‹ Économie socialeChapitre 36 sur 46 · ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES DE CRÉDIT · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES DE CRÉDIT

Nombre d'exposants 20

Nombre de récom- ( aux exposants 20

penses ( aux collaborateurs 5

Grands prix 2

/ d'or 8

Médailles < d'argent 6

( de bronze 2

Mentions honorables 2

Médailles de colla- ( d'or 3

borateurs ( d'argent 2

L'exposition des Associations coopératives de crédit a été pleine d*enseignements. L* Allemagne y était représentée par les banques populaires du système Schultze-Delitzsch, dont M. le docteur Schenck est aujourd'hui le chef reconnu ; ITtalie, par les banques populaires dont M. L. Luzzatti est Téminent patron, et la Belgique, par la Fédération des banques populaires, dont M. Léon d'Andrimont est le fondateur. Schultze-Delitzsch est mort en 1883 ; il a eu pour successeur M. le docteur Schenck. Le jury a considéré qu'ils étaient tous les trois dignes des plus hautes récompenses. Le docteur Schenck et M. d'Andrimont

seuls ont pu les recueillir, M. Luzzatlî ayant dû être mis hors concours, comme membre du jury.

La France est très loin derrière les trois pays que nous venons de citer. Les Associations de crédit mutuel n'y font que des progrès très lents, et les documents apportés à FExposilion par quelques sociétés françaises, d'ailleurs très dignes d'intérêt, n'ont pas la môme ampleur que ceux dont les grandes Fédérations des trois nations limitrophes de la France nous ont mis en possession.

Le rapport spécial de M. Courtois, par le soin qu'il a pris de raconter les origines du mouvement dans les trois pays, où il s'est le plus et le mieux développé, permettra au lecteur de se rendre compte des raisons de cette dilTérence.

Le crédit mutuel est essentiellement local; il est nécessairement décentralisé; aussi a-t-il à vaincre en France les obstacles que créent la législation et les mœurs à toute tentative de décentralisation.

On a pu dire des crédits mutuels d'Allemagne, d'Italie et de Belgique, qu'ils constituaient des sortes de caisses d'épargne, chargées de recueillir des économies sous la condition expresse de les faire valoir dans les lieux mômes où elles se sont constituées. Us sont donc tout aussi aisément agricoles dans les campagnes que commerciaux dans les villes, et ils aident à la fois les petits cultivateurs et les petits artisans, qui s'élèvent

sar place dans Téchelle sociale, par l'extension de leurs opérations.

Ce n'est pas ici le lieu de parler — M. Courtois, rapporteur spécial de la section X, Ta fait excellemment dans son rapport — du mode de constitution le plus convenable à ces sociétés populaires. Les associés doivent-ils être solidaires entre eux ou responsables seulement chacun de leur mise? Ou faut-il créer à leur usage une responsabilité mixte, moins étendue que la solidarité entière, mais dépassant celle des sociétés ordinaires à responsabilité limitée en la portant, par exemple, à deux ou trois fois la mise?

On a cru, pendant quelque temps, que le principe de la responsabilité illimitée était inhérent à la mutualité de crédit, mais on a vu qu'il pouvait en être autrement, et la tendance à revenir de ce qu'on peut appeler l'excès de responsabilité se dessine très nettement depuis quelques années. Il ne reste donc debout d'autres principes au regard des mutualités de crédit que ceux de toutes les affaires de banque : une surveillance très exacte des opérations de chaque jour, un contrôle très serré du crédit que les emprunteurs méritent, et un esprit de direction, qui ne cesse pas d'être pratique, quoiqu'il doive être, c'est une condition d'ordre supérieur, empreint d'une sorte d'enthousiasme. Si l'on veut connaître l'esprit des banques populaires, on ne peut mieux y arriver qu'en

lisant les rapports, les écrits, les discours de ceux qui s'en sont faits les apôtres. M. Luzzatti, aujourd'hui que Schultze-Delitzsch est mort, est bien un apùtre et Tapôtre le plus complet de ce genre d'institution populaire.

« Il y a, disait-tl dernièrement, la moitié de mon àme dans la banque populaire de Milan. » Aussi n*at-il jamais cru qu'une banque populaire fût une banque comme une autre, et y voit-il un ressort caché qui n'existe dans aucune autre et dont l'action s'exerce sur Ykme des sociétaires et des clients pour en faire comme une seule famille. On s'aime entre mutualistes emprunteurs et préleurs, tandis qu'on s'estime simplement entre escompteurs de la localité et présentateurs de bordereaux à l'escompte de cette même localité. Les agents de la banque populaire sont des amis qui se dévouent, et non des employés qui cherchent à se faire bien payer par un patron. M. Courtois nous raconte que le caissier d'une petite caisse mutuelle rurale italienne se contente d'un traitement de 50 francs par an, et ce n'est pas une exception.

Mais, concurremment avec le sentiment, l'amour du prochain, le dévouement, l'enthousiasme, qui ont créé le mouvement et l'entretiennent, les grands fondateurs des banques populaires, Schultze et Luzzatti, ont toujours placé en première ligne, pour la direction des mutualités de crédit, la rigueur, la précision,

la connaissance des afTaires. Schultze est un homme d affaires consommé ; il est dévoué aux classes populaires, mais il se refuse à leur faire la charité. Il ouvre des crédits aux artisans pour leurs affaires, pour faciliter leur établissement, pour leur permettre de se procurer l'instrument dontils ont besoin, mais ils*enquiert de la nature de leurs affaires et de la réalité de leurs besoins. M. Luzzatti donne à ceux qu'il entraîne dans la mutualité de crédit, par sa chaude et éloquente parole, les conseils de Tordre le plus pratique, le plus terre à terre, dirai-je; il discute avec eux, en entrant dans les détails infinis, les méthodes les plus sClres et les précautions les plus indispensables. Il fait faire des manuels; celui de M. Eltore Levi, son beaufrère, est une œuvre parfaite, toute de détails et remplie d'enseignements pratiques.

M. Léon d*Andrimont, leur émule belge, ne s'est pas écarté non plus, malgré son dévouement enthousiaste aux classes populaires, des principes sur lesquels les affaires doivent nécessairement reposer.

Deux tentatives pour donner à ce que nous appellerons le ressort de l'enthousiasme une action prépondérante dans la fondation, la conception et Tadministration des banques populaires, ont été pourtant faites en Allemagne par Raiffeissen et en Italie par M. Léon WoUemborg. Les caisses rurales Raiffeissen sont des œuvres fondées sur le sentiment chrétien.

L'exposé qu*a fait de son système RaiffeisseoL {Der Darhhns Kassen Verein^ ?• édition, Neuwied, 1889) ressemble à ua sermon plutôt qu'à un traité de banque ou d'économie politique pratique.

M. Rostand a dit, au Congrès de Marseille de 1889 : (( Aux yeiix de Raiffeissen, qui part d'une autre idée que Schultze, — l'assistance mutuelle, l'amour dicté par l'Évangile, le patronage, -^ les banques populaires ne sont pas des associations ordinaires :ce sont des œuvres sociales. Le dividende ou le bénéfice en est diminué. La différence avec les banques populaires du nord de TAllemagne est profonde. » En réalité, les caisses ou unions Raiffeissen sont des confréries; elles ont été conçues comme des œuvres de dévouement absolu, et, par conséquent, fondées sur le principe de la responsabilité solidaire illimitée. Dans son appel aux hommes de bonne volonté, Raiffeissen s'adresse d'abord au clergé. C'est là qu'il doit trouver le plus ferme appui pour la religion ; c'est la religion qui enfante les dévouements, dont les unions rurales ont besoin. « MM. les ecclésiastiques, a-t-il dit, trouvent spécialement dans les unions rurales un procédé avantageux pour l'activité de leur sollicitude pastorale. »

En Italie, M. Léon Wollemborg, sans imiter Raif< feissen, a fondé des caisses rurales qui ressemblent, par certains côtés, aux unions allemandes du sys-

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t&me RaifTeissen. Ce sont des œuvres de moralisation, (les banques, si Ton veut, mais des banques sans ca* pital, des institutions réunissant, comme dans une société d*amis, les petits cultivateurs de village, l«a arrachant à Tusure qui les dévore et leur procurant les moyens de travailler. Le cercle d^action de ces caisses mutuelles est restreint , ce n*est pas la grande ni même la petite ville où Ton ne se connaît pas, ni même le bourg, c*est le village et, parmi les villages, le plus petit, celui où tout le monde se sait à fond : esprit de conduite, moralité, loyauté ; c'est par la solidarité absolue d*étres pauvres, mais de très honnêtes gens, que le crédit se fonde. On est tenu parle lien de la solidarité pécuniaire, mais aussi de la solidarité morale. Celui qui manquerait à son devoir envers la caisse rurale serait forcé de quitter le pays. Ces sortes d unions du crédit, sans capital, trouvent les fonds, pour faire leurs petits prêts, dans les caisses d'épargne voisines, dans des banques qui les connaissent bien, qui savent apprécier leur bonne foi et leur sévérité vis-à-vis delles-même, dans l'accomplissement de leurs engagements.

Il n'y a rien de confessionnel dans les institutions de M. Wollemborg, c'est ce qui les distingue des unions RaifTeissen ; mais le curé y joue un grand rôle ; il en fait partie et il en est l'âme avec le médecin et quelques autres personnes de marque du petit en-

droit, qui se joignent à lui. On ne peut pas comparer ces honorables, mais infiniment petites iostitutions, à la colossale banque populaire de Milan, qui va de pair avec les maisons de premier ordre et de premier crédit; mais elles sont au bas de la même échelle, dont les banques populaires, propagées par M. Luzzatli, occupent les échelons les plus hauts.

M. Léon Wollemborg, étant membre du jury, était hors concours, et n*a pu recevoir la récompense qui, autre^ment, lui serait échue.

La France, avons-nous dit, n'a joué dans cette section qu*un bien faible rôle à côté de TAllemagne, de la Belgique et de Tltalie. Elle a de la peine à entrer dans une voie où il y a beaucoup de bien à faire. Le crédit mutuel dirigé par le Révérend Père Ludovic de Besse, la Société de crédit mutuel de la maison Leclaire de Paris, les prêts gratuits de la Société philanthropique de Paris, n'ont ni le développement, ni Tuniversalité des crédits mutuels dont nous venons de parler. C'est que les sociétés allemandes, italiennes et belges sont le produit naturel d'une décentralisation politique, administrative et commerciale dont nous ne jouissons pas. Tout ce qu'il nous est permis d'espérer, c'est de pouvoir combattre dans quelques déparlements la centralisation du crédit, qui est en France un obstacle si puissant aux progrès de l'agriculture, par l'imitation appropriée à notre état social des institutions

doDt la section X a fait conoaitre les merveilles aux visiteurs de TExposilion.

La Suisse, l'Autriche- Hongrie, la Hollande, TAngleterre, les États-Unis, le Danemark et la Suède n'étaient malheureusement pas représentés dans la section X. M. Courtois y a suppléé dans son rapport par un exposé très intéressant de Fétat de la question des associations coopératives de crédit dans ces divers pays.

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