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CHAPITRE IV

Examen des divers moyens que Ton propose aujourd'hui, comme de hausser les espèces, ou de les allier; de monnayer la vaisselle; de régler la balance du commerce; ou de rétablir la banque.

Quand je me sers de ces mots hausser tes espèces, j'entends les hausser dans leur dénomination; je ne suppose point que cela ajoute rien à leur valeur ^

Il n'y a point de moyen d'augmenter le prix de l'argent, si ce n'est d'en diminuer la quantité, ou d'en augmenter la demande. Si l'exportation et la consommation de l'argent surpassent l'importation, ou que les demandes se multiplient, l'argent aura plus de valeur. Si la quantité importée surpasse celle exportée ou consommée, ou bien si les demandes ont diminué, l'argent aura moins de valeur.

' Monnaie d'argent, dont la valeur était anciennement de 30 schellings, et que l'on prend aujourd'hui généralement pour i3 schellings 4 deniers. (Note de M. de Senoveri.)

' Voyez, sur les banques de circulation, leurs avantages et leurs inconvénients, Ad. Smith, livre II, chapitre n, de la Richesse des nations; — J.-B. Say, Cours d'économie politique, Ill« partie, chapitres xvi à xx.

^ Voyez la note de la page 484.

Si hausser ou allier la monnaie pouvait ajouter à sa valeur, ou produire quelque bon effet pour le commerce soit intérieur, soit étranger, jamais aucune nation ne manquerait de numéraire; 100 livres pourraient être portées, par le haussement ou par l'alliage, à 2, à 10, à 100 fois leur première dénomination, ou au delà, suivant le besoin. Mais comme il est injuste de hausser ou d'allier les espèces, parce qu'alors les obligations se payent avec une somme moindre que celle pour laquelle on s'était engagé; et comme cela produit de mauvais effets sur le commerce tant intérieur qu'étranger, le moyen n'est employé par aucune nation qui ait quelque respect pour la justice, ou qui connaisse la nature du commerce et de la monnaie. Si A vend 12 chaldersMe grains pour 100 livres payables à six mois, et avec lesquelles il doit acquitter des lettres de change de la même valeur, que l'on tirera sur lui de France pour des vins dont il a donné la commission; que dans le même temps la monnaie soit haussée ou alliée du double; les 100 livres que A reçoit ne payeront que la moitié de l'effet qu'il doit acquitter, parce qu'elles ne sont plus qu'égales à 50 livres de la monnaie pour laquelle il a contracté; et ces 100 livres n'achèteront pas la même quantité de marchandises du pays, que 100 livres achetaient auparavant. Avec cette monnaie, on payera ses dettes, on acquittera d'anciennes obligations contractées sous la foi publique, parce qu'il a plu au prince de dire que chacun prendrait pour entier payement la moitié de ce qui lui est dû; mais, dans les marchés ultérieurs, on aura égard à la valeur de la monnaie; les marchandises hausseront de prix, sans que ce soit peut-être en proportion du haussement de la monnaie. Et ceux qui ne haussent pas leurs marchandises au taux de la monnaie, sont trompés.

Quand on porte 6 deniers à 12 deniers, les 6 deniers valent 12 deniers; mais la valeur du sou est réduite à un demi-sou.

Pour mieux éclaircir cette matière, je supposerai, quand la monnaie est haussée, que les marchandises haussent ou qu'elles ne haussent pas.

Si les marchandises haussent, alors le haussement de la monnaie ne produit pas l'effet projeté. Si une pièce de serge se donne pour 40 schellings, et que le schelling soit haussé à 18 deniers, la pièce de serge se vendra 3 livres^; cela augmente le numérique de la monnaie

* Le chalder est une mesure contenant 56 boisseaux. (Note de M. de Senovert.)

* Les Anglais comptaient et comptent encore comme nous autrefois, par livres, soii> et deniers, avec cette différence que leur livre sterling, qui vaut aujourd'hui 25 francs 21 centimes, a toujours été supérieure à notre livre tournois , qu'on réduisait sans cesse.

Le schelling, correspondant à notre sou, est la vingtième partie de leur livre, et le denier la douzième partie du schelling.

et paye les dettes avec deux tiers de ce qui est du, mais cela n'ajoute rien au numéraire. Telle est la conséquence naturelle du haussement de la monnaie; car ce que l'on considère, ce n'est pas une plus haute dénomination, mais la valeur de l'argent.

Si, lorsqu'on a haussé la monnaie, les marchandises conservent leurs premiers prix, alors toutes celles exportées se vendent pour une moindre valeur à l'étranger, et toutes celles importées se vendent plus cher. Exemple : une demi-couronne est portée à 40 deniers, et elle achète la même quantité de marchandises que 40 deniers achetaient auparavant; alors le négociant qui expédie en Hollande, pour la valeur de 300 livres, des marchandises, lesquelles s'y vendent 390 livres, gagnerait 220 livres sur la valeur de 300 livres exportées, parce que 390 livres en Hollande seraient égales à 520 livres en Ecosse, ou les vaudraient au moyen du change au pair, ou bien renvoyé en lingots. Ce commerce ne rapporterait pas plus de profit à la nation que lorsque le retour des marchandises ne rendait que 390 livres; car 390 livres, avant d'être haussées, contenaient la même quantité d'argent que 520 liv. de monnaie haussée, et achetaient une aussi grande quantité de marchandises étrangères. Mais le commerce serait si avantageux au négociant, que le grand nombre de ceux qui l'entreprendraient ne trouverait jamais assez de marchandises à acheter; et comme un plus grand nombre d'acheteurs que de vendeurs ferait hausser le prix en Ecosse, les marchands vendant au rabais l'un de l'autre, feraient baisser les prix en Hollande. Mais quand même les prix se maintiendraient bas chez nous, et quand même nos marchands soutiendraient la hauteur des prix à l'étranger, les Hollandais, sachant que les marchandises sont à si bon compte dans le pays, n'en achèteraient aucune de nos négociants, mais les tireraient par commission en retour de celles qu'ils nous auraient envoyées.

Supposons que l'exportation annuelle, montant à 300,000 livres, coût primitif, se vende à l'étranger 390,000 livres; que l'importation et la dépense au dehors est de 410,000 livres, et que l'on envoie 20,000 livres en espèces pour payer la balance; la monnaie étant haussée d'un tiers, et les marchandises conservant les mêmes prix qu'auparavant, 225,000 livres, envoyées en Ecosse en monnaie étrangère ou en marchandises, ou par le moyen du change, achèteraient ce qui se vendait précédemment 390,000 livres. L'exportation, l'importation et la dépense au dehors continuant sur le même pied, l'Ecosse devrait une balance de 185,000 livres; car bien que les marchandises écossaises fussent vendues au-dessous de leur valeur, cependant les autres nations ne donneraient pas les leurs à meilleur

marché qu'auparavant, à moins qu'elles ne pussent les vendre dan^ d'autres pays.

On objectera peut-être que nous avons plus de productions natu- ' relies et de manufactures qu'il n'en est consommé ou exporté, et que la vente à plus bas prix attirerait une plus grande quantité de de- ! mandes de nos marchandises pour l'étranger.

Les productions et les manufactures seraient susceptibles de beaucoup d'accroissement, si nous avions du numéraire pour employer ifl individus; mais je suis persuadé que nous n'avons pas une grande quantité de marchandises au-dessus de ce qui est consommé ou exporté. Admettons qu'en vendant à meilleur marché on fera augmenter la demande; que ce surcroît de demandes procurera aux productions et aux manufactures un accroissement de 100,000 livres; admettons encore que la baisse extraordinaire du prix des marchandises n'en occasionnera pas une plus grande consommation dans le pays; néanmoins nous serions dans la même position qu'auparavant; il serait toujours dû une balance de 20,000 livres, et les étrangers profiteraient pour rien de l'amélioration. Mais cette amélioration est imaginaire; car la demande aurait beau augmenter, sans un accroissement de numéraire on ne peut pas employer un plus grand nombre d'individus; partant il n'y aurait aucune nouvelle amélioration. Nous serions forcés de supprimer près de la moitié de la consommation ordinaire des marchandises étrangères et de notre dépense au dehors, parce que nous n'aurions pas assez d'argent pour payer la balance considé-^ rable qui se trouverait due.

Quelques-uns pensent que de hausser la monnaie étrangère^ serait un moyen d'attirer des espèces en Ecosse.

Quand la couronne d'Angleterre serait élevée à 10 schellings, s'il est dû une balance par l'Ecosse, le change sera au-dessus du pair; et il n'est pas à supposer qu'un marchand anglais fasse passer des couronnes en Ecosse, lorsqu'en en payant 100 à Londres, il peut st procurer le payement de 105 ou 106 de ces mêmes couronnes 8 Edimbourg.

Si , la balance du commerce étant égale , on haussait la monnaie étrangère sans hausser la monnaie d'Ecosse en proportion , la monnaie étrangère serait introduite , et l'on exporterait pour une plut grande valeur de monnaie d'Ecosse. Un pays éprouve toujours If même perte quand la monnaie est haussée , et que le prix des marchandises ne s'élève pas en proportion. Exemple : si les étrangers nous envoient des espèces pour acheter des marchandises, et que le:espèces, lorsqu'on les exporte, n'aient pas la même valeur que chej

nous, le retour en marchandises sera d'autant moindre, indépendamment du manque de bénéfice que nous aurions fait sur l'exportation de nos marchandises.

Si l'Ecosse ne faisait aucune importation, et n'avait aucune dépense à l'étranger, elle serait d'autant plus riche qu'on y apporterait des espèces ou des lingots ; mais dans la supposition d'une pareille défense, l'Ecosse serait plus riche en maintenant ses espèces à leur valeur actuelle, parce qu'on en introduirait une plus grande quantité pour acheter la même quantité de marchandises.

Si l'on pouvait supposer que nous ne faisons aucun commerce avec les autres nations, on pourrait allier et hausser 100 livres, de ma-* nière à faire produire à cette somme , dans le commerce , le même effet qu'un million ; mais si l'on souffrait qu'un seul étranger parût en Ecosse, il pourrait acheter une grande partie du territoire ou des marchandises avec une somme modique; et un homme, opulent chez nous, ferait une très-pauvre figure à l'étranger.

La monnaie est la mesure par laquelle sont évaluées toutes les marchandises , et à moins que les marchandises ne montent en proportion de ce que la monnaie est haussée , les marchandises sont avilies. Si la valeur annuelle des productions et des manufactures d'Ecosse est de 2 millions sterling, ce qui fait 40 millions de principal au denier vingt, et qu'il y ait en espèces effectives 100,000 livres, en haussant la monnaie de 20 pour cent on fera passer les espèces pour 120,000 livres. Supposez que les marchandises ne haussent que de 10 pour cent; alors les 120,000 livres sont égales en Ecosse à 110,000 livres de la monnaie avant qu'elle ne fut haussée. Il y a , par ce moyen , une addition de 20,000 livres dans les comptes, et de 10,000 à la valeur des espèces écossaises ou étrangères, comparées avec les marchandises d'Ecosse. Mais la mesure qui évalue les marchandises étant haussée de 20 pour cent en dénomination, et les marchandises ne haussant que de 10 pour cent, l'Ecosse perd, en valeur, 4 millions, c'est-à-dire un dixième de sa valeur précédente ; et tout particulier qui vendra ses terres , recevra pour payement un dixième de moins en argent ou en toute autre marchandise étrangère , que s'il les avait vendues avant le haussement de la monnaie.

On cite la France et la Hollande en exemple de nations qui ont haussé et allié les espèces. En France , la monnaie est plus haute dans sa dénomination qu'en tout autre pays; mais cela n'empêche pas l'exportation des espèces de France. Quand le louis d'or était à 12 livres tournois, la balance était contre la France, et le change à 10 pour cent au-dessus du pair. On payait alors, à Paris, 110 louis d'or

à 12 livres pour 100 louis d'or du même poids et de la même finesse, à Amsterdam ; et comme ils y passaient pour 9 guilders , argent de banque , on gagnait 10 pour cent à exporter les espèces de France. Lorsque l'on porta le louis d'or à 14 livres , cela ne rendit pas la balance moins défavorable à la France ; le change demeura sur le même pied, on paya toujours 100 louis d'or, quoique à 14 livres, pour une traite de 100 louis sur Amsterdam, et l'on trouva toujours le même bénéfice à exporter les espèces. S'il arriva au change de baisser, c'est parce que la balance du commerce due par la France était moins considérable, et cette circonstance aurait fait baisser le change, soit que les espèces eussent ou n'eussent pas été haussées. Mais le haussement de la monnaie, bien loin de ramener la balance en faveur de la France, la maintient à son désavantage ; car les marchandises françaises ne haussant pas en proportion du haussement des espèces , ces marchandises se vendent à plus bas prix , et celles étrangères se vendent plus cher ; ce qui augmente la balance , occasionne une plus grande exportation d'espèces, prive de travail la quantité d'individus que ces espèces employaient, diminue les productions naturelles ou les manufactures, ainsi que la valeur annuelle du pays et la population.

On croit que les Hollandais frappent des louis d'or, et les envoient en France, où ils passent pour 14 livres, et qu'on envoyait de Hollande en Angleterre des guinées , du temps qu'on rognait les espèces anglaises, parce qu'elles y passaient pour 30 schellings. Mais on est dans l'erreur. Depuis que j'ai quelque idée du change , j'ai toujours reconnu qu'un louis d'or à Amsterdam , soit qu'il fût vieux ou neuf, avait plus de valeur par le change qu'un louis d'or neuf à Paris ; et lorsqu'on rognait les espèces anglaises, une guinée en Hollande valait davantage par le change qu'une guinée en Angleterre. Ceux qui n'entendaient rien au change pouvaient acheter des guinées ou des louis d'or pour les porter en Angleterre ou en France, mais ils auraient gagné davantage en prenant du papier. Il y avait alors un bénéfice à exporter d'Angleterre et de France des guinées et des louis d'or pour la Hollande. La livre sterling était donnée dans ce temps-là pour 8 guilders ou moins; et le change entre Amsterdam et Paris a presque toujours été, pendant les huit ou dix années dernières, considérablement au-dessus du pair en faveur de la Hollande. J'ai vu la livre sterling à 7 guilders 13 stivers, et l'écu de France de troisiivres acheté en Hollande pour 37 stivers, et à Londres pour 39 deniers et demi.

Hausser la monnaie en France , c'est imposer sur les habitants une taxe qui est plutôt payée , et que l'on croit devoir être moins sentie, qu'une taxe établie de toute autre manière. Quand le roi hausse les

louis d'or de 12 livres à 14 , on les reçoit à la monnaie pour 13 livres , et ils en ressortent pour 14 : le roi gagne ainsi une livre par louis d'or, et cette taxe se monte à 20 ou 25 millions de livres, quelquefois davantage , suivant la quantité d'espèces existante dans le pays. Mais bien loin de rien ajouter aux espèces , c'est un obstacle à leur circulation ; car une partie est mise en réserve pour les exporter dans l'occasion en Hollande, d'où l'on tire en retour des billets pour une somme de livres égale à une même quantité de louis neufs qu'il en a été exporté de vieux, et 8 ou 10 pour cent de plus , suivant que le taux du change est en faveur de la Hollande. D'autres personnes qui ne veulent pas risquer d'exporter des espèces , les gardent jusqu'à ce que les nouvelles soient décriées , et profitent ainsi d'un treizième que le prince eût gagné, s'ils avaient porté leurs espèces à la monnaie pour être refondues. Le poids de cette taxe porte principalement sur la classe la plus indigente des habitants.

L'opinion commune est que les espèces de Hollande passent pour plus de moitié qu'elles ne valent. Mais un mûr examen prouve le contraire. La banque , qui fait la plupart des payements , reçoit et paye en monnaie de banque , laquelle vaut mieux que celle d'Angleterre. Les ducatons sont à 3 guilders, et les autres monnaies de banque dans cette proportion ; on m'assure bien que les espèces courantes contiennent de l'argent au prorata de leur valeur ou à peu près, à l'exception de quelques-uns de leurs escalins qui sont inférieurs aux autres. Ce n'est point à dessein qu'ils ont été fabriqués ainsi ; c'a été un abus occasionné par le trop grand nombre de villes qui ont le droit de frapper monnaie; on y a remédié aussitôt qu'on s'en est aperçu, et ces espèces ont été rabaissées à 5 stivers et demi.

Quelques personnes ont proposé de hausser la monnaie pour favoriser la circulation du peu d'espèces qui nous restent , et pour faire sortir celles que l'on cache.

On obtiendra le même effet et d'autres bonnes conséquences, en baissant la monnaie par degrés et dans un délai de trois ou quatre mois; car d'après ce qui a été dit (pages 485 et 486), il y a lieu de croire que si la monnaie d'Ecosse était baissée au taux de celle d'Angleterre, le change tournerait à notre avantage, et une balance nous serait due pourvu que l'exportation, l'importation et la dépense au dehors continuassent sur le pied actuel.

On fait un autre raisonnement en faveur du haussement de la monnaie ; savoir, que certaines marchandises, ne rapportant pas assez de bénéfice au dehors, ne sont pas exportées. Exemple : si des serges valant 100 livres sterling en Ecosse ne valent que 120 livres en Hol-

lande, le négociant ne les exportera pas pour un bénéfice de 20 pour cent ; au lieu que si la monnaie était haussée de 20 pour cent, et que les marchandises se maintinssent au même prix, la quantité d'espèces qui payait des serges pour la valeur de 100 livres en payerait alors pour celle de 120 livres, et ces marchandises valant en Hollande 144 livres, l'exportation en serait encouragée par cette augmentation de profit, suite du haussement de la monnaie.

C'est comme si l'on disait qu'un négociant qui aurait 100 différentes sortes de marchandises, sur 90 desquelles on lui offrirait 30 pour cent de bénéfice, mais qui ne trouverait personne qui lui donnât plus de 20 pour cent pour les autres sortes, devrait augmenter d'un quart les mesures dont il se servait pour mesurer ses marchandises, et vendre les 100 différentes sortes au même prix qu'il les vendait aupa-t ravant. Gomme il se trouverait faire une perte considérable par cet expédient, il en sera de même d'une nation qui hausse sa monnaie.

Par la même raison , ce serait une grande perte pour l'Ecosse sitoutes ces marchandises pouvaient s'exporter sans payer de droits. Quelques-unes devraient, et d'autres ne devraient pas être affranchie»; de droits, suivant leur valeur au dehors.

Le véritable et sûr moyen de favoriser l'exportation des marchandises qui ne donnent pas assez de profit, c'est une prime. Exemple .•; si les serges expédiées pour la Hollande ne donnent que 20 pour centj de bénéfice, une prime de 10 pour cent encouragera l'exportation *. La prime accordée au négociant n'est pas perdue pour la nation % et ce que l'on gagne par la fabrication et l'exportation des marchandises, la nation le gagne.

Les primes sont jusqu'à présent la meilleure méthode connue d'encourager le commerce, et l'on peut démontrer que 10 ou 15,000 livres sterling appliquées à cet objet, procureront à l'exportation un ac-î croissement de la valeur de 100,000 livres, et il n'y a pas la moindres partie de ces 10 ou 15,000 livres de perdue pour la nation ; car si Af et B, marchands écossais, gagnent la prime, c'est, pour la nation, i^ comme si on ne l'avait pas donnée ^ Quand les primes se payent suri

' Le commerce est une conséquence nécessaire de l'état social. 11 n'a pas besoin i d'être encouragé, car il a sa raiscn d'êU'e en lui-même, qui consiste dans le gain! qu'il procure. La société ne doit aux marchands autre chose que la justice, qu'elle j^ doit à tout le monde. 11 n'y a pas de plus équitable régulateur des prolits commer-^> ciaux, que la liberté complète des échanges.

* A ce compte, on ne perd donc pas ce qu'on donne? |

* Est-ce qu'une nation peut se confondre avec ses marchands? Est-ce que rintérêt| de tous est identique avec l'intérêt de quebjues-uns? Et pourquoi donc voulez-vous| enrichir une classe quelconque de la société aux dépens du public? •

« Une production qui ne peut se soutenir que par des encouragements artificiels,

les fonds destinés à l'administration publique du gouvernement, on n'y applique qu'une petite quantité d'espèces, parce que c'est autant de retranché sur les revenus du prince ; tandis qu'un Etat, qui aurait un fonds national pour l'encouragement du négoce, pourrait donner à son commerce une grande extension, et vendre à plus bas prix que les autres nations qui n'adopteraient pas les mêmes mesures. Mais il faut supposer pour cela qu'il y a dans le pays assez de numéraire pour employer les habitants.

Monnayer la vaisselle, ce serait en perdre la façon, qu'on peut évaluer à un sixième, et n'augmenter que bien peu les espèces. Lors de la restauration, la vaisselle était en petite quantité; il n'y avait pas longtemps qu'on avait fait un appel de l'ancienne. On peut bien en avoir fabriqué, année commune, le poids de 60 stones\ dont une grande partie a été fondue ou exportée, et le restant ne serait pas d'une grande valeur. Ce qui a été importé de vaisselle appartient à un petit nombre de gens de qualité, qui l'enverraient hors du pays, plutôt que d'en perdre la façon, pourvu même qu'ils n'allassent pas y en dépenser le prix, attendu que l'argent façonné se vendrait plus à Londres qu'on n'en tirerait en Ecosse par la refonte.

Si l'on propose d'allier la monnaie et de donner aux propriétaires de la vaisselle le bénélice de l'alliage, je suppose que les nouvelles espèces avec leur alliage seront haussées du double en dénomination : 5 schellings, valant 6 schellings de vaisselle avec la façon, rendront au monnayage 10 schellings d'espèces alliées. Dans cette hypothèse même, on n'apportera pas sa vaisselle volontairement; car en vendant en Angleterre, et prenant sa valeur en papier, on en aura 1 1 à 12 schellings, parce que le change est au-dessus du pair, et ce que l'on gagnera de plus pour la façon peut s'évaluer à 6 deniers par once.

S'il est nécessaire de monnayer la vaisselle, il faut permettre l'exportation de celle qui peut être vendue au dehors pour plus que son poids, sous caution d'importer sa valeur en espèces ou en lingots.

D'autres proposent de régler la balance du commerce, en restreignant la consommation des marchandises étrangères et la dépense en

« a répété J.-B. Say après Ad. Smith, cause toujours de la perte à la nation qui les « donne : elle n'a besoin d'encouragements que parce qu'elle cause de la perte ; et si, « au moyen de ces encouragements, le producteur est indemnisé de cette perte, la « nation qui paye l'indemnilé la supporte à sa place.» (Cours d'économie polilique^ seconde édition, tome I, page 619.)

— Si la presse voulait se persuader que les vérités de celte nature ont])eaucoup plus d'importance que les questions de personnes, que de services ne rendrait-elle pas au pays !

' Environ 1,500 livres sterling. (Noie de M. de Senoverl.)

Angleterre. Par ce moyen, la balance étant ramenée en notre faveur* nous pourrons nous enrichir en vivant sur notre valeur annuelle, comme nous nous sommes appauvris en dépensant au delà de cette valeur.

Un pareil règlement aurait ses difficultés. V Supprimer l'importation en tout ou en grande partie, c'est diminuer considérablement les revenus de la couronne, et Sa Majesté peut juger à propos de ne pas accorder sa sanction royale à ce règlement, à moins qu'on ne donnât un équivalent. 2° Le règlement ne serait pas si rigoureusement exécuté, qu'il n'entrât en fraude une partie de ce qu'on avait coutume d'importer. 3° Nos princes résidant en Angleterre, nous sommes dans la nécessité d'y avoir nos ministres d'Etat; les emplois étant à la disposition du prince, et Londres étant beaucoup plus qu'Edimbourg une ville d'amusements, nos gentilshommes continueront toujours d'aller chercher à Londres les emplois ou les plaisirs.

Mais supposons que le roi ait sanctionné le règlement avec ou sans équivalent, et qu'on l'exécute si rigoureusement qu'il ne soit rien importé en contravention ; supposons encore que l'on puisse épargner 20,000 livres sterling sur la dépense en Angleterre, de manière que l'importation et la dépense au dehors se trouveraient moindres de 60,000 livres que l'année précédente; il y aurait encore, selon moi, d'autres difficultés qui empêcheraient l'effet du règlement.

1** Supposé que la balance que nous devons pour l'année révolue est de 20,000 livres, et que l'importation et la dépense au dehors sont diminuées de 60,000 livres. Ceux qui proposent ce règlement pensent peut-être qu'il nous sera dû une balance de 40,000 livres. Mais comme la banque peut nous avoir fourni pour 60,000 livres de billets au delà des espèces en banque, et comme on a supposé que l'exportation de l'année dernière s'est montée à 20,000 livres, il s'ensuit que nos espèces étant diminuées de 80,000 livres, la valeur de l'exportation de l'année prochaine sera d'autant moindre, parce que l'absence de ces espèces aura privé de travail une partie des individus qui étaient employés alors; et malgré le règlenient, nous devrons une plus forte balance que l'année dernière.

2° 40,000 livres sterling, coût primitif des marchandises importées, et 20,000 livres dépensées au dehors, ont diminué la consommation des marchandises du pays ; et l'exportation était d'autant plus considérable, que cette consommation était plus diminuée; mais le règlement occasionnant une plus grande consommation des marchandises du pays, l'exportation serait moindre.

3"* Divers négociants peuvent avoir exporté des marchandises, quoique sans un grand bénéfice sur cette exportation, mais à raison des

profits à faire sur l'importation, laquelle, étant diminuée, peut faire également diminuer l'exportation.

4" Si l'Ecosse prohibe ou charge d'un très-gros droit les marchandises des autres nations, les autres nations peuvent prohiber les marchandises d'Ecosse.

En accordant qu'il n'y aurait ici aucune difficulté à régler la balance du commerce, et que l'on suivrait la même méthode qu'en Hollande, nous deviendrions plus riches, mais les richesses des Hollandais croîtraient en proportion^ et au bout de cinquante ans l'Ecosse, comparée avec la Hollande, serait aussi pauvre qu'aujourd'hui.

Deux pays sont égaux en productions naturelles, en population, etc. L'un a 100,000 livres d'espèces, et vit sur sa valeur annuelle; de sorte qu'il lui est du 20,000 livres la première année, 25,000 livres, et ainsi de suite. L'autre pays a 20 millions d'espèces, et consomme au delà de sa valeur annuelle, de sorte que pour payer la balance il exporte un million la première année, 1,200,000 livres la seconde, et ainsi de suite. Ce dernier pays sera bientôt pauvre, et l'autre bientôt riche. Mais si la nation qui a 20 millions d'espèces se restreint en proportion de l'autre, elle sera riche ou pauvre, comparativement avec la première.

En considérant combien est modique la portion que nous avons des espèces de l'Europe, et combien grande est l'influence du numéraire sur le commerce, on reconnaîtra qu'il n'y a pas moyen d'améliorer notre condition, que par l'accroissement de notre numéraire; ou si la chose est praticable sans numéraire , elle l'est bien davantage avec ce secours.

La banque ajoutera peu au numéraire , car le crédit étant volontaire, il dépend de la quantité des espèces existantes dans le pays ; et, quand la banque n'aurait jamais manqué, elle n'aurait cependant pas conservé son crédit plus longtemps, parce que la quantité des espèces existantes en Ecosse n'est pas suffisante pour animer la circulation de la masse de papier nécessaire à l'acquittement des charges de la banque, et de l'intérêt dû aux actionnaires.

On croit que les actionnaires de la banque ont le projet de s'adresser au Parlement pour obtenir de nouveaux privilèges; mais comme leur dessein n'a pas encore été rendu public, je me contenterai de dire en général , que si on leur donne d'autres privilèges , ce ne sera plus alors la môme banque ; du moins elle ne sera pas établie sur les mêmes principes. Dans l'un ou l'autre cas, tout le monde indistinctement devrait être admis à participer à ses avantages.

Lorsqu'une banque s'établit, toute personne peut y prendre part.

et celui qui fait les premières offres est préféré. Supposons que lors de l'établissement de la banque, A et B ne donnent pas leur souscription, parce qu'ils pensent que l'établissement ne sera pas assez avantageux ; tant que ceux qui ont souscrit peuvent soutenir la banque aux conditions de l'acte du Parlement, personne n'y prétendra aucune part, à moins que les souscripteurs ne consentent à vendre. Mais si on donne de nouveaux privilèges , A et B , comme toutes autres personnes du pays, peuvent requérir l'ouverture des livres de la banque, pour être admis à y participer ; et toutes autres classes d'hommes qui offriront les mêmes sûretés , doivent être en même temps autorisées à établir une banque avec les mêmes privilèges ; ainsi , chaque comté d'Ecosse voudra en avoir une. Et si l'on donne de nouveaux privilèges à cette banque, en refuser de semblables aux autres banques, qui pourraient et voudraient donner les mêmes sûretés, ce serait une injustice, surtout lorsque la nation a besoin de plus de numéraire qu'il ne serait possible à cette banque d'en fournir.

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