CHAPITRE III
Des divers moyens employés pour conserver et augmenter le numéraire. — Des banques.
Les moyens employés pour conserver et augmenter le numéraire ont été, dans certains pays , opposés à ceux adoptés dans d'autres , et des mesures contraires ont été prises dans les mêmes pays, sans être occasionnées par aucune diversité de circonstances.
Certains pays ont haussé la monnaie dans sa dénomination, tandis que d'autres l'ont baissée*; quelques-uns l'ont alliée, tandis que d'autres , après l'avoir alliée , l'ont rectifiée ; quelques-uns ont défendu l'exportation des espèces, sous les peines les plus rigoureuses, tandis que d'autres en ont autorisé l'exportation par des règlements ; quelques-uns, s'imaginant accroître leur numéraire, ont obligé les commerçants à importer des lingots en proportion de ce qu'ils exportaient de marchandises. La plupart des pays ont essayé, en totalité ou en partie, et ces moyens et d'autres du même genre ; ils ont aussi tenté , en même temps , des moyens contraires à ceux qu'ils avaient d'abord immédiatement employés, dans la persuasion que, si la méthode reçue ne produisait pas l'effet projeté, on l'obtiendrait d'une méthode opposée ; cependant , il n'a pas encore été reconnu qu'aucun de ces moyens ait conservé ou augmenté les espèces, mais il en est résulté le contraire.
Les banques sont encore la meilleure méthode que l'on ait pratiquée pour l'accroissement du numéraire '. L'usage en est fort ancien
' Voyez la note i de la page 484 ; — Melon , chapitres x à xv ; — Dutot, chapitre I, articles 1 et 2.
** 11 y a, ou plutôt il y avait deux sortes de banques , celles de dépôt et celles de circulation. Les premières se bornent à recevoir des valeurs métalliques, espèces ou lingots, et à ouvrir sur leurs livres un crédit aux déposants, qui peuvent le transporter à d'autres par des assignations sur la banque. Si donc les banques de dépôt se conforment à leurs statuts, la valeur du papier qu'elles mettent en circulation n'est jamais que la représentation exacte des lingots qu'elles possèdent et des espèces qu'elles ont en caisse. Ces banques, qui ne sont plus en usage maintenant, furent créées dans le but principal de parer à la dépréciation des espèces, ainsi qu'à l'altération et aux variations que les souverains faisaient éprouver à la monnaie.
Les banques de circulation ont un objet différent, celui de procurer de la monnaie aux personnes solvables qui en demandent. En escomplant des effets à terme avec leur propre papier, c'est-à-dire des promesses de payer en écus à présentation ou dans un court délai, le crédit dont elles jouissent fait que ce papier circule comme des écus, et en lient lieu à ceux qui le reçoivent. S'il faut convenir que les compagnies qui forment ces ingénieux établissements sont utiles à la société, on ne doit pas se dissimuler qu'elles le sont encore plus à elles-mêmes, car l'essence de leur opération consiste à se faire prêter gratuitement par le public la valeur des billels qu'elles émettent, et à reprêter ensuite cette même valeur au même public, à raison de 4 ou 5 pour 100 d'intérêt.
en Italie, mais j'ai apprisque l'inventioil en est due aux Suédois. Leur monnaie était de cuivre , et incommode à raison de son poids et de son volume : poui* remédier à cet inconvénient, il fut établi une banque où les espèces étaient mises en gage; on donna crédit atix récbnhaissances, qui passèrent en payement et facilitèrent le commerce.
Par la même raison, les Hollandais établirent la banque d'Amsterdam\ Leur monnaie était d'argent, mais leur commerce était assez étendu pour rendre incommode même les payements eh argent'. Cette banque, comme celle de Suède, est un dépôt assuré, où les négociants peuvent porter des espèces sur lesquelles ils obtiennent uri crédit pour commercer : outre l'avantage de faciliter et d'accélérer les payements, les banques épargnent les frais de caissiers, de sacs et de transport , les pertes sur la fausse monnaie ; et les espèces sont plUs en sûreté que dans les maisons des négociants , car elles sont moine exposées aux incendies, ou au vol, parce qu'on prend toutes les nlesures nécessaires pour les en garantir.
Les marchands qui ont des fonds dans la banque d'Amsterdam ne sont pas exposés aux variations que l'on peut faire subir aux monnaies^ en les alliant ou en changeant leur dénomination ; car la banque ne reçoit point d'espèces que sur le pied de leur valeur réelle ; c'est pout cela qu'on leur donne le nom d'argent de banque ; et quoique cette monnaie vienne à hausser dans les payements courants, elle est t-eçue dans les payements de banque pour la valeur sur le pied de laquelle s'en est fait le dépôt. Vagio de la banque tarie d'un quart ou d'Uil demi pour cent, suivant que les espèces sont plus ou moins rares.
Les banques où les espèces déposées égalent le crédit donné sont solides ; car même dans le cas de demande de la totalité, la banque he manquerait pas à ses payements.
Par la constitution de la banque d'Amsterdam, la somme entière pour laquelle il est donné crédit, devrait y demeurer pour subvenir aux demandes ; cependant les administrateurs prêtent une somtne polir faire les fonds du lombard ^ et l'on présume qu'ils prêtent aussi des fonds considérables pour d'autres objets : plus ils prêtent , plus ils ajoutent au numéraire, ce qui prdcute un bénélice au pdys pdt l'èm-
* La banque d'Amsterdam était une banque de dépôt. Elle fut établie le 31 janvier 1(509. Il se trouve un admirable exposé de la constilulion de cette banque dans le chai)itre ni du livre IV de la Richesse des nations.
2 II faut ajouter que cet établissement était bon en |)oIilique, puisqu'il fixait le commerce à Amsterdam ; et en finance, puisqu'il rendait la monnaie inaltérable, et que dans un petit État, ordinairement exposé à se servir de celle de ses voisins, la monnaie courante est toujours usée et faible, ce qui produit tôt ou tard du désordre. [Note âe M. de Senovert)
* Mont-de-piété.
ploi d'un plus grand nombre d'individus, et par l'extension du commerce. Ils ajoutent au numéraire destiné aux prêts, ce qui rend les emprunts plus faciles et moins chers. Enfin, la banque fait elle-même un bénéfice, mais elle en est moins solide ; et quoique par là personne ne soit lésé, quoiqu'on ne redoute aucun danger, parce que le crédit est bon, pourtant, si les demandes étaient de la totalité des fonds ou supérieures à ce qui reste en caisse , elles ne pourraient pas être acquittées , jusqu'à ce que la banque eût fait rentrer les sommes prêtées \
Le bien certain qui en résulte ferait plus que balancer les risques, quand même la banque manquerait à ses payements une fois en deux ou trois ans, pourvu que les sommes prêtées fussent bien assurées : il peut arriver que des négociants qui y ont fait des fonds ne les retrouvent pas au besoin ; mais au moyen de la sûreté du crédit et de l'intérêt qui y est attaché, ils se procureraient des espèces à un léger escompte, et peut-être même au pair.
Pendant la guerre dernière, l'Angleterre établit une banque ^, pour se procurer les mêmes avantages qu'on tire de celle d'Amsterdam, et accroître le numéraire. Cette banque fut composée de souscripteurs , qui prêtèrent au roi , pour onze années, 1,200,000 livres, à 8 un tiers pour cent, sur un fonds garanti par le parlement, et obtinrent pour ce temps le privilège de la banque. La somme due par le gouvernement était pour les particuliers une sûreté, qui répondait des pertes quelconques que la banque pouvait éprouver.
Cette banque était plus solide que les billets des orfèvres, qui avaient cours auparavant. Elle ajoutait considérablement au numéraire , par une émission de billets supérieure de beaucoup aux espèces en banque ; et la somme prêtée au roi , qui en formait le fonds, et appartenait aux souscripteurs, se négociait avec bénéfice , et faisait dans le commerce le même eifet que les espèces. Il est vrai que ces billets sont tombés,
' Il est douteux que la banque d'Amsterdam ait jamais fait circuler uu seul florin de ceux qui ont été déposés à rHôlel-de-Ville ; puisqu'elle a du crédit, elle peut vendre ce crédit contre espèces : il sera fictif sur ses livres, et voilà tout. Pour connaître ce que peut faire cette banque, voyez les Recherches des principes de l'économie politique^ par J. Stewart, tome IV, pages 555 et suivantes. {Note de M. de Senovert.)
— Ce qui prouve que Law avait raison, et que l'auteur de la note précédente était dans l'erreur, c'est que lorsque la ville d'Amsterdam tomba au pouvoir des Français, en 4794, il fut constaté que le gouvernement hollandais avait fait prêter par la banque, soit à la ville, soit à la Compagnie des Indes, soit aux provinces de Hollande et de AVest-Frise, une somme de 10,624,795 florins, que ces corporations étaient hors d'état de restituer.
' En 1694. Ce fut un Écossais, William Paterson, qui conçut le projet de cette banque, qui était, comme aujourd'hui, une banque de circulation.
dans la suite, au-dessous du pair; mais j'ignore si c'est par suite de quelques circonstances nationales, ou d'une mauvaise administration \
Le fonds de la banque d'Ecosse était de 100,000 livres', dont on avait déposé le dixième. Cette banque était plus solide que celle d'Angleterre, à raison d'un registre, où la plupart des sommes prêtées étaient assurées. Le montant de ses billets fut porté à quatre ou cinq fois la valeur des espèces en banque, et cet excédant de papier sur les espèces déposées fut autant d'ajouté au numéraire de la nation.
Cette banque était d'un plus grand usage que celle d'Amsterdam ou d'x\ngleterre ; ses billets étaient reçus dans la plupart des payements, et par tout le pays, tandis que la banque d'Amsterdam était uniquement pour cette ville, et que celle d'Angleterre ne s'étendait guère au delà de Londres.
L'interruption des payements, arrivée dans la banque d'Ecosse, avait été prévue et aurait pu se prévenir. La consommation des marchandises étrangères , et la dépense en Angleterre excédant le prix des marchandises exportées, le payement de la balance fait en espèces diminuait le crédit de la banque ; car le crédit est une chose volontaire, il dépend de la quantité des espèces existantes dans le pays, et croît ou décroît avec elles. Des billets d'une livre sterling soutinrent la banque, en fournissant du papier pour les petits payements, et prévenant par là une partie des demandes en espèces : au moyen de ces billets, la banque aurait pu conserver son crédit, jusqu'à ce que l'on eût pris d'autres mesures pour procurer du numéraire au pays , si le bruit d'un haussement de la monnaie n'avait pas occasionné une demande extraordinaire , qui en peu de jours épuisa les espèces de la banque, et la força de suspendre ses payements.
Dans cette disette d'espèces, il n'eût pas été facile d'en trouver assez pour soutenir la banque, quand même les gens les plus accrédités l'eussent entrepris ; car ce bruit d'un haussement de la monnaie n'avait occasionné des demandes que de la part des habitants d'Edimbourg ; et en peu de temps les billets seraient venus de la province en si grande quantité, que toutes les espèces qu'on eût rassemblées n'auraient pu satisfaire aux demandes.
Si le conseil privé avait baissé la monnaie , savoir la couronne anglaise à 5 schellings, et les autres espèces en proportion, en diminuant 2 deniers par couronne au bout de trois jours, et les autres 3 denierj-
^ En '1G97, la banque d'Angleterre suspendit ses payements, et ses billets perdirent jusqu'à 20 i)our 100 sur lu place. (Ad. Smilh, livre II, chapitre ii.)
* Cette banque, qui était, comme celle d'Angleterre, banque de circulation, fut établie par un acte du parlement écossais, en 1695.
au bout d'un mois ; la cause des demandes se trouvant écartée , selon toute apparence on aurait rapporté les espèces à la banque.
En supposant que la situation de la banque eût été connue ou soupçonnée par le public, une semblable proclamation aurait toujours produit le même effet, malgré la discontinuation des payements. Dans ce cas-là, l'annonce de la proclamation aurait suffi pour soutenir la banque ; la sûreté étant bonne , personne , ou du moins très-peu de gens auraient gardé leurs espèces à perte plutôt que de les rapporter à la banque. Et si dans trois jours la rentrée des espèces n'eut pas été aussi considérable qu'on s'y serait attendu , le conseil , par une seconde proclamation , aurait baissé la couronne à 5 schellings sans aucun délai, et de 6 deniers de plus au bout de trois jours. Le crédit de la banque une fois rétabli, on aurait pu, si cela eût été nécessaire, rehausser la couronne à 5 schellings 5 deniers, et les autres espèces en proportion , comme elles étaient auparavant.
Quelques-uns se déclarent contre les banques où les espèces ne sont pas égales au crédit. Ils disent V que les demandes peuvent excéder le montant des espèces en banque ; 2° que nous ne nous apercevons pas du tout, ou que nous nous apercevons beaucoup moins, si notre commerce ou nos espèces diminuent, et que la banque venant à manquer, nous sommes dans une position pire que jamais.
On répond à la première objection , que quand même il n'y aurait aucun avantage pour la nation dans l'addition que la banque procure au numéraire, ni pour les individus à qui elle fournit, et à un moindre intérêt, une monnaie qu'ils ne pouvaient pas trouver autrement ; quand même enfin les propriétaires n'y gagneraient rien, les autres commodités, telles que la plus grande promptitude , la plus grande facilité des payements, etc., font plus que compenser ce risque; sans quoi les billets de banque, ceux des orfèvres et des banquiers, ne seraient jamais préférés aux espèces, tout le monde sachant que la banque peut discontinuer ses payements, et que les orfèvres et les banquiers peuvent manquer.
Pour la seconde objection , c'est comme si l'on disait : un marchand qui n'avait qu'un fonds modique, et qui était sans moyens pour en employer un plus considérable, devrait refuser l'offre qui lui serait faite sans intérêt d'une somme égale à son fonds, ou plus forte à mesure que le fonds s'accroîtrait, devrait, dis-je, la refuser, parce qu'il pourrait se figurer être plus riche qu'il n'était , et que si son fonds décroissait, on lui retirerait la somme prêtée \
* Le papier de banque est un empruut sans intérêt : si vous le faites servir à votre prospérité, il vous enrichit, si vous l'employez à votre consommation, vous vous rui-
Si l'on suppose que les espèces en banque sont de 15,000 livres, et qu'il y ait pour 75,000 livres de billets, c'est une addition de 60,000 livres au numéraire de la nation sans intérêt; car ce que payent les emprunteurs est gagné par les propriétaires \ A mesure que le numéraire de la nation s'augmente, le crédit de la banque s'étend, et la masse devient plus considérable ; et, bien loin que les individus s'aperçoivent moins de la situation du pays, les livres de la banque offrent iin moyen plus sûr que tout autre de juger de l'état du commerce et des espèces.
Si l'on peut soutenir le commerce avec 100,000 livres, et qu'il soit dû une balance par les étrangers, les mêmes mesures jointes à une plus grande quantité de numéraire rendraient la balance encore plus forte ; et il ne faut pas supposer que ce numéraire additionnel, fourni par la banque, soit en pure perte, si la balance due procure un accroissement d'espèces. Quand le numéraire est abondant, le crédit pourrait tomber par quelque accident , mais il ne tarderait pas à se relever ; il ne peut se perdre entièrement que par la disette du numéraire. Un pareil crédit peut soutenir le commerce dans les cas où , sans cela , le commerce tomberait ; mais il ne peut jamais lui porter préjudice.
On fait une autre objection contre les banques, savoir qu'elles ennez plus vite ; n'oubliez donc pas que vous le devez, ce papier, et vous ne risquez jamais rien. (Note de M. de Senovert.)
— M. de Senovert aurait dû dire : Le papier de banque est un prêt à intérêt de fonds que le prêteur n'avance pas.
Quand la banque de France donne un billet de 1 ,000 francs contre un effet à terme de pareille somme, sous déduction de 4 pour 100 d'escompte, il est clair, sans doute, qu'elle ne rend pas un service gratuit au porteur de l'effet.
Nous voulons bien que les banquiers s'enrichissent ; mais qu'on les fasse passer pour des philanthropes, en vérité c'est par trop fort !...
Avouons,fdu reste, que cette prétention de leur part n'est pas plus ridicule, que cellç que les manufacturiers élèvent tous les jours, de nourrir les ouvriers à l'aide du travMJ desquels ils font fortune. S|
' Une banque de circulation rend disponible une partie de la valeur métallique qu| '\ représentent ses billets. Dans l'espèce ci-dessus, les 60,000 livres sterling dont l'usage était improductif pour la société, parce qu'elles n'y jouaient pas d'autre rôle que celtrî d'agent de la circulation, seront converties en capitaux-marchandises qui rapporteront des profits. Ce n'est donc pas comme addition au numéraire que cette somme augmentera la richesse nationale, mais bien au contraire parce qu'elle diminuera le numéraire ou la monnaie réelle du pays ; en d'autres termes, qu'elle transformera en capitaux des valeurs métalliques qui n'avaient pas cette qualité auparavant. Et, dans tout ceci, il n'y a pas le moindre prêt fait à la société par personne : celle-ci est seulement mise en état de changer remploi d'une portion des biens qu'elle possède, et qu'elle ne doit qu'à elle seule. Loin de là, c'est la société qui pre7e aux banques, et il faut, ainsi que l'explique très-clairement J.-B. Say, considérer les actionnaires d'unie banque comme empruntant des monnaies métalliques à tous ceux qui veulent bien recevoir en place un signe représentatif, qui leur servira tout autant.
couragent l'exportation de l'argent en procurant des sommes en telles espèces, qu'elles ont une valeur plus grande à l'étranger.
Pour répondre à cette objection, je ferai une hypothèse : A, négociant, a besoin de 1,000 livres en Hollande, et désire que B, banquier, lui donne une traite pour cette valeur; il n'est point dû d'argent en Hollande aux négociants écossais; ainsi il faut que B exporte des espèces pour payer la lettre de change qu'il a tirée; mais comme il n'y a point là de banque, ni aucune possibilité de se procurer 1,000 livres en pièces de 40 deniers, il envoie de l'argent en différentes monnaies; cela n'empêche pas le numéraire de sortir, mais cela rend le change plus cher de 2 ou 3 pour cent que si l'on eût pu trouver des pièces de 40 deniers; et quand même il ne resterait plus d'autre monnaie que des vieux marks S s'il y a une balance due, ils sortiraient, ne valussent-ils que 10 deniers Le change a beau s'élever, lebénéGce de
l'exportation est le même; et bien loin de nuire au pays, la banque, en fournissant des espèces de nature à être exportées à la moindre perte, maintenait le change à deux ou trois pour cent plus bas qu'il n'aurait été sans cela, et épargnait annuellement l'exportation d'une somme considérable pour payer la balance plus forte, que la hausse du change aurait occasionnée \