CHAPITRE II
utilité de la Dîme royale. — Qu'elle fournira des fonds suffisants dans les plus grandes nécessités de l'État, sans qu'on ait recours à aucune taxe ou moyen extraordinaire. — Qu'elle fournira de quoi acquitter les dettes de l'État. — Qu'elle remettra les terres eu valeur, et donnera les moyens de les mieux cultiver.
Pour peu qu'on veuille s'appliquer à bien examiner ce système, il sera facile de se convaincre qu'il est le meilleur, le mieux proportionné, et le moins sujet à corruption qui se puisse mettre en usage.
C'est un moyen sur de subvenir aux nécessités de l'État pour grandes qu'elles soient, sans que le roi soit jamaisobligé de créer aucunes rentes sur lui, ni qu'il ait besoin du secours de la Taille, ni des Aides, ni des Douanes provinciales, ni d'aucunes Affaires extraordinaires, telles qu'elles puissent être; non pas même de la part qu'il prend dans les octrois des villes du royaume, dont les murs, aussi bien que les portes et autres édifices publics, dépérissent depuis qu'on a ôté les moyens de les entretenir.
Ce moyen est encore sûr pour l'acquit des dettes de Sa Majesté ; pour le rachat des engagements de la Couronne et pour le remboursement des charges de l'État, même des rentes créées sur l'Hôtel-de- Yille de Paris, qu'il est bon de diminuer le plus qu'il sera possible.
Enfin, il remettra en valeur les terres, qui sont venues à un très-bas
prix ; et on doit s'attendre que son exacte observation ramènera l'abondance dans le royaume, parce que les peuples qui ne craindront! plus la surcharge des Tailles personnelles , comme il a déjà été dit , travailleront à qui mieux mieux. D'où s'ensuivra encore nécessaire-i ment, qu'avant qu'il soit peu, les revenus du roi et ceux des particuliers] s'augmenteront notablement ; et que le royaume, dont le peuple est fort] diminué, se repeuplera bientôt, attendu qu'il s'y fera beaucoup de^ mariages, que les enfants y seront mieux nourris par rapport à la faiblesse de leur âge, et les paysans mieux vêtus. Les Étrangers même] viendront s'y habituer, quand ils s'apercevront du bonheur de nos peuples, et qu'ils y verront de la stabilité. La pauvreté sera bannie du royaume ; on n'y verra plus les rues des villes et les grands chemins pleins de mendiants, parce que chaque paroisse se trouvera bientôt en état de pouvoir nourrir ses pauvres, même de les occuper. Le commerce de province à province et de ville à ville se remettra en vigueur, quand il n'y aura ni Aides, ni Douanes au dedans du royaume , ce qui fera que la consommation sera d'autant plus grande , qu'elle sera plus libre. D'où naîtra l'abondance des denrées de toute espèce, laquelle, venant à se répandre par tout le royaume, se fera bientôt sentir jusques sur les côtes, où elle facilitera encore le commerce étranger. Et comme les peuples cesseront d'être dans l'état misérable où ils se trouvent, et qu'ils deviendront plus aisés, il sera bien plus facile d'en tirer les secours nécessaires , tant pour les fortifications de la frontière que pour les ouvrages des ports de mer, sûreté des côtes, et entreprises de rendre navigables quantité de rivières , au très-grand bien des pays qui en sont traversés ; les arrosements des pays qui en ont besoin ; le dessèchement des marais, les plantis des bois et forêts où il en manque, le défrichement de ceux où il y en a trop , et enfin la réparation des grands chemins ; tous ouvrages d'autant plus nécessaires, qu'ils peuvent tous contribuer considérablement à la fertilité des terres de ce royaume et au commerce de ses habitants.
Ajoutons que rien ne prouve tant la bonté de ce Système que la Dîme ecclésiastique, qui est d'ordinaire plus, ou du moins aussi forte que la Taille , et qui se lève partout sans plainte, sans frais, sans bruit et sans ruiner personne ; au lieu que la levée de la Taille , des Aides, des Douanes et des autres impositions , dont ce Système emporte la suppression, fait un effet tout contraire. Il n'y a donc qu'à prier Dieu qu'il bénisse cet ouvrage, et qu'il lui plaise d'inspirer au roi d'en faire l'expérience, pour être assuré d'un succès très-heureux pour lui et pour ses peuples.
Au surplus, ce projet peut être la règle d'une Capitation générale.
DIMË ROYALE. 107
la mieux proportionnée qui fut jamais, et dont les payements se feraient de la manière la plus commode et la moins sujette aux contraintes. C'est à mon avis l'unique, et le seul bon moyen, qu'on puisse employer à la levée des revenus du roi, pour empêcher la ruine de ses peuples , qui est la principale fin que je me suis proposée dans ces Mémoires.