VILLE DE REIMS
La ville de Reims a présenté à Texposition d'Écono- -mie sociale, au nom de la collectivité des institutions 'rentrant dans le cadre de cette exposition, une collection de graphiques démontrant le fonctionnement de toute une série d*œuvres dont les unes sont nées sous >le patronage de la municipalité ou de la Société industrielle de Reims, et les autres sont dues à l'initiative i propre des ouvriers.
Une première série de tableaux avait pour objet la
• marche générale de l'industrie à Reims, la variation •du chiffre des affaires, des prix de façon et de vente
appliqués aux produits fabriqués, de la moyenne des salaires, et d'autre part la variation des prix des vivres
' et de la consommation par tète d'habitant. Il en ressort que, tandis que la valeur totale des produits fabriqués par Tinduslrie lainière s'est élevée en un siècle de
•8 raillions à 150 millions de francs, le prix moyen du mètre de tissu mérinos, pris comme type, et celui de la façon du kilogramme de fil de laine peignée, se sont
• abaissés respectivement de 16 francs à i fr. 50 et de 32 francs à 1 franc, tandis que le salaire moyen payé
• aux tisseurs et ûleurs s'élevait pendant le même temps, de 1 fr. 50 à 4 francs, en passant par un maximun de
'4 fr. 50, de 1867 à 1881. Il est à remarquer que l'a-
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baissement qui s'est produit à celle époque a été la conséquence indirecte des grèves qui, en 1880, ont jeté le trouble dans les affaires, alors prospères, de (a place de Reims, et ont détourné vers la Saxe une partie de la clientèle d'exportation.
' Le prix du loyer d'un logement par une famille composée du père, de la mère et de deux enfants, s'est élevé de 100 francs en 1789 h 250 francs en 1889. Les cours du pain et de la viande ont été relevés, de 1849 à 1889, sur les mercuriales officielles; celui du pain est resté stationnaire, avec des variations de moins en moins sensibles; celui du vin a passé de fr. 40 à fr. 90 le litre, et celui de la viande de fr. 90 à i fr. 42 le kilogramme.
La consommation annuelle en viande et en vin par tête d'habitant présente les variations suivantes :
Valeur.
,,. , (En 1849 44 kilo^r. 39^60
Viande. { „ .^„^ ..^ ^^ ,.^
( En 1888 56 79 52
l En 1849 125 litres. 50 00
( En 1888 116 104 40
On a relevé également pour la même période la consommation en alcool et en tabac, qui s*élève aux chiffres suivants :
Valeur.
., . l En 1849 4"«,0S 22'
^^*=°°'" ^ Eu 1888 7 .53 . 38
ÉCONOMIE SOCIALE. 12r)
Les chiffres n'ont été établis rigoureusement pour le tabac que depuis 1880; la consommation a varié de i6 francs à cette époque à 15 francs en 1888.
Les graphiques exposés ne contenaient pas d'indicalions relatives au mode de fixation des salaires. 11 est intéressant de noter que, dans l'industrie de la laine, qui occupe à Reims le plus grand nombre des ouvriers, les salaires sont généralement établis à la tâche, avec un système de primes constituant pour l'ouvrier une véri- . table participation dans les économies qu'il peut faire réaliser, à celui qui l'emploie, sur ses frais généraux.
La participation aux bénéfices, non plus que les associations coopératives de production, n'étaient représentées dans les graphiques exposés. La participation est néanmoins appliquée dans Tindustrie des vins de Champagne par la plupart des grandes maisons, sous la forme d'un prélèvement annuel fait volontairement par les patrons^ et réparti entre les employés et les ouvriers proportionnellement aux salaires et à l'ancienneté des services, sans que le rapport de ce prélèvement au chiffre total des bénéfices soit d'ailleurs connu.
Plusieurs syndicats professionnels ont figuré dans l'exposition de la ville de Reims :
Syndicats de p.vtron8. — La Société industrielle de Beims, créée en 1833, a pour but la défense des intérets généraux du commerce et de Tindustrie de Reims,
principalement des induslries se rattachant au travail de laine.
U Union syndicale du bâtiment ^ Chambre des entrepreneurs de Reims, a, sur Tinitiative de M. Lepage, appareiUeur, et avec le concours de la Chambre syndicale des ouvriers en bâtiment, créé des cours publics de dessin, de charpente et de coupe de pierres.
Le Syndicat des vins de Champagne, créé pour la défense des intérêts et de la moralité de celte industrie, avait une exposition, d'un caractère purement techni* que, qui figurait, non à l'exposition d'Économie sociale, mais dans la classe 73.
Le Syndicat de F épicerie en détail a pour but le crédit mutuel.
Syndicats ouvriers. — La Chambre syndicale des ou- V7*iers du bâtiment a été créée en 1877 ; son rôle principal a consisté dans la création, en 1880, d'une caisse de secours mutuels, dont il sera question ci-après, et en 1882 de cours qu'elle a organisés de concert avec la chambre syndicale patronale.
La Corporation des tonneliers ouvriers de caves^ fondée en 1878 et comptant actuellement 3,000 adhérents, a surtout pour but l'organisation de la fête patronale corporative annuelle, les encouragements aux jeunes ouvriers apprentis par la distribution de livrets de caisse d épargne, la remise de secours aux familles nécessiteuses.
La Société industrielle de Reims a créé, dès 1856, des cours publics et gratuits de fabrication des tissus, de dessin, de mathématiques, auxquels sont venus s'adjoindre peu à peu des cours de langues vivantes, de comptabililé, etc.
L'Ecole professionnelle de garçons, ouverte en 1875 par la ville de Reims, laquelle a repris l'idée dont Tinitiative revient à la Société industrielle^ constitue jusqu'à présent une école d'enseignement primaire supérieur avec notions de travail professionnel.
V École professionnelle et ménagère de jeunes filles, fondée en 1873 sur Tinitiative et aux frais d'une généreuse donatrice, M*"' Doyen-Doublié, reçoit des jeunes filles au sortir de l'école primaire et les prépare en deux années à tous les travaux manuels nécessaires à l'entretien du ménage. Un atelier de couture et un atelier de blanchissage, annexés à l'école, reçoivent pendant une troisième année les élèves qui se destinent à l'une ou l'autre de ces deux profest^ions.
UUnion syndicale du bâtiment et la Chambre syndicale des ouvriers du bâtiment ont créé, en 1882, des cours de dessin et de stéréotomie dont nous avons parlé plus haut; ils ont compté jusqu'à 230 élèves, avec un budget annuel qui s'est abaissé de 2,400 francs à la création, à 1,000 francs en 1889.
Les sociétés de secours mutuels ont été créées à Reims dès i82i (Société de Saint- Jean-Baptiste) ; elles
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sont actuellement au nombre de 37 faisant partie du syndicat des sociétés de secours mutuels de la ville de Reims. Il existe en outre quelques sociétés non syndiquées et de plus d'assez nombreuses caisses de secours fonctionnant auprès de chaque usine et gérées soit par les patrons, soit par les ouvriers.
Le Syndicat des sociétés de secours mutuels est le lien commun entre les sociétés les plus importantes; il a pour but « d'étudier les questions se rattachant à la marche et à la bonne administration des sociétés mutuelles et de profiter de l'expérience de -tous pour tirer le meilleur parti possible des institutions de prévoyance. »
Les 37 sociétés affiliées au syndicat comptaient, en 1888, 3,526 membres actifs, 1,043 membres honoraires; elles possédaient en caisse un total de capitaux s'élevant à 180,713 fr. 80, et ont distribué dans l'année un total de secours de 54,116 fr. 35, donnant une moyenne de 51 fr. 88 par membre assisté.
Le syndicat des sociétés mutuelles a créé, en 1884, une Caisse de réassurance^ dont le but est de continuer les secours aux membres des sociétés affiliées lorsque leur maladie excède la durée pendant laquelle les statuts de ces sociétés permettent de les leur fournir.
La Société de prévoyance pour la retraite est due à riniliative d'un modeste ouvrier tisseur, Etienne Lesage, né à Suippes (Marne), en 1815, mort à Reims
en 1868. Avec une intuition remarquable des loi mathématiques de Tassurance, il fonda en 1859 la Société dont nous nous occupons, et qui débuta avec 38 membres actifs pour en compter, en 1888, 1,611, dont 697 hommes et 914 femmes avec 29 membres honoraires seulement.
La Caisse d'épargne de Reims^ fondée en 1823, a vu sa prospérité croître d'une façon ininterrompue, et le nombre de livrets existants passer de 181 en 1824 à 44,088 en 1888, les soldes dus aux déposants s'élevant respectivement à ces deux époques à 46,926 fr. 65 et 19,394,830 fr. 77. La fortune personnelle de la Caisse d'épargne s'élève à 632,204 fr. 02, y compris son hôtel, d'une valeur de 261,062 fr. 36.
La Fourmi rémoise a été créée en 1882 dans le but d'acquérir par séries des obligations à lots, sur le modèle de la Fourmi parisienne.
Il existe à Reims une puissante société de consommation, dite Établissements économiques des Sociétés de secours mutuels de la ville de Reims, La création en est due à. Etienne Lesage, le fondateur de la Société mutuelle de prévoyance pour la retraite. D'après les statuts primitifs, la Société, au capital de 40,000 fr. divisé en 400 actions de 100 francs, devait avoir pour actionnaires et pour clients les membres des Sociétés de secours mutuels.
. Mais la clientèle des membres des Sociétés de se*
cours mutuels, tant comme actionnaires que comme acheteurs, n'ayant pas répondu suffisamment à rappel qui leur était fait, on fut mené peu à peu à donner un caractère plus purement commercial à la Société, qui, actuellement n'est plus guère qu'une Société anonyme pour l'achat en gros et la vente en détail des denrées nécessaires à l'alimentation.
VUnion rémùisey fondée en 1888, est une association coopérative de consommation dans la forme ordinaire.
Deux sociétés ont été créées pour l'amélioration, des habitations ouvrières. La première en date, YUnion foncière^ fondée en 1870, a pour but « de construire sur un terrain appartenant aux sociétaires ou acheté pour leur compte, d'acheter et de transformer d'anciennes maisons pour le compte des sociétaires, et en général faire toutes opérations pour procurer aux sociétaires des habitations économiques, saines et agréables ».
Tandis que Y Union foncière^ créée par l'initiativedes ouvriers eux-mêmes, a pour but de leur permettre l'accession à la propriété, la Société des logements à bon marché^ créée en 1882 par l'initiative de la Société industrielle, se propose de procurer des logements sains et confortables, à des prix inférieurs au cours actuel des loyers, à ceux des ouvriers queleurs épargnes ne mettent pas h même de deve-
nir propriétaires et de faciliter par suite Taction des commissions de logements insalubres en permettant la fermeture des locaux trop souvent malsains, habités par une partie de la population ouvrière*
Les sociétés de récréations et jeux sont fort nombreuses à Reims. La nomenclature en était consignée dans un tableau, duquel il résulte qu*il existe 8 sociétés de gymnastique, 7 sociétés de musique instrumentale, 3 sociétés chorales, 5 sociétés de tir et 10 sociétés de sports divers.
L*hygiène sociale était représentée dans l'exposition collective de Reims par la Société protectrice de Venfance et la Maison de retraite pour les vieillards,
La Société protectrice de Cenfance^ conçue sur le type bien connu des sociétés de même nature créées à Paris et dans diverses grandes villes, existe depuis 1877 et a été reconnue d'utilité publique en 1882.
La Maison de retraite pour les vieillards, construite en 1861 et agrandie en 1877 par la ville de Reims au moyen des fonds fournis par la ville, Tadministration des hospices et des donateurs, fournit à chaque pensionnaire contre une pension annuelle de 500, 600 ou 800 francs, ou contre le versement d'un capital variable avec Tàge, un logement confortable, ainsi que la nourriture, le chauffage et le service.
A la section XIII se rattachent encore V Association des pf*opriétaires d'appareils à vapeur du nord-est et la
Section rémoise des industriels de France pour prévenir les accidents de machines, créées Tune et l'autre par la Société industrielle de Reims et mentionnées dans les tableaux présentés par cette Société.
A la section XIY se rattachent diverses institutions créées par l'initiative collective ou individuelle des patrons en faveur de la classe ouvrière, pour améliorer son sort ou Tencourager au bien. C'est à ce titre que figurait à TËxposition la Société anonyme des déchets de la fabrique de Reims, société fondée en 1834, sous Tim pulsion de la Société industrielle de Reims, dans le but d'empêcher les détournements de matières premières par les ouvriers et les façonniers, en achetant aux industriels qui en font partie tous leurs déchets, qu'ils s'engagent à lui vendre et à laisser emballer et expédier sous la surveillance de ses agents. Elle emploie une part de ses bénéfices à constituer des pensions pour d'anciens industriels, employés et ouvriers de la Fabrique de Reims et à fournir des secours aux ouvriers nécessiteux; 20 p. 0/0 des bénéfices sont attribués chaque année au fonds des pensions et 10 p. 0/0 au fonds créé pour secours. Le total des capitaux ainsi réalisés depuis l'origine delà Société s'élevait en 1880 à 589,159 fr. 25. Le nombre des pensionnaires était de 168, touchant ensemble 26,140 francs.
Dans cette section figurait encore la liste des prix annuels, décernés en séance solennelle par la munici-
palité rémoise et fondés par divers donateurs en faveur des ouvriers les plus méritants des principales branches d*indu8tries de la laine, des vins de Champagne et du bâtiment.
En résumé, grâce aux rouages dont l'exposition collective des œuvres rémoises d'économie sociale permettait d'apprécier l'ensemble, l'ouvrier prévoyant trouve à Reims, ainsi que le disait une inscription placée audessus des tableaux récapitulatifs des sommes consacrées annuellement aux œuvres sociales, toutes les institutions nécessaires pour se prémunir, ainsi que les siens, contre la misère résultant des atteintes de la vieillesse et de la maladie, pour abaisser le coût de la vie matérielle, pour faire donner à ses enfants l'instruction professionnelle, pour faire fructifier ses épargnes et devenir propriétaire, et cet admirable résultat est dû aux efforts combinés des patrons et des ouvriers eux-mêmes.
Le Jury a considéré comme un modèle l'ExposiTioif COLLECTIVE DE LA VILLE DE Reims et l'a récompcuséc par une médaille d*or. il a décerné deux médailles d'or de collaborateurs, Tune à M. Portevipc, l'autre à M. Richard, et deux médailles d argent de collaborateurs. Tune à M. Bernard, l'autre à M. Houpillard.