SYNDICATS PROFESSIONNELS
Nombre d^exposants 1 67
Nombre de récom- ( aux exposants 50
penses ( à des collaborateurs 12
Grands prix 2
( d'or 13
Médailles J d'argent 23
( de bronze 8
Mentions bonorables 4
Médailles d'or de collaborateurs 3
Médailles de colla- ( d'argent 8
borateurs ( de bronze i
Adam Smith a dit dans son fameux traité sur la richesse des dations : « Il est rare que des gens du même métier se trouvent réunis, fût-ce pour quelque partie de plaisir ou pour se distraire, sans que la conversation finisse par quelque conspiration contre le public. »
Turgot, qui avait sur ce point les mêmes idées qu*Adam Smith, et qui voyait de près les abominables effets de la tyrannie des corporations, fit rendre Tédit célèbre du 12 mars 1776, que ses successeurs ont abrogé après quelques mois, et dont Tarticle 14 défendait (( & tous mallres, compagnons, ouvriers et
apprentis des corps et communautés, de former aucune association ni assemblée entre eux sous quelque prétexte que ce puisse être. »
L'Assemblée Nationale, enfin, reprenait pour son compte redit de Turgot après quinze ans, le remettait en quelque sorte en vigueur par l'article 7 de la loi de 1791, et rendait, les 14 et 17 juin, un décret où on lisait : « L'anéantissement de toutes les espèces de corporations de citoyens de même état et profession étant une des bases fondamentales de la Constitution française, il est défendu de les rétablir de fait sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit. »
Trois quarts de siècle plus tard, Proudhon écrivait cette définition de l'association qui rend bien compte des contradictions de la liberté d'association : « L'association est un groupe dont on peut dire que les membres, n'étant associés que pour eux-mêmes, sont associés contre tout le monde. »
La réaction très profonde et encore Foin d'être épuisée, qui, depuis quelques années, s'est produite contre les idées absolues d'Adam Smith, de Turgot et de l'Assemblée Nationale, a été la cause première de la création, en France, des syndicats professionnels et de l'établissement du régime légal de 1884. Comme toutes les réactions, elle a souvent dépassé le but.
N'est-ce pas le dépasser que de demander à l'association corporative la force non seulement de défendre
ses intérêts légitimes^ mais encore d'opprimer les intérêts non moins légitimes de ceux en présence desquels elle se trouve?
Si les syndicats professionnels devaient être tournés contre la liberté du travail, ils auraient été un cadeau funeste. Au lieu d*améliorer les rapports entre les ouvriers et les patrons, ils les auraient empires. Loin de dissuader les collaborateurs de la production de se considérer comme des ennemis naturels, ils les auraient confirmés, au contraire, dans ce triste sophisme de la nécessité des guerres de classes. Loin de faire la paix sociale, ils Tauraient troublée. Il faut que les syndicats professionnels soient libéraux, ou il n*en faut pas.
Les abus qu'on peut prévoir, car on en a souffert autrefois, mais qu'on peut corriger — une résolulion virile y suffit — ne disparaîtront que devant la ferme volonté de faire respecter la liberté de tout le monde. Faire respecter la liberté de tout le monde est un remède dont l'application n'est pas toujours facile, parce que les intérêts, qui sont féroces, comme disait M. Thiers, sont fort habiles à faire croire aux pouvoirs publics qu'ils se confondent avec l'intérêt général. C'est cependant le seul remède dont on puisse se servir; aussi faut-il l'employer et l'appliquer avec vigueur.
L'action protectrice de la loi peut donc prévenir ^* nous venons de dire comment — le mal que pourraient
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faire de mauvais syndicats, mais il ne sufG^ pas de la loi pour tirer de ceux qui sont bons tout le bien dont ils sont susceptibles. Les moaurs formées par une bonne éducation économique peuvent seules leur donner toute la valeur morale, qui est en eux comme en puissance. Ils ne diffèrent, en effet, d-aucune des autres manifestations du droit de réunion ou de la liberté d*association, dont il peut sortir, tout le monde le reconnaît, tantôt du bien, tantôt du mal. S*ils forment des caisses de grève pour les ouvriers et de résistance pour les patrons, s'ils se constituent comme des orga^ nés de politique et d'agitation sociale, ils ne peuvent pas faire de bien. S'ils forment, au contraire, des centres d'étude pour les intérêts communs, pour assurer à ces intérêts la satisfaction qui leur est due, tout en respectant la liberté des autres, s'ils amènent les patrons et les ouvriers à raisonner avec prudence et sans passion égoïste les conditions de leur collaboration à la production, ils feront du bien. La paix sociale en profitera, comme elle profite déjà de l'action de beaucoup de syndicats qui travaillent obscurément et utilement tout autour de nous.
Tel est le cas des syndicats agricoles. M. Goffînon, rapporteur général de la section III, remarque que la loi avait été faite sans qu'on les prévit, et que cependant ils ont tiré plus et mieux que les autres un parti heureux de la législation nouvelle. Ils se sont multi-
plies sans agitation et se sont mis tout de suite à faire sans bruit une besogne très pratique. Ils ont entrepris, en effet, de garantir leurs adhérents contre les fraudes dont ils étaient et peuvent être encore si souvent victimes dans l'achat des engrais. Ils ont réussi à les en préserver. C'était un premier succès qui leur a valu une popularité de bon aloi; aussi étendent-ils de plus en plus leur action bienfaisante et ont-ils pris racine dans le pays avec une rapidité extraordinaire.
Le nombre des syndicats agricoles français dépasse aujourd'hui 800, et celui des agriculteurs qui en sont membres est bien près d'atteindre un demi-million ; il est peut-être supérieur au demi-million et le sera^ en tous cas, prochainement. Il est probable que les chiffres ci-dessus ne sont en effet qu'un minimum, car il y a en France au moins 5,600,000 exploitations rurales. Il est vrai qu'il faut en déduire 2,500,000 très petites exploitations servant à la vie domestique de la famille et ne fournissant rien ou presque rien à l'échange ; mais il reste encore 3 millions d'agriculteurs, chefs d'exploitations ou propriétaires, qui trouveraient un avantage très réel à faire partie d'associations syndicales et qui finiront par y entrer un jour (1).
Les syndicats créés à ce jour se proposent divers
(1) Annuaire des syndicats agricoles et de l'agriculture fran^ çaise pour 1890, par L. Haatefeuille, agent de la Société nationale d'agriculture de France.
buts spéciaux que Ton peut classer comme il suit sous sept numéros difTérents : 1° étude et défense des intérêts communs ; 2o suppression de» intermédiaires à Tachât; 3° suppression des intermédiaires à la vente; 4* crédit agricole et crédit mutuel, arbitrage litigieux ; 5** assurance mutuelle contre la grêle ou la mortalité du bétail; 6° secours mutuels et retraites; V. progrès de l'agriculture par la propagande et Faction.
La suppression des intermédiaires pour l'achat est en ce moment leur principale affaire et on a évalué à près de 500 millions de francs le montant des achats effectués en 1889 par les 'syndicats, pour le compte de leurs adhérents. Ce sont des engrais surtout qu*il s'est agi ; mais les semences, le sulfate de cuivre, les instruments à mains, machines, charrues, échalas, etc., ont eu leur part dans le total du demi-milliard d'acquisitions faites en commun.
Comme il est arrivé dans la plupart des autres professions, les syndicats agricoles éprouvent le besoin de s'entendre ; ils cherchent à se réunir et fondent des unions ou fédérations: Union des syndicats des agriculteurs de France, Union du Sud-Est des syndicats agricoles, Union des associations agricoles du Sud-Est, Union Beaujolaise des syndicats agricoles,. Fédération des syndicats agricoles du Sud-Ouest, etc.
La plus importante de ces unions est celle des syndicats des agriculteurs de France dont le siège est à
Paris (médaille d'or), à laquelle ont adhéré 357 syndicats comprenant ensemble près de 400,000 membres. Cette union a été fondée 'en 1886 sous le patronage de la Société des agriculteurs de France. Elle a pour but d'offrir aux syndicats isolés un centre d'action et d'information, de leur procurer les renseignements qui peuvent leur manquer sur l'état des marchés intérieurs et extérieurs et les tarifs de transport les plus avantageux ; de leur fournir des avis et des conseils en matière contentieuse, et de leur faciliter l'accès des laboratoires d'analyse de la Société des agriculteurs de France. Cette Union, formée à titre de syndicat professionnel, sous le bénéfice de la loi de 1884, ne doit pas être confondue avec le Syndicat central des agriculteurs de France.
Ce Syndicat central, dont le siège est également à Paris, procède comme l'Union de la Société des agriculteurs de France. Il a été institué au même moment» également sous le régime de la loi de 1884, et a pour objet de faciliter la création des syndicats agricoles, de propager les notions professionnelles et les doctrines économiques les plus favorables au développement de l'agriculture nationale, de vulgariser enfin les meilleurs procédés agricoles. C'est donc une association de propagande qui fait agir les syndicats et provoque la formation des Unions, mais qui ne sert d'intermédiaire ni pour l'achat, ni pour la vente en
commun. Son caractère est plus général que celui de rUnion ; les deux syndicats se complètent l'un Tautre et tous les deux s'appuient sur la grande Société des agriculteurs de France, qui constitue une sorte de parlement libre des représentants de ragriculture en France.
La loi de 1884 n'a pas fait du syndicat une société de commerce et ne lui a pas reconnu de personnalité civile pour qu'il puisse entreprendre des opérations. Les syndicats ont pour objet de s'occuper des intérêts généraux de leurs adhérents et de faire de la propagande, comme le font les syndicats agricoles dont nous venons de parler ou comme ils devraient le faire pour former sous leur patronage des sociétés d'affaires, ventes ou achats.
L*industrie n'a pas suivi le mouvement avec autant de décision que l'agriculture, pour des raisons d'ailleurs assez faciles h saisir. Les problèmes qui se posent dans l'industrie sont généralement d'une nature plus délicate et, si on peut le dire, plus poignante. Le plus souvent, c'est la vie de l'ouvrier et de sa famille qui est engagée dans le conflit, et puis il y a tant de précédents de violence et de guerre et une habitude si invétérée de se laisser entraîner, que la lutte est souvent commencée avant même qu'on ait pu réfléchir. Enfin la réflexion, eût^on le temps de réfléchir, se fait comme en pleine nuit, avec très peu de chances de s'éclairer à
cause de la complexité des faits et de la contradiction des intérêts. Il ne suffit pas, en effet, de réfléchir pour raisonner juste. Comment apprécier sainement des faits dont la cause vous échappe? On ne peut bien raisonner, ouvrier ou patron, sur la corporation à laquelle on appartient, que si Ton a une connaissance très sûre de ses conditions extérieures et intérieures de progrès, et cette connaissance fait le plus souvent défaut aux ouvriers comme aux petits patrons. Les débouchés de son industrie k Textérieur, ou même la •situaiion faite par la consommation intérieure au commerce des produits de son propre travail, sont le plus souvent totalement inconnus aux individus isolés d'une profession. Les renseignements moraux ne sont pas davantage à leur portée que les renseignements économiques. Pour remplir leur but, les syndicats doivent faire Téducation de leurs adhérents. Les moyens qu'ils possèdent pour arriver à ce résultat ne leur manquent pas, d'ailleurs, et TExposition a fourni de nombreux exemples de grandes sociétés dont Faction sur l'éducation des ouvriers et des patrons a été merveilleuse, comme les sociétés industrielles de nos grandes villes manufacturières et d'autres du même genre ou de genres différents : Société industrielle du Nord, médaille d'or; Société industrielle de Reims, médaille d'or; Société industrielle de Rouen, médaille d'or ; Société d'éducation des Basses-Pyrénées, médaille d'argent;
Société d*encourageinent au travail, du Mans, médaille d*argent. Mais rinstrument le plus remarquable d'éducation économique et sociale dont il ait été possible au jury d'apprécier la portée et les résultats par l'examen des nombreux documents exposés dans la troisième section de TExposition d'Économie sociale est sans contredit le Département fédéral du travail aux États-Unis.
Aussi le premier des deux grands prix dont le jury pouvait disposer pour la troisième section a-t-il été attribué à cette institution ; le second de ces deux grands prix a été décerné à la Société internationale des études pratiques d'économie sociale.
Le Department ofLabor, Département du travail des États-Unis d'Amérique, avait été désigné dans le catalogue sous le nom de Ministère du travail, mais l'administration dont il s'agit ne ressemble en rien à un Ministère tel qu'on le conçoit en France, en Angleterre, en Belgique, en Espagne, en Italie, dans les pays d'Europe, en un mot, où le régime parlementaire a été institué à l'instar de l'Angleterre.
Le chef du Département du travail ne discute pas les affaires de la politique générale avec les membres d'un cabinet ; il n'est chargé ni de la préparation des lois sur le travail, les patrons ou les ouvriers, ni de la présentation ou de la discussion de ces sortes de lois devant le Parlement, ni enfin de l'exécution sur aucun
point du territoire des États-Unis des lois votées par le Congrès.
Les États, unis entre eux par le lien fédéral, sont d'ailleurs très jaloux de leur indépendance dans tout ce qui touche à Tindustrie et au commerce, et ils ne supporteraient pas dans ces matières que le Pouvoir fédéral intervînt dans quelque mesure que ce fût.
Les personnages politiques et administratifs du Gouvernement fédéral sont : le Secrétaire d*Ëtat qui a dans ses attributions les affaires étrangères, et les Secrétaires de la guerre, de la marine, de Tintérieur et du trésor. On peut leur adjoindre le Directeur général des postes et l'Avocat général pour compléter le corps politique qui ressemblerait à ce qu'on appelle en Europe un cabinet, mais en auCun cas le chef du Département du travail ne pourrait pas plus être considéré comme un Ministre fédéral aux États-Unis, que ne le sont en France le Grand Chancelier de la Légion d'honneur ou le Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations.
Le Département du travail est un bureau de statistique d'un ordre particulier qui a été créé en 1884 sous le nom de bureau du travail^ pour faire des rapports adressés à l'origine au Secrétaire de l'Intérieur. Il a été, en 1888, dénommé par une loi nouvelle : Département du travail, et son chef, qui a conservé le titre de Commissaire, a été affranchi de tous liens avec le Secré-
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taire de Flntérieur; il peut désormais adresser directement ses rapports au Président des États-Unis et aux deux Chambres.
La création de cette institution fédérale avait été précédée d'organisations du même genre dans les différents États de la Confédération, sous le titre de Bureau de statistique du travail, comme à Boston (Massachusets) ; de Statistique industrielle , comme à Harrisburgh (Pensylvanie) ; de Statistique et de géologie, comme à Indianapolis (Indiana); mais le plus ^rand nombre de ces institutions portent le titre de Bureau de statistique du travail.
Le premier en date est celui de Boston, créé en 1869 et placé sous la direction de M. Carroll D. Wright :
« Presque toutes les nations civilisées, a dit M. Carroll Wright, le 3 septembre 1888, à Saratoga, en ouvrant la session de l'Association américaine des sciences spciales, ont depuis bien des années des bureaux de statistique d'un caractère déterminé, mais le bureau de statistique du travail est spécial à l'Amérique tant par son origine que par son caractère. Tout en «'occupant des statistiques dont la source est officielle -et dont les éléments se trouvent dans des registres administratifs, comme les statistiques d'immigration, •de revenus, de naissances, de morts, d'impôts, etc., les bureaux américains ont pour premier objet les statistiques faites au moyen d'enquêtes et des recherches
originales sur le bien-être du peuple au point de vue social) moral; économique, sanitaire et industriel, et aussi au point de vue du développement de Tinstruction. »
Le r6le des Bureaux du travail est donc d'instruire les gouvernants, les législateurs, les patrons et les ouvriers en leur faisant connaître avec impartialité et exactitude les faits relatifs à Tindustrie, au commerce et à la condition des travailleurs; c'est un moyen de répandre une instruction spéciale qu'il est plus nécessaire dans notre siècle d'acquérir qu'il ne l'a été dans aucun autre, à cause de la complication et de l'importance croissante des intérêts.
Les chefs du parti ouvrier avaient cru d'abord que les Bureaux du travail devaient avoir pour objet de défendre des opinions et d'en assurer les progrès ou de rédiger des projets de loi ayant pour but d'améliorer les conditions du travail et de régler le taux des salaires. Il y avait & l'origine une opinion, généralement répandue aux États-Unis parmi les travailleurs, pour attribuer aux administrateurs de ces bureaux la mission de discuter les réformes et de chercher les moyens de les réaliser. Il semblait qu'ils n'existassent que pour exciter les législateurs à la mise en pratique de tel ou tel système social. Mais aujourd'hui il en est autre* ment : les chefs du parti ouvrier comprennent tous» sans exception, que les intérêts des travailleurs sont mieux servis par la simple étude, confiée à des institu-
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lions spéciales, de tous les faits relatifs à la production et aux conditions dans lesquelles la production se développe, que par Timmixtion des bureaux du travail dans la préparation des lois.
Dans une communication faite en 1888 à Tlnstitut international de statistique, M. E. Rossi reprochait & quelques directeurs de Bureaux de statistique de divers États de faire de la polémique au lieu de statistique ; il faisait allusion à cette première période aujourd'hui close, pendant laquelle le parti ouvrier voulait que les Bureaux du travail entrassent en guerre contre ses adversaires.
« Il y en a, disait -il, qui, non contents de préparer de bons matériaux de statistique, veulent s'ériger en sociologistes et prétendent trouver eux-mêmes la solution de certaines questions. M. Walls, directeur du Bureau de TOhio, n'hésite pas à ouvrir dans un de ses rapports une polémique contre les principes de Téconomie politique du jour et contre la doctrine qui fait dépendre le salaire de la quantité du capital. Le directeur du Bureau du Michigan tient à montrer que ses principes économiques diffèrent de ceux du professeur G. W. Sumner qui appartient à la doctrine du libre échange. Un semblable subjectivisme est hors de propos, et plus d'une fois le public intelligent en a exprimé son mécontentement. »
M. GarroU Wright a beaucoup fait d'ailleurs pour
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amener la pacification dans la science ; il s*en est applaudi dans les termes suivants :
<c Le but à poursuivre sans se lasser quand on établit des statistiques du travail, c'est la vérité ; les résultats doivent être présentés de bonne foi sans égard à la théorie de ceux qui sont chargés de recueillir les faits. Les fonctionnaires qui sont placés à la télé des bureaux ont aujourd'hui reconnu en fait qu'un bureau de statistique du travail ne peut pas résoudre les problèmes sociaux et industriels...
« L*œuvre de ces offices doit être classée parmi les eCTorts faits pour développer l'instruction ; au moyen d'une série d'investigations judicieuses, d'une publication scrupuleuse des résultats obtenus, ils peuvent et doivent mettre le peuple à même de comprendre plus clairement et plus complètement qu'auparavant les conditions sociales qui sont l'atmosphère de sa vie. Les difficultés auxquelles on se heurte, quand on cherche à faire cette éducation du peuple, sont considérables. Les opinions et les théories se mettent en travers du travail des Bureaux, et cependant les opinions et les théories doivent être laissées de côté. Elles appartiennent au domaine particulier et légitime des économistes et non pas à celui des statisticiens.
« Le travail du Bureau a sa source légitime et naturelle dans la méthode descriptive et historique. La statistique scientifique est celle- qui dit la vérité telle
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qu'elle est, et elle ne se contente pas de poser les bases de nos propres théories. En examinant avec attention les rapports des difTérents Bureaux des États-Unis, on arrive à cette conclusion certaine, que les hommes, qui les dirigent, reconnaissent en fait que telle doit être à l'avenir la règle générale de leur conduite.
« Ceux qui critiquent leurs travaux sont ordinairement les personnes auxquelles les résultats de ces travaux déplcJsent et qui ne trouvent plus d*autre moyen pour défendre leurs idées que de critiquer ou les méthodes d'investigation ou les agents qui les ont appliquées. Aussi bien aucune attaque n'a réussi contre le travail des divers Bureaux, parce que les conclusions des fonctionnaires, chargés de les diriger, ont été de simples déductions statistiques et non des opinions, des résultats d'investigation réelle et non des théories. II n'y a eu de réfutation sérieuse d'aucune des déductions statistiques importantes des anciens Bureaux de ce pays, sauf dans deux ou trois cas où les agents euxmêmes ont découvert leurs erreurs et les ont franchement avouées au public.
« La vieille idée de réunir des informations pour corroborer certaines vues ou pour fournir une base à des théories préconçues est une idée d'un autre temps, et l'importance de la connaissance exacte des faits est nettement reconnue. »
Le progrès, dontM.CarrollWright s'applaudit, est dû
à ses efforts personnels, mais ses efforts personnel seraient probablement restés sans efficacité s'il était resté à la tête du Bureau du travail de TÉtat de Massachusets, qu'il a dirigé de 1869 à 1884.
Lorsqu'en 1884, le Gouvernement fédéral a créé un office fédéral & Washington, sous le nom de Bureau du travail des États-Unis, il a appelé M. Garroll Wright à le diriger, avec le titre de Commissaire.
M. Lamle, directeur du bureau de la statistique du travail de Saint-Paul (Minnesota), a dit dans son premier rapport biennal de 1889 : « Ce qui s'impose à ces bureaux, c'est une organisation et une direction scientifique. »
Or, la direction et l'organisation scientifique leur ont été données par M. CarroU Wright, qui a réalisé à leur profit et au profit du public l'uniformité des méthodes, non pas en la leur imposant, mais en la proposant à leur libre acceptation.
Le Bureau fédéral s*est donné le même but et a travaillé dans les mêmes champs d'investigation que les bureaux des divers États, et ces champs d'investigation sont fort étendus, puisqu'ils comprennent les objets suivants :
Emploi des femmes et des enfants dans les fabriques; instruction; maisons ouvrières dans les villes manufacturières; travail du dimanche; heures de travail; salaires; profits et chômages; prix de la vie pour un
ouvrier; conditions économiques, hygiéniques et mo* raies de la vie des ouvriers; épargnes et salaires; salaires en nature; accidents du travail; coopération; arbitrage et conciliation ; comparaison des salaires et du prix des vivres dans les principaux pays d*Ëurope; paupérisme et criminalité; travail des prisonniers; ivresse et vente des spiritueux; divorce; effets de certaines formes de travail sur la santé des femmes; influence de la tempérance sur la criminalité; responsa* bilité des patrons en cas d'accidents du travail ; travail des mines ; éducation industrielle, etc.
Le bureau de Washington s'occupe de toutes ces questions, mais ce qui le distingue des bureaux des divers États, c'est qu'il donne à ses recherches un caractère éminemment national.
Dans son premier rapport annuel, il a traité magistralement la question des crises industrielles sur toute la surface de l'Union; dans le second, il a fait une étude précise des conditions du travail dans les prisons ; dans le troisième, il fait une histoire complète des grèves et des suspensions de travail survenues depuis le i"' janvier 1881 jusqu'au 31 décembre 1886, avec un sommaire des faits analogues qui se sont produits antérieurement.
La première grève, dont on ait gardé le souvenir, est celle des boulangers de New-York de 1741.
Le troisième rapport donne un relevé de la législa-
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tion des États particuliers avec une analyse des décisions des tribunaux concernant les grèves, les coalitions, les ententes et le boycottage; enûn le quatrième rapport a pour objet les conditions économiques et morales des ouvriers dans toutes les grandes villes manufacturières des États-Unis.
Pour permettre au bureau du travail de Washington de prendre tout le développement dont il était susceptible, et pour assurer à M. CarroU Wright une indépendance et une liberté d*action plus grandes, le Congrès, par une loi du 13 juin 1888, en a modifié Torganisation. Le simple Bureau fédéral est devenu un département fédéral^ et M. GarroU Wright en a été le chef, avec le titre de Commissaire nommé pour quatre ans par le Président des États-Unis, sur Tavis et avec le consentement du Sénat.
L'article 8 de la loi de 1888 est ainsi conçu : « Le Commissaire adressera chaque année un rapport écrit au président et au Congrès sur les faits qu'il aura recueillis, en y insérant les observations qu'il jugera utiles sur les moyens de rendre plus efficace l'action du Département du travail. Il devra également fournir des rapports spéciaux sur des sujets divers, toutes les fois qu'il en sera requis par le président ou une des chambres du Congrès, ou d'ofGce, quand il croira que la responsabilité de sa charge le rendra nécessaire. »
L'organisation américaine est très remarquable ; elle
remplace avec profit les bureaux de statistiques, comme ceux de TEmpire d'Allemagne et de la Prusse qui ont fait pourtant de si grandes choses ; les commissions du travail, comme celles qui ont fonctionné et fonctionnent encore en Belgique et au Canada avec tant de succès, Tadministration si complète de la statistique italienne, le secrétariat ouvrier suisse, œuvre privée subventionnée par le Gouvernement fédéral, et toutes autres combinaisons du même ordre, et elle a, sur les organisations connues jusqu'à ce jour, cet avantage de pouvoir remplacer, en les soumettant à des règles véritablement scientifiques, ces enquêtes administratives et parlementaires qui, pour employer l'expression de M. CarroU Wright, « aboutissaient à réunir une masse de faits incongrus, difficiles à classer et qui, même dans bien des cas, n'étaient pas susceptibles de l'être, » et il ajoute : « les enquêtes faites par les comités parlementaires sur les questions du travail ont abouti à des rapports volumineux remplis de dépositions, sans que les comités d'enquête aient pu cristal^ User et classifier les résultats ; ce qui est le plus pratique et le plus efficace dans la poursuite des enquêtes, c'est d'employer des agents spéciaux ou des experts qui puissent faire des visites personnelles à ceux dont on veut obtenir des informations. »
Il ne faut pas croire qu'une pareille organisation puisse être créée à bon marché. Le budget annuel
des dépenses du Département fédéral du travail a dépassé 750,000 francs en 1889 ; il atteint et dépassera D00,000 francs en 1890 et en 1891 .
M. Goffinon a donné, dans son rapport spécial, des détails intéressants sur le fonctionnement de ce Département et des bureaux d^États. Il y a lieu de 8*y reporter et de lire en même temps les notices dans lesquelles il a fait connaître l'organisation et Faction utile des syndicats et des sociétés récompensés par le jury dans la section III.