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CHAPITRE II

Du commerce, et justiifà quel point il dépend du numéraire; (jue l'accroissement de la population déi)end du commeice. — Du change.

Le commerce est intérieur ou étranger.

Le commerce intérieur est l'emploi des individus, et Téchàttgé des marchandises au dedans du pays.

Le commerce étranger a diverses branches.

V Les produits naturels et les manufactures excédant la consommation, on en exporte une partie, et on importe des marchandises étrangères en retour.

2° Vendre ses propres marchandises dans un port étranger, et charger dans ce port de nouvelles marchandises pour vendre dans un

* Niil doute que rintroduction de l'argent dans le cohimerce, poUr y servir de rtïésure commune à révaluation des denrées, n'ait corrigé les inconvénients des échanges primitifs, n'ait amené les hommes à produire une pkis grande variété d'ouvrages, à cultiver plus de terres, qu'elle n'ait enfin étendu et facilité, de peuple à peuple, comme au sein de chaque nation particulière, la dislrihulion de tous les produits nalureis ou artificiels ; mais tout cela n'entraîne pas la conséijucnce que nous verrons plus tard l'auteur en tirer, que l'ahondance des espèces est le principe du Ihivail, de la culture et de la population, en un mot de tout progrès social.

autre, ce qui procure un retour plus considérable que si les marchandises exportées y avaient été conduites directement.

3° L'importation des denrées et des productions des manufactures des autres pays, tirées des lieux où elles sont à meilleur compte, et dans le temps du plus bas prix, pour fournir les pays où elles sont chères, et dans le temps où elles le sont le plus.

4" L'importation des productions des autres pays, et leur exportation en manufactures.

5° Le fret ou le louage des vaisseaux.

Le commerce , soit intérieur , soit étranger , peut se faire par échange, mais non pas pour d'aussi grandes valeurs que par la monnaie, ni avec autant de commodité.

Le commerce intérieur dépend de la monnaie; une plus grande quantité emploie plus d'individus qu'une moindre quantité ^ Une somme bornée ne peut faire travailler qu'un nombre d'individus proportionné; et c'est avec peu de succès qu'on fait des lois pour employer l'oisif et le pauvre dans les pays où le numéraire est rare. De bonnes lois peuvent porter le numéraire au plus haut degré de circulation dont il est susceptible, et le contraindre aux emplois qui sont les plus profitables au pays; mais aucunes lois ne sauraient aller plus loin, et l'on ne peut pas faire travailler un plus grand nombre d'individus sans une plus grande quantité de numéraire mis en circulation pour payer les salaires de ce plus grand nombre. On peut les amener à travailler à crédit; mais cela n'est point praticable, à moins que le crédit n'ait assez de circulation pour fournir aux besoins des ouvriers; dans cette hypothèse, le crédit est une monnaie, et produira les mêmes effets que la monnaie sur le commerce intérieur et étranger.

Une augmentation de numéraire ajoute à la valeur du pays'^ Tant

' Le commerce inlérieur ou exlérieur dépend de l'étendue des capitaux, et les capitaux ne sont pas la monnaie, quoique une portion des espèces fasse partie du capital de la société. Mais l'erreur perpétuelle de Law est de confondre celui-ci avec le numéraire. Il n'eu est pas moins certain, toutefois, que si un miracle venait à doubler demain la somme de la monnaie en France, cela ne produirait guère d'autre résultat que de nous faire donner deux pièces de 5 francs pour le prix des choses que nous achetions précédemment avec une seule. Le commerce intérieur n'en serait pas amélioré, et le commerce extérieur encore moins ; parce que le numéraire des autres peuples n'ayant pas subi d'augmentation, ils ne seraient guère en état de nous payer 100 pour 100 de plus les marchandises que nous voudrions leur fournir. Il n'y aurait donc, par suite de ce prodige, que perturbation sur le marché général, jusqu'à ce que le trop-plein du numéraire eût pris un écoulement qui rétablirait l'équilibre entre le prix de nos [)roduclions et la valeur pécuniaire de celles de l'élranger.

" La note précédente a déjà répondu à cet énoncé. Cependant, sous cette forme nouvelle, la proposition n'est ni absolument fausse, ni absolument vraie, car elle devient l'un et l'autre tour à tour, en établissant une distinction.

que l'argent rapporte intérêt, il est employé, et tout emploi d'argent rend un profit, quoique celui qui l'emploie perde. Exemple : si l'on met en ouvrage cinquante hommes, à qui l'on paye 25 schellings * par jour, et que le produit de leur travail égale seulement, ou ne vaille que 15 schellings, la valeur du pays n'en est pas moins augmentée d'autant^; mais comme il est raisonnable de supposer leur travail égala 40 schellings, c'est autant d'ajouté à la valeur du pays; l'entrepreneur gagne 15 schellings. On peut supposer que 15 schellings égalent la consommation des ouvriers, qui vivaient auparavant d'aumônes, et il leur reste 10 schellings par delà leur consommation.

Si une balle de laine vaut 10 schellings, et que, manufacturée en drap elle vaille 2 livres sterling \ ce produit a obtenu quatre fois la valeur qu'il avait en laine : on peut supposer que les ouvriers consomment

Tout pays a besoin d'une certaine valeur monétaire pour opérer ses échanges, ou mettre en circulation les produits de son sol et du travail de ses habitants. L'iniportatance de cette valeur est déterminée par l'état de son industrie, par ses mœurs, et même par ses préjugés.

On peut donc dire qu'en deçà de cette limite, une augmentation de numéraire ajouterait à la valeur du pays , qu'elle aurait une influence favorable sur le progrès de la richesse publique. Par là, en eflet, le peuple serait mis en possession d'un instrument nécessaire au travail, dont il était privé précédemment.

Mais au delà, comme nous l'avons fait remarquer, l'accroissement de la monnaie ne serait plus que l'acquisition d'un instrument inutile. Or, on n'augmente pas sa fortune en obtenant, même à titre gratuit, des choses qui ne peuvent servir à rien, et à plus forte raison si on les achète.

* Le schelling, monnaie réelle, est la vingtième partie de la livre sterling, monnaie de compte.

^ Avant , et depuis Law, les partisans du système mercantile ont imprimé des choses bien singulières ; mais ils n'ont pas à coup sûr avancé de proposition plus étonnante que celle-là. J.-B. Say a dit avec raison que fabriquer n'était pas toujours produire ; il parait que l'auteur du système pensait tout dilTéremment. Stewart a dit quelque part qu'on pourrait citer « mille exemples où les hommes ont abusé de leurs « connaissances et de leur raisonnement pour changer le sens commun en une science « inexplicable. » 11 ne suffît pas d'ajouter que cette remarque est ici d'une application frappante : il faut montrer qu'elle est encore vraie de nos jours, et qu'elle le sera peut-être indéfiniment. En demandera-t-on une autre preuve que les lignes suivantes écrites, en 1824, par un homme de beaucoup d'esprit?

« L'on passerait cinq ans à creuser des canaux qu'on passerait les cinq années suivantes à combler, que la richesse durant ces dix années en aurait été accrue Tout

emploi d'ouvriers (n'importe que ce soit à un ouvrage utile ou inutile, pourvu qu'il soit payé), leur donnant de quoi fournir à leurs besoins, augmente la somme des besoins satisfaits et la richesse. » ( Saint-Chamans, Nouvel essai sur la richesse des nations.)

Voilà donc la doctrine de Law reproduite, et parfaitement développée !

^ Je ne sais si c'est par hasard que M. Law a établi que le produit brut de l'agriculture était à ce même produit manufacturé, comme 1 à 4. Mais je remarquerai en passant que M. Arthur Young a fait la même supposition, et que M. Hocquart de Coubron a rigoureusement démontré que tel était en effet le rapport de valeur qui existait entre les matières brutes et leurs manufactures. {Note de M. de Senoverl.)

davantage que lorsqu'ils n'étaient pas employés; admettez iin qiiart en sus, la nation gagne encore le double de Isi valeur de lé production ^ Ainsi, soit que l'entreprèrieur gagnb ôii non, uiie augmentation de numéraire ajoute à la richesse natioriale, soulage le pays d'un nombre de pauvres et d'oisifs, proportionné au numéraire ajouté, donne à ceux-ci les moyens dé tliieuk Vivre et de supporter une partie des charges publiques, coiiittie les ëiitrés habitants.

La première branche du commerce étranger, qui est l'exportation et l'importation des marchandises, dépend du nutriérfiire. Si une moitié des individus est employée, que toutes les productions et les manufactures se consomment; plus de numéraire, en employant plus de gens, donnera lin surplds à exporter. Une plus grande addition au numéraire emploiera encore plus d'individus, où le même hombre seulement, d'abord employés, mais avec plus d'avantage; ce qui, en rendant l'exportation plus considérable, ou d'une (iliis grande valeur, établira une balance due au pays. Si, au contraire, le numéraire diminue, une partie des ouvriers, alors employés, demeurent sans travail, ou sont employés avec moins d'avantage; les productions et les manufactures sont moindres, ou de moins de valeur, par conséquent l'exportation est moindre, et on devra une balance à l'étranger '\

' La valeur d'une pièce d'étoffe, ou de lout autre produit tiianufacturé , se compose incontestablement :

1° De la valeur de la matière première;

2« De celle de la portion d'outils usés dans la fabrication ;

3« De celle des consommations faites par les ouvriers et par Tentreprerieur qlli les met en œuvre, consommations que représente la moniiaie que les premiers louchent à titre de salaire, et le second à titre de profits de son capital;

■4° De l'intérêt des avances de cet entrepreneur, ou du capital qu'il est obligé de consacrer à la fabrication.

Or, ces avances, ces consommations, ces salaires, l'achat des matières premières et des instruments, devant avoir lieu avant que l'étotre ne soit fabriquée, il en résulte que la valeur de celte étoffe ne présente que Vaddition des valeurs préexistantes qui ont concouru à la former, sans aucun accroissement de richesse.

C'est ainsi que les physiocrates démontrèrent plus lard, d'une manière mathématique, aux preneurs enthousiastes de l'industrie manufacturière, que cette indusirie ne saurait enrichir les sociétés, parce qu'elle n'est pas productive de produit net, et qu'elle n'a la puissance de créer de la valeur qu'à la condition d'en détruire une quan- Uté égale.

Cette vérité spéculative avait une haute portée d'application, mais on ne la comprit pas, ou plutôt on voulut la méconnaître, par les mêmes raisons (|ui en font dédaigner une foule d'autres non moins évidentes.

* Law, comme on pourra s'en convaincre par la lecture de ses écrits, était en plein sous l'influence du système mercantile, commercial, ou de la balance du commerce. Il assimilait, et le préjugé subsiste loujours, une nation à un marchand, dont raflairë capitale est d'acquérir et d'accumuler les métaux précieux. Seulement, il pensait tpie c'était suivre une mauvaise méthode pour atteindre ce but, (pie de gêner la circulation de l'or et de l'argeut.

Les seconde et troisième branches du commerce étranger, que Ton nomme les commerces de transport ^ font l'objet d'un monopole hors de l'Europe, pour les pays qui ont des colonies; et en Europe, pour ceux qui vendent à meilleur marché.

L'Ecosse a , pour le commerce, des avantages pour vendre à plus bas prix que les marchands en Hollande ; comme de vivre à moins de frais, de payer moins d'impôts, d'avoir à meilleur compte des ouvriers, des marins et des subsistances. xMais si le fonds du marchand hollandais est de 10,000 livres sterling, et sa dépense annuelle de 500, il peut, en gagnant dix pour cent par an, ajouter chaque année 500 livres à son capital ; tandis qu'un marchand écossais, dont le fonds est de 500 livres, et la dépense annuelle de 50, ne peut pas commercer pour si peu de bénéfice.

Si Von demande de quelle manière commerce un marchand hollandais qui n'a que 500 livres sterling de fonds, je réponds : qu'il restreint assez sa dépense pour qu'un commerce à dix pour cent de profit puisse lui suffire ; ou bien , l'argent étant en plus grande quantité en Hollande, ce qui fait qu'on l'emprunte plus facilement, et à un intérêt moindre, il se procure du crédit pour une plus forte somme, à raison de 3 ou 4 pour cent; par ce moyen, il gagne 6 et 7. A moins donc que le numéraire ne soit augmenté en Ecosse, ou qu'on n'y diminue la dépense, nous ne pouvons commercer à aussi bon marché que les Hollandais, quoique nous ayons pour le commerce des avantages qu'ils n'ont pas, et quoiqu'ils éprouvent des inconvénients auxquels nous ne sommes point exposés. Par un numéraire plus considérable, par une i3lus grande économie , les Hollandais font le monopole du commerce de transport, même au préjudice des Anglais.

La quatrième branche du commerce étranger, savoir l'importation des matières premières des autres pays, et leur exportation en manufactures, dépend de la quantité du numéraire. Nous sommes si loin d'une concurrence avec les Hollandais dans ce commerce, que nos laines ont été envoyées en Hollande , et importées de là en manufactures, malgré l'obstacle d'une défense d'exporter les laines et d'importer les manufactures. Outre les avantages ci-dessus que nous avons siir les Hollandais, la matière première est le produit de notre sol , et nos manufacturiers ont plus de privilèges qu'en Hollande.

On objecte que, si la prohibition eût continué , les manufactures auraient pu se perfectionner. Les avantages que quelques personnes ont tirés des manufactures ont pu occasionner un plus grand nombre d'établissements, tandis que les espèces diminuaient ; mais le numéraire qu'on y a employé a été détourné de quelque autre usage auquel

il servait auparavant; car les espèces ne peuvent pas servir en deux endroits à la fois.

On objecte que la permission d'exporter les laines a occasionné l exportation du numéraire; quil a été envoyé en une seule foie 5 ,000 livres en Angleterre pour y acheter des laines. On demande ce que sont devenues ces laines? On répond: elles ont été envoyées en France pour du vin. En ce cas, puisque des laines anglaises du prix de 5,000 livres valent 8 ou 10 raille livres en France, les 5,000 livres envoyées en Angleterre ont épargné l'envoi de 8 ou 10 mille livres en France.

Ceux qui n'examinent pas à fond l'état de ce pays pourront trouver étrange qu'on permette, par un règlement, l'exportation des laines ; mais si les productions de l'Ecosse ne peuvent pas être manufacturées avec moins de 50,000 individus, et que le numéraire qui peut être réservé aux manufactures suffise seulement à en employer 25,000, une moitié des productions sera perdue, si on n'en permet pas l'exportation.

La cinquième branche, savoir le fret ou le louage des vaisseaux, dépend du numéraire comme les autres branches de commerce. Dan^ les endroits où les vaisseaux se frètent par les étrangers, et sont entretenus par une grande demande pour leur propre commerce, toutes sortes de vaisseaux doivent être loués à meilleur marché que dans d'autres lieux ; et les négociants sont sûrs d'y trouver tous les vaisseau? convenables pour les marchandises qu'ils chargent, et à la destinatior des pays où ils trafiquent.

Ce commerce du fret amène en Hollande les marchandises de; autres pays, quoique destinées à être vendues ailleurs. Si les draperies envoyées d'Angleterre en Portugal rapportent 25 pour cent d( bénéfice, et 15 seulement en Hollande, le négociant anglais préférer; d'envoyer les marchandises en Hollande pour 15 pour cent, plutô qu'en Portugal pour 25; et le négociant hollandais, qui peut commercer à meilleur compte à raison du bas prix du fret, etc., se contente des autres 10 pour faire le transport en Portugal.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur le commerce le divisent ei commerce national et commerce privé. Ils disent qu'un négociant peu gagner oii la nation perd. Si l'on transporte aux Indes 1,000 livre en espèces ou en lingots, et 1,000 livres en marchandises ou provisions le retour ra/anf 8,000 livres, le négociant gagne 6,000 livres; mai comme ces marchandises se consomment toutes dans le pays, la natim perd les 1,000 livres d'espèces ou de lingots exportés.

Ils ne considèrent point si les 8,000 livres de marchandises impor tées (que l'on suppose toutes consommées dans le pays) ne diminuen

pas la consommation des matières premières ou manufacturées du pays, au point de procurer à l'exportation un accroissement au moins égal aux 1,000 livres d'espèces ou de lingots exportés. Mais en accordant qu'elles ne diminuent point la consommation des marchandises du pays, et que leur usage ne soit point du tout nécessaire ; cependant ces marchandises valant 8,000 livres dans le pays ou au dehors , la nation gagne 6,000 livres. Si les habitants les consomment, et en des usages extravagants, c'est la faute du gouvernement, qui devrait empêcher la trop grande consommation des marchandises étrangères , principalement de celles dont on peut se passer sans occasionner une trop grande consommation de marchandises du pays; et, une pareille mesure rendant la vente de ces dernières moins profitable dans le pays qu'au dehors, les négociants les exporteraient, ou diminueraient à l'avenir l'importation.

Si les marchandises des Indes Orientales, qui se vendent 1 ,000 livres en x\ngleterre , ne valent au dehors que 800 livres, en restituant le droit qu'elles ont payé à l'entrée, et donnant de plus une prime pour en encourager l'exportation , leur vente au dehors sera plus profitable qu'en Angleterre.

Une nation peut consommer de ses propres marchandises , ou de celles étrangères, pour plus que la valeur des productions naturelles des manufactures et des profits commerciaux ; mais ce n'est pas le commerce de ces marchandises qui est désavantageux , c'est leur trop grande consommation. La consommation excessive des matières premières et des manufactures du pays peut être aussi nuisible que celle des marchandises étrangères ; mais si Ton en consomme au point que l'exportation de l'excédant ne puisse payer la consommation des marchandises étrangères, on devra une balance, et il faudra envoyer cette balance en espèces ou en lingots.

Une nation peut gagner où le négociant perd * ; mais toutes les fois que le négociant gagne, la nation gagne autant et plus, suivant le montant de l'entretien et du salaire des individus employés , ainsi que des droits levés sur les marchandises*. A la perte d'un vaisseau assuré, la nation perd et le négociant ne perd rien ; mais dans ce cas l'assureur est le négociant, et il perd autant que la nation ^

^ La note 2 de la page 475 répond à cette assertion.

* Les droits levés sur les marchandises à l'importation sont payés par les consommateurs ; ils peuvent enrichir le fisc qui les perçoit, mais ils n'augmentent certainement pas la richesse de la nation qui les paye.

Nous parlerons plus loin des taxes contraires, c'est-à-dire de celles levées à l'exportation.

' Ceci mérite une explication. M. Law a raison s'il entend par négociant tous les

De mônae que le commerce dépend du numéraire , de fuême Taçcroissement ou la diminution des individus dépend du commerce : s'ils sont employés chez eux, ils y resteront, et si le commerce est trop considérable pour le nombre effectif d'individus qui existent, il en attire d'autres des endroits où ils ne sont pas employés. Sir William Petty * évalue un homme au denier 20 : d'après ce calcul, un matelot, dont la paye est de 40 schellings par mois, vaut 480 livres.

L'Ecosse fait un commerce bien peu considérable, parce qu'elle n'a qu'un très-faible numéraire. Elle a un petit commerce intérieur; mais le pays n'est pas amélioré, ni les productions manufacturées. Elle a un peu de la première branche du commerce étranger, mais il se fait avec un grand désavantage pour les habitants, qui payent les marchandises étrangères plus cher, et sont plus mal servis que les autres nations. S'ils en ont quelqu'une à meilleur compte, cela vient de la modicité du droit d'importation. En Ecosse, les marchandises achetées pour l'exportation le sont à bas prix; il faut que le négociant y trouve un grand bénéfice. Si 100 stones^ de laines valent en Hollande 10 pièces de toile, les 10 pièces sont vendues en Ecosse pour la valeur de 180 ou 200 stones de pareilles laines. Les marchandises qui ne rapportent pas ce grand profit ne sont pas exportées; et celles qui le sont ne s'exportent qu'en petite quantité, parce que le fonds du négociant est modique. L'Ecosse ne cultive point les autres branches du commerce étranger, n'étant pas en état de commercer à aussi bon compte que les autres nations.

Quelques-uns pensent que, si Vintérêlde V argent était baissé par un règlement^ le commerce s étendrait, parce que les négociants pourraient employer plus d'argent, et commercer à meilleur marché. Une pareille loi aurait beaucoup d'inconvénients, et il est très-douteux qu'il en résultât aucun bon effet; mais il est indubitable que si la baisse de l'intérêt était produite par une plus grande quantité de numéraire, le fonds appliqué au commerce serait plus considérable, et que les négociants commerceraient à meilleur marché, d'après la facilite des achats,

négociants, mais il est certain qu'un individu peut faire sa fortune au détriment de l'État; car il n'a qu'à se livrer au commerce que l'État réprouve comme étant évidemment nuisible, alors l'État perd dix fois, cent fois plus, que le négociant ne gagne.

(Note de M. de Senovert.)

— La note précédente mériterait bien, elle-même, une explication. Nous ne connaissons pas, que l'État l'approuve ou le réprouve, de commerce nuisible, quand il est complètement libre, à moins qu'il ne soit déshonnête.

' William Petty écrivait dans les vingt dernières années du dix-septième siècle. Il est auteur de plusieurs ouvrages de statistique, science à laquelle on donnait alors le nom d'arithmétique 'politique.

"^ Poids de 8 livres à Londres, et de 14 à Hereford. (Note de M. de Senovert.)

et la baisse de l'intérêt de l'argent, sans qu'il en résultât aijcun inconvénient.

Quoique l'intérêt fût à 3 pour cent en Hollande, et continuât d'être à 6 en Ecosse, si l'on pouvait avoir une quantité d'argent égale a||x demandes à 6, les avantages que nous avons pour le commerce, et que n'ont pas les Hollandais, nous mettraient en état d'étendre également le commerce dans toutes ses autres branches, malgré la différence de l'intérêt de l'argent.

Si en Ecosse l'argent était égal à la demande à 6 pour cent, les Hollandais ne pourraient pas faire à si bon compte le commey-ce des harengs, parce que les difficultés de ce commerce dérivent pour nous de la rareté du numéraire. Les matériaux nécessaires au commerce des pêcheries sont à meilleur compte en Hollande; mais le seul bon marché des subsistances suffirait pour balancer cet article; et la cherté de ces matériaux, comme celle des autres marchandises étrangères, provenant de la rareté de l'argent, ces matériaux, et les autres marchandises étrangères, qui ne sont pas des productions de la Hollande, se vendraient alors à aussi bon marché en Ecosse.

Le change a lieu lorsqu'un marchand exportant pour une plus grande valeur qu'il n'importe, il lui est du de l'argent chez l'étranger; un autre négociant qui importe pour une plus grande valeur qu'il n'a exporté, a besoin d'argent à l'étranger; ce dernier, en payant au premier en argent des mêmes poids et titre, ou de la même valeur que celui qui lui est du, épargne à soi-même l'eiïibarras, le risque et les frais d'envoyer de l'argent au dehors, à l'autre ceux d'en faire venir chez lui, et à tous deux les frais de la refonte.

Tant que l'équilibre s'est maintenu entre le commerce étranger et les dépenses, le change est demeuré au pair; mais lorsqu'une natiop importait pour une plus grande valeur, ou avait au dehors plus dp besoins qu'elle n'en pouvait compenser par les dépenses des étrangers chez elle, il était nécessaire d'envoyer au dehors la balance en espèces ou en lingots, et le marchand ou le particulier qui devait ou qui avait besoin d'argent au dehors, pour épargner l'embarras, les frais et les risques du transport, donnait tant pour cent à un autre, suivant l'évaluation de ces inconvénients. C'est ainsi que le change s'éleva au-dessus du pair et devint un commerce.

M. Mun {Traité du Commerce\ p. 100) dit : « Quand le change

' Le livre de Mun (Thomas) a pour tilre : Englan'ds treasure iy foreign irade^ or the balance of our foreign trade is Ihe inle of our treasure (Trésor de l'Angleterre dans le commerce étranger, ou la balance de ce commerce, la mesure de la richesse publique) ; London, 1664, in-i2.

«Cet auteur est, dit M. Blanqui, l'un des plus ingénieux et des plus classiques

est contre une nation, il est avantageux à cette même nation. Si 100 livres de Londres ne valent à Amsterdam que 90 livres de la même monnaie, et si Ton suppose que les Hollandais envoient pour 500,000 livres de marchandises en Angleterre, et que les Anglais en envoient pour 400,000 livres en Hollande, il s'ensuit que l'argent dû aux Anglais à Amsterdam balancera 440,000 livres de ce qui était dû à Londres aux Hollandais. Ainsi 60,000 livres payent la balance. »

M. Mun ne considère pas que les marchandises hollandaises valant 500,000 livres, quand le change était au pair, valent à Londres 555,555 livres, lorsque 90 livres à Amsterdam valent 100 livres à Londres; et que les 400,000 livres de marchandises anglaises ne valent en Hollande que 360,000 livres, cette somme étant égale par \v change à 400,000 livres en Angleterre; donc, au lieu d'avoir un avantage, comme il le prétend, lorsque le change est contre elle, l'Angleterre paye 95,555 livres de plus que si le change avait été au pair.

Quand le change est au-dessus du pair, on le paye non-seulement pour le montant de la balance due, mais il affecte la masse entière du change dans l'endroit où la balance est due. Si la balance est de 20,000 livres, et que les sommes échangées par les marchands qui ont de l'argent au dehors, avec d'autres qui y doivent, ou y ont besoin d'argent, soient de 60,000 livres, les traites pour les 60,000 livres se vendent aussi cher, ou à peu près, que les 20,000 livres de balance.

Cela affecte pareillement le change dans les pays où il n'est point dû de balance. Exemple : si le change entre l'Ecosse et la Hollande est de 3 pour cent au-dessus du pair contre l'Ecosse, et qu'il soit au pair entre l'Angleterre et la Hollande ; quoiqu'il n'y ait point de balance due à l'Angleterre par l'Ecosse, cependant le change avec l'Angleterre haussera; car 100 livres remises en Angleterre pour l'Ecosse, par la Hollande, rapporteront 103 livres. Ainsi on peut supposer qu'entre l'Ecosse et l'Angleterre, on aura cette somme à 2 pour cent, la difl^ culte de la remise étant moindre que par la Hollande.

Les marchandises sont vendues aux étrangers d'après leur coût prî mitif. Exemple : si des marchandises, valant 100 livres en Ecosse, valent 130 livres en Angleterre, ces marchandises seront exportées, en supposant que 30 pour cent suffisent pour les frais et le bénéfice. Si le prix de ces marchandises baisse en Ecosse de 100 livres à 80, le prix ne se soutiendra pas en Angleterre à 130 livres, il diminuera en proportion; car, ou les marchands écossais vendront au rabais l'un de

défenseurs du système mercantile. Ses successeurs n'ont fait que répéter ses arguments. »

l'autre, ou bien les marchands anglais exporteront eux-mêmes ces marchandises. De même, si elles montent en Ecosse de 100 à 120 livres, elles monteront proportionnellement en Angleterre, à moins que les Anglais ne puissent tirer d'ailleurs ces marchandises à meilleur marché, ou suppléer leur usage par des marchandises d'un autre genre. Ceci une fois posé, il s'ensuit qu'en raison de ce que le change est au-dessus du pair, toutes les marchandises exportées sont vendues à meilleur marché, et que toutes celles importées sont achetées plus cher qu'auparavant. Exemple : un marchand envoie annuellement en Angleterre pour 6,000 livres de marchandises, de coût primitif, frais et bénéfices compris. L'argent est, en Angleterre et en Ecosse, au même titre, et il n'est point du de balance; mais une balance due à la Hollande, élevant le change de 3 pour cent au-dessus du pair pour la Hollande, et affectant le change pour l'Angleterre de 2 pour cent, 5,882 livres 7 sous payent les marchandises en Angleterre, parce que, par le change, cette somme est égale à 6,000 livres en Ecosse. Donc une balance due à la Hollande, en haussant le change dans les autres pays, occasionne à l'Ecosse une perte de 117 livres 13 sous sur le prix de 6,000 livres de marchandises envoyées en Angleterre.

Les marchandises anglaises sont vendues d'autant plus cher. Exemple : si un négociant anglais envoie annuellement en Ecosse pour 6,000 livres de marchandises de coût primitif, frais et bénéfice compris, il faudra payer 6,120 livres en Ecosse pour les marchandises, puisque cette somme n'équivaut en Angleterre qu'à 6,000 livres. Si le change eût été au pair, les marchandises écossaises envoyées en Angleterre se seraient vendues 117 livres 13 sous de plus, et les marchandises envoyées en Ecosse 120 livres de moins.

Il en est ainsi pour tous les lieux avec lesquels le change est audessus du pair. Les marchandises qu'on y envoie sont vendues d'autant moins, et celles qu'on en tire sont vendues d'autant plus que le change est plus au-dessus du pair, soit que l'importation ou l'exportation de ces marchandises se fasse par des négociants écossais, ou bien par les étrangers.

Le négociant qui trafique en marchandises anglaises ne gagne pas plus que lorsque le change était au pair, quoiqu'il vende plus cher, et celui qui trafique en marchandises écossaises ne gagne pas moins, quoiqu'il vende à plus bas prix : ils font tous deux le même bénéfice que lorsque le change était au pair. L'Ecosse paye 2 pour cent de plus pour les marchandises anglaises, et l'Angleterre 2 pour cent de moins pour les marchandises écossaises : la perte entière, ou du moins une grande partie, tombe en Ecosse sur le propriétaire foncier, et c'est

aussi le propriétaire foncier qui, en Angleterre, fait le bénéfice en totalité ou en grande partie.

Les nations, reconnaissant que l'exportation des espèces ou des lingots, pour payer la balance due par le commerce, est une véritable perte de ces richesses et nuit beaucoup au commerce , auraient pu prohiber l'importation de l'espèce de marchandises dont les habitants peuvent le plus se passer, ou les charger d'un droit propre à en diminuer la consommation ; elles auraient pu donner des encouragements à l'industrie, ce qui aurait augmenté et amélioré les productions naturelles ou détourné d'en faire une consommation extravagante, ce qui aurait enfin accru la masse de l'excédant à exporter. Il n'est aucune de ces méthodes qui n'eût établi l'égalité entre le commerce et le change, et n'eût opéré une balance due par l'étranger. Mais au lieu de ces mesures, ces nations prohibent l'exportation des espèces et des lingots, ce qui ne peut produire d'autre effet que de hausser le change, en raison des risques que de pareils règlements ajoutent à cette exportation , surhaussement que l'on peut supposer de 3 pour cent ; et comme ces règlements devenaient très -nuisibles en faisant vendre toutes les marchandises exportées 3 pour cent meilleur marché, et toutes celles importées 3 pour cent plus cher, plus ils étaient exécutés rigoureusement, plus le change montait et plus le préjudice devenait considérable. La balance était toujours exportée en espèces ou en lingots par le marchand qui la devait, par le banquier qui donnait les traites, ou par l'étranger à qui elle était due.

Supposons que les espèces d'Ecosse, d'Angleterre et de Hollande sont du même poids et de la même finesse ; que l'Ecosse ne commerce pas avec d'autres pays ; que le change est au pair ; que la valeur dt l'exportation annuelle de l'Ecosse se monte à 300,000 livres, coûl primitif, et 30 pour cent de frais et profits; que les marchandise^ importées soient de 280,000 livres, frais et bénéfices 30 pour cen( qu'une moitié du commerce se fait par les marchands écossais, e l'autre moitié par les Anglais et les Hollandais.

Dû à l'Ecosse pour une moitié de l'exportalion faite par ses propres marchands 195,000 liv. \

Dû pour l'autre moitié de l'exportation faite par > 545,000 liv

les Anglais et les Hollandais 150,000 )

Dû par l'Ecosse à l'Angleterre et à la Hollande, pour les marchandises importées par les Anglais et les Hollandais 182,000

Dû pour les marchandises importées par les négociants écossais 140,000 } 362,000

En outre, la dépense des Écossais chez l'étranger surpasse celle des étrangers en Ecosse de 40,000

En admettant que telle est la situation annuelle du commerce et de la dépense de l'Ecosse, il y aura une balance due de 17,0Q0 livres, et à moins que les Écossais ne restreignent la consommation des marchandises, de manière à en diminuer l'importation, ou ne restreignent la consommation de leurs propres marchandises, de manière à en accroître l'exportation; à moins qu'ils n'augmentent ou n'améliorent leurs productions naturelles, de manière à en rendre l'exportation plus considérable ou d'une plus grande valeur; à moins qu'ils ne restreignent leur dépense à l'étranger ; puisqu'il faut que cette balance soit payée, elle sortira, soit en espèces, soit en lingots, et fera monter le change de 3 pour cent. La défense de l'exportation du numéraire le fait monter de 3 en sus. Si les Écossais l'exportent eux-mêmes, ils épargnent 1,020 livres de change sur les 17,000 livres de balance due, ce qui est perdu si les négociants anglais font cette exportation ; mais la perte qu'une pareille hausse dans le change occasionne sur les marchandises est encore plus considérable. Les 195,000 livres dues à l'étranger pour les marchandises exportées d'Ecosse par les négociants écossais seront payées avec 183,962 livres d'espèces anglaises ou hollandaises, cette somme étant égale à 195,000 livres en Ecosse, au change de 6 pour cent. Les 150,000 livres dues pour coût primitif des marchandises exportées par les négociants anglais et hollandajs seront payées avec 141,510 livres de monnaies anglaises ou hollandaises, cette somme étant égale à 150,000 livres en Ecosse, tes 182,000 livres dues par l'Ecosse, pour les marchandises importées par les négociants anglais et hollandais, reviendront à 192,920 livres en Ecosse, et les 140,000 livres, coût primitif des marchandises que les Écossais ont achetées chez eux, reviendront à 148,400 livres en Ecosse. Tel sera donc le résultat :

Dû à l'Ecosse pour marchandises exportées 183,962 liv.

Acheté à l'étranger, coût primitif 140,000 liv. )

Balance de la dépense à l'étranger 40,000 j ^^^,000

Dû à l'Ecosse par l'étranger 3,962 liv.

Dû par rÉcosse pour marchandises importées par les Anglais

^t les Hollandais 192,920 liv.

Les Anglais et les Hollandais tirent en marchandises 150,000

Reste dû aux Anglais et aux Hollandais en Ecosse 42,920

3,962 livres dues par l'étranger aux Écossais, en monnaie d'Ecosse 4,199

Reste dû par l'Ecosse 38,721 liv.

Ainsi la hausse de 3 pour cent dans le change provenant d'une balance due de 17,000 livres, et celle de 3 pour cent de plus provenant

de la défense de l'exportation des espèces, occasionnent à FÉcosse une perte de 21,721 livres, et portent la balance de l'année suivante à 38,721 livres, quoique le commerce soit le même qu'auparavant ; desquelles 21,721 livres perdues par le change, on aurait épargné une moitié si l'exportation du numéraire eut été libre.

Puisque le change élevé à 6 pour cent au-dessus du pair cause une perte de 21,721 livres, la hausse de la monnaie de 8 et 1 tiers pour cent ayant élevé le change avec l'Angleterre à 14 pour cent et à 30 avec la Hollande, cela rend la perte plus grande en même proportion, supposé que les marchandises écossaises continuent de se vendre au même prix qu'avant le surhaussement de la monnaie ; car lorsque le change était au pair, 100 livres de marchandises écossaises étaient payées à l'étranger par 130 livres de monnaie anglaise; mais 114 livres de monnaie anglaise étant égales par le change à 130 livres en Ecosse, le marchand écossais est en état de donner pour 114 livres, et avec autant de bénéfice, la même quantité de marchandises qu'il vendait auparavant 130 livres. Ainsi, des marchandises étrangères valant ailleurs 100 livres, et vendues en Ecosse 130 livres quand le change était au pair, ne peuvent pas s'y vendre actuellement moins de 150 livres, cette somme n'étant égale qu'à 130 livres de monnaie anglaise; et le négociant n'y gagne pas davantage que lorsqu'il vendait la même quantité de marchandises pour 130 livres.

Il n'est pas hors de propos d'examiner quelles conséquences résulteraient du baissement ^ de la monnaie au taux de celle d'Angleterre, et de sa libre exportation.

* Il y a deux sortes de monnaies, les monnaies réelles, qui sont des corps certains des pièces d'or et d'argent d'un poids et d'un titre déterminés, et les monnaies idéaUi ou de compte, qui ne sont qu'un étalon arbitraire, une mesure sans fixité , des monnaies réelles.

Ainsi autrefois, en France, le louis et l'écu étaient des monnaies réelles, tandis qut la livre tournois n'était autre chose que le concept par lequel l'esprit supposait 1< marc d'or ou d'argent, poids de huit onces, divisé en plus ou moins de parties ali quotes. D'où il suit que le louis ou l'écu, ou en d'autres termes un certain poids d'o ou d'argent fin, variaient continuellement dans leur valeur par rapport à la livre, e que, suivant l'édit du prince, ils pouvaient représenter le lendemain le double ou 1. moitié du nombre de livres qu'ils représentaient la veille. Quand donc les monnaie réelles signifiaient p/ws de livres, cela s'appelait eïever ou hausser h monnaie; e quand au contraire elles signifiaient moins de livres, cela s'appelait baisser ou dimi nuer la monnaie.

En Angleterre et en Ecosse les choses se passaient de même : seulement la mon naie de compte prenait la dénomination de livre sterling, ou bien de livre d'Ecosse Ainsi, baisser la monnaie d'Ecosse au taux de celle de l'Angleterre, c'était ramené la monnaie idéale des deux pays à la même valeur réelle, intrinsèque ; ou faire qu'oi comprit en Ecosse, par le mot de livre, le môme poids d'or ou d'argent fin auque on attachait, momentanément, cette dénomination en Angleterre.

J'ai d'abord supposé que le commerce était fait moitié par les marchands écossais, et moitié par les Anglais et les Hollandais; mais comme la plus grande partie se fait par les négociants écossais, je supposerai l'état du commerce en conséquence. L'un ou l'autre point de vue éclaircira l'objet de la question.

Supposons maintenant que l'état du change est à 15 pour cent avec l'Angleterre et à 30 avec la Hollande ; que la valeur de toute l'exportation de l'Ecosse est de 300,000 livres, dont 250,000 livres exportées par les négociants écossais, et qui, vendues à 30 pour cent, bénéfices et frais compris, donnent 325,000 livres.

En monnaie anglaise 282,608 liv.

Exporté par les étrangers pour 50,000 liv. monnaie anglaise. . 43,478

Total de l'exportation 326,086 liv.

Marchandises importées 506,086 liv.

Dépensé au dehors 40,000

Balance due par l'Ecosse 20,000 liv.

En baissant la monnaie au taux de celle d'Angleterre, et permettant son exportation, on réduirait le change à 2 ou 3 pour cent avec l'Angleterre et à 17 ou 18 avec la Hollande, malgré la balance due; car 100 livres à Edimbourg étant alors égales à 100 livres de Londres, et l'exportation étant libre, personne ne donnerait ici plus de 102 ou 3 livres pour 100 livres à Londres, parce qu'on n'évaluerait pas plus haut la peine et les frais de l'envoi de cette somme à Londres. En supposant que l'exportation, l'importation et la dépense au dehors se continuent sur le même pied, alors il serait dû une balance à l'Ecosse.

Le change étant à 3 pour cent avec l'Angleterre, et en proportion avec les autres pays, je suppose cet état* du commerce :

Dû en monnaie anglaise pour 525,000 liv., coût primitif, frais et bénéfices des marchandises exportées par les négociants écossais 315,534 liv.

Dû en monnaie anglaise pour 50,000 liv. de marchandises exportées par les étrangers 48,544

Total de l'exportation 364,078 liv.

Sur cela déduisez la valeur des marchandises importées 306,086 liv.

F/t la dépense au dehors 40,000

Il sera dû à l'Ecosse une balance de 17,992 liv.

Cette balance due ramènerait le change non -seulement au pair, mais encore l'établirait en faveur de l'Ecosse à 3 pour cent d'une part;

et à 3 pour cent de plus, parce que l'exportation de la monnaie anglaise est défendue. Alors 100 livres en Ecosse vaudraient 106 livres en Angleterre, et à proportion dans les autres pays. Tel serait alors l'état du commerce :

Dû en monnaie anglaise pour 525,000 liv., coût primitif, frais et bénéfice, de marchandises exportées par les négociants écossais, et pour 50,000 liv., valeur de celles exportées par les étrangers 397,500 liv.

Déduisez : dépenses au dehors 40,000 liv. \

Importé du dehors 306,086 ] ^46,086

Alors, balance due à l'Ecosse 51,414 liv.

Si l'exportation annuelle est aussi considérable que je le suppose , et la balance seulement de 20,000 livres, alors, en baissant la monnaie au taux de l'Angleterre , on obtiendra une balance due de 51,414 livres, quoique l'exportation des espèces ne soit pas permise.

On objectera peut-être qu'un tel mouvement dans le change, en rabaissant la valeur de la monnaie étrangère, empêcherait la vente de nos marchandises au dehors; cardes toiles achetées en Ecosse 100 livres, et vendues 115 livres à Londres, rapportent par le change 31 pour cent de bénéfice , au lieu que si le change était de 6 pour cent en faveur de l'Ecosse , le bénéfice ne serait que de 9 pour cent.

Réponse. Si un négociant anglais prend 1,000 livres de papier sur l'Ecosse, pour extraire des toiles, le change étant au pair, les toiles sont vendues en Angleterre, relativement au coût primitif, aux frais, et au bénéfice ordinaire. L'année suivante, le change est du côté de l'Angleterre ; alors, les toiles se vendent en Angleterre plus chef qu'auparavant. La troisième année, le change revient au pair ; alors, les toiles se vendent en Angleterre comme la première année. Si le coût primitif des toiles est plus cher, le consommateur paye davantage pour cette raison , et le bénéfice du négociant est le même.

Toutes les nations s'efforcent de tout leur pouvoir d'amener le change de leur côté. Le change de la Hollande est avec l'Angleterre de 12 ou 15 pour cent; avec l'Ecosse, de 30; avec la France, de 40 ou 50 , quelquefois davantage ; cependant les marchandises hollandaises se vendent dans ces pays ; le négociant a le même profit que lorsque le change était plus bas ; mais le consommateur les paye plus cher. Les draps anglais se vendent à Paris de 18 à 20 francs l'aune de France, quand le louis d'or est à 12 francs, et de 20 à 23 francs quand le louis d'or est à 14 francs, parce que le change avec l'Angleterre devient plus cher en proportion du surhaussement de la monnaie de France.

La plupart des marchandises exportées d'Ecosse sont de telle nature, que les étrangers ne voudraient pas s'en passer, dussent-ils les payer 10 ou 20 pour cent de plus. Nos laines en sont un exemple : tant que la sortie en a été prohibée, la laine s'est vendue en Hollande et en France le double du coût primitif ; maintenant elle est tombée à 30 ou 40 pour cent de bénéfice. On paye les marchandises en raison du coût primitif , des frais et du bénéfice ordinaire ; là où il existe des prohibitions, on évalue le risque d'exporter en fraude de la loi. La laine vaut moins actuellement en Hollande qu'en temps de paix, parce que la vente de ses manufactures de laine est moindre ; mais quand même la laine serait en Hollande d'une aussi grande valeur que cidevant, et quand même le manufacturier hollandais, plutôt que d'en manquer, donnerait 200 livres pour des laines qui ne coûteraient que 100 livres en Ecosse ; cependant, comme il sait que la prohibition est levée, et que les négociants écossais peuvent lui vendre à meilleur compte, il n'achètera point, qu'il n'y trouve un profit raisonnable. Ainsi , de deux choses l'une : ou les marchands écossais baissent le prix en donnant au rabais l'un de l'autre , ou le marchand hollandais le fixe lui-même par ses commissions. Si l'on mettait un droit sur les espèces de marchandises , dont la valeur au dehors pourrait le supporter, le marchand gagnerait tout autant; l'étranger seul payerait la taxe\

^ Soit. — Mais si vous jouez ce mauvais tour à rétranger, il vous rendra , s'il le peut, la pareille. Je veux bien supposer, toutefois, que les représailles lui soient impossibles, qu'il ait un besoin absolu des marchandises taxées, et que le produit de la taxe fasse entrer dans le Trésor 100,000 livres sterling, vous en conclurez, sans douté, que c'est là un bénéfice net : examinons si vous ne vous trompez pas.

Il est certain que les droits de douane mis à l'exportation des marchandises d'Ecosse pour la Hollande n'augmenteront pas le revenu des Hollandais. Donc, les 100,000 livres qu'ils seront forcés de payer à l'Ecosse à titre d'impôt, ils ne les auront plus pour se procurer les autres denrées qu'ils lui achetaient précédemment. Aitisi, le travail national de l'Ecosse trouvera un débouché de moins. Sous une autre forme, cela veut dire qu'un certain nombre de travailleurs verra diminuer, ou cesser ses moyens de subsistances. Mais ces travailleurs sont des hommes, et il faut que les hommes, oisifs ou occupés, vivent. Vous leur donnerez donc alors, à titre d'auliiôhe, les 100,000 livres de la taxe, ou vous ne les leur donnerez pas. Dans le prernier cas, vous avez transformé des citoyens laborieux en fainéants, et dans le second vous aurez réduit à la misère des individus qui ne mérilaient pas ce sort, puisqu'ils remplissaient le devoir social commun à tous, celui de travailler. Enfin, aurez-vous enrichi l'Ecosse dans l'une ou dans l'autre hypothèse? Non, évidemment. Car vous n'aurez pas fait que la masse du peuple soit pourvue d'une plus grande abondance des choses nécessaires à la vie, et le gouvernement, en distribuant sa nouvelle richesse à d'autres que ceux qu'il aura privés d'un travail qui était tout leur revenu, n'opérera nullement la compensation du mal qu'il aura causé. Il pourra se vanter à la vérité d'avoir appauvri davantage encore les Hollandais, mais on demande de quelle manière l'appauvrissement d'un peuple peut être profitable au commerce d'un autre?

De plus, le baissement de la monnaie ne saurait diminuer les prix au dehors ; car si, lorsqu'on a haussé la monnaie, les marchandises ont dû augmenter de prix ou diminuer de qualité, de même, lorsque par le baissement de la monnaie 100 livres contiendront 33 couronnes d'Angleterre , et un sixième de plus que n'en contiennent 100 livres d'aujourd'hui, on pourra acheter avec 100 livres une plus grande quantité de marchandises qu'auparavant ; ou bien , elles seront fabriquées de meilleure qualité, surtout les toiles, puisque la matière première sera importée à plus bas prix. Mais, en accordant qu'après le baissement de la monnaie les marchandises se vendraient comme auparavant, et ne seraient pas fabriquées de meilleure qualité; en accordant encore qu'un tiers ou plus des marchandises exportées n'augmenteraient point de prix au dehors, parce que les étrangers pourraient être fournis à meilleur compte, par d'autres pays, de la même espèce de marchandises, ou en remplacer l'usage par des marchandises d'une autre espèce , ou bien en consommer une moindre quantité; cela ne devrait pas néanmoins empêcher un pareil règlement dans la monnaie et dans le change, car il faudrait donner une prime d'exportation en faveur des marchandises dont les prix au dehors ne seraient pas assez considérables pour rendre un bénéfice raisonnable.

Mais de peur qu'une altération dans le change ou qu'un pareil baissement de la valeur de la monnaie étrangère ne vinssent à diminuer l'exportation des marchandises, cette mesure ne serait pas prudente, à moins qu'il ne fût fait un fonds destiné à payer les primes d'exportation, et à augmenter la masse des espèces nécessaires pour mettre les habitants en activité ; car, sans un accroissement de numéraire, on ne peut supposer que l'exportation de l'année prochaine soit égale à celle de l'année précédente : elle diminuera en raison de la diminution du numéraire, parce qu'une partie des individus actuellement employés restera oisive , non par défaut d'amour pour le travail , ou d'entrepreneurs , mais par défaut d'un numéraire suffisant pour les employer \

C'est là de réconomie politique tout anglaise, voulant substituer à l'art ancien de s'emparer du bien d'autrui par la force, celui de se l'approprier par la ruse. Vauban el Boisguiilebert avaient compris la science d'une manière tout à la fois plus rationnelle et plus généreuse, et elle ne dégénéra pas entre les mains des physiocrales, leurs successeurs, qui ne prêchaient aux nations que la paix, la justice et la liberté.

* Voyez, sur le change, Melon, chapitre xvn; — Dutot, chapitre m, article !«"■; — Condillac, Du commerce et du gouvernement^ X"^ partie, chapitre xvu; — Montesquieu, Esprit des lois, livre XXll; — Ad. Smith, Richesse des nations, livre IV, chapitres i et m; — J.-B. Say, Cours d'économie politique, 11I<" partie, chapitre xxi.

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