‹ Économie socialeChapitre 39 sur 46 · HYGIÈNE SOCIALE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE SOCIALE

Nombre d'exposants 52

Nombre de récom- ( aux exposants 45

penses ( aux collaborateurs 8

Grands prix 3

!d'or 16

d'argent 17

de bronze 6

Mentions honorables 3

Id'or 6

d argent 1

de bronze 1

L*hygiène est la science de la vie. Elle TeDiretient et la préserve. Les précautions, les procédés, les appareils qu'elle emploie pour mettre Thomme dans les meilleures conditions de santé, et le soustraire autant que possible aux contagions et aux maladies, ont été exposés à côté des produits de l'industrie. Ils y ont formé une classe tout entière, la classe 64. Le jury, qui a porté un jugement sur les objets, qui y étaient placés, a décerné des récompenses aux exposants et a fonctionné sous la présidence de M. le docteur

Brouardel, dans les mêmes conditions que les jurys des autres classes.

Mais r hygiène joue un si grand rôle dans les questions ouvrières, qu*il a paru nécessaire de la rattacher en outre à Texposition d'Économie sociale. On en a fait» dans nos galeries de VEsplanade des Invalides, une section dans laquelle on a réuni un très grand nombre de documents du plus haut intérêt, qui permettent d'apprécier les efforts entrepris par les gouvernements, les villes, les grandes sociétés de propagande et rinitiative privée, pour appliquer les règles d*une hygiène scientiQquement comprise aux classes ouvrières et rurales, qui n'en avaient aucune notion au commencement de notre siècle.

Les grandes agglomérations humaines sont exposées à toutes sortes de maladies. Tous ceux, qui font partie de ces agglomérations, ont un intérêt vital à ce que des individus mal soignés n'infectent pas les autres. Ils peuvent les contraindre à n'être pas nuisibles» De là est née l'hygiène sociale.

C'est une formule nécessaire peut-être, mais grosse de danger, car si, par un excès de logique, on en tirait tout ce qu'elle contient, on mettrait tous les hommes en surveillance, on donnerait à chacun d'eux un tuteur, comme ces médecins attachés à la personne des grands, on briserait le ressort de Ténergie humaine et on anéantirait l'initiative individuelle.

La santé est le premier des biens ; la vie est un capital d'où sort toute la richesse humaine. Aussi un hygiéniste a-t-il cru pouvoir écrire : « Toute dépense faite au nom de Thygièneest une économie. » Ne pour-^ raît-on pas dire également, en parlant de Tindustrie, que toute dépense faite au nom de la science du perfectionnement de l'outillage est une économie? On Ta dit quelquefois, et, quand on est passé de la parole à Taction, on s'en est souvent repenti.

Ce sont là des expressions forcées, parce qu'elles sont absolues et ne tiennent pas compte des nécessités de la vie. On dépense trop pour Thygiène quand on dépense plus qu'on n'a, et le budget de l'hygiène ne peut absorber qu'une partie des ressources de Thumanité. A tant dépenser pour l'hygiène, on risquerait de mourir de faim.

Il en est de même de l'outillage industriel. Une usine mal établie produit chèrement ; c'est une vérité économique, et l'on pourrait dire que ce serait faire une économie que d'employer un gros capital à en refaire l'installation. Mais faut-il dépenser tout ce que Ton a, ou emprunter sans savoir si l'on pourra rendre, en vue de réorganiser une usine qu'on sera trop pauvre après pour exploiter? La prudence commande de garder une certaine mesure dans les dépenses de l'hygiène comme dans toutes les autres, car, si l'on peut opposer une autre formule à celle des hygiénis-

tes absolus, c*est bien celle-ci : rien n'est plus économique que de ne pas se ruiner.

La section XIII a^feçu beaucoup de documents. L'Angleterre avec les Indes, la Suisse, la Belgique, les États-Unis y ont envoyé, comme la France, des renseignements très précieux, mais dont Tintérét est répandu sar beaucoup de sujets et qui, comme Thy-* giëne elle-même, s'appliquent à des objets très variés. Aussi M. le docteur Neumann, rapporteur spécial de la section XIII, a-t-il été obligé de diviser son rapport en six chapitres.

Le premier est consacré à l'ouvrage remarquable de M. Le docteur Rochakd, intitulé : Ti'aité d'hygiène sociale^ auquel le jury a décerné une médaille d'or. Le deuxième a pour objet la protection de Tenfance ; le troisième, Thygiène urbaine ; le quatrième, la protection de l'ouvrier, les sociétés fondées pour prévenir les accidents de fabrique, la question du repos hebdo*madaire ; le cinquième, la tempérance et l'alcoolisme ; le sixième et dernier chapitre a été consacré à la Société de patronage des jeunes détenus engagés dans l'armée quand ils sortent des malsons de correction.

Les trois grands prix ont été décernés :

i** A l'AsSOCIATION POUR PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE

FABRIQUE, présidée par M. F. Engel-Gros ;

â* A la Corporation de la Cité de Londres, pour l'organisation de ses services sanitaires ;

3* A la Société de protection des engagés volontaires ÉLEVÉS DANS LES MAISONS D'ÉDUCATION CORRECTION- NELLE, présidée par M. F. Voisin.

Le chapitre consacré par M. Neumann à la protection de Tenfance traite des efforts faits en France par des sociétés privées et des résultats de la loi de 1874 sur la protection des enfants du premier âge. La Société des crèches, fondée par M. F. Marbeau et présidée aujourd'hui par son fils, M. Eug. Marbeau, et la Société protectrice de l'enfance de Paris ont reçu chacune une médaille d'or. La Société prolectrice de l'enfance a pour président M. le docteur Mar- JOLIN, dont le jury a apprécié les rares services et a honoré le caractère. « C'est, dit le rapporteur, à cet homme de bien, dont la charité est devenue légendaire, que Tœuvre est redevable, pour la plus grande part, des progrès qu'elle a obtenus. » Enûn une médaille d'argent a élé décernée à M. Seguin et une médaille de bronze à M. Tuiébaut pour les rapports qu'ils ont envoyés à l'Exposition au nom des comités départementaux de la S^arlhe et de la Meuse. Ces honorables rapporteurs ont fourni des détails sur le^ résultats donnés par l'application de la loi de 1874 sur la protection des enfants du premier âge. La loi a une efficacité incontestable partout où elle est appliquée.

On ne la connaît que sous le nom de son promoteur, M. Roussel. En l'appelant la loi Roussel^ on rend un

hommage bien légitime au philanthrope éminent, que le Sénat français s*honore de compter parmi ses membres.

Depuis 1865, la natalité décroît en France dans les proportions les plus inquiétantes. On lit dans le Rapport sur le mouvement de la population du 28 août 1889 : «Le nombre des naissances n'a été en 1888 que de 882,639, en diminution de 16,794 sur les naissances de 1887. Jamais, si ce n*est en 1871, le nombre des naissances n*a été aussi faible. »

Cette effrayante diminution a des causes d'ordre moral sur lesquelles il est à peu près impossible d'agir directement. La charge des enfants devient lourde parce que la vie est plus chère et que les enfants rapportent moins à la famille ; c'est la première raison de la diminution des familles. La vie est sans doute plus chère et tend à le devenir davantage par suite de Taccroissement des frais delà production nationale et de l'augmentation de la somme des dépenses publiques, et ce double accroissement est la conséquence tant de la politique douanière vers laquelle on est entraîné que de la tendance à intervenir à l'excès, sous prétexte de protection, dans l'organisation du travail industriel.

Les enfants sont, dans bien des cas, éloignés du travail productif, soit par les lois scolaires, soit par les lois sur la surveillance des ateliers.

Si Ton ne peut agir sur les causes de la diminution de la natalité, il faudrait au moins ne rien faire pour en aggraver les effets.

Cependant la cause la plus agissante sur la cherté de la vie, c*est que la population a plus de besoins et que le superflu d'autrefois est devenu le nécessaire d'aujourd*hui.

Il nous reste pourtant un large champ d'action sur lequel nous pouvons exercer une sérieuse influence. S*il naît moins d*enfants, on peut du moins élever ceux qui sont nés. On peut, en sauvant les nouveaunés de Teffrayante mortalité du premier âge, combler dans une large mesure le vide qui se produit dans les

naissances.

Aussi M. le rapporteur spécial conclut-il, après

avoir montré tout le bien que font les sociétés de crèches, de protection, de propagande d'allaitement maternel, dues à Finitiative privée , ainsi que la loi Roussel, en disant :

<( Ne pouyaut rien sur la natalité, faisons au moins tous nos efforts pour conserver nos enfants et ne les laissons pas mourir, faute d'une alimentation appropriée à leur âge. Pour cela, il est indispensable d'encourager et de soutenir toutes les œuvres prolectrices de l'enfance, de multiplier les crèches; mais il faut surtout arriver à ce que les prescriptions de la loi Roussel soient partout minutieusement observées.

ÉCOiNOMIE SOCIALE. 369

Qu'on se hâte d*apporler à la loi toutes les modifications aujourd'hui reconnues nécessaires pour en faciliter Tapplication. Le jour où la loi de la protection de Tenfance sera rigoureusement obéie dans la France entière, on verra la mortalité descendre, et s'abaisser dans des proportions considérables, et Ton peut affirmer, sans craindre de se tromper, qu'on sauvera ainsi plus de 80,000 enfants par an. »

Le chapitre de Thygiène urbaine est celui où les hygiénistes trouveront le plus de satisfaction, car c'est dans le perfectionnement des services sanitaires et de salubrité des villes qu'il se fait en ce moment, dans tous les grands pays, le plus de progrès. L'Angleterre nous avait envoyé des documents sur le service sanitaire de la Cité de Londres, ceux de la Commission des égouts, les cartes et les plans de la Société des jardins publics de la métropole, fondée en 1882, sous le patronage du comte de Meath, pour planter des arbres dans les quartiers populeux, créer

des jardins et des squares et y établir des cours de récréation pour les enfants.

Mais une des collections, qui a le plus justement attiré l'attention des visiteui^s, est celle des documents envoyés à notre Exposition par I'Administration sanitaire DES Indes. C'est l'histoire médicale de ce grand empire depuis vingt ans, avec la statistique des maladies de l'armée anglaise et de la population native.

La fièvre typhoïde sévit avec une fréquence toute particulière sur les jeunes soldats anglais arrivant d'Europe. Le choléra d*été se cantonne à Lahore, et celui du printemps dans le Bengale. On a fait de grandes dépenses pour amener de Teau potable dans les villes, et avec de Teau décantée et filtrée on a diminué des deux tiers la mortalité cholérique de Calcutta.

M. le docteur Janssens, inspecteur du service d'hygiène de Bruxelles, a exposé les documents qui font connaître l'organisation du bureau d'hygiène de Bruxelles. L*histoire en était figurée par deux graphiques opposés Tun à l'autre sur une même planche, où M. Janssens avait mis en regard, d'une part, la progression toujours croissante des travaux accomplis par le service d'hygiène depuis quinze ans, et, d'autre part, la progression constamment décroissante de la mortalité. M. le docteur Janssens a reçu une médaille d*or.

Il faut lire, dans le rapport de M. Neumann, le ré* sumé des travaux de M. Teyssier, à Lyon (médaille d*or), et l'éloge des beaux dispensaires de la SociÉTé pmLANTHROPiQUB DE Paris, de ses refuges pour les femmes et les enfants (médaille d'or), la description des hospitalités de nuit et des chauffoirs publics de Belgique, ainsi que du chaulFoir de Rouen, imité des chauffoirs belges, à Tinstitution duquel s'est dévouée

M*"* Hendlé, femme du préfet de la Seine-Inférieure, et également la description des bains et lavoirs.

Le chapitre de la protection des ouvriers est consacré, par M. Neumann, en premier lieu, aux associations pour prévenir les accidents du travail. Le grand prix a été décerné à I'association fondée a Mulhouse par Engel DoUfus, et présidée aujourd'hui par M. F. Engel Gros, son fils. Cette association a exposé des tableaux comprenant la collection con^plète des dispositions et appareils destinés à éviter les accidents de fabrique, et un album qui est une encyclopédie de la mécanique de précaution.

Les résultats obtenus par la Société de Mulhouse ont été admirables et ont amené la création de sociétés semblables à Lille, à Rouen (M. Poan de Sapincourt, médaille d*or), à Paris (Société des industriels de France, fondée récemment sous le patronage du regretté M. Muller, et Comité des accidents de fabrique de la Société de protection des apprentis^ fondée par l'illustre J.-B. Dumas).

La Société de Mulhouse a été remplacée par la loi >Lllemande sur les accidents; cette loi a déterminé les indemnités à allouer aux victimes et a confié la surveillance des machines et des installations à des inspecteurs gouvernementaux; ces fonctionnaires ont remplacé les inspecteurs volontaires reçus volontairement par les industriels dans leurs ateliers, aver-

lisseurs toujours écoutés par les patrons du danger qu'offrait leur outillage.

Aussi Tinitiative individuelle a-t-elle disparu. Les fabricants, débarrassés du souci qui faisait leur honneur, sont, il est vrai, plus tranquilles, mais ils sont moins maîtres chez eux ; les liens, qui les unissaient à leurs ouvriers, se détendent et finiront, il faut le craindre, par se rompre : les ouvriers deviennent en quelque sorte les ouvriers de TÉtat et ne sont plus ceux de leurs patrons. C'est autre chose, et c'est moins favorable au progrès des mœurs. Une législation de ce genre empêchera de naître, dans l'avenir, des Engel Dollfus, et abaissera le niveau où de pareils hommes ont su s'élever ; elle finira par faire des industriels autant de caporaux d'un régiment d'usiniers astreints à l'obéissance passive qui caractérise la discipline militaire.

On a beaucoup abusé, depuis quelque temps, de l'expression de risque professionnel. On y a vu comme un droit nouveau né d'une situation nouvelle. On peut dire pourtant que ce qui est vrai partout, ce qui Ta été dans l'antiquité comme il l'est dans le présent et le sera dans l'avenir, c'est que la responsabilité est individuelle et qu'on ne peut en délivrer des personnes naturelles qu'en l'imposant à de$ personnes morales qui sont de pures créations de la loi.

Dire d'une industrie qu'elle est responsable des ac-

cidents qui se produisent au cours de ses travaux, c est ne rien dire ou c'est créer une personne civile, comme, par exemple, une corporation, dont la responsabilité pécuniaire ne peut être absolument effective que par la garantie de TÉtat. Il est possible que le système allemand s'étende un jour sur toute l'Europe. Il y a un courant que l'idée libérale ne pourra peut-être pas arrêter, mais ce système n'aura d'efficacité, au point de vue des précautions préalables contre les accidents, qu'au prix de sacrifices d'argent qui pèseront lourdement par des impôts généraux ou par des taxes particulières sur la nation tout entière, et qui augmenteront, en réalité, les charges de la vie, c'est-à-dire les charges mêmes, qui sont une des causes de la décroissance de la natalité en France, et qui, en même temps, opposeront l'obstacle le plus sérieux à cette vie saine que les hygiénistes recommandent comme une des conditions essentielles du progrès physique et moral de l'humanité.

Une des expositions les plus intéressantes dans cet ordre d'idées, après celle de la Société de Mulhouse, a été organisée par MM. Appert frères, ingénieurs, maîtres-verriers (médaille d'or), qui, au moyen de leur soufflerie mécanique, de leurs masques ajustés sur le visage et d'autres soins ingénieux et paternels, ont amélioré, dans des proportions considérables, la salubrité de la profession.

Une autre branche des préoccupations sociales est le repos hebdomadaire. G*est une vérité reconnue par tout le monde qu'à tous les points de vue, physi^ que, moral, religieux, le repos hebdomadaire est une nécessité, et comme, pour être efficace, il doit se rencontrer avec le repos hebdomadaire de ceux qui, en grand nombre, en profitent aujourd'hui le dimanche, c'est du repos du dimanche qu'il s*agit en réalité.

L'interdiction du travail le dimanche par la loi est une atteinte à la liberté du travail, mais le repos peut être volontaire ou, ce qui revient au même, imposé par les mœurs.

Des sociétés puissantes se sont formées pour a^r, dans ce sens, sur les mœurs. La plupart d'entre elles sont confessionnelles; quelques-unes, cependant, ont un caractère laïque, mais toutes poursuivent le même but : mettre en lumière la nécessité et l'importance du repos hebdomadaire, et obtenir, pour tous ceux qui travaillent aujourd'hui sans interruption, un jour par semaine où ils soient libérés.

L'action des gouvernements peut néanmoins s exercer dans une large mesure, sans porter atteinte à la liberté. Partout, en effet, TÉtat, et ce ne doit pas être un sujet de satisfaction, augmente ses attributions. Il se fait banquier par les mandats de poste, les caisses d'épargne, les virements de place à place,

entrepreneur de transports non seulement pour les lettres, mais pour les articles de messageries. Il exploite lui-même des chemins de fer, fabrique des armes et occupe une véritable armée de travailleurs, agents, ouvriers, fonctionnaires. 11 peut, et il le fait déjà pour le plus grand nombre, assurer, sinon à tous, du moins à presque tous, le repos du dimanche. En le faisant, il ne donnerait pas seulement un exemple, il obligerait le travail privé, qui dépend du sien, à s*arrôter en même temps. Le problème du repos hebdomadaire se présente donc dans les conditions d*une solution plus facile qu*à Tépoque où le principe de la non-intervention de TEtat dans les affaires industrielles était maintenu avec plus de rigueur.

Parmi les sociétés privées, la Fédération l\ter*

NATIONALE POUR L'obSERVATION DU DIMANCHE, foudéo en

1861, tenait le premier rang dans la section XIII. Elle a reçu une médaille d*or.

Le chapitre 5 est celui delà tempérance, c*est-à-dire de la lutte contre Talcool et Talcoolisme.

On sait combien la consommation de Talcool a augmenté dans tous les pays. Les maladies, que ce breuvage a développées, ont pris un caractère telle* ment grave, qu*elles sont devenues un véritable dan* ger pour Tespèce humaine.

On a trouvé, en analysant les alcools d*industrie et

même les alcools de fruits, de marc et de lie, qu'ils contenaient de véritables poisons. Les plus graves, mais en même temps les plus faciles à éliminer, de ces poisons, sont ceux que contiennent les alcools de betterave et de pommes de terre. Rien ne serait plus légitime que de proscrire la mise en consommation des alcools mal épurés. Il serait très aisé, en France, de les faire disparaître de la consommation. Toutes les distilleries industrielles sont surveillées, et les mêmes agents, qui constatent les quantités au point de vue de Timpôt, pourraient constater les qualités au point de vue de Thygiène. La science a déjà fourni des moyens pratiques de reconnaître Fimpureté des produits, et on pourrait exiger que la distillation fût poussée assez loin pour obtenir un produit dont la pureté ne serait pas inférieure à celle d*un type déterminé par des règlements.

Il est plus difficile de surveiller la qualité des alcools de marc et de lie, mais il y a des lois pour proscrire la mise en vente des substances dangereuses qui pourraient être appliquées aux débits de boissons alcooliques.

Malheureusement, la loi peut diminuer Faction nocive des alcools en prescrivant qu'on les épure, mais elle ne peut empêcher l'abus de la boisson d*al* cool épuré dont la mise en vente serait permise, et il est certain que Tabus des meilleurs alcools doit avoir,

avec le temps, les mêmes effets que la consommation restreinte des alcools mauvais. L'empoisonnement, avec toutes ses conséquences, se fait simplement plus lentement avec les bons qu'avec les mauvais alcools, mais il produit, quand on abuse des meilleurs alcools, des accidents semblables à ceux des mauvais.

On peut faire obstacle àTabus par une législation sévère sur les débits et cabarets qui, le nombre étant diminué, offriraient moins d'occasions de se laisser aller à boire, ou par une élévation du prix de vente en augmentant le taux de Timpôt ; mais rien de tout cela ne peut réussir sans les mœurs. Tel est Tobjet des sociétés de tempérance. Elles font du bien en Angleterre, aux États-Unis, en Belgique ; elles ne réussissent pas en France.

La Ligue patriotique belge contre l'alcoolisme a été placée, par le jury, en tète des sociétés qui ont exposé leurs documents et fait connaître les moyens d'action qu'elles ont employés, ainsi que les résultats qu'elles ont obtenus. Il lui a été décerné une médaille d'or.

Le sixième et dernier chapitre de M. Neumann est l'histoire d'une société française qui fait le plus grand bien en servant de famille aux jeunes gens qu'elle patronne. Il s'agit des jeunes gens qui sortent des maisons d'éducation correctionnelle pour s'engager dans l'armée; on peut dire de cette société qu'elle

fail de rhygiène morale. Il faut en lire l'histoire dans le rapport de M. Neumann. On y verra que, pour réussir dans les œuvres de ce genre, on doit y mettre non seulement de Targent par souscriptions et avec persévérance, mais, par-dessus tout, son cœur et sa personne môme.

L*honorable magistrat, qui préside cette société, et ceux qui la dirigent avec lui, entretiennent des rapports personnels avec leurs protégés. Ils vont les voir dans leurs garnisons; ils reçoivent leurs visites pendant leurs congés : « Les visites que nous recevons ainsi, dit M. Yoisin, nous donnent sur nos patronnés de puissants moyens d'action. Rien ne peut, en effet, remplacer nos conversations avec eux. C'est par ces échanges de paroles et de pensées que nous gagnons leur esprit, que nous touchons leur cœur et que nous arrivons à leur inspirer des sentiments de confiance à notre égard. »

La Société de protection des engagés volontaires

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