mages,. se fait dans Tannée de l,(iOO à 1,100 fr.; s'il est marié, et si sa femme travaille également à Fusine, ils peuvent réaliser tous les deux environ i ,500 francs.

La plupart des ouvriers, pendant les chômages, s'occupent sur les quais, ou à des travaux de jardinage dans la banlieue.

Les sociétés coopératives de production, c'est-àdire le groupement d'un certain nombre d'ouvriers d'une branche d'industrie dans le but d'échapper, comme ils le disent, aux exigences du capital et à la domination du patronat, n'ont jamais eu de profondes racines à Bordeaux. Le rapporteur raconte l'histoire sommaire d'une société de chapeliers fondée par des ouvriers très honorables et entourés des sympathies générales.

La tentative faite par les ouvriers chapeliers réunis mérite, avons-nous dit, une mention spéciale, parce qu'elle est de nature à éclairer les ouvriers sur les illusions qu'on cherche à faire naître dans leur esprit, au sujet « de la répartition des bénéflces industriels, et de la part exorbitante que prélèveraient abusivement le capital et le patronat, au détriment des salariés ».

Vers 1882, dix ouvriers chapeliers, qui se trouvaient sans travail par suite de la liquidation de la fabrique à laquelle ils étaient attachés, résolurent de fonder eux-' mômes un atelier en commun.

G*étaient des ouvriers éprotivés, se connaissant tous, et connaissant les aptitudes spéciales de chacun d'eux.

Ils n'étaient pas sans ressources, car chacun d'eux apportait une somme de 500 francs pour former le premier fonds.

Ce capital de 5,000 francs n'était pas suffisant pour acheter le matériel d'un ancien atelier qui venait de liquider, pour s'installer, se pourvoir de quelques marchandises, et attendre les rentrées.

Gomme ces ouvriers étaient connus, que leur désir Je ne pas laisser tomber une industrie, qui avait élé autrefois florissante dans notre ville, inspirait de la sympathie, ils trouvèrent, aux conditions les plus favorables, l'avance d'une somme de 8,000 francs qui leur était nécessaire pour commencer à marcher.

L'essai d'un atelier en commun se présentait donc dans les conditions les plus favorables. Les associés s'étaient partagé les diverses tâches, suivant leurs aptitudes spéciales; il n'y a eu sous ce rapport aucun désaccord entre eux. Les bénéfices industriels leur étaient intégralement attribués, sans prélèvement du patronat, et avec un intérêt très réduit pour le capital qui leur avait été avancé.

Nous avons personnellement suivi et encouragé ce groupe corporatif de production, et voici le résultat tel que nous avons pu le constater d'après les inventaires régugulièrement dressés:

La première année (1882) les associés se sont réparti, en moyenne, 17 fr. 25 par semaine, et l'inventaire au 31 décembre, a constaté une perte de 2,019 fr. 95;

En 1883, la répartition a été de 19 francs, et la perte de47fr. 15;

En i884, la répartition a été de 25 fr. 30;

En 1885, la répartition a été de 27 fr. 40, avec un bénéfice de 380 fr. 52 ;

En 1886, la répartition a été de 28 fr. 25, avec une perte de 1,000 francs;

En 1887, la répartition s'est élevée à 37 fr. 11, avec 206 fr. 11 de bénéfices;

En 1888,1a répartition est descendue à 27 francs, avec un bénéfice de 1,947 fr. 55, mais dans ce bénéfice présumé, se trouvent, d'après le comptable, environ 1,500 francs de créances très douteuses.

Ainsi, après dix années de travail, d'efforts, de préoccupations, ce groupe ouvrier, travaillant pour lui, n'ayant & partager avec personne, n'a pu arriver qu'à une répartition équivalent tout au plus aux deux tiers du salaire normal que gagnent les ouvriers à façon dans un atelier de chapellerie.

Il existe à Bordeaux un Syndicat mixte de cordonnerie, que le rapporteur signale pour la hauteur des vues qui ont conduit patrons et ouvriers à le former. Ce syndicat réunit 250 membres patrons et ouvriers, en nombre à peu près égal, unis jusqu^ici dans un sentiment de confraternité qui se manifeste dans toutes les occasions.

Sur l'initiative de quelques industriels, plus spécialement de M. Ghabrat, chef d'une fabrique de chaussures, il a été formé, dans la grande industrie de la cordonnerie, un Syndicat mixlBy composé tout à la fois de patrons et d'ouvriers. Ce syndicat, admis dans l'Union patronale et dans l'Union ouvrière, esc devenu un lien entre ces deux groupes qui se sont ainsi forcément rapprochés, ont pu

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discuter ensemble certaines mesures générales, et se mettre d'accord notamment pour la création d*un cours dVconomte industrielle.

Les fondateurs du syndicat mixte indiquent, du reste, avec une grande hauteur de vues, leur pensée et leur but dans Tarticle 1*** des statuts ainsi conçu :

u La Chambre syndicale a pour but: d'unir dans les liens intimes et fraternels les patrons, employés, ouvriers, apprentis, en un mot, tous les membres de la cordonnerie et des métiers qui s'y rattachent afin d'étudier, dans une union parfaite, les moyens de défendre leurs intérêts communs, d'élever le niveau professionnel, moral et intellectuel de chacun de ses adhérents, et de s'efforcer de donner à tous une plus grande somme de bien-être.

« Pour arrivera ce résultat, il y a deux théories : celle de l'antagonisme qui, au détriment de l'intérêt général, vient diviser en deux camps les patrons et les ouvriers, et les maintient dans un état de suspicion et de lutte.

«Ce système qui tend infailliblement à l'affaiblissement de l'industrie, nous le repoussons, pour nous rattacher à la théorie que définit si bien un économiste éminent.

(( C'est la théorie de l'accord naturel des intérêts légitimes et de l'identité de la justice et de la prospérité, du progrès matériel et du progrès moral. C'est la théorie qui apprend aux hommes, et non seulement aux hommes, mais aux sociétés et aux nations, qu'il y a plus de profit à s'aider qu'à se nuire et à s'aimer qu'à se haïr; c'est la théorie qui dit que les prospérités rayonnent et que les adversités se partagent, c'est la théorie de l'harmonie pour l'appeler par son nom... »

La Société d'épargne et de prévoyance de Saint-Rémi a été fondée en 1872 par un petit nombre d'ouvriers attachés .aux usines de Bacalan.

Une crise sévissait à ce moment dans l'industrie; un

grand nombre d'ouvriers se trouvaient sans travail, et tous, sans exception, étaient dans un état assez misérable.

C'est dans ce milieu si peu favorable que fut tenté Tessai d*un mode particulier de coopération dont le caractère et le but se trouvent définis par l'article 1*', ainsi conçu :

(c II est formé, entre les soussignés et ceux qui adhéreront aux présents statuts, une société civile sous la dénomination de Société cC épargne el de prévoyance de Saint-Rémi ; cette société a pour but d'établir, entre les ouvriers et industriels de Bacalan, des liens de solidarité, afin d'arriver, parle travail, l'épargne et l'excitation mutuelle, à une vie régulière et à la formation d'un petit capital dont Vemploi sera déterminé par V Assemblée générale. »

Ces rouages si simples, Tappàt de ce petit capital qui devait se former au moyen de versements mensuels d'un minimum de fr. 50, tout cela entraîna l'adhésion de quelques ouvriers, malgré le peu de confiance qu'ils avaient dans le résultat. Mais la confiance est venue avec le succès, qui a dépassé toutes les espérances.

Ce minimum de fr. 50 a produit très rapidement un capital de 4, 5, 10 et 12,000 francs; le nombre des adhésions s'est accru, et aujourd'hui 300 familles environ profitent des bienfaits de cette association, qui impose ses conditions aux fournisseurs, et qui obtient pour ses membres une réduction de 12 à 15 p. 100 sur les principaux objets d'alimentation.

D'après le dernier compte rendu, voici quelle était la situation de la société au 31 décembre 1888 :

Nombre des membres (hommes et femmes).. 290

Capital accumulé 33,349 ) ^

Fonds de réserve 2,500 ) '

En vertu de traités passés avec les fournisseurs, les sociétaires, outre l'intérêt à 4 p. 100 qui s'ajoute annuelle-

ment aux sommes versées, reçoivent le pain, le vin, les objets d'épicerie et de vêtements, avec une bonification de 12 à 15 p. 100 sur le prix courant de ces produits.

La société étudie en ce moment la question de savoir sMl n'y aurait pas un meilleur emploi à faire de son capital, en installant un petit magasin de débit et une boulangerie.

Pour apprécier ce résultat, il ne faut pas évidemment Tisoler des circonstances au milieu desquelles il s'est produit. Une épargne de 40,000 francs est peu de chose en elle-même, mais formée, en quelques années, par un groupe d'ouvriers jusque-là accablés par la misère, insouciants du lendemain, c'est un succès incontestable «jui ne peut pas laisser de doute sur l'efflcacité du ressort qui a contribué à le produire.

Ce succès doit être attribué en grande partie à la simplification des rouages, la société ne prévoyant d'abord qu'une chose : la formation d'an petit capital, la création d'une /brce, dont les intéressés auraient plustardàdéterminerl'emploijSuivantlesbesoinsetles nécessités dumoment.

Nous donnons pour terminer celle série d'extraits le budget d'une famille de vignerons dans le canton de Pauillac (Médoc) :

Nous avons sous les yeux le tableau des rémunérations attribuées dans le Médoc, à une famille composée : du père, d'un ûls adulte, et de deux femmes valides; voici ce tableau pour l'année 1888 :

Prix fait pour façons de 20 journaux, à 38 francs. . • 560^

300 Journées d^hommes en dehors des façons, à 2 fr. 600

400 journées de femmes à fr. 75 300

Plantations en provins et barbots 200

Nettoyage des sentiers et curage des fossés (prix fait). 250

. Travaux divers 115

E.NSKUBLE 2,025^

S'il y a des vieillards pouvant travailler, il faut ajouter

( 200 journées d'hommes à 1 ft*. 50.

' I 200 journées de femmes à fr. 75.

noo'

ISO

Ensemble 45''^

Dans les palus ^ les conditions diffèrent quelque peu.

Le prix fait pour diverses façons à donner aux vignes est de 40 francs le journal; mais comme le travail est plus pénible, retendue donnée à prix fait n'est habituellement que de 15 journaux, ou de 15,000 pieds de vignes (1,000 pieds par journal), et le résultat final, pour le prixfaiteur, en est à peu près le même que celui que nous venons de décrire.

Au produit de ces journées de travail, viennent encore s^ajouter pour le prix-faiteur plusieurs accessoires, tels que : le logement, généralement assez confortable, les produits de la basse-cour et d'un petit jardin, une barrique de vin, quatre barriques de piquette et le bois pour le chauffage.

Dans toute la contrée de Margaux,les journées d'hommes sont payées 2 fr. 50, les journées de femme 1 franc.

Les fléaux, qui ont si cruellement frappé depuis quelques années les propriétaires de vignobles, ont . nécessairement rejailli indirectement sur les prix-faiteurs ; mais dans les conditions normales, cette catégorie de travailleurs, dans le département, au prix d'un travail qui n*est pas excessif, vit, en général, dans une aisance relative.

Le jury a décerné une médaille d'or au Comité

DÉPARTEMENTAL DE LA GlRONDE (sCCtion d'éCOHOmie 80-

ciale), et une médaille d'or de collaborateur h M. Les-

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