‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 127 sur 201 · W LAW · texte numérisé non relu

W LAW

encore quelques mois , elle pourrait être contrainte d*arrêter ses payements ^

Je fais cette remarque pour prouver que l'exemple du passé, ni la crainte de ce qui peut arriver dans la suite , ne sont pas des raison?assez fortes pour empêcher le crédit d'une caisse publique qui paye régulièrement, parce que les commodités des payements par billet^ sont si grandes, qu'elles balancent ces dangers.

Quand on augmente la quantité d'une chose ou qu'on en diminue 1,1 demande, le prix baisse; car la valeur de toutes choses est réglée sui la proportion qu'il y a entre la quantité et la demande : l'une oi l'autre étant augmentée ou diminuée, le prix ou valeur change dan: la même proportion.

De même, si l'on peut introduire un autre effet pour servir au^ usages de la monnaie, l'argent diminuera de valeur, d'autant plu que cet autre effet est plus propre à servir à ces usages.

Donc, l'introduction d'un crédit dans le commerce, augmentant l quantité de la monnaie réellement, et faisant le même effet que si ell était augmentée, par une plus forte circulation que ce crédit procure doit diminuer le prix ou intérêt de l'argent, remettre la confianc et faire sortir les espèces qui sont resserrées. On ne garde que pe d'argent, quand on est sur d'en avoir dans le besoin, et à un prix o intérêt modéré.

Quand on supposerait que cet établissement ne produirait pas ce bons effets, il n'en peut pas produire de mauvais, ne pouvant pp diminuer la quantité de la monnaie; car, pour toutes les somme qui seront en caisse à la banque, il y aura des billets qui suppléeroi aux usages de la monnaie de même ou mieux que les espèces, C( billets étant supposés au moins aussi bons que l'argent, puisqu'on h peut convertir en espèces à volonté.

De prétendre que le temps n'est pas propre, à cause de la granc méfiance, quoique le projet soit bon; qu'on doit attendre que l'argei revienne plus abondant, et que la confiance soit remise dans le cono merce, c'est vouloir demeurer avec les bras croisés dans un dangc évident.

Troisième OBJECTION. On dit que les négociants étrangers ont éci que, si la banque est établie, ils n'enverront pas des espèces et matièr» en France.

Héponse, Ceux qui font cette objection ne connaissent pas ce dont

' C'est toujours une chose très-fàcheuse qu'une banque suspende ses payenien quoiqu'elle les reprenne plus tard, car cette reprise ne répare pas tous les préjudi» individuels qui sont résultés de l'événement.

s'agit; car la banque, de la manière dont elle est proposée, ne peut pas faire le moindre préjudice à l'étranger.

S'il est vrai que les négociants étrangers ont écrit contre l'établissement de la banque, ils s'imaginent qu'on a dessein d'introduire des papiers dans le commerce, comme les billets de la Monnaie, qui ne peuvent pas être convertis en espèces à volonté ; mais quand ils auront vu le projet de la banque, ils avoueront que si celte affaire était établie, ils commerceraient plus librement avec la France, et pour de plus fortes sommes.

S'ils parlent en Anglais ou en Hollandais pour le bien de leur patrie, ils ont raison de s'opposer à l'établissement d'une affaire qui doit rendre la France très-puissante; mais, en négociants, ils seront tous d'accord que la banque leur sera très-utile et commode, que la confiance et les changes se remettront par ce moyen, et que cet établissement engagera plusieurs banquiers, qui n'ont jamais voulu négocier avec la France, à cause de l'incertitude de la valeur de ses monnaies, d'entrer en commerce avec elle.

Tous les édits que le roi donnera ne remettront point la confiance étrangère sur ce point; la banque est le seul moyen pour les rassurer; car alors ils feraient leurs lettres payables en écus de banque, qui ne souffriraient aucune variation, quoique les espèces fussent augmentées ou diminuées.

Comme ce royaume souffre extrêmement par l'interruption des changes et du commerce étranger, qui empêche la vente de ses denrées, quand Son Altesse Royale n'aurait que ce seul bien en vue, elle devrait établir la banque dès à présent.

La France perd beaucoup de n'avoir pas une banque déjà établie et bien accréditée. Les troubles d'Ecosse et d'Angleterre obligeront bien des personnes d'envoyer leur argent en pays étrangers, qui auraient préféré la sûreté de la France à celle de Hollande, dans la situîition où les affaires de l'Europe sont à présent.

Je crois avoir prouvé que les dangers qu'on craint de cet établissement, à cause de la situation présente de méfiance, sont très-mal fondés. Mais, supposant qu'il y aurait quelque chose à craindre, deux ou trois mois suffiraient pour en faire l'épreuve. Si l'État se trouve mal de cette affaire, il serait facile de la révoquer, et le mal aurait été de peu de durée.

Le bien qu'elle produira sera d'une nature très-grande et pour toujours, pour nous et notre postérité; donc la raison veut qu'on l'éprouve, d'autant plus que l'exemple de l'Angleterre, dans un pareil cas, donne tout lieu d'espérer, et qu'il ne s'est jamais donné le cas d'une banque

établie et révoquée. Ces sortes d'établissements ont été partout d'une si grande utilité, que quand même ils ont manqué par des événements extraordinaires, on a eu soin de les rétablir comme très- nécessaires à l'État'.

Pour démontrer au public que je suis bien convaincu de la bonté de cette affaire, j'ai proposé de l'entreprendre à mes frais, et j'offre de consigner mon bien pour être donné aux pauvres, en cas qu'il se trouve le moindre danger ou inconvénient par cet établissement, et qu'il ne produise pas les bons effets que j'ai promis.

Je sais que gager n'est point raisonner, mais comme on allègue souvent des raisons fausses et suspectes, cette manière de soutenir ce qu'on avance en consignant son bien pour répondre du succès, doit convaincre que je suis bien persuadé de la bonté et utilité de mon projet. Aussi, je dois être supposé connaître les suites qu'il peut avoir.

La France a un avantage par devers elle que l'Angleterre n'avait pas, l'expérience des biens que ce projet a produits à cet Etat; ces biens sont si grands, qu'on aurait de la peine à les croire, s'ils n'étaient pas évidents à toute l'Europe. (Voyez Mémoire précédent.)

Je veux supposer qu'il y eut du danger à établir cette affaire pré^i sentement. Le mal présent est certain, le danger est au moins incertain et éloigné. Quand il y aurait du risque, il vaut mieux courir ce risque, que de continuer dans l'état où l'on est.

Le refus de ce bien présent peut-il empêcher le roi ou ses ministres de faire de mauvaises affaires? Au contraire, ce refus, privant la couronne de ce grand secours, peut forcer Sa Majesté ou ses ministres d'emprunter de l'argent des Traitants, qui feront payer à la couronne comme par le passé, et engageront le royaume dans des dettes excessives, desquelles elle n'aura pas touché la moitié de la valeur. Cela est évident par ce qu'on a vu en Angleterre et en France. Le roi, enfl pruntant sur les fonds donnés par le parlement, paya des intérêts excessifs avant l'établissement de la banque, et le gouvernement aurait été forcé de manquer à la foi publique en peu d'années, si cet établissement ne l'avait pas soutenu.

* Une banque est le serviteur du commerce et de l'industrie, c'est la plus puissante machine qu'on puisse employer pour les étendre et les perfectionner; ainsi, vouloir être commerçant et industrieux, sans banque ; vouloir, surtout, lutter contre des États qui usent de ce moyen, c'est tenter de combattre nu, et sans armes, contre un homme armé de toutes pièces. Les inconvénients inséparables de toutes les institutions humaines ne doivent pas y faire renoncer, car l'expérience finit par montrer à les prévenir. {Note de M. de Senoverl.)

— Les banques ressemblent aux chemins de fer ; il faut s'en servir, mais avec prudence. Nous avons été sages jusqu'à ce jour : persévérons.

Si des craintes imaginaires et mal fondées, des dangers éloignés, par des abus dans l'administration, devaient servir de raisons, on ne doit riéh entreprendre. Il n'y a point d'affaires dont on ne puisse abuser. Quand une affaire est proposée, il faut examiner si elle est bonne ou mauvaise , ce qu'il y a à espérer par là , et ce qu'on doit craindre. Si le bien est réel et présent, et le mal incertain et éloigné, on ne doit pas balancer ; d'autant moins quand on est dans la nécessité. Mais à ceux qui examineront cette affaire sans prévention, il sera évident qu'elle produira de grands biens, même dès son commencement, et qu'il n'y a ni danger ni inconvénient à craindre, pour le présent ni pour l'avenir.

Je ne demande point de confiance, ni de la caisse générale ni particulière. J'entreprends l'affaire à mes frais, de sorte que l'Etat ne risque rien de la mettre à exécution.

Je suis assuré que mon projet sera très-utile, et j'offre de consigner mon bien pour en répondre. Mais supposant que l'événement ne réponde pas à ce que j'ai promis, on sera à temps de l'arrêter, et il y aura de quoi retirer les billets, sans que Sa Majesté ou ses peuples puissent souffrir le moindre préjudice.

La France est dans une situation à présent, où la banque réussira mieux et rendra plus de services à l'Etat et aux particuliers que dans un autre temps.

Les fréquentes banqueroutes et le mauvais état des affaires publiques ont perdu la confiance, ce qui empêche les remises qu'on est accoutumé de faire entre Paris et les provinces. Les particuliers seront obligés de faire voiturer les espèces pour les provinces, et les receveurs de voiturer pour Paris. La nécessité de ces voitures étant un grand obstacle au commerce, diminuera la vente des denrées, et les rendra à si bas prix que les étrangers en profiteront, et les peuples auront de la peine à payer les rentes aux seigneurs, et les impositions au roi.

Ces voitures des espèces les rendent inutiles pendant ce temps , et diminuent la circulation dans Paris et dans les provinces.

Si la banque était établie, ses billets serviraient comme des lettres de change sur les provinces, et épargneraient en même temps aux receveurs la voiture des espèces pour Paris. Les espèces, au lieu d'être inutiles par ces voitures, circuleraient à Paris et dans les provinces, et la banque jouirait par là d'une caisse assez forte.

Quatrième objfxtion. Dans le conseil qui s'est tenu pour délibérer sur l'établissement de la banque, M. Hensch a prétendu que l'envoi des billets dans les provinces ne serait d'aucune utilité à l'égard de la circulation. Ses raisons étaient :

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