APPRENTISSAGE
Nombre d'exposants 104
Nombre de récom- l aux exposants 96
penses \ aux collaborateurs 9
Grands prix 8
/ d'or 18
Médailles < d'argent 48
( de bronze il
Mentions honorables 5
id'or 2
d argent 3
La section IV du groupe de TÉconomie sociale avait pour objet l'apprentissage, et le programme du Comité d'organisation se divisait eu trois chapitres :
i** Apprentissage dans Vateiier. — On demandait aux exposants qui se rendraient à l'appel du Comité de déûnir leur atelier et les travaux qu'ils y font exécuter ; de donner des indications sur le nombre des apprentis dans leur industrie; de faire connaître l'état des rapports entre le patron et l'apprenti d'une part, et entre l'apprenti et ses parents ou ses tuteurs, d'autre part, pendant le temps de son apprentissage, et de fournir
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des détails sur le contrat d'apprentissage quand il en existe. Enfin on voulait se rendre compte des résultats généraux de l'apprentissage et de son influence sur le développement physique, professionnel, intellectuel et moral de Tapprenti;
2* Enseignement professionnel. — Les exposants industriels devaient' faire connaître les écoles d'apprentissage établies dans leurs ateliers ou les cours professionnels suivis par leurs apprentis en dehors de l'atelier. Le écoles professionnelles, les écoles ménagères étaient appelées à exposer leur organisation et -leurs méthodes; enfin, les Orphelinats industriels ou agricoles et les ouvroirs rentrant également dans la section lY, on leur demandait de faire apprécier les services qu'ils rendaient à l'enfance ouvrière;
3® Les sociétés de patronage formaient un troisième et dernier chapitre du programme de la section.
Un grand nombre de questionnaires portant sur les points généraux énumérés plus haut, avec un grand détail de questions subsidiaires, avaient été distribués dans les administrations publiques, Etat, Départements, Municipalités, ainsi que parmi les industriels, les 83rndicats et les sociétés de patronage.
En même temps et concurremment à cette action, une action parallèle se produisait dans le groupe II de l'exposition du Champ de Ma^ : Éducation et enseignement^ matériel et procédés des arts libéraux.
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Les trois premières classes de ce groupe, 6, 7 et 8, étaient consacrées : la classe 6, à l'éducation des enfants, enseignement primaire, enseignement des adultes; la classe 7, à l'organisation et au matériel de renseignement secondaire, et la classe 8, à Torganisa* lion, aux méthodes et au matériel de renseignement supérieur. Un grand nombre d'exposants se rattachant à Tapprentissage et à l'enseignement technique avaient été disséminés dans chacune de ces trois classes. On jugea alors nécessaire d'instituer une classe nouvelle, à laquelle on donna le numéro d'ordre bizarre 6-7-8 et qui porta le nom de classe de renseignement technique*
Le Congrès de l'enseignement technique, tenu à Paris du 8 au 13 juillet 1889, définissait cet enseignement en disant que, « pris dans son acception la plus large, il a pour objet l'étude des arts et des sciences en vue de leur application à une profession déterminée. 11 suit la variété des professions elles-mêmes, et ses degrés s'échelonnent selon le but qu'il poursuit. Il peut comprendre deux parties distinctes : l'une technique, l'autre pratique et faisant appel aux exercices manuels; à celte dernière ressortit plus particulièrement l'apprentissage. »
La classe 6-7-8 de l'enseignement technique du groupe II devait donc faire, dans une mesure très large, double emploi avec la section IV du groupe de l'Économie sociale.
Quelques exposants ont figuré à la fois à FEsplanade des Invalides et au Palais des Arts libéraux, et ont obtenu des récompenses séparées pour chacune de leurs expositions, les unes décernées parle jury d'Économie sociale, sur le rapport de M. Gh. Lucas, les autres par le jury de la classe 6-7-8, sur le rapport de M. P. Jacquemart.
Enfin d'autres exposants n*ont exposé que dans un seul endroit, tantôt à TÉconomie sociale, tantôt au Groupe de renseignement.
105 récompenses ont été décernées par la section IV de rÉconomie sociale, et297 par la classe 6-7-8, enseignement technique, du groupe II.
Sur les 297 récompensés de la classe d'enseignement technique, il y en a 15 qui Tout été, en outre, dans la seclioa IV de l'Économie sociale, sans compter ceux des exposants de la section IV qui ont été récompensés dans les classes 6 (éducation des enfants), 7 (organisation et matériel de l'enseignement secondaire), 8 (organisation, méthodes et matériel de l'enseignement secondaire), et dans la classe 5 bis (enseignement des arts du dessin).
La grave question de l'apprentissage ne peut donc être étudiée dans son ensemble, telle qu'elle s'est produite à l'Exposition, que dans les deux rapports de MM. Gh. Lucas et P. Jacquemart, qui résument les documents nombreux exposés tant à l'Esplanade des
Invalides qu'au Palais des Arts libéraux. En étudiant ces deux rapports, on peut reconstruire, par les fails, Thistoire de Tapprentissage et en constater les vicissitudes, d'aucuns disent le déclin, beaucoup d'autres le progrès.
Cette histoire a deux termes extrêmes où se complaisent les esprits absolus. Les uns regrettent l'apprentissage individuel dans une industrie familiale où l'enfant était élevé en même temps qu'instruit dans son art par des ouvriers habiles dont il devenait le compagnon. Pour ceux qui expriment ces regrets, rage d'or de l'apprentissage est au siècle passé, avant les grandes usines, quand la division du travail et la machine n'avaient pas transformé les apprentis en petits ouvriers, souvent vieillis avant l'âge parce qu'on les fait vivre dans un monde de travail à outrance où ils se démoralisent et restent isolés, sans défense contre le vice, au milieu de la foule. Les autres ne regrettent pas le passé et ont foi dans Tavenir ; pour ceux-là, l'âge d'or de l'apprentissage est en avant, quand il aura été conçu comme une éducation que rÉtat aura été chargé de répandre à l'instar de toutes les autres, aux frais de tout le monde, dans des écoles professionnelles de tous les degrés, soumises à la direction du grand maître de l'éducation publique. L'enfant sortira de l'école professionnelle pour entrer ouvrier achevé dans un atelier où il se mettra à l'on-
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vrage, sans avoir été préalablement usé par la production précoce qu^on lui impose pour payer son apprentissage.
En étudiant la double exposition de la section lY et de la classe 6-7-8, on reconnaît qu'il existe, heureusement, des solutions variées entre ces deux extrêmes, depuis l'apprentissage individuel qui subsiste encore avec le contrat d'apprentissage régulier ou non, écrit ou verbal, jusqu'aux écoles professionnelles, nationales ou municipales, offrant des types à l'imitation des efforts privés; enfin l'Exposition nous a montré l'enfance ouvrière française protégée par la loi de 1874 et surveillée par des patronats de personnes dévouées; elle nous a permis d'apprécier un grand nombre d'écoles patronales dont le chef d'industrie dirige les travaux, et aussi les institutions corporatives et les syndicats qui instruisent la jeunesse dans l'art et l'industrie de chaque corps d'état. Initiative individuelle et action de l'État, tout concourt à réaliser non pas une conception unique, car l'unité n'existe pas plus dans la question de l'apprentissage que dans les autres questions sociales, mais une suite de solutions intéressantes.
Ce qu'il faut tirer du spectacle que nous ont donné la section IV et la classe 6-7-8, c'est une idée sur le progrès que les diverses solutions peuvent faire faire à la paix sociale en rapprochant, dès l'enfance, les travailleurs des chefs d'industrie qui les emploient, les
ouvriers des patrons, et en élevant le niveau intellectuel et moral des uns et des autres.
L'esprit français est porté à prendre la complication pour dç la confusion. Aussi croit-il souvent, on en a vu de trop nombreux exemples, sortir de la confusion en faisant disparaître tout simplement la complication qui TolFusque. Il élève alors un superbe bâtiment bien ordonné, où tout est à sa place, dans des compartiments bien arrangés à l'avance, et il se complaît dans une œuvre où tout a été rabaissé au niveau simple que ne peuvent dépasser les intelligences étroites. On est quelquefois tenté de se laisser aller à cette méthode qui a une apparence scientifique, quoiqu'elle soit, dans le cas qui nous occupe, contraire à la nature des choses, pour se rendre compte des conditions nécessaires au recrutement de l'armée ouvrière dans un siècle comme le nôtre, où la production est surexcitée jusqu'à dépasser les besoins et où la concurrence rend la vie difficile et précaire. Ce serait une grosse erreur de vouloir l'appliquer à l'apprentissage. Tout ce qui touche à l'enfance ouvrière doit être envisagé à des points de vue extrêmement variés. Ces points de vue sont et doivent être aussi nombreux que les intérêts moraux, intellectuels et industriels qui sont en présence dans une population dont la vie est heureusement d'une intensité extraordinaire, comme à toutes les époques de progrès.
Le jury de rexposiiion d*Économie sociale n*avait pas à examiner, encore moins à juger, Tensemble des lois qui ont réglé, en France, renseignement professionnel ou technique. Le rapport de M. Gh. Lucas ne pouvait être une répétition de celui de M. Paul Jacquemart. M. Ch. Lucas s'est rencontré avec M. Jacquemart sur beaucoup de points ; il a dû souvent parcourir les mêmes terrains, mais c'était à la condition de rester dans la question sociale; ce qu'il a fait avec beaucoup de tact et beaucoup de compétence. Les deux rapports ne se remplacent donc pas ; ils se complètent, au contraire, l'un Tautre; ni Tun ni l'autre ne pourrait être lu isolément ; ils ne porteront tous leurs fruits que s'ils sont réunis par ceux qui les liront et qui en feront une même étude.
Les résultats moraux de l'action des lois et des institutions publiques ou privées ressortent bien 4e la lecture des deux rapports, mais nous avons dû nous préoccuper davantage dans la section lY des lois de protection et du mode de leur application. Aussi nous sommes-nous arrêtés plus longtemps que le jury de la classe 6-7-8 sur les effets de la loi de 1874, relative au travail des enfants dans les manufactures et sur les avantages et les inconvénients des réformes qu'on peut y apporter.
On peut, d'ailleurs, dans une vue générale sur Tor-
ganisation de l'enseignement technique, très bien/mler-
'494 tCÛNOMIE SOCIALE.
caler ce qui a parliculièrement appelé noire alteation et provoqué nos réflexions. .
L'ÉLat, les pouvoirs publics locaux, déparlemeals et communes, Tinitiative privée, se distribuent le ^in de développer et de surveiller l'enseignement technique, depuis Técole où Tenfant reçoit les premières notions de renseignement primaire jusqu'à l'apprentissage individuel ou collectif qui précède Tatelier, se confond souvent avec lui et môme se continue après les premiers travaux productifs de la profession, par les cours d'adultes où se presse, dans beaucoup de grandes villes commerciales et industrielles, la jeunesse ouvrière française.
L'Ëtat possède et dirige de grandes institutions nationales. Ces institutions, écoles techniques professionnelles ou d'apprentissage, placées sous sa direction immédiate, dépendent de divers Ministères : Beaux-Arts, Instruction publique. Agriculture, Industrie et Commerce, Marine. Les écoles professionnelles, créées par la loi de 1880, ressortissent à la fois des deux ministères de Tlnstruclion publique et du Commerce. Le Ministère de l'agriculture et le Ministère du comuerce ont reçu chacun un grand prix. Un grand prix collectif a été également décerné à rÉcoLE nationale des arts décoratifs, qui est dans les attributions du Ministère de Tlnstruclion publique et des Beaux-Arts. Ce prix a été attribué à TÉcole de
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Paris, à celle de Limoges et à celle d*Aubusqon.' Le directeur, M. Louvrier de Lajolais, y a été nominativement et spécialement associé. M. Charles Lucas a do^nné sur ces beaux établissements^ dans son rapport) des détails circonstanciés qui en font apprécier la valeur.
Les départements et les communes se sont depuis plusieurs années très vivement préoccupés du développement à donner à l'éducation technique, et la loi de 1880 a fait entrer dans le cadre des ôlablissemeiits d'instruction publique les écoles professionnelles, ménagères et de travail manuel.
La Ville de Paris avait fait une admirable exposUton d'instruction primaire à tous les degrés dans son pavillon du Champ de Mars. Mais elle avait aussi apporté à l'Esplanade des Invalides, pour les placer sous les yeux du jury de l'Economie sociale, des documents très nombreux et très intéressants. La Préfecture de la Seine y avait joint ce qui pouvait faire apprécier les essais de l'Assistance publique, suivis de succès remarquables, dans l'éducation et la moralisalion, par l'instruction, des enfants abandonnés confiés à ses soins ; enfin la Préfecture de Police avait placé sous nos yeux tous les rapports de ses agents sur l'application de la loi de 1874 relative au travail des enfants dans les manufactures. Le grand prix que nous avons décerné à la Prêfecturb de la Seine, pour l'Assistance publique
€t pour la Direction de rEnseignement, celui que nous avons décerné à la Société de protection des apphentis £T DU l'£Nfanc& OUVRIÈRE, oot été Texpresiion de la double satisfaction du jury pour le bien si intdlligemment fait par les pouvoirs publics, et pour le résultat des efforts individuels et d^initiative privée que nous avons admirés dans un très grand nombre d'expositions particulières.
La loi ne peut rien, en effet» sans les mœurs, et les mœurs sont heureusement influencées par les efforts d'une véritable armée de gens de bien, qui donnent aux lois de protection toute leur valeur, en en rendant Tapplication facile. Les lois de protection se changent si facilement en lois d*oppression, qu'elles doivent être surveillées avec un soin jaloux et un grand amour de la liberté, si Ton veut en retirer les avantages qu'on a prévus et les empêcher de dévier de leur objet. C'est en nous plaçant à ce point de vue que nous avons pu apprécier les applications qui subsistent encore des contrats d'apprentissage, et ces admirables patronages qui ajoutent pour ainsidire à la famille, en la complétant toujours etenla moralisant quelquefois, patronages que les sociétés privées, les syndicats professionnels et les conseils de prud'hommes ont établis avec tant de profit non seulement pour l'enfance ouvrière, mais pour l'ensemblo des travailleurs français. On voit qu'il est facile, parce que la transition est naturelle, de passer
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de raction des pouvoirs publics à celle des individus associés dans nn but d'înlérèt absolument général, ou dans un but spécialisé et comme localisé dans les différentes industries.
Mais il faut, avant de parler des efforts privés, nous airrêter un instant devant Faction des pouvoirs locaux, et la Ville de Paris offre des conditions toutes spéciales d'examen, parce qu'elle est la plus grande de toutes les villes industrielles et commerçantes de notre pays et qu'elle a ce caractère particulier de comprendre à la fois de très grandes et de très petites industries. A Paris, il y a des usines et des ateliers considérables, et^ à côté, de petits ateliers et des industries en chambre pour ainsi dire familiales.
Les écoles communales de la Ville reçoivent les fils et les filles d'une population ouvrière considérable, fila et Ûlles, qui sont le plus souvent destinés à exercer la profession de leurs parents. Faut-il leur donner un commencement d'éducation technique dès leur entrée dans l'école et les préparer h l'apprentissage par des travaux préliminaires? Telle est la question que s'est posée l'administration et qu'elle a résolue de diverses manières.
Personne ne met en doute que le dessin pour les garçons et les filles, et la couture pour les filles ne forment des articles nécessaires du programme de Tinslruclion primaire. Le dessin est un art qui est la
condition nécessaire d'un grand nombre d'industries parisiennes, et là couture est le fond dé toutes les industries du vêtement qui emploient tdnt de maind'œuvre à Paris. Faut-il aller plus loin et donner place au travail manuel dans l'école primaire? L'essai en a été fait dans Técole de la rue Tournefort. « Où s'est demandé (1) s*il n'y aurait pas avantage à mettre l'enfant en mesure, dès l'école, de se rendre compte* de ses aptitudes professionnelles en l'initiant aux travaux préliminaires de l'atelier, et si, quelle que fût la vocation de l'élève, il n'y avait pas lieu de rechercher, dans l'alternance sagement ménagée du travail manuel avec l'étude, le moyen d'assurer le développement bien équilibré de toutes ses facultés. »
L'expérience se poursuit encore; elle a produit des résultats intéressants, et le travail manuel a été introduit, à la suite de ce premier essai, dans un certain nombre d'autres écoles. Cette tentative n'a pas encore dit son dernier mot; elle ne doit pas, d'ailleurs^ faire négliger le but principal de tout enseignement, qu'il s'agisse des enfants des ouvriers ou des enfants de la classe aisée, qui est de développer l'intelligence et de former le jugement. Il y a certainement des idées générales, qui dominent tout travail manuel, et ces idées générales peuvent être cultivées de bonne heure dans
(I) Gréard : Éducation et inslriiction, — Enseignement pti' maire, p. 263.
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Tesprit des enEanls destinés à une profession industrielle. La main est comme le manche de Toutil^ elle forme la partie de Toutil que dirige directement Tintelligence, et Tintelligence ne la dirige pa^ au hasard. La précision dans les mouvements de la main, obtenue par le compte que se rend Tenfant de ce qu'il entreprend, peut être l'objet d'un premier enseignement technique, sans cesser d'être un enseignement général destiné à former l'esprit.
En réalité, l'enseignement de l'école primaire ne peut faire un ouvrier; il peut préparer un apprenti, ce qui est beaucoup, s'il est vrai que, dans l'apprentissage non préparé par une direction préalable, l'apprenti ne reçoive véritablement d'enseignement professionnel que dans la dernière année de son apprentissage et ne perde plutôt qu'il ne gagne au point de vue de l'aptitude au travail et de la moralité pendant la première ou les premières années.
Les résultats obtenus dans les écoles primaires de Pc^ris, consolidés par les cours de dessin, et pour les filles spécialement par les cours de coupe et d'assemblage, sont très remarquables ; et les progrès faits par l'enfance parisienne sont très visibles, si l'on se reporte par comparaison à cinquante ans en arrière (1).
(1) La Ville de Paris en est encore pour ainsi dire aux essais; un premier programme de travail manuel a été appliqué, et quoique les résultats en aient été appréciés, on a cru remarquer quli faisait trop ressembler le travail manuel de récolc à
^OO ÉCONOMIE 80GIAL6..
On a fuit, il y a quelques années, , une expérience intéressante. Las enfants^ garçons etûllesi qui concou-» raient ppur obtenir le certificat d études primaires etqui étaient au nombre de 14,000, ont été appelés à faire una iComp^ition écrite. On leur a demandé quelle était la profession à laquelle ils désiraient se livrer et Tem* ploi. qu'ils feraient à leur majorité du livret de caisse dlépargne qu'ils pouvaient gagner à la suite des examens pour le certificat ; mais laissons parler M. Gréard (i) :
« Mais ce sont les sentiments et les idées des enfants die Técole primaire proprement dite que nous voudrions surtout faire saisir. Leur pensée ne peut mieux être; ebcprimée que par eux-mômes. Aussi la tireronsnous des travaux, où ils ont été appelés h découvrir le fond de leur cœur. Non pas qu'il faille toujours se fier; àù ce témoignage. S'il a été préparé» il peut élre
UD apprentissage et qu'il ne se rattachait pas suffisamment aux autres matières de l'enseignement. Un nouveau programme a donc été essayé. L'instituteur sera désormais chargé do la direction de l'enseignement du travail manuel, et le maitreouvrier ne sera plus que son auxiliaire. Le travail manuel sera relié t>lu» complètement aux autres enseignements par des e.\ercices de dessin, de mesures, etc. L'enseignement sera coUeclir; tous les élevés feront en môme temps le même travail et on supprimera des exercices pénibles sans nécessité appréciable et sans intérêt, comme le corroyage du bois, etc. L'enseignement manuel devra donner & Tinstitateur un moyen de plus de traTailler à l'éducation morale, physique et intellectuelle de ses élèves.
(1) Éducation et instruction. — Enseignement pnmaire^ O. Gréard, p. S12.
ÉGONÔMTE SOCIALE.' âO»
trompeur. Mais quand, mis en demeuref, à rimproviàte^ de développer un sujet qui le touche, l'enfant est laisséà don inspiration personnelle, on peut tenir quelque compte de son langage : vraisemblablement il est sincère; et tel est bien le caractère des 4,364 témoi* gnages que nous avons recumllis, témoignages reposant pour la plupart sur les compositions dont nous avons parié plus haut et que nous avons toutes lues.
(( On en connaît les sujets. Il s*agissait de dire> pour^ les uns, la profession à laquelle ils désiraient se livrer; pour les autres, quel emploi ils feraient, à leur majorité, du livret de caisse d'épargne qu'ils pouvaient gagner à la suite des examens du certificat.
« Ce n'est donc pas sans s'être rendu compte, soit par elles-mêmes, soit avec leurs parents, des chances de travail et de gain offertes par les différentes professions, que les jeunes filles, dont nous avons analysé les dépo^ sitions, ont fait leurs choix. Ces choix, justifiés par des explications de valeur fort inégale et d'ordre très divers, ne laissent pas de présenter dans leur ensemble un caractère net et singulièrement instructif. Nous ne sommes plus ici dans la sphère des sentiments, dont l'expression la plus sincère peut laisser en défiance. 11 s'agit d'indications positives, d'arguments précis, de faits ; et ces faits, réunis aux renseignements que nous a fournis l'étude de la statistique, ainsi que celle des concours et des examens, démontrent, à ce qu'il sem-
ble« qu6 non seulement les écaks primaires de la Ville de Paris profitent h ceux pour lesquels la dépense en est faite, mais que, par les sentiments et les idées qu'elles développent, par les goûts qu^elles inspirent, elles répondent bien à leur objet. ».
Ge n'est pas sortir de notre sujet que d'^yonter ^ cette citation quelques-unes des réponses faites par les Qlles sur la profession à laquelle elles se destinent. On a indiqué d abord la profession des parents, puis celle que la jeune fille a choisie avec le motif sommaire de son choix :
iVèr« modiste. Modiste : « Ma mère ne peut faire les sacrifices nécessaires pour compléter mon éducation. Elle a décidé que je serais modiste : je ne veu^x être ni fleuriste, ni carlonnièrc, ni plumassièret métiçrs trop sales. » — Parents concierges. Institutrice ; « Entre mon séjour à Técole de la, rue Jean-Lantier et mon entrée à Técole de la rue de la Jussienne, on m avait placée dans une maison de lingerie comme apprentie, croyant bien faire; mais j'étais, au contraire, très mal placée ; j'avais beaucoup à travailler et j*étais ^ peine npurrie. On est si bien, à Técole. » — Les parents dans •les fleurs artificielles. « La profession de mes parent^ : parce que je pourrais seconder ma mère et mon père dans leurs travaux, tout en restant auprès d^eiix. , » — Le père ancien inspecteur de chemin d^, /!?r> fnère décédée^ Inslilutrice : « Je désire venir en aide à pion père,
ÉCONOMIE SOCIALE. âOS
déchu de sa prtsitîoti et de son aisance. ^ — Pèi^e jar^ dinier, mère couturière. Couturière! << Quand on paU coudre, on peut raccommoder sa. petite famille, tra-* vaHler pour le monde et, avec le peu d'argent que Von gagne, soulager ses vieux patents. » — Mère iingèt^e, Tpère maçon mort d'une chute. Institutrice: « IVidéjà le brevet de sous-mattresse. Quand je vois ces jolis bébés miB sourire et m'embrasser h mon entrée en classe, je suis toute heureuse d'avoir choisi cet état. On m'objectait que c'était un élat très fâligant; mais que peot me faire à moi la fatigue? N'ai-je pas vu ma mère passer des nuils courbée sur son ouvrage? Et mon seul bonheur est de lui rendre un peu de ce qu'elle a fait pour moi. » Les parents commerçants. Lingère': « J'aime les métiers propre?. » — Les parents charboriniers, Lingère: « On est bien heureux de travailler dans le linge blanc. » — Le père tanneur, la mère concierge. Couturière: « État très utile et où oh a Tagrément de faire ses robes à son idée. « Le père sellier^ la mère couturière. Couturière: « Parce que c'est Télat de maman. » — Le père maître de pension, (a mère décédée. Inslitutrîce : « C'est un métier bien beau d'èlre aimé des enfants et de leur donner les soins que leur mère absente ne peut leur donner. » -^ Le père peintre. Modiste : « C'est un métier excessivement propre et qui me plaît beaucoup. » — Le père employé d'administration. Fleuriste : « C'est un heureux métier. »- — Le
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père peintre, là mère couturière. Lin gère : « Je pourrais rester chez nous pour soigner ma pauvi^e mère qui souffre de douleurs rhumatismdes. •» — Za Wre confectionneuse pour ehfants. Lîiigère : « C'est un travail très propre, très gentil, il n'y a pas de mauvais moments et je travaillerais avec ma mère: » *- Ze^ père ouvrier en bronze. Fleuriste : « C'est un métier si gentil ! » — Les parents marchands de vin. Lingère t « Le métier est plaisant. Il faut de l'exactitude, du soin, du goût; c*est mon affaire. » — Les parents bouchers. Lingère: « Je soignerais le linge de mes^ petites sœurs. » Le pèy*e graveur, la mère couturière. Couturière : « C'est Taiguille qui liôuâ a toujours fait vivre. » — Les parents journaliers. Fleuriste: « J'ai toujours eu un pot de fleur sur ma fenêtre, je le changeais avec la saison, d^abor J les primevères, puis des œillets, puis des roses, puis des marguerites, et j'étudiais comment toutes leurs couleurs si harmonieuses étaient faites. » — Le père cocher de fiacrCy la mère brodeuse sur or. Brodeuse sur ôr: « Avec ce métier-là, on est toujours propre ; et puis c'est maman qui Ta voulu, et je ne voudrais pas lui déplaire. — Le père employé, la mère sans profession est malade. Couturière : « Mes goûts me portaient vers le commerce, mais ma mèr& a préféré l'état de couturière parce qu'aujourd'hui la façon des robes coûte plus chei* que l'étoffe et qu'on a besoin de mains pour travailler. » — Le père teinturier ^
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da mère» corseiiire. fleuriste: « C'est très propre et très inlére$s^nt. » ■?— Les parents tailleurs. Couturière : Papa, maman et ipoi, nous coudrons tous ensemble, d — Le ph*e loueur de voitures. Couturière : « Il n'y a •de bon ménage que quand on sait coudre. »
Si Tapprenlissage est préparé dans l'école, il reste <^ependant en réalité à faire; et on peut se demander alors où il peut et doit être continué. Est-il poseible de faire passer l'enfant de Técule primaire à l'école professionnelle en transformant l'école professionnelle en une école d'apprentissage définitive, ou en une école préparatoire h un dernier et, dès lors, fort court apprentissage chez un patron?
La loi du 11 décembre 1880 sur les écoles professionnelles a reçu des applications déjà nombreuses, -soit par dos créations nouvelles, soit par Ja transformation d'institutions anciennes dues à Tinitiative. privée.
L'établissement le mieux installé pour cet ordre d'enseignement n'est pas à Paris : c'est l'école du Havre. 11 date de 1868 et a été placé après coup sous le régime de la lor de 1880. Celte école est une usine modèle, qui fait d'excellents ouvriers et de bons sujets. L'école Diderot de Paris n'a pas la môme ampleur ; elle est la plus ancienne des écoles professionnelles de Paris, car sa création remonte à 1873. L'École municipale de physique et de chimie a été créée en 1882.
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L-écoIed'ameiubleinent deReuilly; dite « École BouUe », est la pluB récente; elle est de 1886. Quant ayx écoles professionnelles de fîlled de Paris, il y en a quatre qui sont en môme temps des écoles ménagères; la etn* quième est une école de broderie, de modes, de con« fection et surtout de dessin industriel.
L'École Diderot a réussi; c'est le travail du fer qui semble susciter le plus de vocation. G est un externat, renseignement y est gratuit; Ton n'y est admis ni avant treize ans ni après seize ans.
Dans le livre de M. Gréard, que nous avons déjà cité, nous trouvons, page 262, une note intéressante du directeur de Técole :
« En juillet 1886, dit~il, soixante-neuf élèves arrivés au terme de leur stage normal ont obtenu le certificat de sortie. Tousonlété placés et admis comme ouvriers.
« Les serruriers sont retenus à l'avance par la cham* bre syndicale des patrons serruriers. La chambre accorde chaque année aux deux premiers sortants un livret de caisse d'épargne de 50 francs, plus au pre* mier la grande médaille de bronze de la Société des b&timents.
« La plupart des ajusteurs, tourneurs, forgerons, ob^ tiennent un emploi par les soins de l'école. Les demandes «dressées par les maisons sont plusnombreuses que les disponibilités.
« Quelques-uns de nos anciens élèves sont devenus
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palrons, et cependant le plus âgé n'a que vingt-huit ans. Un plus grand nombre a fourni une série de non* tremaiires dans diverses industries. D autres sont professeurs de travail mutuel dans les écoles de la ville. Ceux qui font leur service militaire sont attachés aux compagnies d'ouvriers ; les marins sont employés sur les navires comme mécaniciens, chaulTeurs, etc. Ils ne perdent pas la main» tout en remplissant leur devoir envers le pays. »
L'organisation générale des cinq écoles profession* nelles de iiiles est la même pour chacune d'ellos^ Les jeunes filles sont admises de douze à quinze ans, munies du certificat d'études primaires ou ayant subi un examen à peu près équivalent. L'enseignement est gratuit ; la durée de l'apprentissage est de trois ans. Pourtant certaines professions, comme le blanchissage, s'apprennent en deux ans. L'enseignement du ménage y a lieu tous les jours de 8 heures et demie à 9 heures ; les élèves y passent une semaine à tour de rôle et huit par huit. On y apprend la couture et la confection, la lingerie, le blanchissage et le repassage, la broderie sur étoffes et d'ameublement, les fleurs, les corsets, les gilets, tes modes. Il existe une section commerciale dans deux des cinq écoles.
L'administration municipale a fait tenir une statis* tique exacte des situations occupées par les anciennes élèves. Il résulte de cette statistique qu'elles sont res-
lées généralement dans la profession qu'elles avaient choisie. Dans les deux écoles, où renseignement commercial est donné, elles viennent surtout pour terminer leur instruction et rentrer dans leurs familles; mais les unes et les autres travaillent chez elles; elles ne vont pas à latelier,
La préfecture de la Seine (direction de l'Assistance publique) s'occupe aussi de l'apprentissage d'une autre catégorie d'enfants. Le service des enfants moralement abandonnés de la Seine possède trois écoles techniques, savoir: une école de typographie à Alencon ; une école de typographie et d'ébénisterie, à Montevrain (Seine-et-Marne), et une école de filles à Yzeure (Allier), pour les travaux de couture, le jardinage, la cuisine et le ménage, En dehors des écoles dont il vient d'être question, TAssistance publique place environ 900 enfants en apprentissage chez des patrons soit isolément, soit par groupes; elle en a, en moyenne, 3,000 sous sa direction.
Si, de l'étude des pouvoirs locaux, nous passons à celle de l'initiative privée, nous constatons d'abord l'action très réelle des sociétés, qui ont pour objet de faciliter l'application des lois sur l'apprentissage et sur le travail des enfants dans les manufactures.
La Société de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures a pour but d'améliorer la condition des apprentis et des enfants par
tous les moyens, qui, en respectant la liberté dé l'industrie et l'autorité du père de famille, « agiront, ce sont les termes mêmes des statuts, en conformité avec la pensée des lois sur Tapprentissage et sur le travail des enfants » . Son comité de placement abeaucoup étudie et a cherché à propager le contrat d*apprentissage ; mais il faut reconnaître que ce contrat ne se multiplie pas. Ce qui est excellent dans l'action de cette belle ei bonne société, qui est toujours animée de la pensée de J.-B. Dumas, son illustre fondateur, c'est qu'elle protège Tenfance ouvrière en n'exerçant qu'une autorité morale, qu'elle est l'amie des patrons et des apprentis et qu'elle sait persuader à tous qu'il faut faire le bien émiméré et (>our ainsi dire déOni dans la loi de lâ74; non pas parce que la loi l'ordonne, mais parce que c'est honnête d'abord, et ensuite favorable k l'intérêt bien entendu du personnel de l'industrie et de l'industrie elle-même. Il faut faire ce que veut la loi, comme si les inspecteurs de la loi n'existaient pas. L'intervention d'une haute autorité morale dans l'apprentissage, comme celle de la Société de protection, se fait ainsi sentir sur les patrons d'un côté, sur les pères ou tuteurs d'un autre, en même temps que sur les enfants : et un des résultats de cette intervention est de maintenir, même en l'absence de tout contrat d'apprentissage écrit et régulier, l'enfant dans le même atelier jusqu'à ce qu'il ait été mis en état de gagner
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6a vie en travaillant comme ouvrier à plein salaire.
Ce genre de patronage, qui est exercé par la grande Société de protection, Test anssi par des patronages professionnels que cette société cherche à propager.
L'apprentissage individuel d'autrefois tend certainement à disparaître par suite des modifications de rindustrie et de la disparition graduelle des petits ateliers où les patrons n'étaient en réalité que des sortes de contremaîtres ; cependant il existe et se pratique même, on peut le dire, sur une large échelle pour beaucoup d'industries locales, et particulièrement à Paris dans cette variété de petites fabrications de ce qu on appelle, par exemple, les articles de Paris, et aussi dans la campagne et dans un certain nombre de départements, où l'industrie textile est florissante et où de petits patrons ont encore chez eux des métiers sur lesquels ils travaillent et font travailler à façon, comme les canuts de Lyon.
M. Charles Lucas, rapporteur de la section IV, était hors concours comme membre du jury, ce qui ne nous a pas permis de lui décerner une haute récompense pour ses nombreux travaux relatifs à renseignement professionnel, à l'apprentissage et à la protection de l'enfance ouvrière. 11 avait exposé, entre autres, un bien intéressant document : c'est le contrat d'apprentissage de son bisaïeul, Louis Lucas, placé le 23 juillet 17G6, par son père, le sieur Louis Lucas,
eojtreproiveQr de eeirrureriai chçz le sieur Jean-Fr^o* çoia EraauU, . maitre vitrier à Paru, qui déclare acceplar « ledit Lucas &Is pour son apprentif, auquel il pr'Omet montrer et enseigner sondit métier de vitrier et tout ce dont il se môle et. entremet en iceluy, sans luy en rien cacher, le nourrir,. éclairer, chauffer et loger et le traiter humainement; de sa part, ledit sieur Lucas promet et s^oblige d'entretenir ledit sieur son fils d'habits convenables h son état et de luy faire blanchir son linge. » Quatre années plus tard, la veuve d'Ernault, devenue par la mort de son mari mal tresse- vitrière, certifie que le jeune Lucas « a fait son temps d'apprentissage fort assidûment et ûdellement et luy permettant de travailler où bon luy semblera à Parys ».
On répète beaucoup que le contrat d'apprentissage est en train de disparaître, et que les efforts qu'on fait pour le maintenir sont et resteront impuissants. Gela est vrai, nous venons de le dire, on ne peut en disconvenir ; mais les efforts des sociétés, qui s'en sont occupées et qui ont veillé à la stricte exécution des lois sur le contrat d'apprentissage, ne se ralentissent pas pour cela ; elles modifient un peu leur objet, et si elles ne réussissent pas dans le contrat d'apprentissage,*elles aboutissent au moins à la création des Sociétés de patronage. Le patronage de la Société de protection, fondée par J.-B. Dumas, s'exerce avec un très grand
dévouemenl et produit les résultats les plus satisfaisants. Rien ne le prouve davantage que les fêtes bisannuelles, où la Société distribue des prix et où on peut constater Taccord si touchant des enfants et des patrons qui s'applaudissent les uns les autres.
L'initiative individuelle complète de tous les côtés l'initiative des pouvoirs publics. La société fondée par J.-6. Dumas a» en effet, beaucoup d'imitateurs. A la tète des exposants qui ont obtenu des médailles d'or pour leur patronage industriel, le rapporteur a placé la Société pour l'assistance paternelle aux