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CHAPITRE VI

Examen du projet remis au Parlement par le docteur H. C. -.

Mon dessein n'était pas de parler du projet du docteur, cette affaire ayant été renvoyée à un comité qui doit en faire son rapport ; mais plusieurs personnes , qui jugent le projet praticable, étant contre le mien, qu'elles regardent comme le même sous une autre forme, j'ai cru nécessaire d'expliquer maintenant le projet du docteur, et en quoi nous différons.

Il propose l'émission de billets hypothéqués sur les terres, et qui doivent s'éteindre par des payements annuels d'environ 2 lin quart pour cent pendant quarante-cinq ans, et que ces billets circulent comme de l'argent monnayé pour la valeur qu'ils expriment.

Si des billets émis de cette manière avaient une valeur égale à l'argent monnayé, alors tous les propriétaires fonciers en Ecosse voudraient profiter d'un avantage aussi grand et aussi certain, et je ne vois pas comment il serait praticable de les y faire participer.

En supposant la chose possible, quarante-cinq années de revenu en ces billets n'auraient pas autant de valeur que vingt années de revenu en argent monnayé.

Aucune anticipation n'est égale à ce qui existe déjà. Une année de revenu actuelle vaîit quinze années de revenu à cinquante ans d'ici , parce que l'argent placé à intérêt produira cette valeur au bout de ce temps-là ; et quand même le Parlement rendrait ces billets forcés, ils n'auraient cependant pas plus de cours que si le gouvernement frap-

* Cette raison paraîtra sans doute peu pressante au lecteur, s'il songe que, d'après M. de Humboldt, les mines de l'Amérique fournissent annueliemenl, en or J 7 millions de kilogrammes , en argent 800 millions, et qu'on estimait à 291,980,000 francs le produit en métaux précieux, avant 1810, de toutes les mines du monde. (Voyez Journal des Économistes^ tome III, page i2.)

' Nous ne savons pas quels noms ces initiales désignent.

pait des pièces d'or égales aux guiiiées en poids et en finesse, et qui ordonnât qu'elles passeraient pour 5 livres sterling *.

On propose de rembourser ces billets et de les anéantir au bout d'ui certain nombre d'années, sans autre intérêt que ce qu'il faudrait pour acquitter les frais de l'office, objet qui n'excéderait pas un demi pour cent.

Il y aurait alors beaucoup de prêteurs et peu ou point d'emprunteurs, si ce n'est de la part de la banque territoriale. Car puisque c'est le propriétaire foncier qui emprunte du capitaliste, il payerait ses créanciers et aurait des billets à prêter. Le capitaliste aurait aussi de ces billets à prêter; mais il ne trouverait aucun emprunteur, ou si quelqu'un voulait emprunter, il prétendrait avoir ces billets à un prix très-bas. Supposons 2 pour cent , alors ces billets auront une valeur beaucoup moins considérable que l'argent.

Tout ce que l'on propose pour avoir cours comme espèces, et qui se donne à un intérêt moindre que l'argent monnayé, est d'une moindre valeur ^

On ne peut supposer qu'aucunes personnes veuillent prêter de l'argent à 2 pour cent en Ecosse, quand elles peuvent en avoir 6 pour cent en Angleterre. Donc, 100 livres d'argent monnayé rapporteront autant que 300 livres de ces billets, et 100 livres en argent seront égales à 300 livres en billets. Les 6 livres que rapportent 100 livres d'argent sont elles-mêmes de l'argent, et les 6 livres que rapportent les billets sont payées en ces mêmes billets ; or, 1 livre en argent valant 3 livres en billets, 6 livres d'intérêt des 100 livres en argent seraient égales à 18 livres ou à l'intérêt de 900 livres en billets.

Et quand les billets seraient remboursables au bout de vingt années à 5 pour cent pour cet espace de temps, ou même au bout de dix années à 10 pour cent, ils n'auraient pas la même valeur que l'argent; seulement la différence ne serait pas aussi grande que s'ils étaient délivrés pour quarante-cinq ans.

L'avantage qu'aurait pour la nation le projet du docteur, c'est que ces billets une fois tombés au-dessous de la valeur de l'argent monnayé, et 500 livres en billets n'étant égales qu'à 100 livres en argent; cependant la nation retirerait de ces 500 livres en billets la même utilité que si l'on eût réellement ajouté 100 livres à l'argent monnayé.

* La guinée est une monnaie d'or. Elle vaut aujourd'hui 21 schellings, ou sous d'argent; mais à l'époque où ce Mémoire fut écrit, elle n'en valait que 20. Elle ne pouvait donc passer que pour une livre sterling.

'•^Rien n'est plus juste que cette réflexion.

Autant ces billets tomberaient au-dessous de la valeur de l'argent monnaie, autant s'élèverait le change avec les autres pays. Et si les prix des marchandises ne se maintenaient pas, c'est-à-dire si elles ne se vendaient pas pour une plus grande quantité de ces billets , égale à la différence entre eux et l'argent, la valeur des marchandises exportées diminuerait, et celle des marchandises importées augmenterait, comme il a été expliqué (chap. ii) à propos du change.

Le propriétaire foncier ne trouverait aucun avantage dans ce projet, à moins qu'il n'eut des dettes; car, quoiqu'il reçût 50 livres de ces billets pour la même quantité de denrées qu'on avait coutume de lui payer 10 livres en argent monnayé, cependant ces 50 livres ne seraient égales en valeur qu'à 10 livres d'argent , et n'achèteraient que la même quantité de marchandises nationales ou étrangères.

Le propriétaire foncier, dont le revenu était payé en argent , perdrait considérablement , car il recevrait d'autant moins qu'auparavant, en raison de ce que ces billets seraient au-dessous de la valeur de l'argent.

Le propriétaire foncier qui aurait des dettes , les acquitterait avec une valeur moindre que celle pour laquelle il s'était engagé , mais le créancier perdrait ce que gagnerait le débiteur.

Le docteur C. paraît offensé de ce que je me mêle de cette aflaire, après avoir, dit-il , emprunté de lui ce que je sais sur cette matière.

Deux personnes peuvent projeter la même chose ; mais autant que j'en puis juger, ma proposition est différente de la sienne, et j'avais formé sur cela un plan, plusieurs années avant d'avoir vu aucun de ses mémoires. Je le prouverai, au besoin , par le témoignage de personnes d'honneur à qui je le communiquai dans le temps. Je n'ai rien emprunté, que je sache, au docteur C. Les terres sont, à la vérité, la valeur sur laquelle il fonde son projet , et c'est sur les terres que je fonde le mien. Si, par cette raison, je suis son plagiaire, on peut faire le même reproche à la banque d'Ecosse. Il y avait des banques en Europe longtemps avant le projet du docteur; précédemment et depuis, il a paru des livres sur cette matière. La base sur laquelle je m'appuie a été connue du moment où on a prêté de l'argent sur des terres, du moment où une obligation stable a été égale à une certaine quantité de terre. Lequel de nous deux a bâti sur ces fondements l'édifice le plus solide, le plus avantageux et le plus praticable, c'est ce que le Parlement peut juger mieux que personne.

Le projet du docteur est de donner à la terre par anticipation une valeur de cinquante ou cent ans de revenu ; il soutient que 100 livres payables dans dix , cinquante ou cent ans, sont un gage valide pour

1,000, 5,000 ou 10,000 livres de billets, ël (jiie ces billètâ équivaudront à l'argent monnayé.

S'il est en état de prouver à la nation que ce projet est praticable, il rendra un grand service , et il prociirera un avantage certain au propriétaire foncier sans nuire au capitaliste. J'ai exposé les raisons qui m'ont fait regarder ce firojet comme impraticable ; j'ai fait voir que, malgré tous les actes cjiie rendrait le Parlement pour établir lé cours forcé de ces billets, ils tomberaient beaucoup au-dessous de la valeur de l'argent. Mais ëri accordant qu'ils seraient d'abord équivalents à l'argent, il est ensuite impossible que dëiix monnaies de différente espèce se maintiennent entre elles dans la même valeur \

Chaque chose reçoit iihe valeur de ses usages, et la valeur augmente en raison de la qualité, de la quantité et de la demande. Des marchandises d'espèces différentes, quoique égales en valeur actuellement, changeront pourtant de valeur d'après un changement inégal quel- Conque dans leur qualité, leur quantité ou leur demande. J

En laissant au débiteur le choix de payer en argent ou en billets, il limite la valeur des billets à la valeur de l'argent , mais il ne peul limiter là valeur de l'argent à la valeur des billets. De cette manière, la valeur des billets doit tomber à nièsure que celle de l'argent tombe, et peut tomber beaucoup plus que cette dernière ; l'argenl au contraire peut s'élever au-dessus de la valéiir des billets, mais leï billets ne peuvent jamais s'élever au-dessus de la valeur de l'argent,

Ce que je propose , c'est de faire une monnaie territoriale , égak tout ensemble à la valeur de la terre et à Ici valeur de l'argent riiorinayé, sans être sujette à tombet de valeur quand l'argent perd âe If sienne ^.

Les marchandises qui ont les qualités nécessaires à la morihàif peuvent faire Une monnaie égale à leur valeur; 5 onces d'or sonl égales en valeur à 20 livres sterling ; et on peut en faire une monnai( de cette vbleur. Un acre de terre est affermé 2 bolls de denrées, valant 1 livre sterling; si la téi*re est évaluée à vingt ans du revenu

* Rien n'est encore plus juste que cette proposition , mais elle prouve que l'idé» fixe de Law était de substituer le papier à la monnaie métallique. Si ce fait est incon téstable, on ne peut donc pas admettre, avec M. Thiers, que l'auteur du Système eu très-bien compris que l'or et l'argent ont une valeur intrinsèque qui manque au pa pier. Ou s'il comprenait celte vérité, il se mettait en contradiction avec ses principes et dans ce cas, c'est sUr sa bonne foi que retombe le reproche auquel échappe soi intelligence.

'^ Assigner la terre pçiir gage à l'émission d'un papier-monnaie, ayant cours obli ^atoire, c'est faire de la monnaie de papier, et rien de plus. Il faut considérer le. choses et non les mots ; il n'y a que les simples qui puissent se laisser i)rendre à l'é j^ithète sôûôre de territoriale.

CONSIDÉRATIO]>}S ëUR LE NUMÉRAIRE. 52S

bel acre est égal à 20 livres, et on en peut faire une monnaie égale à cette valeur, car il a toutes les qualités nécessaires à la monnaie ; mais cet acre de terre ne peut pas recevoir du monnayage une valeur de 50 livres, non plus que les 5 onces d'or \ Et bien que les 5 onces d*or, les 20 livres d'argent monnayé et l'acre de terre, soient maintenant égaux en valeur, cependant ils ne peuvent se maintenir sur le même pied ; car, comme je l'ai déjà montré, tout changement disproportionné dans la qualité, la quantité ou la demande de quelqu'un de ces objets, rendra la même quantité de l'un égale à une plus gtande ou à une moindre quantité des autres. La terre est ce qui, suivant toute apparence , doit le mieux conserver sa valeur. Cette valeur peut augmenter, mais ne saurait guère baisser. L'or ou l'argent sont sujets à utî grand nombre d'accidents qui peuvent diminuer leur valeur, mais qui ne sauraient guère l'augmenter.

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